• La Saga des Médicis, tome 1, Contessina ; Sarah Frydman

    « Donnez-lui un peu de pouvoir et les moyens d'exercer ce pouvoir, et l'homme se révèle aussitôt la pire des bêtes féroces. »

    La Saga des Médicis, tome 1, Contessina ; Sarah Frydman

    Publié en 2005

    Editions Le Livre de Poche

    380 pages

    Premier tome de la saga La Saga des Médicis

     

    Résumé :

    Corruption, assassinat, pouvoir, passion : tels sont les maîtres mots de l'histoire légendaire de Cosimo de Médicis et de sa descendance. Son histoire est aussi celle de la République de Florence, de son évolution artistique, politique, industrielle et commerciale alors quelle dominait l'Europe des XIVe et XVe siècles.
    Mais, au-delà des intrigues, des alliances et des manipulations politiques, Contessina est l'histoire dun amour, celui de Cosimo pour Contessina de Bardi, la première de ces femmes hors du commun à avoir joué un rôle essentiel dans le destin des Médicis.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1414, à Florence, la petite Contessina de Bardi, issue du parti des nobles, est marié à Cosimo de Médicis, un simple marchand mais dont la famille est riche, très riche et promise à une ascension rapide et imminente. Contre toute attente, la jeune fille va s'attacher à son mari, comme lui-même d'ailleurs. Ils auront des enfants et seront le terreau de cette grande famille, commerçante d'origine, qui, deux cents ans plus tard, aura donné deux reines à la France et des papes à la Chrétienté. 
    La saga des Médicis, de Sarah Frydman, court sur près de cent ans et s'achève à la fin du XVème siècle, quand les feux de la Renaissance italienne commencent déjà à ternir sous la violence des prêches du moine Savonarole...mais, au début du siècle, alors que l'Europe est encore engluée dans le Moyen Âge, que la France et l'Angleterre se déchirent, l'Italie, morcelée en diverses petites principautés, connaît déjà un souffle nouveau qui la hisse doucement au-dessus de tous ses puissants voisins. La peinture, la scultpure, l'architecture même, connaissent dans le pays un essor encore inconnu ailleurs. C'est l'époque de la construction du dôme de Santa Maria dei Fiori, par Brunelleschi. L'influence de Giotto, fameux peintre du siècle précédent, crée une sorte d'émulation qui verra naître des talents : Donatello, Michelozzo, contemporains de Cosimo de Médicis, et, plus tard, Michel-Ange, Botticceli, Masaccio, Lippi...l'Italie est en effervescence et s'apprête à diffuser sur l'Europe une vague d'humanisme qui connaîtra notamment son apogée au XVIème siècle quand les arts seront portés à leur plus suprême génie par de grands noms tels Léonard de Vinci.
    Mais au début du XVème siècle, les Médicis ne sont pas encore une grande famille qui se confond progressivement aux nobles...Non, au contraire, même...descendants de médecins -dont ils ont hérité les besants comme armoiries, censés représentés des pilules et leur nom également, Medici-, commerçants et banquiers avisés, ils n'en sont pas moins soumis aux mépris des grands de la Seigneurie, les Albizzi, les Bardi, les Cavalcanti, de noble naissance et qui considèrent les Médicis avec mépris. Le mariage même de la petite Bardi avec Cosimo est en fait une machination de sa mère, bien déterminée à se venger de la famille. Et pourtant, dans la République qu'est Florence, le parti des nobles ne pourra rien, bientôt, contre la bonne étoile qui protège les Médicis et leur permet, d'année en année, de devenir de plus en plus puissants. L'argent, plus puissant que le nom, permet aux Médicis d'acheter, de se créer une clientèle partout en Europe. Les draps se confondent avec les armes et transitent partout en Europe après avoir un temps reposé dans les comptoirs de la famille. Les Médicis sont en passe de devenir inévitables, au grand dam bien sûr, des nobles qui cherchent à les faire tomber.
    C'est cette histoire fasicnante et exceptionnelle que Sarah Frydman se propose de nous raconter dans sa trilogie. Il ne s'agit pas pour moi d'une découverte mais bien d'une relecture : j'ai lu cette saga une première fois il y'a sept ans, en 2009 et j'ai été déçue. Pour autant, parce que le contexte historique m'intéressait et que la famille des Médicis a quelque chose d'infiniment attirant, j'ai décidé de lui laisser une seconde chance et de tenter une seconde lecture. Et effectivement, en sept ans, je me rends compte que mes capacités et mes réflexes ont changé. Je ne lis plus de la même manière, mais avec beaucoup plus d'attention et de finesse, parce qu'à force de lire mais aussi de parler ensuite de mes lectures sur ce blog et de livrer ainsi mon ressenti, j'ai appris à appréhender différemment mes lectures et sous un prisme différent de celui de la simple lecture-plaisir. Bien sûr que la lecture doit être un plaisir avant tout et non pas une contrainte !! Mais il est aussi intéressant, je pense, pendant qu'on lit, de garder son esprit critique ouvert et aiguisé et de relever tout ce qui nous interpelle, que ce soit en bien ou mal.

    Cosimo de Médicis (Cosme l'Ancien) peint par Jacopo Pontormo (1518)


    La première chose qui m'a sautée aux yeux et qui m'avait plus ou moins échappé lors de ma première lecture, c'est la complexité et la profondeur de l'histoire d'amour qui unit Cosimo et Contessina, séparés pourtant par dix années, mais qui s'aimeront toute leur vie sans se l'avouer. Bien sûr, des mariages arrangés qui aboutissent à une réelle et sincère histoire d'amour, cela s'est vu au cours des siècles. Et pourtant, celle de Cosimo de Médicis et Contessina de Bardi a quelque chose de particulier, c'est que ces deux êtres s'aimeront toujours en restant persuadés que l'autre ne les aime pas...Cosimo parce qu'il est laid et que Contessina est belle, sera toujours convaincu que son épouse n'éprouve pour lui que pitié et vivra dans la crainte constante qu'elle ne le dédaigne pour un autre et prenne un amant. Contessina, parce qu'elle admire l'esprit acéré et parfois retors mais ô combien d'aplomb de son époux, se sent moins intelligente, moins forte que lui, développe alors en quelque sorte un complexe d'infériorité qui la conduit à songer qu'un être aussi intelligent que Cosimo, qui parvient à tenir entre ses mains des personnages comme le pape ou de grands nobles européens, ne peut aimer une petite chose insignifiante comme elle, élevée à l'écart du monde dans un couvent et qui ne peut, par l'éducation qu'elle a reçue, rivaliser avec lui. Drame de ces deux êtres qui vivront des années l'un à côté de l'autre dans la souffrance de se croire mal aimés alors qu'ils sont tout pour l'autre.
    L'autre histoire d'amour, que j'avais peut-être plus perçue lors de ma première lecture mais qui était restée survolée également, c'est celle de Lorenzo, le cadet de Cosimo et de Ginevera Cavalcanti : si le drame de son aîné aura été d'être aimé de sa femme mais de se persuader qu'il ne l'est pas, celui de Lorenzo est assurément de se consumer d'amour pour une femme sotte et coquette qui ne l'aime pas et même le méprise ouvertement, parce qu'elle est née, et pas lui. Lorenzo de Médicis, le frère malheureux de Cosimo, personnifie en quelque sorte et en opposition à son frère, cet aspect de l'amour, destructeur et douloureux, qui existe aussi bien sûr, mais que l'on aurait tendance à occulter pour ne voir que le côte positif et heureux de l'amour. Lorenzo qui, dans son amour fou et dévorant pour une femme qui ne le mérite pas, en viendra à la haïr tout en l'aimant comme un fou.
    C'est pourquoi je ne suis pas vraiment d'accord avec les avis que j'ai lus ici ou là et qui assimilent les romances évoquées dans le roman à des romances à l'eau-de-rose type Harlequin. Elles ont une profondeur et une teneur qui les empêchent, à mon avis, de tomber dans la mièvrerie.
    Pour autant, le roman n'est pas parfait et, si je l'ai peut-être plus apprécié à sa juste valeur que la première fois, je n'ai pas été transportée par le style. Le roman est assis sur des bases solides, des recherches qui transparaissent de façon évidente au fil du récit -on sent que l'auteure s'est renseigné sur le mode de gouvernement de Florence au début du XVème siècle, sur les différentes familles qui comptaient à l'époque, les liens qui les unissaient entre elles etc...-, bien documenté, mais le style ne m'a pas vraiment séduite. J'ai cependant aimé les personnages, tous bien maîtrisés. Sarah Frydman a réussi à s'approprier des personnages historiques qui donc, par essence, ont existé. Mais les limites que ces personnages posent aux romanciers ont été aisément surmontés par l'auteure : elle parvient à les rendre étonnamment modernes, proches de nous, par leurs aspirations, leurs joies et leurs peines, tout en les inscrivant malgré tout avec justesse dans leur contexte historique.
    Enfin, le dernier bémol que je soulèverais est la chronologie plutôt confuse qui m'a un peu perdue et que je n'avais pas relevée non plus lors de ma première lecture. Eh oui, il y'a sept ans, je n'étais pas aussi attentive -on pourrait dire pointilleuse- aux petits détails...Quoi qu'il en soit, laissez-moi vous exposer un peu mon problème : l'histoire démarre en 1414 et, à cette date, Adriana de Bardi, la mère de Contessina, qui va marier sa fille, se laisse aller à des souvenirs de jeunesse...il est dit que, trente ans auparavant, elle avait quinze ans et a connu une histoire d'amour passionnelle et destructrice avec Giovanni de Médicis, son aîné de dix ans. Cela veut dire qu'en 1384, Adriana avait quatorze ou quinze ans, ce qui l'a fait naître aux alentours de 1369-1370. Giovanni de Médicis serait donc né vers 1359-1360, ce qui colle avec les dates que l'on peut trouver en faisant quelques recherches sur les Médicis. Mais en 1427, il est dit qu'Adriana a 64 ans, ce qui la ferait naître finalement en 1363...elle n'aurait donc plus dix ans d'écart avec son ancien amant mais surtout, pas quinze ans au moment de leur idylle ! ! Quant à Contessina, deux dates de naissance existent, à dix ans d'intervalle : 1390 et 1400...l'auteure a tranché et choisi la seconde. Il est vrai que pour une époque aussi lointaine, des doutes bien légitimes peuvent persister quant aux dates, notamment les dates de naissance mais, en ce qui concerne la chronologie d'Adriana de Bardi, il me semble qu'il y'a là, plus qu'un doute sur ses dates véritables, une réelle incohérence. C'est dommage, mais ce n'est pas catastrophique non plus.
    Bref, je ressors de cette lecture pas hyper séduite, pas déçue non plus, en tous cas, pas aussi déçue que la première fois. Contessina est un roman peut-être un peu inégal, avec des défauts mais aussi de vraies qualités qui compensent. Une saga historique qui déroule sous nos yeux de belles images, c'est le principal ! !

    Contessina de Bardi, par Cristofano dell'Altissimo (portrait posthume du milieu du XVIème siècle)

     

     

    En Bref :

    Les + : des personnages incisifs et bien travaillés, presque ciselés pour certains, un contexte historique riche et effervescent, bien rendu.
    Les - : un style qui, par moments, ne me séduisait pas, une chronologie un peu confuse. 


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 25 Mars 2016 à 16:36

    J'ai toujours trouvé fascinante l'histoire des Médicis... C'est bien que tu aies su redonner une seconde chance à ce livre, surtout si ton avis s'est amélioré malgré quelques défauts. Comptes-tu relire la suite ?

      • Vendredi 25 Mars 2016 à 17:01

        Ca faisait un petit moment que j'avais envie de relire cette saga... ^^ Et comme rien ne me tentait dans ma PAL pour l'instant, je me suis dit, allez, pourquoi pas relire La Saga des Médicis ? ? 

        Finalement je ne regrette pas, parce que j'ai effectivement trouvé des qualités à ce premier tome que je n'avais absolument pas perçues lors de ma première lecture ! Comme je le dis dans ma chronique, je crois que, en sept ans, le coup d'oeil s'affine ! ! smile

        Sinon, pour te répondre, oui, je compte bien relire la suite aussi et j'ai d'ailleurs commencé le tome 2, Le Lys de Florence, qui sera bien sûr chroniqué lui aussi sur le blog ! ! cool

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