• Le Diable sur les Epaules ; Christian Carayon

    « Cardan était un scientifique italien qui a permis de résoudre des équations du troisième degré, les énigmes à trois inconnues. Une enquête policière ressemble un peu à cela. Il y'a plusieurs inconnues. La première, la plus importante, est de savoir qui est coupable. La deuxième est de savoir pourquoi on s'est rendu coupable d'un forfait. La deuxième inconnue livre souvent la clé de la première. »

    Le Diable sur les Epaules ; Christian Carayon

    Publié en 2013

    Editions Pocket

    544 pages

    *

    Résumé :

    1924, Tarn. Le diable rôde à La Vitarelle. Surgi de nulle part, il a déjà frappé deux fois. Sur la neige ensanglantée, nulle trace de pas. Quelque malédiction semble planer sur les Gresse, les plus gros fermiers du village... 
    Appelé en renfort par la nouvelle institutrice, son amie d'enfance, le criminologue Martial de la Boissière découvre une communauté saignée par la guerre, rongée par ses fantômes. Martial devra dissiper les siens, au risque de perdre ses meilleurs pions...

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Après Dracula, j'avais envie de continuer avec les romans un peu noirs et angoissants et j'ai opté pour ce roman, qui est dans ma PAL depuis août et qui correspondait totalement à cette période de l'année. Une couverture qui fait froid dans le dos, un résumé qui annonce un bon thriller...
    Je me suis cependant lancée sans aucune idée de ce que j'allais trouver et surtout, sans réellement d'attentes.
    L'intrigue se déroule en 1924, dans un petit village niché entre le Tarn et l'Aveyron, sur les contreforts de la Montagne Noire, La Vitarelle-du-Théron. C'est un village fictif mais qui symbolise cette France rurale de l'après guerre de Quatorze. Regroupées autour du maire et des notables, on retrouve toutes les couches sociales de l'après - guerre, des plus aisées à celles qui le sont moins. Les villages de l'arrière ont payé le prix fort et beaucoup des leurs ont été tués au front, tandis qu'un exode inévitable et une réelle désertification s'amorcent, au profit des villes.
    Et voilà que La Vitarelle-du-Théron se trouve soudain endeuillée par des meurtres sanglants et étranges : il apparaît très vite aux enquêteurs que les morts auxquelles ils sont confrontés ne sont pas des suicides et pourtant, l'assassin n'a laissé aucune trace. Dans ces villages encore pétris de superstitions et de croyances ancestrales, il n'en faut pas beaucoup plus pour que les habitants terrifiés attribuent ces morts violentes au Diable ou à quelques fantômes.
    La jeune institutrice du village, Camille, nouvelle arrivante et déjà confrontée à l'hostilité des villageois, ne se satisfait pas des conclusions de la police, peu encline à enquêter sur une affaire qu'elle considère comme de malheureux règlements de comptes entre villageois mal dégrossis. Elle fait alors appel à son ami d'enfance, Martial de la Boissière, devenu criminologue et faisant partie du Cercle Cardan, un club d'enquêteurs triés sur le volet et qui interviennent dans toutes les affaires dites inexplicables. Martial a fait ses preuves en Serbie où il a traqué un criminel de guerre avant de revenir en France.
    Sollicité par Camille, il se rend donc à La Vitarelle-du-Théron, où il sera non seulement confronté aux peurs les plus enfouies des habitants mais aussi aux non-dits, aux secrets de famille et aux hostilités des uns et des autres. Très vite, c'est bien une histoire de fantômes qu'il va exhumer... Mais si ces fantômes étaient finalement bien vivants et déterminés à se venger ? Toujours est-il que c'est une seule et même famille, les Gresse, installés à La Vitarelle-du-Théron depuis longtemps et paysans aisés, qui semblent être la cible des violentes attaques de cet assassin insaisissable. Martial va alors s'immerger dans le passé de cette famille afin de comprendre pourquoi ses membres sont pris pour cible les uns après les autres dans des mises en scène aussi macabres que violentes. Et ce qu'il risque de découvrir, bien que bassement cartésien et loin des croyances apeurées des habitants, sera au-dela de tout ce qu'il pouvait imaginer...
    J'ai trouvé ce roman efficace et plutôt intéressant ! Un polar français et bien ancré dans un territoire donné, ce qui lui donne un petit goût de roman du terroir, m'a bien plu ! Le diable sur les épaules est un huis clos, qui se passe dans une seule et même commune, enclavée et repliée sur elle-même. J'ai aimé ce village certes fictif -et cela donne ainsi une grande liberté au lecteur qui peut l'imaginer comme il le souhaite-, mais dans lequel on retrouve beaucoup de cette France rurale, pas si lointaine que ça, finalement. On y fait la connaissance de tout un panel représentatif de la société de l'époque : le maire, les notables, les instituteurs, les commerçants, du boulanger au cafetier en passant par l'épicier, les artisans, les paysans et agriculteurs, plus ou moins aisés. Une petite communauté qui se connaît, qui vit quelque peu en autarcie de par sa position isolée entre Pyrénées et Massif Central et qui finit par se soupçonner à mesure que la psychose engendrée par les meurtres monte, au point, parfois, d'emmener les enquêteurs sur une gausse piste ! C'est sans compter l'habileté de Martial et sa clairvoyance ! Martial que j'ai beaucoup aimé, dès le départ. C'est un personnage plutôt charismatique et qui capte l'intérêt. Camille m'a plu aussi parce qu'elle est courageuse et c'est une battante à une époque où il n'était pas facile d'être une femme et où il fallait éviter de se faire remarquer quand on n'était pas un homme.
    Quant à l'intrigue, je l'ai trouvée bien ficelée, même si elle est assez lente. Je sais que des lecteurs ont reproché son manque de dynamisme...Il est vrai qu'il met du temps à se mettre en place mais cette lenteur, qui nous promène, nous permet aussi de mieux nous imprégner de l'ambiance délétère qui règne à La Vitarelle-du-Théron en cette fin d'hiver 1924. Je ne dis pas que cela m'a plu tout le temps : parfois, j'aurais aimé que le récit passe la seconde effectivement, mais dans l'ensemble, j'ai trouvé le rythme du récit justifié. La peur s'installe petit à petit et la tension du lecteur avec elle.
    Si le dénouement est assez prévisible - je crois que pour la première fois depuis que je lis des romans policiers, je trouve qui est l'assassin avant la chute-, j'ai cependant bien aimé suivre tout le cheminement qui amène Martial à la vérité et j'ai été fière de moi parce que j'ai parfois eu des réflexions qui me sont venues au cours de ma lecture et que j'ai justement retrouvées dans l'analyse de l'enquêteur alors que, en général, je suis une quiche à ce jeu là ! Souvent je lis des romans policiers où l'intrigue est tellement complexe, avec des tours et des détours que je me demande si, inconsciemment, l'auteur ne veut pas nous faire sentir imbécile ! Parfois je renonce même à comprendre et j'attends le dénouement... ici j'ai trouvé que l'enquête était claire, facile à lire. D'aucuns y verront justement une enquête un peu fade mais non, pour moi, du moins, ça n'est pas le cas. Christian Carayon analyse assez finement les relations humaines et les profondes blessures laissées par la guerre, qui peuvent conduire parfois au pire. C'est le portrait d'une population qui peine à reprendre espoir, d'un pays dévasté par un conflit pourtant lointain, au-dela de l'enquête proprement dite, j'ai beaucoup aimé l'approche de l'auteur. Le style, que je découvrais, est simple, sans fioritures mais efficace. Il sert en tous cas très bien le propos !
    Globalement, Le Diable sur les Epaules est un bon roman. Je disais en début de chronique que je n'attendais rien... Ce n'est pas tout à fait vrai. C'est vrai que je ne m'attendais à rien dans la mesure où je découvrais l'univers de l'auteur. Mais j'avais envie d'un roman plein de tension, de brouillard, de peur et de suspicion et je l'ai eu ! Alors, que demander de plus ?
    J'ai aussi aimé que l'auteur fasse parfois des flash-back, qui nous permettent ainsi de remonter aux sources, de comprendre la relation qui unit Martial à Camille. Quant à la fin, même si je me doutais du coup de qui serait le coupable, je ne m'attendais pas vraiment à ce que l'auteur l'amène de cette manière, mais ca ne m'a pas déplu, au contraire.
    Pour un premier roman, Le Diable sur les Epaules est vraiment un bon travail. C'est un bon roman, c'est une bonne surprise, un roman français original qui mérite d'être connu et d'être lu, parce qu'il le mérite. Avis aux amateurs de polars aux toiles de fond historiques. Vous serez sûrement séduits, comme moi j'ai pu l'être.  

    En Bref :

    Les + : une bonne intrigue policière, maîtrisée et bien écrite, ancrée dans un contexte intéressant et une région sublimée par l'auteur.  
    Les - :
    quelques passages peut-être un peu superflus mais il n'y a finalement pas grand-chose à reprocher à ce roman.

     


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  • Commentaires

    1
    Lundi 30 Octobre à 07:29

    oh mais c'est mon pays d'enfance ça ! Je note avec plaisir, une idée cadeau peut-être également ;) 

      • Lundi 30 Octobre à 13:32

        Ah mais oui, c'est vrai que tu es de cette région ! ^^ Le livre pourrait sans aucun doute te plaire, alors ! Et puis pourquoi pas l'offrir, c'est vrai ? yes  Ce roman mérite d'être lu et connu ! 

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