• La Part des Flammes ; Gaëlle Nohant

    « Dans ce monde, il n'est pas de bonheur possible. Le croire est une illusion. »

    La Part des Flammes ; Gaëlle Nohant

    Publié en 2016

    Editions Le Livre de Poche

    552 pages

     

    Résumé : 

    Mai 1897. Le Tout-Paris se presse à la plus mondaine des ventes de charité. La charismatique duchesse d'Alençon, petite sœur de Sissi, a pris deux jeunes femmes sous sa protection en dépit du qu'en-dira-t-on. Scellant le destin de ces trois héroïnes, l'incendie du Bazar de la Charité bouscule ce monde cruel et raffiné et plonge Paris dans le deuil. Mais il permet aussi des amours et des rapprochements imprévus, des solidarités nouvelles, des libertés inespérées. Car naître à soi-même demande parfois d'en passer par le feu.

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En mai 1897, se tient à Paris le fameux Bazar de la Charité, créé en 1885 par Henri Blount, un financier et présidée par le baron de Mackau. Oeuvre de bienfaisance, elle était animée par des dames patronnesses, parfois de grands noms de la noblesse française, qui se transformaient, le temps de quelques jours, en vendeuses. En mai 1897, on peut compter parmi elles Sophie d’Alençon, la sœur de l'impératrice d'Autriche. S'y croisent aussi cette année-là celles qui vont devenir nos héroïnes, Violaine de Reazal, jeune veuve qui peine à se faire accepter dans son milieu à cause d'un passé qu' elle traîne comme un boulet et la jeune Constance d'Estingel, une jeune fille impulsive et un peu mystique.
    Dans l'après-midi du 4 mai 1897, alors qu'un cinématographe a été reçu au Bazar, une combustion des vapeurs d’éther utilisé pour alimenter la lampe du projecteur provoque un incendie de grande ampleur. L'intégralité du bâtiment brûlera mais surtout, on relèvera un nombre incroyable de victimes, mortes dans de terribles souffrances. Parmi elles, la duchesse d’Alençon, reconnue parmi les derniers corps parce que trop abîmée : c'est son dentiste qui l'identifie grâce un bridge qu'il avait réalisé pour elle.
    Il y'aura à Paris un avant et un après incendie du Bazar. Comme le font les fortes commotions, c'est toute une ville qui est touchée par cette tragédie peut-être, et surtout, parce que la majorité des victimes relevées et identifiées étaient des femmes. Et pour les rescapés vient le temps du deuil, de la convalescence et de l'incompréhension : pourquoi se sauve-t-on au milieu d'une telle hécatombe ? Il y'a ceux suffisamment forts qui parviennent, avec beaucoup de volonté, à s'en tirer. Et ceux qui, malheureusement, sombrent malgré leur survivance. Et à l'époque, sombrer, montrer un quelconque signe de faiblesse psychologique, surtout quand on est une femme, implique de tomber entre les mains des aliénistes aux méthodes glaçantes.
    Le roman de Gaëlle Nohant est un vivant portrait de ce XIXème finissant, pas si éloigné de nous et qui paraît pourtant être un autre monde, entre conventions mondaines et religieuses, terreur des parents de voir leurs filles rester célibataires, contrainte d'un beau et riche mariage. Une époque qui n'est pas tendre pour les femmes mais aussi pendant laquelle un féminisme latent se développe, qui devient d'ailleurs plus virulent à la suite de l'incendie, quand on accusera les hommes présents au Bazar de s'être sauvés en premier en abandonnant à leur sort femmes et enfants dans les flammes !
    Personnellement, de part mes propres convictions, j'ai été aussi révoltée par le monde de l'aliénisme, que Gaëlle Nohant décrit très bien, notamment en prenant l'exemple de l'hystérie, cette maladie soit-disant typiquement féminine et qui était surtout un prétexte pour enfermer des femmes fragiles devenant alors des cobayes et des objets d'études pour des médecins aux intentions peu altruistes, au risque justement de les faire basculer dans cette folie contre laquelle on prétendait les soigner ! A-t-on jamais interné un homme parce qu'il était un peu trop enclin à fréquenter d'autres femmes que la sienne et surtout, des prostituées ? Parfois, sur un simple soupçon d'adultère ou de nymphomanie , on se permettait alors d'interner une femme ! J'ai vraiment été révoltée par ce que raconte l'auteure de façon si juste parce que malheureusement, on ne peut douter que de telles pratiques aient existé ! Si on peut accorder le bénéfice du doute aux hommes présents au Bazar parce que leurs contemporains, encore sous le choc, ont peut-être jugé trop vite et à charge, on ne peut malheureusement excuser des médecins qui ont déprécié leur discipline au détriment de femmes.

     

    L'Incendie du Bazar de la Charité, le 4 mai 1897 ( Supplément du Petit Journal du 23 mai)


    La Part des Flammes est un roman multiple où, finalement, l'incendie qui en est le centre donne l'occasion à l'auteure de partir dans différentes voies et aborder plusieurs sujets importants et dépeignant tous à leur manière un aspect, une facette de ce siècle finissant : les codes éculés de l'aristocratie, comme un ersatz de ce que fut, autrefois, leur train de vie, l'expansion de la presse, la République et ces fameuses cliniques pour aliénés qui nous horrifient aujourd'hui mais existaient encore il y'a cent ans. J'aime beaucoup le XIXème siècle, découvert notamment au travers des œuvres littéraires de cette époque et je trouve que Gaëlle Nohant s'en tire très bien : son portrait du siècle est vivant et riche !
    Les personnages, eux aussi, en sont de bons représentants, de petits échantillons de cette société, qui permettent de mieux la saisir dans toute sa complexité. Paradoxalement, bien que le roman soit surtout basé sur des héroïnes féminines, parce que ce sont elles, les premières victimes du drame du 4 mai 1897, ce n'est ni à Violaine, ni à Constance que je me suis vraiment attachée mais aux deux personnages principaux masculins, le cocher de la duchesse d’Alençon et Laszlo de Nérac. En parlant justement de la duchesse d’Alençon pour elle, j'ai une tendresse toute particulière, parce qu'elle est la sœur de Sissi et que ces deux femmes sont pour moi assez fascinantes et obsédantes. Gaëlle Nohant nous livre d'ailleurs ici un portait mystérieux de la duchesse Sophie, très proche de celui de sa sœur : elle apparaît presque dès les premières pages et on ne peut s'empêcher d'éprouver pour elle beaucoup de sentiments parce que cette grande femme qui a mis ses dernières années à se mettre au service des malades et des indigents est vouée à disparaître de manière absolument terrible. Pour ce qui est de Violaine et Constance, je les ai appréciées sans parvenir toutefois à m'y attacher totalement. On ne peut malgré tout instaurer de réelle distance avec elles parce qu'elles échappent à un sort effroyable qui est connoté : mourir brûlé vif est une mort effroyable, atroce, une condamnation à mort, pendant des siècles, appliquée aux sorciers. Ce n'est malgré tout pas une mort anodine, une sorte d'expiation, une mort marquée du sceau de la religion, ce que ne manqueront pas de remarquer les prélats. Mourir par le feu en quelque sorte c'est mourir directement de la main de Dieu, bien plus que celui s’éteignant dans son lit par exemple. Le feu, c'est aussi la purification, parfois, la fin d'une ère, le début d'une autre, nouvelle : ici, on peut voir dans cet incendie terrible la métaphore de la fin des temps anciens et le début des temps nouveaux, celui de la République et la fin, doucement, de l'aristocratie et de ses codes. Et, d'un point de vue plus humain et rationnel, parce que mourir brûlé vif est la terreur de chaque être, on ne peut que se sentir proche, d'une façon ou d'une autre, des victimes de la tragédie, qu'elles aient succombé ou non. Violaine et Constance ont chacune des aspérités et des aspects flous ou mystérieux qui m'ont plu sans pour autant me pousser réellement à les aimer.
    Je ne ressors pas de cette lecture en ayant éprouvé un coup de cœur, c'est dommage, mais pas catastrophique parce que La Part des Flammes reste un roman historique extraordinairement bien construit et qui mérite d'être lu. De toute manière, même sans le succès qu'il a rencontré depuis sa sortie et qui a attiré sur lui les projecteurs, j'aurais lu ce roman, parce qu'il est historique et traite d'une période riche qui me plaît et m'intéresse beaucoup. J'ai été happée par la force du récit et vibré avec les Parisiens sous la houle d'horreur que propage l'incendie du Bazar dans les jours qui suivent la catastrophe. Et puis mon intérêt s'est ensuite un peu émoussé, quand la tension retombe, quand l'intrigue se resserre ensuite sur Constance... il m'est très compliqué de livrer mon avis approfondi sur ce roman sans dévoiler certains détails, qu'est-ce que c'est compliqué !
    Bref à partir de là, je me suis sentie moins investie, comme si la tension retombait d'un seul coup et mon intérêt avec. Pour cette raison, je n'ai pas eu de coup de cœur mais je l'ai frôlé, touché du doigt. La Part des Flammes est un roman digne d'être découvert et que je conseille chaudement ! Quelle belle découverte : celle d'un univers et d'un style auquel on ne peut faire aucun reproche. 

    En Bref :

    Les + : un portrait magnifique de ce XIXème siècle finissant, des personnages ciselés et intéressants. Un style impeccable. 
    Les - : une seconde partie qui a moins éveillé mon intérêt, dommage. 

     


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 4 Janvier à 22:11
    Cellardoor

    Pour ma part j'ai beaucoup aimé ce roman et ce, de A à Z ! Par contre, je comprends tout ce que ce que tu veux dire quand tu évoques une petite retombée de ton intérêt dans la seconde partie. La première est tellement intense, tellement bien écrite, tellement horrible que tout ce qui arrive après ne pouvait paraitre que "fade" en comparaison (le terme fade étant à prendre avec des pincettes car la suite du roman est super intéressante aussi, mais peut être moins fascinante). En tous cas, la plume de l'auteur est magistrale !

      • Mercredi 4 Janvier à 23:08

        Je te rejoins complètement quand tu dis que la plume de l'auteure est magistrale et elle a aussi énormément bien travaillé son sujet ! Ce XIXème siècle finissant, je l'ai vécu complètement, je me suis immergée dedans ! ! C'est vrai que mon intérêt est ensuite un peu retombé, c'est dommage mais je garde quand même un bon souvenir de cette lecture et ce que Gaëlle Nohant raconte sur les maisons d'aliénistes c'est juste...mon Dieu, quoi ! beurk Ca fait à peine 120 ans et la médecine mentale était alors vraiment complètement fantaisiste ! J'ai été frappée et révoltée par ce qu'elle raconte ! ! 

        Donc franchement, je ne peux que conseiller ce roman, il va forcément entrer dans les annales. 

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