• La Plantation ; Leila Meacham

    « Certaines choses sont si importantes qu’elles passent avant les sentiments personnels. Somerset, par exemple. Cette terre appartient aux Toliver. Elle n’est pas à vendre, quel que soit le prix ou la raison. Nous en sommes les seuls maîtres et nous n’en partagerons pas le contrôle. »

    La Plantation ; Leila Meacham

     

    Publié en 2014 aux Etats-Unis ; en 2015 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Somerset

    Editions Charleston (collection Poche)

    603 pages

    Résumé :

    Caroline du Sud, 1835.
    Silas Toliver n'a qu'un seul rêve, celui de partir pour le Texas avec sa bien-aimée Lettie, pour y établir une plantation. Mais lorsqu'il est privé de son héritage et se retrouve sans argent, il voit son rêve s'écrouler.
    Fille d'un riche propriétaire terrien, Jessica Wyndham a caché un esclave fugitif. Pour laver l'honneur de la famille, son père propose un marché à Silas : il financera son expédition vers l'Ouest s'il accepte d'épouser Jessica et de partir avec elle.
    Réussiront-ils à surmonter leurs différences et à vivre ensemble ? Et quelle est cette mystérieuse malédiction qui semble toucher les Wyndham et les Toliver ? 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1835, Silas Toliver, fils d'un riche planteur de Caroline du Sud, n'a qu'un rêve : partir au Texas, où tout reste encore à faire, pour avoir enfin sa propre plantation. Il a un fils, né d'une première union, Joshua et il s'apprête à épouser la jeune femme qu'il aime, Lettie.
    Carson Wyndham, le voisin des Toliver, est lui aussi un gros exploitant : très riche, propriétaire d'immenses terres, il les a fait fructifier et a assis sa fortune grâce à l'esclavage, pierre angulaire de l'agriculture des états sudistes jusqu'à la Guerre de Sécession. Juste, il n'en reste pas moins ferme : les esclaves sont une main d'oeuvre gratuite, qui doit fournir du travail sans rien demander en échange et surtout pas un salaire. Ils sont logés, nourris, bien traités et cela suffit. Mais il a une fille unique, Jessica, au physique commun mais aux idées bien arrêtées, ce qui ne fait pas bon ménage, à l'époque, pour contracter un bon mariage. Et il se trouve en plus que les convictions de la fille de Wyndham vont au devant des siennes et mettent à mal le système sur lequel toute l'économie du Sud repose : après avoir étudié à Boston, Jessica est revenue en Caroline du Sud avec des convictions abolitionnistes sincères, qu'elle ne cesse de jeter au visage de son père. Lorsqu'elle se retrouve soudain mêlée à un scandale impliquant des esclaves fugitifs et des membres du chemin de fer clandestin -un réseau secret qui permettait aux esclaves en fuite de gagner le Mexique ou le Canada, pays où l'esclavage avait été aboli-, Carson Wyndham comprend que sa fille devient dangereuse et qu'elle le menace même directement. Il décide alors de l'éloigner le plus loin possible et la propose en mariage à Silas Toliver en échange d'un prêt financier afin de créer sa plantation au Texas : en un mot, il propose au jeune homme de réaliser son plus grand rêve, mais, en contrepartie, de renoncer à tout ce qui lui était cher jusqu'ici, à commencer par sa fiancée Lettie.
    Commence alors un long périple vers le Texas, qui ne sera pas dénué de dangers et de désillusions. Puis c'est le déroulement, au travers de la Guerre de Sécession puis de la fin du XIXème siècle, de la saga familiale des Toliver. L'intrigue se clôt au tout début du XXème siècle, alors que la Première Guerre Mondiale gronde en Europe, juste avant les débuts des Roses de Somerset, puisque La Plantation peut être considéré en quelque sorte comme la genèse de ce roman. Leila Meacham nous raconte ainsi l'installation des Toliver au Texas, la fondation de leur ville, en compagnie d'autres familles de pionniers, comme les Warwick ou les Dumont, d'origine française. C'est ensuite une chronique de ces différentes familles que l'auteure nous propose, tout en restant essentiellement centrée sur les Toliver, dont la lignée, malgré l'aboutissement des aspirations du patriarche, semble affligée par une terrible malédiction.
    Je me suis vite plongée dans l'histoire et j'ai aimé l'ambiance aussitôt ! Je me suis sentie replonger dans une atmosphère proche de celle de La Dernière Fugitive de Tracy Chevalier, embaumant les galettes de maïs et le sable des Etats du Sud. Le côté un peu manichéen du début m'a gênée, j'ai eu peur qu'il ne perdure et ne donne donc un côté un peu artificiel au roman, mais finalement, ce ne fut pas le cas, au contraire. Pour le coup, en unissant un duo abolitionniste / esclavagiste, il est difficile de faire plus manichéen, mais cela fonctionne finalement assez bien : car au-delà de leurs aspirations divergentes et de leurs idéaux contradictoires, un vrai lien va se nouer entre Silas et Jessica, unis, pas forcément par un amour passionnel, mais plus fort encore. J'ai aimé leur relation, jolie mais toute en retenue.
    Puis c'est la Guerre de Sécession, qui aboutit à l'abolition de l'esclavage, à l'écroulement d'un monde : les planteurs doivent s'adapter à la perte brutale -mais juste- de leur main d'oeuvre première, s'adapter ou voir disparaître leurs plantations. C'est aussi un début d'émancipation pour ces anciens esclaves, bien que le combat pour l'égalité entre Noirs et Blancs en Amérique soit encore d'actualité. Ainsi, Tippy, amie de Jessica et fille d'une esclave des Wyndham se retrouve donc styliste, très appréciée, à New York et Boston. Au Texas, les Warwick, Toliver, Dumont et bien d'autres, doivent faire face à cette guerre dont ils sortiront tous changés. Le roman décrit avec beaucoup de justesse les sentiments et opinions de chacun, les erreurs que les personnages commettent également, parce qu'ils sont terriblement humains et donc proches de nous. Chaque génération qui naît connaît à son tour la fierté de posséder et de faire fructifier des terres que leurs aïeux ont façonnées de leurs mains, de grands bouleversements, négatifs comme positifs, des naissances, des deuils, de l'espoir. Tout se mêle dans ce roman pour aboutir finalement à une histoire touchante et qui fait forcément écho en nous. Ce que place l'auteure dans la bouche de ses héros comme réflexions, questionnements, est universel. Tout ce dont à quoi ils pensent, nous y avons pensé un jour nous aussi, nous nous sommes posé les mêmes questions, nous avons peut-être connu les mêmes sentiments.
    J'ai vraiment, vraiment été séduite par ce roman. Je me suis laissé porter par l'intrigue et, avec moi, cela a pris. Je sais que La Plantation, comme sa suite, Les Roses de Somerset, a connu un succès un peu mitigé. Certaines lectrices ont trouvé l'intrigue ennuyeuse ou trop inégale : pour ma part, je n'ai rien ressenti de tout cela, au contraire. Je n'ai été gênée par aucune longueur et le seul aspect qui aurait pu me gêner, que j'ai soulevé plus haut, s'est avéré finalement bien plus ténu et suffisamment bien maîtrisé pour que je finisse par ne même plus l'apercevoir. La Plantation est un bon roman, qui m'a fait voyager et m'a vraiment immergée dans un monde méconnu et très exotique. J'ai aimé le charisme de Silas et le charme que le personnage de Jessica dégage, malgré un physique sans trop d'attrait : c'est au fond ce qui fait sa force. Intelligente, moderne et plutôt émancipée, la jeune femme préfigure les femmes du XXème siècle, qui sauront s'affranchir de bien des interdits. En se faisant, en plein pays esclavagiste, le fer de lance de l'abolitionnisme nordiste, elle a aussi beaucoup de courage. Jessica est un personnage comme on aimerait en croiser plus souvent car, malgré tout, elle n'est pas non plus une héroïne enfermée dans une armure : elle commet aussi des erreurs, elle souffre aussi parfois. Nous la suivons jusqu'à l'extrême fin de sa vie et la jeune femme que nous avons admirée au début du roman devient une dame respectable, éprouvée par la vie mais qui tient encore le cap et qui nous touche parce qu'en se retournant sur sa vie, avec le recul et la lucidité que confère le grand âge, c'est avec beaucoup d'à-propos qu'elle juge les siens, les Hommes en général et l'époque dans laquelle elle a évolué -et on peut dire que celle-ci fut riche en révolutions de toutes sortes.
    J'ai été séduite et je pense poursuivre ma découverte de l'univers de Leila Meacham avec Les Roses de Somerset, sorti avant La Plantation mais qui se passe en fait juste après. Peut-être d'ailleurs le comprendrais-je mieux après avoir lu sa genèse. Cette saga familiale est vraiment efficace, bien écrite et fonctionne. Le roman est foisonnant mais se lit facilement. Je le conseille.

    En Bref :

    Les + : le contexte historique détaillé, l'intrigue et le style de l'auteur. Le roman est historique à souhait, humain juste comme il le faut.
    Les - : Aucun.

     

     

    Adieu, mon Unique ; Antoine Audouard

     

    Coup de cœur 


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  • Commentaires

    1
    Jeudi 11 Août 2016 à 19:16

    Ta joie est communicative ! Je n'ai qu'une envie maintenant, c'est de lire ce livre. Je viens d'acheter "Les Roses de Somerset" et j'ai, depuis, plus qu'envie de le lire (je fais durer l'attente cependant).

    Tu penses que ce n'est pas trop grave si je lis "Les Roses" avant ? Ces livres ne sont pas présentés comme une suite (notamment sur Livraddict)

      • Jeudi 11 Août 2016 à 20:25

        Non, je ne pense pas que cela pose de problèmes, d'autant plus que Les Roses de Somerset a été écrit avant : si tu lis La Plantation après, ça te permettra juste de comprendre comment et pourquoi les familles au centre du récit sont arrivées au Texas etc...finalement, je pense qu'on peut lire ces livres dans l'ordre que l'on veut ! ! 

         

        J'espère qu'ils te plairont en tous cas ! J'ai vu des avis assez mitigés sur Livraddict en autres mais pour ma part, je le conseille complètement et puis rien ne vaut l'avis personnel, bien sûr ! ! sarcastic En tous cas, c'est une grosse responsabilité quand un autre lecteur décide de lire un livre par rapport à une de nos chroniques...j'espère vraiment que tu ne seras pas déçue. yes winktongue

    2
    Jeudi 18 Août 2016 à 09:15

    J'adore Charleston, ils ont vraiment de super publications. Celui-ci me tente, je le note dans ma WL!

      • Jeudi 18 Août 2016 à 20:18

        J'ai découvert les éditions Charleston avec ce roman et je dois dire que je ne suis pas déçue ! ! yes Franchement, je te conseille La Plantation, AnGee ! Il n'a pas récolté que de bons avis mais pour ma part j'ai été emballée et je le conseille vraiment vivement ! ! Laisse-toi tenter ! cool

        N'hésite pas à venir me donner ton avis quand tu l'auras lu !! sarcastic

    3
    Mercredi 4 Janvier à 22:13
    Cellardoor

    Je n'ai pas lu ta critique en entier car je n'ai pas encore lu le livre mais j'ai saisi le ton général ^^ J'ai vraiment envie de le lire celui là et il fait partie de ceux que j'ai offert à ma mère pour Noel donc j'espère y jeter un oeil ! (non non, je ne fais pas des cadeaux intéressés ^^)

      • Mercredi 4 Janvier à 23:11

        Je te le conseille ! Si tu vas lire d'autres chroniques, peut-être en verras-tu de bien moins enthousiastes que la mienne ! Honnêtement, je ne sais pas ce qui m'a autant parlé dans ce roman : il n'est pas plus spectaculaire que ça, mais j'ai été complètement emportée ! Peut-être en ai-je fait la lecture au bon moment, je n'en sais rien...toujours est-il que ça a marché et que l'alchimie a opéré sur moi ! Je ne peux donc que te le conseiller...et avec beaucoup d'enthousiasme, même si c'est une grande responsabilité, du coup ! ! sarcastic J'espère que tu aimeras et ne seras pas déçue ! ! 

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