• La Princesse Mathilde, l'Amour, la Gloire et les Arts ; Jean des Cars

    « La princesse Mathilde fut toujours dans la lumière des idées, des modes, des courants. Son influence et son éclat furent tels qu'ils la placèrent, souvent, au premier rang. »

    La Princesse Mathilde, l'Amour, la Gloire et les Arts ; Jean des Cars

     

    Publié en 1988

    Editions Librairie Académique Perrin (collection Présence de l'Histoire)

    515 pages 

    Résumé : 

    Après avoir publié, chez Perrin, des biographies qui font autorité sur Louis II de Bavière, Elisabeth d'Autriche (Sissi) et le baron Haussmann, Jean des Cars trace un nouveau portrait de femme exceptionnelle. Fille du roi Jérôme (frère de Napoléon Ier), née à Trieste en 1820 et morte à Paris en 1904, Mathilde Bonaparte laisse dans l'Histoire le sillage des grands témoins. Elle a vu le monde près, elle l'a incarné avec éclat. Le second Empire et les vingt-cinq premières années de la IIIe République lui doivent des soirées, des dîners et des rencontres avec tout ce qui a compté dans l'aristocratie, la littérature, la sculpture, la musique, le journalisme et la politique. La princesse Mathilde -unanimement mentionnée par son seul prénom- veut tout connaître, tout comprendre. 
    Cette femme n'est pas jolie, mais elle a mieux à offrir aux regards : elle a de l'allure, elle est intelligente, cultivée et se moque de l'opinion publique avec morgue. Elle sait toujours être à sa place, ce qui est rare et admirable, au travers des aventures qu'elle a vécues, du règne de Louis-Philippe à la présidence d'Emile Loubet. 
    Dans sa vie de femme, elle a du mal à trouver le bonheur. A seize ans, elle est fiancée, presque officiellement, à son cousin Louis Napoléon, futur Napoléon III. La désastreuse échauffourée de Strasbourg (1836) provoque la colère du roi Jérôme qui lui fait rompre ses fiançailles. C'est regrettable pour Mathilde et pour la France car elle aurait, sans aucun doute, évité le conflit franco-prussien de 1870. Très proche de l'empereur des Français et remplaçant, en de grandioses circonstances, l'impératrice à ses côtés, Mathilde s'impose par sa perspicacité là où Eugénie ne montre que de l'ambition. Elle est à peine âgée de vingt ans lorsqu'elle est mariée à un richissime prince russe, Anatole Demidoff. Il l'initie brutalement, mais durablement, à l'amour. Elle lui est fidèle, il la trompe : au bout de quatre ans, ils sont séparés. Ce moujik anobli finira sa vie dans les bras des théâtreuses. Au début du second Empire, elle commence une longue et officielle liaison avec le comte de Nieuwerkerque, surintendant des Beaux-Arts. 
    D'esprit libéral, mais refusant les excès de la démagogie, la princesse reçoit le Gotha de la pensée, du talent et des idées. Après la catastrophe de 1870, réfugiée en Belgique, elle revient en France grâce à l'estime que lui porte Monsieur Thiers. Une nouvelle époque commence. Maupassant et un jeune homme éthéré, Marcel Proust, fréquentent son hôtel de la rue de Berri. 
    Comme toujours, Jean des Cars s'est livré à une enquête minitieuse pour retracer la vie de son personnage. Il a eu accès à une abondante correspondance inédite. Son travail est celui d'un biographe inspiré par la destinée et la personnalité d'une femme qui est un étonnant mélange de traditions et d'ouverture sur le monde. C'est un grand rendez-vous avec l'Histoire, l'amour et les arts. C'est le roman vécu d'une femme qui n'a jamais cessé de séduire. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    De la princesse Mathilde, je ne savais que peu de choses, hormis son ascendance, illustre quoiqu'on en pense et le fait qu'elle aurait dû épouser son cousin, le futur Napoléon III, mariage qui finalement ne se fera pas. Mathilde a cependant gardé une grande influence sur son cousin, qui fut un temps son fiancé et qu'adolescente, elle aima certainement d'une amitié amoureuse. Sous l'Empire, elle remplira parfois le rôle de première dame lorsque l'impératrice ne pourra l'assumer et c'est donc uniquement comme cela que j'avais entendu parler de Mathilde : uniquement au travers des destinées, plus grandes, de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie. Plus grandes, certes, mais pas forcément plus intéressantes parce qu'il apparaît que Mathilde Bonaparte est une femme au destin riche : très cultivée, intelligente, mondaine aussi, ayant une connaissance aiguë de la société dans laquelle elle vit, Mathilde méritait bien une biographie à elle toute seule.
    Elle naît en 1820, en exil, à Trieste, en Italie. Napoléon Ier, dont elle est la nièce, est prisonnier à Sainte-Hélène depuis cinq ans : il y mourra l'année suivante et les Bonaparte restés en Europe sont des proscrits. Ainsi, Madame Mère -Letizia Bonaparte- s'est retirée à Rome et Jérôme, ex roi de Westphalie, mène une vie d'errance entre diverses provinces italiennes où il traîne à sa suite sa famille. À la suite du scandale provoqué par son mariage, en 1804, avec Elizabeth Patterson, une jeune Américaine dont il aura un fils, Jérôme va devoir se séparer d'elle et le mariage sera cassé par son frère. Il épouse alors Catherine de Wurtemberg, qui lui donne trois enfants, dont Mathilde est la deuxième et unique fille.
    Mathilde va passer les vingt premières années de sa vie en exil. Elle a seize ans lorsque sa tante, Hortense, envisage de la marier à son fils, Louis-Napoléon, âgé de vingt-huit ans. Mariage qui n'est pas qu'une idée en l'air puisqu'on ira jusqu'au contrat. Mais les frasques de Louis-Napoléon, qui complote, conspire mais n'arrive jamais à rien, compromettent les noces. Mathilde restera proche de ce cousin, séducteur et séduisant, qui a sûrement réussi à faire naître de l'émoi dans le cœur de la jeune fille. Mais ils ne se marieront pas.
    À vingt ans, elle rencontre Anatole Demidoff, jeune Russe à la réputation un peu sulfureuse. C'est finalement lui qu'elle épousera, après de sordides tractations financières entre le père et le futur gendre. Car les Bonaparte, depuis la mort de Catherine de Wurtemberg, qui survient alors que Mathilde est adolescente, connaissent une gêne de plus en plus criante. Le mariage de Mathilde est avant tout un accord financier qu'une véritable union amoureuse. Mais visiblement, malgré ses défauts, la jeune fille a aimé ce mari qui lui a permis de découvrir la France. Cette union cependant se finira mal et je crois que c'est pour cette raison que j'ai toujours cru que Mathilde ne s'était jamais mariée. Elle entretiendra une relation suivie et stable avec Alfred-Emilien de Nieuwerkerke, d'origine hollandaise et de plusieurs années son aîné, en qui elle trouvera confiance, respect, amour et égalité.
    Puis le destin de Mathilde, par un de ces détours dont le hasard a le secret, va se voir à nouveau étroitement uni à celui d'un homme qui est devenu président de la République : son cousin, Louis-Napoléon. Alors célibataire, puisqu'il n'epousera Eugénie que plusieurs années plus tard, il a besoin d'une première dame, rôle que sa cousine remplira volontiers et honorera même encore sous l'Empire.

    Portrait en pied de la princesse Mathilde Bonaparte par Dubufe (1861)

     
    Au-delà de cet aspect mondain, Mathilde, charmante sans être extrêmement belle, est une femme qui compte et qui en impose. Intelligente, instruite, elle s'entourera jusqu'à la fin de sa vie d'hommes de lettres et d'intellectuels qu'elle recevra notamment dans son fameux salon de la rue de Courcelles. Elle va aussi s'intéresser à la politique de son temps et y prendre une certaine part. Elle reste en tout cas une visionnaire d'une grande clairvoyance
    La princesse meurt en 1904 et est l'un des derniers témoins d'une époque définitivement révolue. Quand on y pense, 1904, ça n'est pas si loin que ça : il est fou de se dire que cette femme qui meurt, certes à un âge plutôt avancé, est la dernière nièce de Napoléon !
    La princesse Mathilde a traversé une époque riche et intéressante, qui m'a en partie motivée à lire cette biographie, mais pas seulement... le personnage m'intriguait aussi beaucoup. Je me rends compte que je savais au final peu de choses d'elle, disons que je n'avais pas gratté au-delà du vernis de surface.
    Au final, j'ai découvert une femme passionnante, qui a traversé une époque riche de bouleversements. Rendez-vous compte : née à l'époque de la Restauration, elle meurt à l'aube du siècle dernier. Figure du proue du Second Empire, elle a connu la guerre franco-prussienne, la fin de l'Empire, la mort de son cousin, la République. Mathilde personnifie peut-être même mieux encore qu'Eugénie -qu'elle n’appréciait pas vraiment, d'ailleurs-, le XIXème siècle français.
    Mathilde racontée par Jean des Cars, se mue en personnage assez fascinant. J' aime les livres de cet auteur pour la chaleur d'une plume de romancier qu'il associe toujours à la rigueur de celle de l'historien. Ses textes ne sont pas figés et barbants, au contraire. Ils vivent et sont dynamiques. J'ai trouvé très plaisante cette plongée dans le Second Empire et la IIIème République, au travers du destin d'une femme méconnue et qui, pourtant, occupa une place importante et dont les demeures de la rue de Courcelles et de Saint-Gratien devinrent des plaques tournantes de la culture de l'époque. Intelligente et érudite, peintre amateur à ses heures, Mathilde fut aussi une amie des hommes de lettres -Flaubert, Sainte-Beuve, les frères Goncourt, les Dumas père et fils- et un soutien indéfectible à son cousin.
    La princesse Mathilde est une femme assez forte et admirable, qui ne varie pas et se pose, en face d'une impératrice un peu inconstante et très ambitieuse, en figure de proue, fidèle jusqu'au bout à son nom, à sa famille, aux siens. 
    Racontée par l'un de nos meilleurs historiens contemporains, la cousine de Napoléon III se révèle à nos yeux de lecteurs du XXIème siècle et redevient vivante. À travers elle, c'est aussi toute la fin du XIXème siècle qui revit, son Histoire, ses drames -le conflit avec la Prusse, entre autres-, mais aussi son essor culturel et surtout littéraire et artistique, Mathilde sachant s'entourer d'intellectuels : peintres et écrivains fréquenteront ses salons jusqu'au bout. 
    La vie de cette femme est si riche que les presque cinq cents pages qui composent cette biographie passent à une vitesse folle. Jean des Cars, il y'a plusieurs années, avait su me faire m'intéresser au destin d'Eugénie. Par sa faute, j'ai été obsédée pendant des mois, bien après ma lecture de sa biographie de Sissi, par la touchante et fantasque impératrice d'Autriche. Parmi les femmes admirablement dépeintes par Jean des Cars, il y'a maintenant Mathilde.

    Photographie de la princesse Mathilde au début des années 1860

     

    En Bref :

    Les + : une belle biographie bien documentée, servie par de nombreuses sources inédites et la façon chaleureuse de l'auteur de conter l'Histoire.
    Les - :
    Aucun.

     


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  • Commentaires

    1
    Natacha
    Lundi 24 Juillet à 22:45
    Natacha

    J'adore venir sur ton blog lire tes avis mais je sais qu'au final, je vais le quitter avec une liste à rallonge d'ouvrages !

      • Hier à 10:46

        Ah ah ah, oui, je sais, je ne suis qu'une vile tentatrice ! yes

        Bon, là, on s'éloigne un peu de notre domaine de prédilection : pas de XVIIIème siècle en vue, mais ce n'est pas grave, cette biographie est super intéressante ! Comme toutes celles de Jean des Cars que j'aie pu lire, d'ailleurs. Je te la conseille... je ne crois pas qu'elle ait été rééditée récemment, c'est dommage...j'espère que ce sera fait un jour et que tu n'auras pas trop de mal à trouver l'édition originale si vraiment tu es tentée de découvrir le destin absolument extraordinaire de la princesse Mathilde, une femme complexe mais intéressante, à bien des égards. cool

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