• Le Courage de Louise ; Raphaël Delpard

    « Parigné-l’Évêque était vidé de sa population masculine. On ne voyait que des vieillards assis devant la porte de leur maison, les mains rassemblées sur le pommeau de la canne et, dodelinant douloureusement de la tête, ils regardaient le monde s'agiter autour d'eux avec un regard apitoyé. »

    Couverture Le courage de Louise

     

     

     

         Publié en 2020

      Editions Archipoche

      312 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    C'est la fête à Parigné-l’Évêque, dans la Sarthe. En ce jour de la Saint-Jean, Louise, 20 ans, se laisse séduire par Justin, un fermier des environs. Le garçon, qui vient de reprendre l'exploitation familiale après la mort de ses parents, tombe sous le charme de la jeune lavandière. 

    A peine sont-ils mariés que la guerre éclate - la grande, celle de 14. Justin troque la fourche pour le fusil et s'en va labourer les champs de bataille. Son épouse, qui ignore tout des travaux de la ferme, se retrouve seule. 

    Mais, à l'heure de la moisson, une extraordinaire entraide s'organise. Louise peut compter sur le soutien de ses voisines, privées comme elle de leur mari. Et sur celui d'un capitaine belge en mission au Mans. Ingénieur agronome dans le civil, l'homme va se montrer d'un grand secours. Peut-être même trop...

    Un magnifique hommage aux femmes qui ont contribué à la survie du pays aux heures les plus terribles de son histoire. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Le Courage de Louise raconte une histoire vraie. Certes, c'est un roman et le personnage de Louise, jeune paysanne sarthoise, n'a sûrement jamais existé, hormis dans l'imagination de Raphaël Delpard et pourtant... cette jeune femme qui est au centre de ce roman historique personnifie toutes ces femmes, mères, filles, épouses, sœurs qui, en Quatorze, ont vu partir les hommes pour un conflit qui dura quatre ans et fit près de dix millions de morts.
    Nous sommes donc au début de l'été 1914. Louise et Justin sont jeunes mariés quand la mobilisation générale est décrétée début août. C'est le départ des plus jeunes, parfois la fleur au fusil, comme on dit, tandis que les femmes, à l'arrière, s'organisent. A Parigné-l’Évêque, Louise, comme les autres femmes, va devoir apprendre à vivre seule, à s'occuper de la ferme, alors qu'elle ne l'a jamais fait. Elle va apprendre la solitude mais aussi la solidarité qui s'instaure spontanément entre les femmes du village, toutes concernées par le conflit : car elles ont toutes un homme au front, un ou plusieurs, pour lequel s'inquiéter. Louise, pendant ces quatre ans de guerre, va grandir, s'enhardir, découvrir qu'elle est capable de faire des choses auxquelles elle n'aurait jamais songé avant : gérer son argent, vendre les produits de la ferme au marché, porter des pantalons... La guerre de Quatorze, c'est une horreur sans nom qui aura pourtant permis aux femmes de se rendre compte de leur valeur, que leur voix compte et elles seront bien déterminées, à la fin du conflit, à être reconnues, ce qui sera le cas petit à petit, même si le processus sera long (n'oublions pas que le droit de vote ne sera accordé aux Françaises qu'en 1944).
    Ce roman c'est une histoire vraie et une histoire qui nous touche tous. Aucun autre conflit ne fédère autant le souvenir que celui-ci : peut-être parce que chaque famille, sans distinction, sera touchée...peut-être parce que chacun d'entre nous, aujourd'hui, a le nom d'un ou plusieurs ancêtres inscrits sur un monument aux morts...peut-être aussi parce que toutes ces femmes mises en scène dans les romans ou les films, nous évoquent nos arrière-grand-mères ou arrière-arrière-grands-mères. Ces femmes que l'ont n'a pas connues, hormis sur le papier jauni des vieilles photos, restent malgré tout, dans l'imaginaire commun, celles qui, avec beaucoup de courage, soutinrent le pays alors que tout s'effondrait.

     les  femmes pendant  la  guerre de  14..18

    Près de 850 000 femmes prirent la tête de l'exploitation agricole de leur époux, en 1914. 

    Évidemment, il ne me viendrait pas à l'idée de comparer ce que nous vivons actuellement avec le cataclysme que fut la déclaration de guerre en août 1914. Mais on peut aisément imaginer la sidération des gens, leur désarroi devant une situation incontrôlable, l'angoisse à l'idée de vivre dans un monde qui ne sera plus jamais comme avant, par rapport à ce que nous-mêmes avons vécu ces derniers mois. Nous avons vu combien il est difficile de vivre dans une actualité constamment anxiogène. On peut donc comprendre combien la vie, pendant ces quatre années, fut difficile. Surtout quand un ou plusieurs proches risquent leur vie à des centaines de kilomètres de chez eux, sans qu'on en ait de nouvelles pendant des semaines, voire des mois...
    Les femmes de Quatorze furent des précurseurs, elles furent celles, citadines ou rurales, qui pour la première fois prirent vraiment conscience de leur valeur en tant qu'individu. Non, les femmes ne sont pas que les faire-valoir des hommes, non elles ne sont pas nées pour n'être que des épouses et des mères. Et après en avoir pris conscience, elles bouleverseront la société de leurs revendications. De ces femmes, nous sommes les héritières...
    Ce que j'ai aimé en Louise, la jeune héroïne du roman, c'est que justement, elle n'a rien d'une héroïne ni d'une femme puissante, au départ. On ne sait pas quel âge elle a exactement (même s'il est mentionné dans le résumé qu'elle a 20 ans, son âge n'est jamais dit clairement dans le roman) mais on sent qu'elle est toute jeune. 

    Ayant passé une enfance et une jeunesse isolées, Louise découvre les interactions sociales, l'entraide et la solidarité, elle apprend à recevoir mais aussi à donner sans contrepartie, à aider et à se faire aider sans fierté. En quatre années de guerre, elle grandit, devient plus forte et plus sûre d'elle, après des débuts difficiles. Louise m'a beaucoup plu pour ces raisons. Elle est touchante et souvent attendrissante de part sa naïveté. Contrairement aux héroïnes très féministes et presque révoltées de Jeanne-Marie Sauvage-Avit, Louise, elle, est une jeune femme comme il y'en a beaucoup à l'époque, pour qui la vie conjugale est une fin en soi. Elle apprendra sa valeur à la faveur du conflit, se rendant compte de ses limites mais aussi des champs des possibles. C'est une autre approche, mais que j'ai appréciée aussi : Louise, les premiers mois, est perdue et démunie et il est intéressant que l'auteur ait bien décrit ces sentiments. 
    La seule chose que je regrette, c'est que le roman démarre très rapidement, on est tout de suite dans le bain sans savoir qui sont Louise et Justin, à part quelques informations distillées dans les premières pages. Et puis d'un coup, le rythme se ralentit, peut-être un peu trop... j'avoue avoir eu un sentiment d'inégalité par moments qui n'a cependant pas entaché pour autant mon intérêt pour cette lecture. 
    Cette jeune Louise est attachante et on se plaît à mettre nos pas dans les siens, découvrant le bocage sarthois du début du XXème siècle, qui symbolise si bien cette France d'antan qui fut celle de nos ancêtres...pas si lointains que ça

    JE REMERCIE LES ÉDITIONS DE L'ARCHIPEL ET MYLÈNE POUR CET ENVOI ! 

    En Bref :

    Les + : un bel hommage à toutes ces femmes qui, en 1914, prirent en charge les exploitations agricoles et la vie à l'arrière. Ces femmes, elles évoquent forcément quelque chose à chacun d'entre nous, puisque ce sont nos aïeules...si Louise est un personnage fictif, elle n'en personnifie pas moins toutes ces femmes courageuses qui découvrirent leur valeur à la faveur de l'un des conflits les plus meurtriers de l'Histoire. 
    Les - :
    un début peut-être un peu trop rapide, précédant des chapitres plus descriptifs et plus lents, ce qui donne un sentiment d'inégalité.


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 18 Septembre à 11:03

    Ah s'il est est question de la Sarthe et de villages que je connais je ne peux que noter cette lecture, moi qui vient de cette région <3 <3 <3 J'ai déjà lu un livre de cet auteur, "L'enfant sans étoile", que j'ai dû acheter au Salon du livre du Mans. Mais celui-ci sur des femmes qui ont pris tout leur courage pour affronter une situation m'attire encore davantage. Je suis sûre et certaine que je me sentirai très proche des héroïnes et du décor... Chouette découverte ;-)

      • Vendredi 18 Septembre à 12:06

        Mais c'est vrai que la Sarthe est ta région, nous avions déjà eu l'occasion d'en parler...du coup l'auteur parle du camp de Précigné, qui apparemment a vraiment existé et que tu dois connaître puisque tu es sarthoise. 

        Pour ma part, c'est une région que je découvrais en lisant ce livre...mais j'ai trouvé qu'elle symbolisait bien cette France rurale du début du XXème siècle qui va commencer à disparaître... je crois que tout le monde peut s'identifier aux personnages de ce roman et se retrouver dans les lieux, les paysages décrits par Raphaël Delpard. C'était vraiment une bonne lecture même si je regrette le début très rapide : j'aurais bien aimé en savoir un peu plus sur Louise et Justin. ^^

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