• Le Maître des Peines, tome 2, Le Mariage de la Licorne ; Marie Bourassa

    « Qu'il est périlleux de chercher à modifier la destinée d'un homme, car c'est présomption de vouloir assumer un rôle qui appartient au Tout-Puissant. »

    Le Maître des Peines, tome 2, Le Mariage de la Licorne ; Marie Bourassa

     

    Publié en 2008 au Canada ; en 2013 en France (pour la présente édition)

    Editions Pocket

    728 pages

    Deuxième tome de la saga Le Maître des Peines

    Résumé :

    Louis Ruest rêvait de suivre la voie de ses ancêtres en devenant maître boulanger. Le destin en a décidé autrement. Voulant prendre sa revanche sur son père, violent et alcoolique, il est devenu l'un des bourreaux les plus réputés du pays. Mais la vengeance accomplie ne lui apporte pas la paix tant espérée, au contraire...
    Invité à la Cour, récompensé pour ses talents d'exécuteur par un domaine et une toute jeune fiancée, Louis va devoir combattre ses démons afin de rejoindre le monde des vivants...

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Après les années d'enfance et d'adolescence, ce sont celle de l'âge adulte que nous allons suivre maintenant, toujours dans le sillage de Louis, l'ancien petit mitron parisien devenu, par la force des choses, le bourreau de la ville de Caen. Âgé de vingt-six ans au début de ce tome, Louis a enfin pu assouvir la vengeance qui le maintenait en vie depuis si longtemps mais ne s'en trouve malheureusement pas pour autant apaisé. Au contraire, cette vengeance aurait presque laissé une certaine vacuité dans son existence et la reconstruction sera difficile, si tant est qu'elle advienne un jour.
    Louis est alors devenu un jeune adulte taciturne, au regard gênant et profond, que sa haute stature et ses vêtements et cheveux bruns finissent de rendre inquiétant.
    Mais voilà que le jeune bourreau de Caen est remarqué par Charles le Mauvais, le jeune roi de Navarre qui séjourne en ses terres normandes : par la grâce du roi, le bourreau de Caen, qui se fait appeler Baillehache, se retrouve métayer d'un domaine dont le propriétaire vient de mourir. Sa mission sera de garder le domaine afin d'empêcher qu'il ne tombe en déshérence mais, à une condition : que le bourreau, le moment venu, prenne en mariage la petite héritière du domaine, petit héritière qu'il va rapidement rencontrer en venant prendre possession des terres qu'on lui a confiées et qui est bien plus jeune que lui... cette nouvelle activité pour Louis pourra peut-être s'avérer salutaire pour lui même si les vieux démons ont la vie dure.
    Dans Le Mariage de la Licorne, la vie de Louis est enfin plus stable et moins violente, maintenant que sa vengeance est enfin assouvie. Et pourtant, rien encore n'est simple : toujours aussi secret et solitaire, Louis doit apprendre à vivre en communauté et à connaître une petite fille qui, un jour, va devenir sa femme. Il va devoir affronter l'hostilité latente de certains serviteurs de son domaine et l'effroi respectueux qu'ils nourriront ensuite pour lui lorsqu'il apprendront la nature de ses activités parallèles. De plus, la guerre commence à se manifester de plus en plus fréquemment et surtout, de façon de plus en plus tangible, dans le quotidien. Après l'accalmie due à la terrible épidémie de peste en 1348, qui décime une bonne partie de l'Europe, les combats, dans les années 1350 et 1360 reprennent, toujours à l'avantage des Anglais. Mais surtout, apparaissent les compagnies de routiers, ces soldats démobilisés, de toute nationalité et qui errent sans but en ravageant, pillant et volant les campagnes déjà à bout de souffle... Le royaume est écartelé entre les ambitions anglaise, française et navarraise et les liens féodaux de suzerain à vassal font souvent louvoyer d'un camp à un autre selon les opportunités... ainsi du roi de Navarre, par exemple, maître de Louis, qui ne cessera, tout au long de son règne, de se rapprocher ou du roi d'Angleterre ou de celui de France...autre changement en ces années et qui n'est pas des moindres, est la captivité du roi Jean II le Bon, emprisonné en Angleterre à la suite du désastre de Poitiers, en 1356, annonciateur déjà, pour la chevalerie française, du désastre ultime que sera pour elle Azincourt en 1415. Cette captivité, inédite dans toute l'Histoire de France, verra la création d'une nouvelle monnaie, le Franc, afin d'honorer la rançon demandée par le roi d'Angleterre. Et surtout Jean II va mourir en 1364 toujours en Angleterre et transmet donc la couronne à un Charles V qui, de fait, règne déjà depuis presque dix ans sur le royaume de ses ancêtres.
    C'est donc dans ce contexte très agité que se construit doucement la vie d'adulte de Louis et que se met en place l'intrigue de ce deuxième volume, encore une fois très conséquent : ce n'est pas un énorme pavé, mais l'histoire a beaucoup de teneur et elle est très dense, ces sept-cents pages demandent donc pas de mal de concentration et disponibilité. Mais j'ai eu moins de mal à y entrer que dans le premier tome, déjà parce que l'intrigue m’était familière et, surtout, parce qu'il y'avait moins de descriptions. Peut-être y'a-t-il dans cet opus là un peu moins de rebondissements mais il se concentre sur un sujet intéressant, celui d'un homme qui lutte contre lui-même pour essayer de combler un peu la vacuité de son existence et tenter de revivre enfin même si cela ne se fait pas sans mal. Le personnage de Louis est toujours fascinant et charismatique, peut-être justement à cause de ce désespoir qui l'anime et qui, malgré sa carapace un peu antipathique, le rend très humain. Je m'y suis énormément attachée dans le tome un, parce qu'un enfant violenté ne peut pas ne pas susciter de sentiments de compassion mais il est ensuite resté très fascinant, parce que son statut de bourreau a quelque chose de particulièrement... attirant ! C'est étrange dit comme ça, mais je vous assure, le personnage de Louis est très intéressant, justement parce qu'il a un statut un peu à part et que l'auteure lui confère un charisme assez époustouflant. On sent d'ailleurs tout son attachement pour son personnage et son envie de le faire aimer à son lectorat. Louis n'est pas exempt de défauts, comme tout le monde et d'un certain goût de la violence physique qui lui vient de son enfance, mais en contrebalançant toujours ce côté implacable par des faiblesses plus humaines : c'est le défaut dans la cuirasse, en quelque sorte, qui fait que le personnage, loin d'être vu comme un monstre, devient très vite un alter ego et un personnage qui pourrait presque nous permettre de comprendre les rouages complexes de l'esprit humain et de sa conscience
    Dans Le Mariage de la Licorne, cette profession atypique disparaît légèrement, bien qu'on ne l'oublie jamais vraiment et qu'elle se rappelle toujours à notre bon souvenir. L'intrigue n'est plus recentrée uniquement que sur Louis et son désir de vengeance exacerbé, puisque cette dernière a eu lieu. Dans ce tome là, on fait aussi la connaissance de la petite Jehanne, déjà rencontrée, mais dont je n'avais pas saisi toute l'importance dans le premier volume. Jehanne, héritière du domaine de son père, seigneur navarrais quant des possessions en Normandie, s'est vue donner en mariage à Louis et va devoir apprendre à connaître cet homme, comme lui-même va devoir apprendre à lui faire une place dans son existence. Et bien sûr, cela ne se fera pas sans mal : différence d'âge et incompréhensions mutuelles se posent rapidement en obstacles insurmontables et si, en plus, l'ami d'enfance de Jehanne vient y mettre son grain de sel ! On se rend compte que l'existence de Louis, comme sous l'effet d'une malédiction, ne peut être heureuse. Il est vrai que son statut de bourreau y contribue grandement mais lui se voit accorder l'espérance de connaître un avenir bien plus positif -et atypique- que ses collègues : et pourtant, cet avenir est toujours obscurci par de menaçants nuages noirs qui ne semblent jamais le laisser en paix...
    Jehanne est bien moins complexe que Louis mais touchante et spontanée et je m'y suis attachée aussitôt. Le tandem fonctionne bien et je me réjouis d'avance de retrouver Jehanne et Louis dans l'ultime tome.
    Ce deuxième tome du Maître des Peines est plus linéaire que le premier mais je l'ai beaucoup aimé et dévoré ! Moins intense, moins insoutenable que le premier volume qui m'a laissée avec une drôle d'impression, il n'en pas pour autant sans consistance, bien au contraire. Jusqu'ici, cette saga tient ses promesses, elle a un aspect dramatique bien dosé et le travail de l'auteur sur le contexte est remarquable. A  conseiller aux amateurs d'historique mais aussi à ceux que des histoires plus humaines et universelles touchent particulièrement. 

    En Bref :

    Les + : une histoire toujours aussi captivante et bien menée.
    Les - :
    deux, trois petits anachronismes, qui n'apparaissent heureusement que dans les parties narratives c'est donc un moindre mal.

     

     


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 13 Janvier à 21:02

    L'intrigue semble prendre un véritable virage dans ce tome ! Mais ce n'est pas pour me déplaire. La reconstruction d'un personnage, un domaine à sauver, une épouse qui pourra peut être combler ce vide en lui, c'est assez prometteur. Et puis tu me donnes envie de découvrir le personnage de Louis qui malgré ses côtés "effrayants", semble gagner à être connu ! 

      • Vendredi 13 Janvier à 23:37

        Ah oui, l'intrigue change radicalement... après la fin du premier tome qui m'a laissée un peu... remuée, je vais dire, je dois dire que la douceur ou du moins l'apaisement que l'on ressent dans ce tome-là est salutaire ! On a encore droit à quelques scènes de torture ou d'exécutions (ou d'interrogatoires, menés d'une main de maître, si je puis dire, par Louis) mais beaucoup de chapitres se concentrent surtout sur la vie dans le domaine normand dont Louis se voit confier l'administration par le roi de Navarre...des enfants apparaissent de façon plus récurrente, ce qui donne un côté un peu plus humain au récit, des personnages féminins...l'auteure se permet aussi quelques traits d'humour...mais on comprend vite que cette accalmie n'est là que pour nous ramener, dans le troisième et ultime tome, à une intrigue de nouveau plus enlevée mais aussi, plus tragique....

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