• Le Sans Dieu ; Virginie Caillé-Bastide

    «  D'un maigre champ, on peut faire tout un horizon et la valeur d'un homme ne se mesure qu'à l'aune de ses décisions. »

    Le Sans Dieu ; Virginie Caillé-Bastide

     

    Publié en 2017

    Editions Héloïse d'Ormesson 

    350 pages 

    Résumé : 

    Bretagne, 1709. Une vague de froid sans précédent s'abat sur le royaume de France, déclenchant une famine effroyable. Arzhur de Kerloguen assiste impuissant à la mort du dernier de ses sept enfants. Sa femme ayant perdu la raison, il abandonne sa terre natale et les derniers fragments de sa foi. 

    Au large des Caraïbes, 1715. L'Ombre, farouche capitaine, fait régner la terreur sur ces mers du bout du monde qu'il écume sans relâche. Lors de l'attaque d'un galion espagnol, il épargne un prêtre jésuite et le retient prisonnier. Un affrontement s'engage alors entre les deux hommes sur l'épineuse question de l'existence de Dieu. 

    Dans ce roman de pirates, placé sous le signe de la vengeance, les tempêtes qui agitent les âmes sont bien plus redoutables que celles qui déchirent les voiles. Entre flibuste et duel spirituel, Le Sans Dieu flamboie comme un soleil noir. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Quand, pendant le terrible hiver 1709, Arzhur de Kerloguen, hobereau breton, perd son dernier fils et que sa femme en sombre dans la folie, son destin est scellé. Il disparaît et ne donne plus signe de vie, abandonnant ses terres à son frère cadet et, aux bons soins de celui-ci, sa femme qui a perdu la tête.
    En 1715, un capitaine charismatique et mystérieux sillonne la mer des Caraïbes, sur son navire, le Sans Dieu. Un jour, avec son équipage, il capture une frégate espagnole : parmi les survivants, un père jésuite, Anselme, qui devient son prisonnier et avec lequel il commence à s'affronter, opposant sa vision d'athée à celle pleine d'amour divin et de rédemption du Padre...
    Je ne vous ferais pas une grande révélation, même si vous n'avez pas lu le roman, en vous disant que, bien évidemment, Arzhur et ce mystérieux capitaine, dont même les matelots ne savent rien, sont une seule et même personne. Quittant la Bretagne où il a tout perdu, le petit seigneur est devenu un grand capitaine pirate, surnommé l'Ombre, sans scrupules et qui ne recule devant rien, pas même la violence, ce qui horrifie d'ailleurs le père jésuite. Mais, petit à petit, leur affrontement se mue en une sorte de relation de confiance, ce qui ne se fait pas sans heurts mais, en poussant l'Ombre à l'acceptation, Anselme découvre que, derrière une dure carapace se cache encore un cœur humain, capable d'éprouver des sentiments et justement devenu de pierre après avoir éprouvé une trop grande douleur. Et, dans un monde sans concession qui ne fait pas de cadeau, quand on n'a pas eu de chance, on s'endurcit ou on disparaît.
    Le Sans Dieu est un roman de piraterie mais, surtout, ce qui m'a poussée à le lire, c'est son cadre et l'époque dans laquelle il se déroule : Virginie Caillé-Bastide nous transporte en pleines Caraïbes au XVIIIème siècle et rien que cela me ravissait, déjà même avant que je me lance dans la lecture du roman.
    Au final, je l'ai apprécié comme il se doit. Je l'ai savouré et même si je l'ai lu en peu de temps, j'ai vraiment eu l'impression d'en profiter et de découvrir un univers à part entière.
    Le Sans Dieu est un roman très masculin, où les rares femmes que l'on croise sont de pauvres créatures désabusées, parfois à peine sorties de l'enfance et livrées, dans les bouges infâmes des colonies, aux appétits des marins en escale. Cela s'explique, bien sûr, par l'absence des femmes sur les navires -et quand l'un des matelots contrevient à cette interdiction, cela menace jusqu'à la hiérarchie instaurée par le capitaine sur son navire.

     

    Dessin de la Sainte-Geneviève, frégate corsaire de Dieppe (entre 1744 et 1746)


    Le Sans Dieu, enfin et peut-être un peu paradoxalement au vu de son titre, est un roman où la religion, en la personne du père Anselme, occupe une place essentielle. Peut-être pas aussi essentielle que je m'y attendais au départ, à la lecture du résumé, mais détenant somme toute une part importante dans ce roman et elle est vraiment là où on ne l'attend pas parce que, s'il y'a bien un endroit où il s'avère difficile de déceler la présence de Dieu, c'est bien au milieu de ces hommes sans foi ni loi.
    Mais la religion de bienveillance et de tolérance du père Anselme peut faire des miracles et on assiste petit à petit à des changements notoires qui réconcilient avec l'idée qu'il y'a toujours quelque chose à faire avec l'humain. Nous sommes tous imparfaits et nous ne détenons aucune science infuse mais nous pouvons toujours nous amender et devenir quelqu'un de meilleur, dans la mesure, bien sûr, où on en a envie et où l'on est bien accompagné. Ainsi, l'Ombre n'est-il pas qu'un capitaine de bateau pirate, capable de se livrer, sous le coup de la colère, à la plus affreuse des sauvageries et si sa « conversion » ne se fait pas sans mal et que de nombreux affrontements se produisent entre lui et le Padre, ce dernier, avec une pugnacité toute temporelle et presque guerrière, ne désespère pas de l'emmener là où il le souhaite parce que, derrière son statut d'homme d'Eglise, il est avant tout un homme, qui en a tout autant pour lui, pourrait-on dire et qui ne juge pas, enclin à comprendre sans condamner. On est loin de ces prêtres moralisateurs, enfermés dans un carcan de fausse piété et de ferveur hypocrite, prêchant un prosélytisme rageur, forçant à l'amendement mais sans comprendre l'essence humaine dans toute sa complexité. Pour cela, le personnage du père Anselme est intéressant et même attachant parce que, si sa foi est sincère et qu'il déplore de voir l'équipage du Sans Dieu ne plus croire, du moins a-t-il suffisamment d'intelligence pour comprendre pourquoi et admettre que, parfois, Dieu n'est pas une réponse en soi et que l'on peut alors se détourner de lui.
    Hormis cela, Le Sans Dieu, c'est un voyage dans un monde dépaysant, celui de la flibuste et de la piraterie en plein XVIIIème siècle, au milieu de paysages exotiques, ces terres de boucaniers petit à petit colonisées, habitées, développées, où, déjà, au début du XVIIIème, la traite négrière bat son plein, peuplant les différentes îles de la Caraïbe de ces esclaves noirs capturés en Afrique, arrachés à leurs terres pour travailler celles des Blancs, déjà spoliées, plusieurs centaines d'années auparavant, aux Indiens autochtones.
    Ce qui m'a surprise avec Le Sans Dieu, c'est que c'est finalement un roman très dense, qui aborde beaucoup de sujets, de notions mais en peu de temps, parce qu'il ne compte qu'un peu plus de trois cents pages. C'est un roman solide, qui amène à se questionner mais aussi à éprouver la même mansuétude et la même indulgence que le père Anselme pour ces âmes en apparence damnées que l'on apprend à connaître et surtout, à comprendre à défaut, peut-être, d'excuser, et, au premier chef, l'Ombre, plus mort que vivant depuis la perte irréparable de tout ce qui faisait sa vie auparavant mais qui, grâce à l'aide entêtée de l'homme d'Eglise, parviendra à entrevoir un peu la lumière et même, à faire le bien.
    J'ai apprécié cette lecture parce que c'est plus qu'un roman historique. C'est le genre de lecture au discours malgré tout très actuel, universel et qui peut trouver un écho chez des lecteurs contemporains car je suis intimement persuadée que l'essence humaine, si elle est certes conditionnée socialement, ne change pas foncièrement et que, sur certains aspects de l'existence, un homme du XXIème siècle ne raisonnera ni mieux ni moins bien qu'un homme du XVIIIème siècle et ces pirates, qui cachent, sous des abords rugueux, une humanité profonde, en sont le bon exemple.
    Virginie Caillé-Bastide a su me passionner avec un récit qui peut-être au départ est du déjà-vu et ne paye pas de mine, mais qu'elle a su sublimer, avec une belle langue, agréable à lire et colorée et des personnages travaillés, pleins de complexité et de relief.
    Si vous aimez la mer et les histoires de pirates et les romans historiques en général mâtinés d'un peu de réflexions métaphysiques, lancez-vous, vous aimerez sans doute autant que moi.

    En Bref :

    Les + : un récit dense, à la verve certaine, dépaysant, violent mais aussi porteur d'espoir et de rédemption. 
    Les - :
    je n'ai vraiment rien à reprocher à ce roman. Il m'a plu de bout en bout.

     

    Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière 

    Thème de juillet, « Ohé, ohé Matelots ! », 7/12


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