• Le Gang des Rêves ; Luca Di Fulvio

    « Le hasard, c'est un coup de pied dans le cul que la vie te donne pour te faire avancer. Le hasard, dans le monde des adultes, c’est une possibilité qu’il ne faut pas gâcher. »

    Publié en 2008 en Italie ; en 2017 en France (pour la présente édition)

    Titre original : La Gang dei Sogni

    Editions Pocket

    945 pages

    Résumé :

    New York ! En ces tumultueuses années 1920, pour des milliers d'Européens, la ville est synonyme de « rêve américain ». C'est le cas pour Cetta Luminita, une Italienne qui, du haut de son jeune âge, compte bien se tailler une place au soleil avec Christmas, son fils. Dans une cité en plein essor où la radio débute à peine et le cinéma se met à parler, Christmas grandit entre gangs adverses, violence et pauvreté, avec ses rêves et sa gouaille comme planche de salut. L'espoir d'une nouvelle existence s'esquisse lorsqu'il rencontre la belle et riche Ruth. Et si, à ses côtés, Christmas trouvait la liberté, et dans ses bras, l'amour ? 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Best seller ces deux dernières années en France et sorti depuis dix ans déjà en Italie, Le Gang des Rêves a hissé son auteur au rang des écrivains qui comptent. Aujourd'hui, la littérature italienne est consubstantielle avec l'oeuvre d'Elena Ferrante mais pas que ; elle l'est aussi de celle de Luca Di Fulvio.
    Il a été comparé à Scorcese et son roman à Gangs of New York, c'est dire ! Il a été encensé par la critique, les lecteurs du monde entier et les blogueurs.
    Pour moi, c'est la définition même du phénomène, qui devient viral, grâce à internet et les réseaux sociaux... Je vais être honnête, je n'aurais pas autant croisé Le Gang des Rêves il y'a un peu plus d'un an et demi sur Instagram, peut-être ne m'y serais-je jamais intéressée. Certainement, même.
    J'ai ceci dit beaucoup hésité avant de me lancer... Et même après avoir acheté le roman, il a dormi un bon moment dans mes bibliothèques. Pourquoi ? Parce que je me méfie du phénomène, en général. Parfois, je suis la tendance et le coup de cœur est au rendez-vous pour moi aussi : ça a été le cas avec La Voleuse de Livres en 2015. Mais il m'est arrivé aussi d'être légèrement déçue alors que j'étais fermement convaincue d'être séduite : c'est ce qui s'est passé avec La Part des Flammes, qui est un très bon roman historique, bien écrit mais qui pour moi, manque de souffle et a peiné à me convaincre alors que les premiers chapitres m'avaient enchantée.
    Avec Le Gang des Rêves, qui, je le savais avant même de commencer, est un roman particulier, je ne savais pas où j'allais... Certes, le contexte avait tout pour me plaire : le New York des années 20, en pleine Prohibition, tandis que les gangs rivaux tiennent la ville et ensanglantent ses rues, une ambiance à la Gatsby le Magnifique ou digne des films de Coppola, le rêve américain de ces milliers d'européens qui n'avaient rien et quittaient tout sans hésiter pour une vie qu'ils espéraient meilleure alors que la plupart ne trouvèrent rien de plus que ce qu'ils avaient quitté sur le Vieux Continent (« C'est vraiment un pays de merde...et le rêve américain, c'est vraiment une connerie! Si t'es pas l'un d'eux, le rêve, tu peux te le mettre au cul...» ; « Et tous ces regards de vaincus, ces dos courbés par la misère et la résignation, et ces poches toujours vides qui criaient la faim, grandes ouvertes comme les bouches hurlantes de leurs enfants mal nourris [...] Et il entendait aussi toutes leurs rengaines sur l'Amérique, l'extraordinaire nation qui promettait tout mais qui, à eux, ne donnait rien. »
    La jeune Cetta Luminita est de ceux-là... Née au début du siècle à Aspromonte en Italie, elle a à peine quatorze ans quand elle quitte tout, avec juste une valise et son enfant sous le bras, pour tenter sa chance en Amérique. Comme tous les Européens qui entreprennent ce grand voyage souvent sans retour, elle débarque à Ellis Island, la porte de l'« american dream ». La porte de tous les possibles. Et quand on est la fille un peu trop belle de pauvres paysans italiens, soumise presque encore enfant à la concupiscence libidineuse des hommes, rien ne peut être plus beau. Et rien ne doit être trop beau pour ce bébé qu'elle emmène avec elle, le petit Natale, âgé de quelques mois et que les gratte-papiers américains rebaptiseront d'un nom qui sonnera plus anglo-saxon : Christmas. Christmas que l'on va suivre jusqu'à la fin des années 20, dans un tourbillon où se mêlent guerres des gangs et trafics en tous genres, prostitution et pauvreté... Un tunnel sombre et crasseux à l'image de cette ville de New York des années 20, incroyablement vivante mais aussi très sale et violente. Une ville cosmopolite où se côtoient les plus grandes fortunes -ceux qui sont nés ou qui ont réussi- et les plus indigents -ceux qui ont raté le coche et sont passés sous ses roues.
    Voilà. Sur le papier, Le Gang des Rêves avait tout pour me plaire.
    Alors qu'en est-il ? C'est justement de ça qu'on va parler maintenant. Tout d'abord, je vous dirais que je n'ai pas éprouvé le coup de cœur presque général qui crie son amour au roman de Luca Di Fulvio depuis presque deux ans. Ce coup de cœur manqué, je l'ai senti dès le début. Dès les premières pages, j'ai su qu'il ne serait pas au rendez-vous et cette intuition s'est confirmée par la suite.
    Malgré ça, je ne peux que vous conseiller de hisser le torchon, intégrer les Diamond Dogs et de crier bien fort : Bonsoir, New York !
    Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé cette lecture et je recommande chaleureusement le roman. Après un début un poil difficile et qui m'a presque dissuadée de continuer, les choses se sont dénouées toutes seules et j'ai pris grand plaisir à découvrir ce roman.
    C'est violent, c'est sale, c'est grand. C'est grandiose. Et le style de l'auteur, hyper visuel, n'y est pas pour rien. Si je n'ai pas eu le coup de cœur escompté pour le roman, assurément j'en ai eu un pour le style de Luca Di Fulvio, que je découvrais. C'est un auteur que je n'avais jamais lu, que je ne connais pas du tout. Et j'ai découvert un auteur extrêmement talentueux, qui joue et jongle avec les mots comme d'autres avec des balles. J'ai découvert un style irréprochable, des mots qui savent se faire doux et réconfortants, blessants et percutants, tendres et douloureux. J'ai eu l'impression de baigner dans leur volupté, d'être entourée de la chaleur des mots d'un auteur talentueux et qui écrit tellement bien.
    Pour cette raison, je dirais que Le Gang des Rêves a été une lecture formidable ! Je ne serais pas honnête si je vous disais que, vers la fin, certains passages m'ont un peu ennuyée. Je ne le serais pas non plus si je ne vous parlais pas de mon ressenti initial... Oui, je n'y ai pas tout aimé et oui, j'ai même failli abandonner. Mais dans sa globalité, Le Gang des Rêves est un roman parfait, travaillé et bourré du talent de son auteur.
    C'est un roman historique comme je les aime, qui a su me dégoûter mais aussi me captiver, me faire peur comme me faire espérer, me donner envie de pleurer comme de rire. Incroyablement universel et actuel, Le Gang des Rêves est un hymne à ceux qui n'ont rien mais n'en possèdent que plus de dignité ; un hymne aux riches qui savent garder un cœur derrière l'argent ; un hymne à ceux qui, jamais, ne cesseront d'espérer, peu importe les origines, les positions sociales et les barrières que les êtres humains aiment à dresser entre eux.
    Le Gang des Rêves est un film... Alors oui, peut-être Luca Di Fulvio est-il le digne descendant de Martin Scorcese... Pour vous en rendre compte, il ne vous reste plus qu'une chose à faire : le lire à votre tour.

    En Bref :

    Les + : un style parfait, superbe, tendre et percutant à la fois, qui sert parfaitement l'intrigue harmonieuse du roman. 
    Les - : 
    un début un poil rude qui m'a fait un peu peur...


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 25 Janvier à 20:53
    Le Chat du Cheshire

    Il faut vraiment que je le tente !!

      • Vendredi 25 Janvier à 22:34

        Ce roman est énorme ! Je te le conseille je suis sure que tu aimerais ! happy C'est un roman qui peut plaire à un lectorat très vaste : personnellement je l'ai choisi surtout pour l'aspect historique ! Mais tous lès lecteurs peuvent s'y retrouver, avec une lectures pareille ! cool J'espère qu'on en parlera ensemble quand tu auras lu Le Gang des Rêves ! sarcastic

    2
    Lundi 8 Avril à 07:48

    Je ne me souviens pas d'avoir entendu parler de ce livre mais je note car j'aime la référence à Martin Scorcese :-)

      • Lundi 8 Avril à 11:03

        J'ai beaucoup croisé ce roman sur Instagram il y'a deux ans, un peu à la même époque que L'Amie Prodigieuse d'Elena Ferrante. Depuis, on en parle un peu moins. En tous cas, il a eu énormément de succès et est présenté comme un best-seller, en France, en Italie et ailleurs... 

        Pour ma part, le coup de cœur n'a pas été au rendez-vous. En fait, je dirais même que les premiers chapitres ne m'ont pas franchement convaincue, à tel point que j'ai presque failli abandonner. Je me suis dit : tu reprendras plus tard. Puis finalement j'ai persévéré et je n'ai pas regretté... Finalement, plus que l'histoire en elle-même, c'est vraiment le style de l'auteur qui m'a plu. Luca Di Fulvio est un écrivain particulièrement talentueux, à la plume polymorphe : elle peut se faire tendre, percutante, violente. C'est vraiment ce que j'ai apprécié chez lui... J'ai retrouvé cette manière d'écrire assez brute de décoffrage, un peu comme Tim Willocks, par exemple. happy

        Je sais que certains lecteurs ont eu un coup de cœur phénoménal pour ce roman : ce n'est pas mon cas mais je ne peux pas le déconseiller, bien au contraire. Il faut juste ne pas s'attendre à une promenade de santé et prendre le risque d'être un peu secoué parfois. Mais cette plongée dans le New York des années 20 a quelque chose de cinématographique, de très visuel et on finit par se laisser prendre au jeu malgré nous. winktongue Une très bonne lecture malgré tout, que je te recommande... cool

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