• Lady Louise ; Joël Raguénès

    « La virginité était le seul trésor dont disposait une fille et il était hors de question de le brader lorsque, comme elle, on n'avait guère d'espérances. »

     

     

     

     

         Publié en 2006

      Editions JC Lattès

      564 pages

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Fille d'un hobereau breton ruiné et destinée au couvent, Louise de Keroual rencontre l'année de ses dix-huit ans un homme qui va changer sa vie, le duc de Beaufort. Ébloui par sa beauté, le duc la prend sous son aile et l'introduit à la Cour de France où elle devient demoiselle d'honneur de Madame, la duchesse d'Orléans, qui espère réussir à faire de la jeune fille la maîtresse du Roi. Mais Louis XIV est déjà sous l'emprise de la marquise de Montespan. Qu'importe ! Madame est aussi la sœur de Charles II Stuart. 
    A la Cour d'Angleterre, Louise va vite conquérir le cœur de Charles. Elle lui donne bientôt un fils, devient duchesse de Portsmouth et favorite royale. 
    Surmontant tous les obstacles et écartant ses rivales, elle parvient, à force de volonté, de courage et d'intelligence, à conserver l'affection du roi Charles et à en faire un allié fidèle de la France. Mais à quel prix ! 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Quel destin que celui de cette jeune femme, que rien ne destinait à la faveur royale qu'elle connaîtra pendant près de quinze ans !
    Car Louise de Keroual, dans sa jeunesse, n'est que la fille aînée d'un hobereau breton impécunieux, comme il y'en a tant. Faute d'argent, son père la destine au couvent. C'est sans compter sur l'amitié de Guillaume de Keroual avec un cousin du roi, François de Beaufort, qui rencontre Louise adolescente : c'est une beauté et le duc pressent aussitôt qu'elle pourrait connaître une belle ascension à la Cour de France. C'est donc nantie de sa seule beauté comme viatique que la jeune Louise débarque à Paris au milieu des années 1660 et se fait une place dans la maison de Madame, Henriette d'Angleterre, la belle-sœur de Louis XIV. Madame qu'elle accompagnera en Angleterre, en qualité de dame d'honneur, lors des tractations pour le traité de Douvres, en 1670. C'est à cette occasion que le roi Charles II, le frère d'Henriette, rencontre et remarque la belle Louise. Dès lors, il ne l'oubliera jamais et scelle son destin : pendant près de quinze ans, Louise de Keroual sera une favorite royale indéboulonnable, malgré les autres maîtresses du roi (Barbara de Cleveland, duchesse de Castelmaine, Nelly Gwynn ou encore, Hortense Mancini, l'une des nièces de Mazarin), malgré l'adversité, malgré sa nationalité et sa religion dans une Angleterre en proie à l'agitation, profondément anti-catholique et francophobe. Titrée duchesse de Portsmouth, mère d'un fils, Charles Lennox, duc de Richmond, Louise de Keroual, destinée à être oublier par l'Histoire, la marque pourtant, à l'instar d'une madame de Pompadour, pour sa place spéciale auprès d'un souverain. Aujourd'hui encore, son sang coule dans les veines des héritiers d'Elizabeth II, puisque le futur roi, le prince William, descend de Louise de Keroual par sa mère, lady Diana Spencer, dont le duc de Richmond était un ancêtre.
    Louise de Keroual n'a pas été qu'une favorite royale qui réussit l'exploit de conserver l'oreille, la confiance et même la tendresse d'un roi pendant près de quinze ans. Elle fut aussi un agent du pouvoir français en Angleterre, des années 1670 aux années 1680. Présentée parfois comme une espionne de Louis XIV outre-Manche, elle œuvra surtout, souvent de concert avec Charles II, à un rapprochement entre les deux pays. Fine, intelligente malgré un manque de culture flagrant, dû probablement à une éducation négligée dans son enfance et sa jeunesse, Louise de Keroual saura tirer son épingle du jeu, comme madame de Pompadour le fera elle aussi une soixantaine d'années plus tard. Comme toutes les favorites, elle sera fêtée et adulée par certains (souvent ceux qui y ont un intérêt), détestée par d'autres. Elle aura surtout, par sa longévité exceptionnelle dans une position souvent fugace et son statut particulier d'agent d'un pouvoir auprès d'un autre, occupé une place inédite dans un siècle où, hormis les régentes et les reines, les femmes n'ont pas souvent l'occasion de se distinguer.

    Louise de Keroual était réputée pour sa grande beauté, immortalisée ici par Peter Lely en 1671


    J'ai mis du temps à lire ce roman parce que, honnêtement, il ne m'a pas toujours captivée. Mais je dois reconnaître qu'il est bien documenté, qu'il mélange habilement le vrai et la légende (je crois d'ailleurs qu'une petite explication aurait été nécessaire en fin d'ouvrage pour démêler le vrai et de ce qui relève plutôt du romanesque, à commencer par la filiation de Louis XIV qui aujourd'hui ne fait aucun doute) et que le contexte politique et religieux de l'Angleterre en ce XVIIème siècle est bien restitué : alors que sur le continent, Louis XIV fait de son royaume une puissance guerrière et glorieuse, notamment grâce aux arts et à la culture, l'Angleterre des Stuarts est déchirée par des conflits internes qui rappellent les guerres de Religion. Charles II, l'amant de Louise, n'est autre que le fils de ce Charles Ier, immortalisé par Philippe de Champaigne, qui sera confronté à une révolution, dans les années 1640 et sera exécuté en janvier 1649, exécution qui dispersera en Europe ses descendants (sa veuve et ses enfants trouveront notamment refuge en France, auprès d'Anne d'Autriche et Louis XIV). Dans un pays profondément anglican qui a, depuis Henry VIII, glissé progressivement vers la Réforme, la dynastie des Stuarts, d'obédience catholique connaît des années chaotiques, où transiger devient le maître mot. Dans ce contexte, Louise sera un excellent agent de liaison entre l'Angleterre de Charles II et la France de Louis XIV, qui, malgré la méfiance de l'Angleterre, soutient les Stuarts, tout en entretenant une certaine agitation en Angleterre, la divisant au final pour mieux régner.
    C'est riche, c'est dense, parfois, malgré tout, c'est un peu plat. J'ai eu l'impression par moments de ne pas avancer, de faire du sur-place, alors qu'à d'autres, j'avançais bien... j'avoue que la description fine du contexte anglais à l'époque m'a peut-être empêchée de lire aussi vite que je ne le fais d'habitude, parce qu'il est assez complexe et qu'il demande un peu de temps avant d'être assimilé.
    Moi qui aime aussi beaucoup les romans historiques des éditions JC Lattès, j'ai été un peu déçue de voir que de nombreuses coquilles sont passées au travers des corrections. En soi, cela n'enlève rien à la qualité du récit, c'est certain. Malgré tout, ça m'a gênée un petit peu.
    Dans l'ensemble, c'est quand même un bon roman : ce n'est pas souvent que l'Angleterre du XVIIème siècle est représentée dans les romans historiques français, c'était donc plutôt sympa de changer un peu de lieux et de quitter Paris et Versailles pour Londres, Windsor et Newmarket. J'ai passé un bon moment même si j'ai parfois eu l'impression de stagner un peu dans ma lecture et que j'en ai donc ressenti un peu de lassitude. Suivre cette Louise de Keroual que j'imaginais toute douce et discrète (peut-être parce que l'Histoire n'a retenu que peu de choses d'elle), s'avère être un personnage bien plus complexe, avec une habileté politique certaine, un certain savoir-faire pour les tractations secrètes. Une amoureuse aussi, qui n'est pas dévouée qu'au roi et qui sait jouer de sa beauté, de son charme et de son corps, dans une époque paradoxalement pétrie de religion mais aussi très licencieuse. En un mot, Louise n'est pas une oie blanche et m'a plus fait penser à une Athénaïs de Montespan qu'à la douce La Vallière.
    Le XVIIème siècle est décidément une époque passionnante et qui revit vraiment sous la plume de Joël Raguénès, notamment grâce à des dialogues ciselés. A conseiller aux amateurs de romans historiques ! 

                               Charles wearing a crown and ermine-lined robe   Charles Lennox, 1st Duke of Richmond and Lennox by Sir Godfrey Kneller, Bt.jpg

    Le roi d'Angleterre Charles II et Charles Lennox, duc de Richmond, le fils qu'il eut de Louise en 1672.

    En Bref :

    Les + : le destin hors du commun d'une favorite peu connue, Louise de Keroual, aussi espionne de Louis XIV, dans un contexte historique et religieux chaotique et passionnant ! L'auteur a fait beaucoup de recherches et y appuie solidement son récit, sans pour autant résister aux sirènes de l'imagination et de la légende... 
    Les + : des longueurs, un roman un peu plat par moments, c'est dommage...et de nombreuses coquilles, qui ne sont pas imputables à l'auteur mais m'ont un peu dérangée quand même, je l'avoue.


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 15 Janvier à 17:04

    Je suis un peu sceptique avec tes remarques négatives mais comme c'est une figure que je ne connais pas, j'hésite un peu. La couverture est sublime en plus !

      • Vendredi 15 Janvier à 19:43

        Je ne voudrais pas que mon avis te fasse hésiter négativement. Ce roman a vraiment des qualités et je me demande vraiment si mon ressenti n'est pas totalement personnel : je l'ai lu à un moment où je n'étais pas spécialement bien, j'étais stressée, fatiguée par cette année qui n'en finissait pas, par le boulot bref... le mois de décembre 2020 ne restera pas franchement dans ma mémoire pour tout un tas de raisons (hors Covid parce que ça, malheureusement, c'est le lot de tous) et peut-être n'ai-je pas choisi de lire ce roman au bon moment...peut-être l'aurais-je mieux apprécié à un moment où mon esprit aurait été plus libre, moins encombré, moins fatigué, je ne sais pas...du coup, c'est vrai que j'ai eu l'impression de me traîner interminablement dans ce roman, de ne pas avancer, de faire du sur-place. Mais c'est riche, c'est dense, c'est vraiment intéressant pour peu qu'on aime le XVIIème siècle. Aborder le règne de Louis XIV à travers le prisme anglais était un parti-pris inédit mais qui a retenu mon attention, c'est certain. 

        Si jamais tu le lis, n'hésite pas à venir me dire ce que tu en auras pensé, en tout cas. happy

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