• Le Bruissement du papier et des désirs ; Sarah McCoy

    « Le monde est trop grand et trop varié pour que nous restions vissés dans une convention sociale qui ne sert plus le peuple pour lequel il a été créé. »

    Couverture Le bruissement du papier et des désirs

     

     

     Publié en 2018 aux Etats-Unis

     En 2020 en France (pour la présente édition)

     Titre original : Marilla of Green Gables

     Editions Pocket

     432 pages 

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Île du Prince-Edouard, au large du Canada, 1837. L'enfance de Marilla Cuthbert s'écoule, heureuse et paisible dans le cadre enchanteur de la campagne, avec ses parents et son frère aîné, Matthew. A la mort brutale de sa mère adorée, Marilla se jure de veiller toujours sur son père et son frère. Mais aussi sur tous ces orphelins, ces fugitifs noirs-américains qui, traqués par les chasseurs d'esclaves, débarquent sur leurs côtes. 
    Fidèle à ses principes, cette jeune femme éprise de liberté jettera toutes ses forces dans la bataille - au prix de ses désirs, au péril de sa vie... 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1837, dans la petite ville d'Avonlea sur l'île du Prince-Edouard, Marilla est une jeune fille heureuse, qui coule des jours paisibles dans la maison familiale, auprès de ses parents et de son frère aîné. Après un long hiver rigoureux, alors que le printemps revient et que Marilla goûte pour la première fois aux doux émois qui font battre le cœur, sa mère meurt brutalement en couches, la laissant seule avec son père et son frère. L'enfance de Marilla s'arrête et elle jure à sa mère qu'elle fera tout pour protéger Hugh, son père et Matthew, son frère. A à peine treize ans, Marilla prend la place de la disparue dans la maison aux Pignons Verts...
    Le temps passe, Marilla grandit, devient adulte : elle découvre la réalité de cette moitié du XIXème siècle sur le continent américain, l'esclavage encore pratiqué aux Etats-Unis, le chemin de fer clandestin qui emmène des centaines de fugitifs vers le Canada, où l'esclavage a été aboli, les orphelinats accueillant de jeunes enfants qui ont quitté l'enfer des plantations, les Etats du Sud qui menacent de faire sécession... Malgré un cadre de vie privilégié et isolé, sur une petite île au large du Canada, Marilla s'engage, au péril de sa propre sécurité, quand les chasseurs d'esclaves américains commencent à débarquer au Canada pour y traquer ceux qui se sont échappés. Marilla qui ne quitte pas la maison de son enfance, qu'elle partage avec Matthew, la maison aux Pignons Verts, Marilla qui vieillit et qui grandit avec les souvenirs des absents, des regrets, des peines mais aussi le sentiment d'avoir fait ce qu'il fallait et d'être à la bonne place.
    En achetant ce livre au printemps dernier, le résumé m'a évidemment fait penser à Anne...la maison aux Pignons Verts (Anne of Green Gables) de Lucy Maud Montgomery et à la série Anne with an E qui a eu beaucoup de succès cette année. Mais n'ayant pas lu l'un ni vu l'autre, je n'ai pas fait le rapprochement entre la Marilla de Sarah McCoy et celle de Lucy Maud Montgomery. Pour moi, l'univers de La Maison aux Pignons Verts avait peut-être servi d'inspiration pour Le Bruissement du Papier et des Désirs mais je n'avais pas compris qu'il en découlait directement, en fait. Peu importe, après tout, je me suis lancée dans ce roman avec beaucoup de curiosité : j'ai bien aimé Un goût de Cannelle et d'Espoir puis Un Parfum d'Encre et de Liberté donc pourquoi n'aimerais-je pas celui-ci ?
    On ne va pas se mentir, le début a été laborieux, je ne sais pas pourquoi mais le roman m'est souvent tombé des mains, à tel point que j'ai pensé un temps le laisser de côté et y revenir plus tard. Je ne sais pas ce que je redoutais (la mort de la mère, peut-être ?) mais je freinais des quatre fers et n'avançais pas...Et puis ce début un peu laborieux a laissé la place à un roman éclatant, lumineux, porteur d'espoir, plein de nostalgie et d'émotions diverses : j'ai soudain lu deux-cents pages d'un coup, j'ai senti que je rentrais enfin dans l'histoire, que je m'attachais à Marilla, que je trouvais ma place dans ce récit. Après m'être tombé des mains, le roman s'y est vissé, je n'ai plus réussi à le lâcher.
    Jamais coup de cœur ne sera arrivé de manière si surprenante. Oui oui, vous avez bien lu : Le Bruissement du Papier et des Désirs a été un coup de coeur alors que c'était franchement mal barré au départ. Souvent, je sens arriver le coup de coeur rapidement : ce peut être dès les premiers chapitres, les premières pages, parfois même dès les premiers mots...mon avis change rarement par la suite. Mais là, très honnêtement, je ne l'ai pas vu venir, ce coup de cœur, du coup il n'en a été que plus délectable par la suite.
    Je ne pourrais pas vous dire pourquoi ce roman m'a autant touchée, m'a autant émue : en tout cas, il a fait couler mes larmes plusieurs fois, parce que la manière dont Sarah McCoy décrit le deuil, la perte, les regrets, m'a touchée. Parce que le roman est profondément nostalgique, aussi...je ne dis pas que la nostalgie est forcément un sentiment triste, non, mais il génère une certaine émotion et j'y suis très sensible. Pour moi, la nostalgie n'est pas passéiste, au contraire, c'est un moyen de se souvenir...ça ne veut pas dire non plus qu'on regrette...c'est presque un sentiment réconfortant, des fois et c'est ce que j'ai ressenti en lisant ce roman. Se retourner sur le passé et voir ce qui a été et qui ne sera plus mais qui perdure dans les souvenirs et dans les cœurs : j'ai eu le sentiment que cette idée était au centre du récit, surtout lorsque Marilla et Matthew prennent de l'âge et je crois que c'est elle qui m'a finalement le plus émue.
    Le Bruissement du Papier et des Désirs est un roman puissant, fort, lumineux (je l'ai déjà dit, je crois mais tant pis), profondément humain. Il décrit la vie, tout simplement, qui n'est pas lisse, qui n'est pas linéaire, qui n'est pas que peines ni que joies. Marilla et Matthew ont connu des moments heureux, ils ont espéré, ils ont désespéré, ils ont ri, ils ont pleuré, ils ont regretté, ils ont laissé passer des occasions ou des opportunités, mais ils ont toujours trouvé dans leur vie et la manière de la mener une satisfaction personnelle et n'est-ce pas là le plus important ? Réussir sa vie (même si je n'aime pas forcément cette idée...et d'abord, ça veut dire quoi, réussir sa vie ?) ce n'est pas tout avoir et être heureux sans cesse : c'est s'écouter, c'est faire ce que l'on sent, c'est accepter les regrets et l'amertume dont personne n'est exempt. Ce roman peut nous parler à tous, à notre échelle : pas besoin d'avoir connu les mêmes épreuves que le frère et la soeur Cuthbert (et tant mieux d'ailleurs) pour se retrouver en eux et communier avec eux, sous la plume délicate et sensible de Sarah McCoy.
    J'ai apprécié tous les aspects de ce roman, du contexte historique que l'on retrouve en filigrane tout au long du récit (la menace de la guerre civile aux Etats-Unis, le débat au Canada entre libéraux réformistes et conservateurs, qui agite la politique du pays dans le courant des années 1840) au déroulé de la vie de Marilla et Matthew, que je découvrais, mais que les personnes ayant lu le roman de Lucy Maud Montgoremy connaissent bien. En se basant justement sur les informations distillées dans le roman de Montgomery, Sarah McCoy a imaginé les origines de La Maison aux Pignons Verts. Je ne sais pas si l'univers correspond à celui du roman original, mais j'ai bien apprécié l'ambiance qui se dégage du Bruissement du Papier et des Désirs : la vie isolée et rude, mais heureuse sur cette petite île qui m'a rappelé parfois l'Irlande ou l'Ecosse (n'allez pas me demander pourquoi, c'est comme ça, c'est tout), les paysages superbes, l'atmosphère chaleureuse de la maison aux Pignons Verts.
    Ce roman est une lecture d'automne idéale : on se blottit dans la chaleur de ses pages comme devant une cheminée où craque un bon feu. Ce peut être aussi une formidable lecture de Noël.
    En tout cas, si vous cherchez de l'émotion, un roman vibrant et profondément humain, si vous avez aimé la série Anne with an E ou le roman de Lucy Maud Montgomery et que vous voulez découvrir la jeunesse de Marilla et Matthew, les deux bienfaiteurs de la petite Anne, alors lancez-vous. Si vous aimez Sarah McCoy, vous ne serez sûrement pas déçus non plus. Elle nous livre là un roman efficace, bel hommage à un classique de la littérature jeunesse et surtout porteur d'une bonne dose de sentiments qui, immanquablement, touchent au cœur

    En Bref :

    Les + : un roman profondément humain, lumineux, porteur d'espoir. Nostalgique aussi, et qui touche forcément au cœur.  
    Les - :
    pas vraiment de points négatifs à soulever, même si le début a été laborieux pour moi. Par chance, tout s'est arrangé par la suite. 

     

    Coup de cœur 

     

     


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