• La Révolte ; Clara Dupont-Monod

    «  Nous avons gagné, mais à quel prix. Un père tué par ses fils. Le coup de grâce asséné par le favori. Et vous, mère, enfermée tant d'années. Existe-t-il des victoires ourlées de regrets ? Ou bien faut-il toujours se montrer digne d'une certitude ? Et si je n'étais pas digne ? »

     

     

     

         Publié en 2019

      Editions Le Livre de Poche 

      224 pages

     

     

     

     

     

    Résumé :

    « Sa robe caresse le sol. A cet instant, nous sommes comme les pierres des voûtes, immobiles et sans souffle. Mais ce qui raidit mes frères, ce n'est pas l'indifférence, car ils sont habitués à ne pas être regardés : ni non plus la solennité de l'entretien - tout ce qui touche à Aliénor est solennel. Non, ce qui nous fige, à cet instant-là, c'est sa voix. Car c'est d'une voix douce, pleine de menaces, que ma mère ordonne d'aller renverser notre père. »

    En 1173, Aliénor d'Aquitaine pousse trois de ses enfants à la rébellion contre le roi d'Angleterre, son époux. La voici racontée par son fils, Richard Cœur de Lion, dans une oeuvre pétrie de poésie et de cruauté. Un regard qui révèle deux personnages pleins d'amour, d'honneur et de violence, et tiraillés par leurs passions - ambition, haine, loyauté. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :


    Au début des années 1170, Aliénor d’Aquitaine pousse ses trois fils, Henri, Geoffroy et Richard, à se rebeller contre leur père, le roi Henri II d’Angleterre. On connaît le dénouement de l’histoire : la défaite des fils, leur amende honorable et l’emprisonnement de la mère. Aliénor restera en captivité pendant plus de quinze ans, pour avoir osé inciter ses fils à la rébellion.
    Malgré le titre, le roman ne tourne pas qu’autour de cette fameuse révolte, qui éclate en 1173 et sera si durement matée par Henri Plantagenêt. C’est un point de départ : le point de départ qui va permettre à Richard Cœur de Lion de raconter sa reine, sa mère. Aliénor.
    Née au début des années 1120 (probablement en 1122), morte en 1204, elle a presque connu un siècle. Surtout, elle l’a marqué d’une trace indélébile. Aliénor d’Aquitaine et son image restent consubstantielles à ce XIIème siècle flamboyant, le Moyen Âge central des troubadours et de la fin’amor. Fille du duc d’Aquitaine Guillaume X, elle hérite de ses terres alors qu’elle est encore adolescente. L’Aquitaine de l’époque est un immense territoire, qui s’étend du Poitou à la Bigorre et jusqu’en Limousin. Alors que la France n’est encore qu’une vague idée, un royaume morcelé dont le souverain a parfois moins de pouvoir et de richesses que ses vassaux, le duc d’Aquitaine joue dans la cour des grands. Son héritière devient donc un parti très convoité : en 1137, elle épouse le fils du roi de France, Louis. Ils quittent Bordeaux pour Paris, où ils arrivent fraîchement intronisés : le roi Louis VI est mort entre-temps. Aliénor d’Aquitaine et Louis VII sont les nouveaux souverains. La jeune femme va dicter les nouvelles modes de la Cour : elle va choquer, scandaliser. Aliénor d’Aquitaine a le sang du sud qui coule jusqu’au bout des ongles. Elle ne sera pas comprise par ses nouveaux sujets et ils lui forgeront une véritable légende noire. Son mariage avec Louis n’est pas heureux : trop dissemblables, les deux époux ne se comprennent pas. Celle qui croque la vie à pleines dents ne peut comprendre celui qui, s’il n’avait régné, aurait voulu se faire moine. Ils n’auront pas d’héritier : avec Louis, Aliénor n’aura que deux filles, Marie et Alix de France, qu’elle laissera derrière elle après son divorce d’avec le roi. La croisade en Orient porte un coup fatal à leur union : après le scandale causé par les retrouvailles d’Aliénor avec son oncle Raymond de Poitiers, que certains maquillent en inceste, le mariage est dissous pour cause de consanguinité entre les époux. Nous sommes en 1152. Au mois de mai de la même année, après avoir échappé de justesse au rapt organisé par le comte de Blois et de Champagne, qui se serait bien vu devenir duc d’Aquitaine, Aliénor convole avec le jeune Henri Plantagenêt. Fils de Mathilde l’Emperesse, qui a disputé la couronne d’Angleterre au roi Stephen de Blois, descendant de Guillaume le Conquérant, le jeune Plantagenêt, qui a dix ans de moins qu’elle, est comte d’Anjou, du Maine et duc de Normandie. Deux ans plus tard, il devient roi d’Angleterre. Aliénor d’Aquitaine devient reine pour la seconde fois : surtout, son mariage dessine le destin de toute une époque. La guerre de Cent Ans, qui éclate plus d’un siècle après la mort d’Aliénor, est une conséquence directe de ce mariage qui apporte dans sa corbeille les terres d’Aquitaine. Ces opulents territoires deviennent anglais, jusqu’à leur retour dans le giron français en 1453. Avec Henri II, Aliénor aura les fils qu’elle n’a pas pu donner au roi de France. Leurs filles feront de beaux mariages : Mathilde épousera le duc de Saxe et de Bavière, Aliénor devient reine de Castille par son mariage avec Alphonse VIII (elle sera la mère de Blanche de Castille), Jeanne sera reine de Sicile puis comtesse de Toulouse…surtout, elle donne naissance à des fils qui ont marqué l’Histoire et sont devenus presque légendaires. Ces fils qu’elle va pousser contre le père. Ces fils qu’elle verra disparaître, les uns après les autres : seul le benjamin, Jean, lui survivra. Cinq ans avant sa propre disparition, elle a la douleur de perdre le fils préféré, Richard, devenu roi en 1189 et pour lequel elle avait retourné ciel et terre pour le sortir de captivité quand il fut fait prisonnier par le duc d’Autriche, à son retour de croisade.

    Aliénor d'Aquitaine, l'indomptable

     

    L'une des images les plus connues d'Aliénor d'Aquitaine : son gisant polychrome, à Fontevraud, qui repose près de ceux de son époux et de son fils Richard Coeur de Lion. La reine tient un livre entre les mains, symbole de la connaissance

    Richard donc, qui se fait narrateur dans ce roman polyphonique, Richard qui se dépouille de son manteau de roi pour ne rester qu’un homme, un homme qui se raconte et raconte sa mère, figure imposante et même écrasante, à laquelle il voue un amour sans bornes qu’il ne pourra jamais exprimer. Drame d’une vie, drame malheureusement intemporel et universel.
    La Révolte est un roman qui s’appuie sur une trame historique avérée : la lutte entre les trop semblables Aliénor et Henri, qui se choisissent puis se déchirent, est vraie. La captivité de la reine, sévèrement mise au pas par son époux, est vraie aussi. La relation adultère d’Henri II, menée au vu et au su de tous, avec la belle Rosemonde Clifford (la Fair Rosamund de Waterhouse), est tout aussi authentique. Clara Dupont-Monod déroule un contexte historique bien maîtrisé, même si elle prend quelques libertés avec lui (libertés expliquées en fin de volume et qui sont de toute façon suffisamment subtiles pour qu’on ne les remarque pas). Et pourtant…je n’ai pas eu l’impression de lire un roman historique. Un peu comme dans le roman de Carole Martinez, Du domaine des murmures, on a l’impression que l’Histoire est là surtout pour supporter un propos bien plus vaste. Ce que raconte Richard Cœur de Lion et tous les autres narrateurs (Aliénor elle-même, Henri II, Aélis de France, la fille du roi Louis VII) n’est pas inhérent au XIIème siècle. Ce qu’ils racontent, c’est une histoire humaine dans laquelle nous pouvons tous nous retrouver. Les mots de Clara Dupont-Monod peuvent nous parler à tous. Richard, ce peut être vous, ce peut être moi. Aliénor peut être n’importe quelle mère : mère aimante, mère omnisciente, mère toute-puissante, mère écrasante aussi. Une mère qui ne sait pas dire ses sentiments, peut-être parce que l’époque ne s’y prête pas, peut-être parce qu’elle est faite comme ça et n’y arrive pas. Drame des enfants, alors, qui attendent et ne reçoivent pas ou trop peu.
    La Révolte oscille sans cesse entre Histoire (avec un grand H) et contemporanéité : Histoire parce que le roman est fermement ancré dans son époque. Mais la contemporanéité se retrouve dans l’analyse des sentiments, des émotionscontemporanéité des mots, aussi, qui sont bien ceux de notre époque. C’est pour cela qu’on a du mal à se situer dans ce roman : que lit-on exactement ? Voilà une question qui revient très souvent au cours de la lecture, du moins qui est revenue très souvent, en ce qui me concerne. Souvent, je me suis aussi demandé si les personnages que je voyais évoluer sur les pages de La Révolte auraient réellement réagi comme cela ? Probablement, non. Réagissait-on au XIIème siècle comme neuf-cents ans plus tard ? Probablement, non. Mais que des sentiments humains aient transcendé les époques parce que, justement, ils sont profondément humains, pourquoi pas ? Si socialement nous sommes différents de nos ancêtres, nos cœurs le sont-ils, eux ? Parfois, je me dis que non ou du moins, je l’espère. Si la maternité est une notion sociale, elle est aussi instinctive : certes, au Moyen Âge comme dans les siècles qui suivent, on ne s’attache pas aux enfants parce que peu d’entre eux parviennent à l’âge adulte. La mortalité infantile est particulièrement forte, tant dans le peuple que dans les hautes sphères : une fièvre, une maladie, une poussée dentaire qui se passe mal et un enfant peut disparaître en quelques jours, voire quelques heures et on ne parle pas de l'épreuve de la naissance, qui peut coûter la vie à l'enfant somme à sa mère. Pour autant, est-ce que toutes les mères de l’Histoire ont été indifférentes ? Certainement que non. L'image d'Aliénor d'Aquitaine en mère toute-puissante, adulée en silence par ses enfants, les aimant elle aussi sans savoir le leur dire, m'a plu. Je ne sais pas si elle est un reflet de la réalité et bien malin celui qui pourra dire avec certitude, en 2021, ce qu'était l'âme de cette femme morte depuis presque 820 ans. Mais ce qu'en fait Clara Dupont-Monod est cohérent.
    Il m'a manqué quelque chose pour pleinement aimer ce roman : je ne saurais vous dire quoi... peut-être les premiers chapitres que j'ai eu du mal à m'approprier. J'ai cependant savouré les mots de l'auteure et eu le sentiment de lire un OVNI, un roman hors-normes et un peu déroutant qui m'a cependant beaucoup plu par beaucoup de ses aspects.

                                          Henry's wife was one of England's most famous queens, Eleanor of Aquitaine.  | Eleanor of aquitaine, Queen eleanor, Art  Richard Cœur de Lion, le roi pressé - Histoire de la Normandie

    Visions romantiques d'Aliénor et de son fils préféré, Richard Coeur de Lion par deux artistes du XIXème siècle : The Accolade (L'Adoubement) de Edmund Blair Leighton et un portrait du roi Richard Ier par Merry-Joseph Blondel, conservé à la galerie des Batailles du château de Versailles 

     

     

    En Bref :

    Les + : le style, très contemporain, qui raconte presque comme une légende un pan très ancien de l'Histoire. Sous la plume de Clara Dupont-Monod, le XIIème siècle devient presque un siècle d'or, à demi-légendaire.
    Les - :
    les premiers chapitres nous jettent immédiatement dans l'univers, presque sans préparation. J'ai eu du mal à me les approprier : il s'agit d'un sentiment purement subjectif et personnel.


    La Révolte ; Clara Dupont-Monod

     Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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