• La Saga des Médicis, tome 3, Lorenzo ou la Fin des Médicis ; Sarah Frydman

    « Tu pleures ? C'est bien. Il faut bien que tu pleures. Il faut que quelqu'un pleure puisque moi je ne le puis... »

    La Saga des Médicis, tome 3, Lorenzo ou la Fin des Médicis ; Sarah Frydman

    Publié en 2006

    Editions Le Livre de Poche

    602 pages

    Troisième tome de la saga La Saga des Médicis

     

    Résumé :

    Suite et fin de la grande saga des Médicis, dont Contessina et Le Lys de Florence, les deux premiers volumes, ont connu un très grand succès, Lorenzo met à nouveau en scène une Florence plus florissante que jamais, berceau des arts et des lettres, enviée de tous les autres Etats, où se déroulent fêtes somptueuses mais aussi conspirations de clans rivaux attisées par Rome et ses papes dépravés. Lorenzo, « le Magnifique », en est le chef, l’âme et l’intelligence, mais le destin du plus illustre des Médicis a aussi son versant sombre, fragile et tourmenté : son amour d’enfant puis d’adolescent pour Lucrezia Donati, d’une vieille famille florentine ruinée, qu’il sacrifiera pour raison d’Etat, le poursuivra toute sa vie et nourrira sa poésie.
    Sarah Frydman, dans Lorenzo ou la fin des Médicis, retrace avec passion et clairvoyance les derniers feux de cette Renaissance italienne tumultueuse et prolifique ; déjà s’annoncent l’obscurantisme et l’Inquisition avec l’entrée dans Florence du moine Savonarole.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Après s'être intéressée aux destins des premiers Médicis dans Contessina et Le Lys de Florence, Sarah Frydman s'attaque à un personnage dont l'aura a dépassé les frontières de l'Italie : il s'agit de Lorenzo, connu en France sous le nom de Laurent le Magnifique, le fils de Lucrezia Tornabuoni et Piero de Médicis, petit-fils du fameux Cosimo le Vieux, dont il a hérité bien des traits de caractère. Homme laid mais puissamment magnétique, à l'intelligence prodigieuse, philosophe dans l'âme, il est l'un des fers de lance de l'émulation artistique et culturelle qui caractérise le XVème siècle italien et, plus particulièrement, le XVème siècle florentin. Mécène de Michel-Ange et de Botticcelli, il était aussi l'ami de grands humanistes tels que Pic de la Mirandole, Marsile Ficin, digne héritier en cela des érudits qui avaient, depuis longtemps, émaillé chaque génération de la famille des Médicis. Parvenus, peut-être, détenteurs d'une fortune qui pouvait choquer, en une époque où les classes sociales avaient une importance non négligeable, même dans une république comme Florence, c'est à force de ténacité et d'intelligence, que, de marchands et de banquiers, ils ont pu se hisser sur la plus haute marche et tenir la dragée haute à des nobles de naissance mais corrompus de l'intérieur et bien plus indignes, finalement, que ces descendants de médecins dont ils portaient encore le nom, plusieurs siècles plus tard...Lorenzo de Médicis n'était pas né noble, mais ses descendantes lointaines, Catherine et Marie, seront reines de France et nos derniers souverains, au XIXème, descendaient donc, par là même, un petit peu des Médicis...et bien d'autres familles européennes ont, assurément, un peu de ce sang roturier dans leurs veines. Sang roturier peut-être, mais ô combien estimable, car il est l'incarnation même du savoir et de l'intellect, porté à son plus haut niveau. Le règne de Lorenzo de Médicis coïncide assurément avec l'âge d'or de Florence et si son grand-père en fut l'initiateur, il poursuivit son oeuvre après l'intermède rapide du règne de son père, Piero, dit Le Goutteux, qui, en mauvaise santé, délégua rapidement les affaires à ses conseillers et à son fils. Mais la fin de sa vie sera aussi parallèle au lent déclin de cette Renaissance flamboyante mais aussi rapide qu'un feu de paille et qui s'essouffle déjà dès les années 1480...ce sera l'époque de Savonarole et de ses prêches illuminés dans les églises florentines, qui succède à la tragédie qui a déjà endeuillé les Médicis, en 1478 : la conjuration des Pazzi, qui verra la mort de Giuliano, le frère de Lorenzo. Très certainement téléguidé par la sinistre Inquisition espagnole, qui se mettait dangereusement en place dans un royaume que les Rois Catholiques réunifiaient à grand peine et récupéraient, parcelle après parcelle, aux musulmans du sud, et qui menaçait l'Europe entière, le moine de Ferrare s'oppose violemment aux Médicis, taxant Lorenzo le Magnifique de tyrannie et conduira, par ses diatribes enflammées, à ces bûchers de Florence, ces bûchers des vanités qui virent flamber des trésors inestimables, tableaux, sculptures et livres qui disparurent irrévocablement, la fanatisme obscur de l'Eglise triomphant du Beau et du Savoir. Et, hasard le plus complet, Lorenzo de Médicis mourut en 1492, l'année même de la prise de Grenade et de la découverte des Amériques par Christophe Colomb, qui allait ouvrir une nouvelle page de notre ère et bouleverser le monde à jamais. Dernier représentant de l'Ancien monde, si on peut dire, Le Magnifique fermera les yeux et ne verra jamais le Nouveau qui n'aurait sûrement pas manqué d'intéresser un érudit comme lui. La Renaissance italienne, à Florence, se termine dans le chaos et dans la noirceur fanatique des moines embrigadés qui apportaient dans leur bure des relents des temps anciens, et tourne déjà les yeux vers le nord de l'Europe, vers la France, vers les Provinces-Unies, vers l'Empire, l'Angleterre, où elle va s'épanouir pendant un siècle encore, de manière différente,
    mais sans renier pour autant ses racines italiennes, tandis que la péninsule va replonger dans des spasmes politiques violents qui vont l'empêcher de se développer et de se mettre au même rang que les puissances émergentes, en ce début d'époque moderne. En cela, on peut dire effectivement qu'avec la mort de Lorenzo, c'est aussi la fin des Médicis qui s'opère.

    Lorenzo de Médicis par Girolamo Macchietti (XVIème siècle)


    Lorenzo ou la Fin des Médicis, c'est aussi, comme dans les deux premiers tomes, l'évocation d'une romance, qui sert en quelque sorte de colonne vertébrale au récit et autour de laquelle l'auteure brode ensuite une intrigue mâtinée de politique et de diplomatie. Si, dans le premier tome, nous avons vu naître l'histoire d'amour des aïeux, Cosimo et Contessina, mariés de force mais qui parvinrent, malgré une incompréhension mutuelle, à s'aimer pendant de nombreuses années, dans le second, c'est l'intrigue sentimentale de Lucrezia Tornabuoni, la propre mère de Lorenzo et de son amant le comte Vernio de Bardi, qui occupera la plus grande place. Et, dans celui-ci, Sarah Frydman nous relate les amours adolescentes de Lorenzo de Médicis avec la belle Lucrezia Donati, qu'il ne pourra épouser, pour des raisons qui le dépassent -raisons familiales, raison d'Etat-, mais qui restera à jamais son grand amour et la femme qu'il aima toute sa vie, malgré sa prestigieuse union avec une princesse romaine, riche mais sans séduction, la princesse Clarissa Orsini. Amis d'enfance, les petits Médicis et les petits Donati seront séparés, à l'âge adulte, par des antagonismes qui les dépassent, dans leur candeur juvénile, mais qui finiront par les éloigner irrévocablement. Chacun se mariera, aura des enfants de son côté, sans s'oublier pour autant. Mais l'histoire d'amour passionnée qui unit Lorenzo de Médicis à Lucrezia a été immortalisée par les mémoires que le grand homme écrivit mais aussi par les nombreux poèmes -de qualité, d'ailleurs- qu'il laissa à la postérité et qui, dans la veine de Pétrarque vantant la beauté de Laure, fêtent la beauté de Lucrezia Donati.
    Roman de qualité, avec un contexte historique bien amené mais qui présente aussi des lacunes et donc, une marge de liberté pour le romancier, que Sarah Frydman exploite avec justesse, Lorenzo ou la Fin des Médicis clôt plutôt bien la saga. Plus mélancolique, plus centré sur la réflexion intérieure et les raisonnements intimes des personnages, il préfigure, quasiment dès le début, cette fin inéluctable de la grandeur des Médicis et, avec elle, celle de Florence. Avec un peu de mélancolie, on voit disparaître les uns après les autres les personnages qui ont formé le maillon de cette chaîne solide que représentait la lignée Médicis au XVème siècle et les bouleversements qui se profilent au loin avec, dans leur sillage, une montée grandissante des périls, qui trouvera son point d'orgue dans l'assassinat horrible du plus jeune des Médicis pendant les Pâques de l'année 1478 puis la mainmise de l'Inquisition sur Florence, par le biais de Savonarole.
    Pas gênée du tout par les libertés prises par l'auteure et que j'explique un peu plus haut, je l'ai plus été par le style, un peu inégal. Certains chapitres sont bien construits, avec une réelle qualité narrative et d'autres plus lourds. De même pour les dialogues, particulièrement ciselés pour certains, avec une réflexion profonde et juste et qui font naître une véritable émotion chez le lecteur et d'autres qui m'ont un peu dérangée par leur tournure. Dommage aussi qu'il n'y ait pas de bibliographie en fin d'ouvrage ni même d'explications des parti-pris de l'auteure en fin d'ouvrage mais gros point positif, la présence dans le récit de citations historiques authentiques, d'extraits des mémoires et des poèmes de Lorenzo de Médicis qui donnent encore une autre teneur au roman.
    Finalement après une lecture en demi-teinte la première fois, j'ai beaucoup plus apprécié cette relecture. Je l'ai presque complètement découverte, ne m'en souvenant absolument pas ! ! Si les deux premiers tomes m'avaient laissé quelques souvenirs ce n'était absolument pas le cas pour cet ultime tome. Du coup je l'ai lu comme un roman que j'aurais découvert pour la première fois, en essayant au maximum d'occulter les a priori un peu négatifs qui me restait de ma première lecture, il y'a sept ans, et ça a marché. Bon, je ne vais pas vous mentir, ça n'a pas été un coup de cœur et j'ai vu quand même des petits défauts qui m'ont gênée, mais, comme pour les deux premiers tomes, j'ai un peu mieux apprécié les qualités de la saga qui contrebalancent finalement assez bien ses défauts. Un roman parfait, ça n'existe pas...ou très peu...sur un roman historique, on a les écueils réguliers de l'anachronisme, de la faute historique qui va piquer les yeux...ça arrive...ça ne veut pas dire pour autant que le roman sera nul et il aura forcément des aspects positifs qui rattraperont quelque peu les points un peu plus décevants.
    La Saga des Médicis est finalement une saga inégale mais assez positive quand même !!! Une bonne saga historique qu'on verrait bien en série ou en film, la Renaissance étant une période très visuelle et qui rend toujours bien à l'écran. Et une série sur les Médicis, ça pourrait vraiment le faire !! Finalement, ces trois romans sont intéressants, chacun à leur manière et enrichissants malgré quelques erreurs.

    En Bref :

    Les + : un roman un peu plus centré sur la politique et le contexte historique ; une réflexion humaine et universelle qui parle à tous.
    Les - : quelques anachronismes, des passages un peu lourds.


    Tags Tags : , , ,
  • Commentaires

    1
    Vendredi 15 Avril 2016 à 08:30

    L'obscurantisme et le fanatisme, les deux plaies de ce monde... Quand on commence par organiser des grands bûchers de vanité, on peut se dire que l'humanité se prépare à vivre des heures éminemment sombres... En tout cas, brûler des livres m'a toujours paru une hérésie effarante...

    Comme toi, j'aimerais bien qu'une série sur les Médicis voie le jour, il y aurait tellement à raconter !!

      • Vendredi 15 Avril 2016 à 19:40

        Justement, j'ai lu hier un petit encart sur une série qui vient de sortir et qui s'intitule The Medici : Masters of Florence. Je ne sais pas du tout si elle va être diffusée en France mais voilà, la série existe ! ! sarcastic Et du coup, j'ai été très surprise parce que je me disais justement que, oui, ça serait bien de voir le destin des Médicis dans une grande fresque visuelle ! ! On m'a exaucée ! ! winktongue

        J'avoue que je suis curieuse, ça serait sympa si cette série était diffusée en France aussi ! ! 

         

        Sinon je ne peux qu'être d'accord avec toi...brûler des livres c'est un crime et c'est Lorenzo de Médicis lui-même qui le dit...et quand on pense que ces comportements venaient de gens d'Eglise justement censés transmettre savoir et culture, ça fait peur...malheureusement je crois que, tant qu'il y'aura des hommes, le fanatisme et l'obscurantisme ne disparaîtront pas, au contraire...j'ai d'ailleurs été frappée par le côté très contemporain des romans de Sarah Frydman, qui met dans la bouche de ses personnages des réflexions qui peuvent avoir un écho très fort par rapport à ce que l'on vit actuellement...

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :