• Le Rivage des Adieux ; Catherine Hermary-Vieille

    « Qu'il trahisse, puisque tôt ou tard c'est le destin de l'homme, mais surtout qu'il ne soit jamais faible ! »

    Le Rivage des Adieux ; Catherine Hermary-Vieille

    Publié en 1991

    Editions France Loisirs

    428 pages

    Résumé : 

    « Tristan et Iseult. Impossible d'imaginer histoire plus romanesque et tragique à la fois...L'historienne du Grand Vizir de la Nuit a pris un plaisir évident à planter un décor de film à grand spectacle...Après quoi, la romancière a laissé parler son coeur : son Rivage des Adieux est tout simplement enchanteur. Grâce à elle on a pour Tristan les yeux d'Iseult et l'ont frémit juqqu'à la fin au sort qui attend les amoureux. »

    Danièle Mazingarbe, Madame Figaro

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Tristant et Iseult... les noms nous sont familiers et ce sont des personnages avec lesquels on a l'impression d'avoir grandi. Ils incarnent l' amour plus fort que tout mais aussi ce Moyen Âge merveilleux et onirique des légendes celtiques.
    Exploité depuis l'époque médiévale, où il prend racine, le mythe des deux amoureux tombés sous le charme l'un de l'autre après avoir ingéré un philtre magique a connu bien des versions et des réécritures plus ou moins contemporain.
    Ici, c'est Catherine Hermary-Vieille, célèbre auteure de romans historiques, qui, en 1989, a choisi de donner sa propre version et vision de ce mythe extraordinaire. S’émancipant quelque peu du merveilleux des troubadours et des auteurs médiévaux qui truffaient leurs récits de fées, de sorcières, de dragons et de sortilèges, l'auteure a choisi de situer son intrigue dans les premiers siècles du Moyen Âge probablement au VIIIe siècle. Son intrigue n'en est pas pour autant complètement vraisemblable et cartésienne et contient encore quelques éléments de merveilleux et de légendaire, quoique relativement ténus et bien amenés pour s'insérer parfaitement dans un récit qui, de toute façon, au vu de son contexte, peut s'accommoder de quelques éléments légèrement paranormaux dans la mesure où le Moyen Âge est une période où l'on aimait les histoires et le fantastique.
    Elle se réapproprie une histoire à l'aura légendaire et dont les origines sont suffisamment incertaines pour y apposer sa patte sans risquer de dénaturer le mythe originel.
    Justement, si on en parlait un peu, de ce mythe originel ?
    Influencé par les mythes et légendes celtiques, l'histoire de Tristan et Iseult trouve certainement sa source au XIIème siècle, la période de l'amour courtois, des troubadours et trouvères ce qui est, somme toute, assez logique. Mais d'autres encore la font remonter au VIIIème siècle, comme choisit de le faire Catherine Hermary-Vieille dans ce roman.
    Dès le Moyen Âge, les auteurs s'en emparent. Ainsi, et parfois de manière contradictoire, Tristan et Iseult revivent sous la plume de Béroul -c'est d'ailleurs sa version qui est la plus connue et la seule que j'avais lue jusque là-, de Chrétien de Troyes, de Marie de France, de Thomas Malory. Signalons cependant que si les auteurs du Moyen Âge central et postérieur trouvèrent une source inépuisable d'inspiration dans le mythe de Tristan et Iseult, on ne peut toutefois considérer leur amour comme courtois. Si Tristan se met tout au service de sa dame, il manque à cette histoire le côté unilatéral qui caractérise en général les histoires dites courtoises.
    Mais des auteurs bien plus récents s'y sont intéressés aussi, donnant parfois une vision plus moderne du mythe : pour ce qui est des auteurs du XXème siècle s'étant intéressés à Tristan et Iseult on peut n'en citer qu'un, René Louis, dont l'oeuvre fait référence.
    Les légendes celtiques et la geste arthurienne ont pour elles de rester toujours très actuelles et de toujours s'insérer particulièrement bien dans n'importe quel contexte ou société : un homme du Moyen Âge comme du XXIème siècle peut s'identifier sans problème aux héros sont les quêtes restent au final très humaines et s'il y'a bien une chose qui ne change pas, ce sont les diverses aspirations de l'Homme. Et les légendes celtiques sont universelles et intemporelles et peuvent facilement être transposées à diverses époques. Certes, le Moyen Âge et son goût du merveilleux et du légendaire s'y prête particulièrement bien, il est vrai. Mais pourquoi pas un Tristan et une Iseult contemporains ? C'est d'ailleurs ce qu'avait songé à faire Catherine Hermary-Vieille avant d'opter pour le Haut Moyen Âge.

     

    Tristan et Iseult par Edmund Blair Leighton (1902)


    Pour ce qui est des personnages, ils restent toujours les mêmes, à quelques variantes près mais le contexte dans lequel Tristan obtient Iseult peut parfois connaître de fortes dissemblances d'une version à une autre. Il est toujours cependant question d'un philtre d'amour ingéré par les deux amants et qui les lie alors d'un amour indestructible et à l'épreuve de tout.
    Dans le roman d'Hermary-Vieille, Tristan est le fils de Rivalen de Loonois et de Blanchefleur, la sœur du roi de Cornouailles Marc. Orphelin, il arrive à la cour de son oncle une fois qu'il est un chevalier accompli et se met à son service. Une véritable relation de confiance et d'affection mutuelles s'installent entre eux, au grand dam de certains vassaux du souverain et notamment d'Audret, l'autre neveu du roi qui convoite la couronne de son oncle.
    Après avoir délivré la Cornouailles d'un tribut inique imposé par les Irlandais, Tristan, blessé lors de ce duel avec le représentant du roi d'Irlande, est confié à la mer : il doit gagner l'Île des Femmes où il sera soigné et remis sur pieds. Mais il accoste en Irlande où il rencontre Iseult, la fille du roi, pour la première fois.
    Bien des années plus tard, il revient la chercher pour la demander en mariage au nom de son oncle le roi Marc. Mais les deux jeunes gens ne sont pas indifférents l'un à l'autre et sur le navire qui les ramènent vers la Cornouailles, la suivante d'Iseult leur faire boire le philtre destiné à la jeune fille et au roi. Et voilà Tristan et Iseult liés par un amour indestructible et qui va les mener à leur perte sans qu'ils puissent lutter contre pour autant. Pour vivre leur amour, ils braveront les interdits et les préjugés, le jugement des Hommes et celui de Dieu. Mais jusqu'à la fin ils s'aimeront et cet amour sera même plus fort que l'envie de vivre.
    Délaissant les codes du roman médiéval, se concentrant surtout sur la romance et son déroulement, on peut dire que l'auteure s'est bien tirée du défi qu'elle s'était lancé et a relevé celui-ci de façon tout à fait satisfaisante.
    Je ressors malheureusement de cette lecture avec un avis relativement mitigé. Je n'ai pas détesté Le Rivage des Adieux, ne me suis pas ennuyée non plus au cours de cette lecture mais n'en ressors pas exaltée pour autant. Catherine Hermary-Vieille est une auteure que je connais bien, dont j'ai lu pas mal de romans pour parvenir à me faire une idée assez objective de son oeuvre et là, c'est dommage, mais elle ne m'a pas transportée. Romance oblige, j'aurais aimé vibrer avec les personnages, me sentir proche d'eux et investie dans leur aventure mais non. Beaucoup de distance est instaurée entre le lecteur et les différents protagonistes et je n'ai vraiment pas réussi à les aimer. S'ils ont pu me toucher au départ, très vite, je me suis sentie vraiment étrangère à eux. Les choix d'Iseult parfois, m'ont surprise, quant au comportement de Tristan, je l'ai trouvé relativement capricieux. Constant, certes, dans l'amour sans borne qu'il porte à sa dame mais trop ombrageux et parfois imbuvable. Ce côté capricieux on le retrouve aussi chez Iseult : j'ai donc préféré, et de loin, son homonyme, la Bretonne Yseult aux Blanches Mains, dont j'avais complètement oublié l'existence ! L'épouse de Tristan est bien plus touchante que son amante, à mon sens, moins haute et plus dans le renoncement, ce qui la rend bien plus humaine que sa rivale, pourrie d'amour et devenue donc exigeante, trop peut-être, comme peuvent l'être qui ont tout et ne sont pas habitués à l'adversité. En un mot, les personnages principaux ne m'ont pas touchée et c'est dommage car, dans le cas contraire, je pense que j'aurais pu me sentir bien plus captivée. Ici l'histoire s'est déroulée sous mes yeux, point. Elle ne me marquera malheureusement pas.
    Ce roman n'est pas pour autant un calvaire à lire, que les choses soient bien claires ! Je ne regrette pas de l'avoir lu et j'ai découvert un roman historique efficace et qui peut sans doute plaire aux amateurs du genre. Le contexte historique n'est pas clairement défini, même si l'auteure explique avoir situé son intrigue au VIIIème siècle (ce qui est plausible puisqu'il est question de récentes incursions vikings et de monastères colombaniens, en référence au fameux moine irlandais Colomban, qui évangélisa l'Europe entre les VIème et VIIème siècles) : la présence d'une féodalité relativement bien implantée dans les esprits, avec ces notions de vassalité et suzeraineté sont postérieures au VIIIème siècle et s'inscrivent plutôt dans un Moyen Âge central voire tardif. Quant aux royaumes celtiques qui y sont décrits, on pourrait plus facilement les situer au tout début de l'ère médiévale, bien que la forte christianisation induise pourtant une période plus tardive...Bref, chaque lecteur est finalement libre de faire naître dans son imaginaire le Moyen Âge qu'il préfère.
    Ce roman reste une bonne expérience. J'aurais préféré être plus investie, ressentir un peu plus d'empathie envers les deux héros. Pour autant, je ne vous déconseille pas ce roman.

    La Mort de Tristan et Iseult par Rogelio de Egusquiza (1910)

    En Bref :

    Les + : une réécriture plutôt efficace et de qualité. Une bonne restitution du mythe originel, qui n'est pas dénaturé.
    Les - : les héros ne sont pas attachants, c'est dommage. 


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  • Commentaires

    1
    Samedi 14 Janvier à 17:37

    Je compte lire ce livre mais c'est plutôt parce que je l'ai récupéré qu'autre chose. J'ai raison de le penser apparemment puisque tu as des réserves. En tout cas, j'aime bien l'auteure alors je ne pars pas dans l'inconnu non plus

      • Samedi 14 Janvier à 18:12

        C'est un livre que j'avais échangé contre un autre, pour ma part. Dans le cas contraire, je ne sais pas non plus si je l'aurais acheté...il est déjà, d'une part, assez difficile à trouver maintenant parce qu'il n'a pas été réédité depuis le début des années 1990 et puis ce n'est pas comme si j'avais vraiment eu envie de le lire à toute force ! Pas au point quand même de le chercher à tout prix, même si j'étais curieuse de voir comment Catherine Hermary-Vieille s'en tirait avec une réécriture d'un mythe aussi connu que celui de Tristan et Yseult. La réécriture est un exercice ardu et assez casse-gueule...on ne peut pas dire qu'elle s'en tire mal, mais j'avoue préférer et de loin, les versions médiévales. Même celle de Béroul, présentée avec ses lacunes, ce qui donne lieu parfois à une lecture assez ardue, m'a plus convaincue. Dommage mais pas catastrophique non plus : cela ne va sûrement pas m'empêcher de continuer à lire du Hermary-Vieille ! Ses romans historiques restent des valeurs sûres que j'aime ! yes

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