• Le Sceptre et le Sang : Rois et Reines dans la tourmente des deux Guerres Mondiales ; Jean des Cars

    « Ainsi la guerre des rois sera-t-elle un incroyable règlement de comptes familial à l'échelle d'un continent ; elle s'exportera même très loin, au-delà des océans et des mers, dans la logique de la colonisation. »

    Le Sceptre et le Sang : Rois et Reines dans la tourmente des deux Guerres Mondiales ; Jean des Cars

     

    Publié en 2014

    Editions Perrin 

    475 pages 

    Résumé : 

    A l'été 1914, l'Europe est très majoritairement monarchique : sur vingt-deux Etats, dix-neuf sont des royaumes, des empires, des principautés ou des grands-duchés. Aujourd'hui, ils ne sont plus que dix sur vingt-huit. Les deux guerres mondiales provoquent l'écroulement de quatre empires pour la première (Allemagne, Russie, Autriche-Hongrie, Empire ottoman) et de quatre royaumes (Italie, Yougoslavie, Roumanie, Bulgarie) pour la seconde. 
    Ces souverains, qui étaient-ils ? Et les femmes qui partageaient leur existence, qui étaient-elles ? De l'ambition à l'aveuglement, du courage à la faiblesse, de la jalousie à l'abnégation, quels furent leurs triomphes et leurs échecs ? Comment vécurent-ils leur gloire, leurs épreuves et la montée des extrêmes de l'entre-deux-guerres marquée par l'avènement des totalitarismes ? Étaient-ils conscients des conséquences de leurs actes ? Ou furent-ils incapables d'arrêter l'engrenage des nationalismes ? Quelles furent leurs vies personnelles, leurs amours et leurs passions secrètes ? 
    Circonstance exceptionnelle : ces monarques, qui vont s'unir, se combattre et parfois se trahir, sont presque tous parents, liées par le sang et leurs mariages respectifs. Ainsi la guerre des rois sera-t-elle un incroyable règlement de comptes familial à l'échelle d'un continent puis du monde. 
    Avec le talent qui le caractérise, Jean des Cars raconte un demi-siècle de drames humains (l'errance des Habsbourg), de crimes (l'assassinat des Romanov), de guerres, de défaites, de créations et de disparitions d'Etats. Un demi-siècle où la peur côtoie la grandeur et la barbarie la geste héroïque. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Les deux conflits mondiaux furent de véritables déflagrations pour l'Europe entière et leur traumatisme est encore présent aujourd'hui dans les mémoires : il n'y a qu'à voir les commémorations, les monuments aux morts, la tombe du soldat inconnu, dont la flamme ne s'éteint jamais, les croix qui, en France, jalonnent les routes et nous rappellent qu'ici, des Résistants ont trouvé la mort. À mesure que l'on avance dans le temps, bien sûr les témoins directs disparaissent mais il est important de garder en mémoire ces événements tragiques et de transmettre leur souvenir aux générations suivantes.
    On a beaucoup écrit sur la première comme sur la deuxième guerre mondiale... Mais je n'ai pas souvenir d'avoir trouvé un livre essentiellement orienté sur ces guerres vues par les monarchies européennes... Du coup, cette approche inédite m'a séduite et intéressée immédiatement.
    On l'oublie souvent mais en 1914, à l'aube de la Grande Guerre, les républiques font office d'exception en Europe : il n'y en a que trois, le Portugal, la Suisse et la France. Tous les autres pays sont des royaumes et justement ces conflits rapprochés qui se profilent à l'horizon vont bouleverser l'ordre établi : celui des monarchies.
    Leur particularité est qu'elles sont toutes plus ou moins liées par le sang ou des alliances matrimoniales. La plupart des rois régnant au début du XXème siècle sont cousins et descendent de la reine Victoria (surnommée à juste titre « la grand-mère de l'Europe»), donc des familles allemandes de Hanovre et de Saxe-Cobourg-Gotha. Ainsi, le roi d'Angleterre George V est-il le cousin du tsar comme de son épouse Alexandra, née allemande, mais aussi du Kaiser Guillaume II, premier petit-fils de Victoria, né à Berlin en 1859. Ils sont parents avec la future reine de Roumanie, Mary, fille du duc d’Édimbourg. Le roi Ferdinand de Bulgarie descend des Orléans par sa mère, les princes de Grèce sont d'origine danoise, Charles de Habsbourg est marié à une Bourbon-Parme, descendante de Louis XIV et des rois d'Espagne.
    Un joyeux imbroglio familial qui va pourtant amener à la catastrophe car lorsqu'on pense au fameux jeu des alliances qui entraînera toute l'Europe dans la guerre, en 14, on oublie souvent que ces alliances sont avant tout familiales et vont, au-delà de la politique, impacter aussi l'humain : le roi d'Angleterre ressentira par exemple beaucoup de culpabilité, une fois la guerre terminée, parce qu'il se reproche d'avoir sacrifié Nicolas II et sa famille... Le même roi George V renoncera à son nom pour adopter celui de Windsor, toujours porté par l'actuelle famille royale... Et surtout, beaucoup de trônes seront balayés par cette tempête : l'Allemagne des Hohenzollern, l'Autriche des Habsbourg dont l'empire était vieux de 700 ans, la dynastie des Romanov, au pouvoir en Russie depuis 1613.

     

    Image illustrative de l’article Attentat de Sarajevo

    L'attentat de Sarajevo (28 juin 1814), où l'archiduc François-Ferdinand et son épouse Sophie, duchesse de Hohenberg, trouvèrent la mort. Quatrième couverture du Petit Journal, daté du 12 juillet 1914. 


    Les rois du début du XXème siècle étaient des chefs d'état, pour certains des chefs de guerre même s'il y'en eut peu... C'est leur histoire que se propose de nous raconter Jean des Cars, dans ce livre conséquent qui porte bien son nom...
    Le Sceptre et le Sang est un livre très dense et riche mais absolument passionnant : je l'ai lu comme un roman et je l'ai lâché difficilement. Certes il est parfois un peu technique et j'ai eu besoin de faire quelques pauses parfois, pour faire quelques recherches généalogiques et situer telle ou telle personne par rapport à une autre. Si certaines familles royales sont assez connues, d'autres le sont un peu moins, comme celles des Balkans...
    J'ai aimé découvrir les destins croisés de ces royaux pris dans la même tourmente que leurs sujets et des centaines de citoyens... Les reines deviennent des infirmières, les rois inspectent leurs troupes dans les tranchées. Certains connaîtront l'amertume de l'exil, d'autres ne verront pas la fin de la guerre et paieront de leur vie les velléités d'indépendance de leur peuple. On découvre cette histoire qui se déploie comme une vaste toile, qui se déroule comme un péplum. Souvent on dit que la réalité dépasse la fiction et c'est bien vrai ici : Game Of Thrones n'a qu'à bien se tenir !
    Si vous aimez Jean des Cars et l'Histoire en général, nul doute que vous vous passionnerez pour ce livre. C'est une autre manière de découvrir l'amorce de ces grands conflits qui ont marqué nos pays. C'est intéressant de voir comment ce sont les monarchies qui ont entraîné toute l'Europe dans la Grande Guerre...
    Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la donne a changé... Les royautés sont moins nombreuses mais s'impliquent toujours: la jeune princesse Elizabeth sera ambulancière tandis que ses parents apportent un soutien infaillible aux populations londoniennes pendant le Blitz. Pour des familles qui n'avaient pas été touchées par le cataclysme de 14, comme celle de Norvège, le conflit, son ampleur inédite et les appétits expansionnistes de l'Allemagne nazie les poussent à faire un choix... comme l'exode des peuples, un exode des rois et des familles royales commence. Certains s'illustreront, comme en Angleterre ou encore aux Pays-Bas, dont la reine Wilhelmine, réfugiée à Londres, encourage la Résistance. L'Italie et les royaumes des Balkans, eux, ne sortiront pas grandis de cette seconde guerre, pour eux elle sonne un glas définitif et l'avènement progressif de républiques.

     

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    George VI et la reine Elizabeth posent dans les décombres de Buckingham Palace bombardé, lors du Blitz, en 1940. 


    Les quarante premières années du XXème siècle ont été bouleversantes. Elles ont causé des dommages irréparables à l'Europe mais aussi au Japon et à d'autres pays dans le monde. Des millions de gens sont morts mais ce furent des années déterminantes, qui firent indéniablement basculer le monde d'un XIXème siècle encore traditionaliste à une modernité galopante qui est encore la nôtre. Pour les monarchies, cela passe par une refonte complète de leur statut, voire leur disparition pure et simple. L'Europe sort changée de ces longues années de combat, elle en sort marquée, comme ces souverains qui se sont montrés courageux, timorés, collaborateurs, parfois défaillants, d'autres fois héroïques.
    Avec passion et méthode, Jean des Cars raconte quarante ans d'Histoire mondiale et quarante ans d'histoires familiales. Le livre est dense et particulièrement riche mais, comme je le disais plus haut, il est passionnant. On se prend de passion pour ces grands destins qui ne sont pas épargnés, on suit le déroulement de ce grand récit d'histoire comme un bon film. Jean des Cars a une passion communicative pour l'Histoire et plus particulièrement pour celle des têtes couronnées. Si vous aimez l'Histoire, alors vous ne serez sûrement pas déçus. En alliant rigueur historique à une plume chaleureuse, Jean des Cars ne nous lasse jamais. J'ai trouvé ce livre excellent et j'ai passé un très bon moment de lecture : certes ce qu'il nous raconte n'est pas toujours très drôle, ni forcément très joyeux mais à défaut, c'est édifiant et c'est le plus important. Découvrir les deux grands conflits mondiaux qui, aujourd'hui encore, nous concernent tous encore plus ou moins, parce que nous avons tous un ancêtre, au moins, qui a été impliqué, qui peut-être y a laissé sa vie, à travers ces monarchies qui n'ont pas été épargnées non plus, c'est leur rendre un aspect humain qu'elles perdent parfois un peu... n'oublions pas que les rois et les reines, quoi qu'on en pense, sont avant tout des hommes et des femmes. En l'occurrence des hommes et des femmes confrontés comme tout un chacun à l'horreur de conflits sans précédent mais qui ont dû, bien plus que tout autre, faire leurs preuves. Nul doute que Le Sceptre et le Sang saura trouver son public. Et si vous ne connaissez pas encore Jean des Cars, c'est la bonne occasion pour se lancer ! 

    Les quatre filles de Nicolas II et Alexandra Feodorovna, accompagnées de leur petit frère, le tsarévicth Alexis, assassinés avec leurs parents le 17 juillet 1918 à Iekaterinebourg. 

     

    En Bref :

    Les + : la passion de Jean des Cars pour ces familles royales qui semblent incarne l'immuabilité et se trouvent confrontées au pire, au point de parfois vaciller sur leurs trônes soudain bien fragiles est communicative. On lit ce livre comme un roman, on s'émeut devant des destins tragiques, on s'insurge devant des mauvais choix. Toujours est-il que l'humanité de ces hommes et femmes qui s'avèrent finalement comme les autres malgré les couronnes que le destin a posé sur leurs têtes, est flagrante et, si elle est héroïque, elle peut aussi s'avérer bien décevante. La plume chaleureuse de l'auteur joue beaucoup dans l'intérêt que l'on se découvre très rapidement pour ce récit, certes très dense mais jamais lassant. 
    Les - : Aucun. 

     


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  • Commentaires

    1
    Samedi 23 Novembre 2019 à 22:47

    Eh bien non, je ne connais pas encore Jean des Cars mais lire ses oeuvres fait partie de mes projets littéraires ! Le sujet est super intéressant et original à mon avis... J'ai hâte de découvrir ce livre !

      • Dimanche 24 Novembre 2019 à 10:12

        Je sais que tu aimes l'Histoire alors oui, je pense que tu aimeras les livres de Jean des Cars. Il a surtout écrit sur les monarchies européennes aux XIXème et XXème siècles et semble avoir une passion pour les Habsbourg... Il a même rencontré l'ex-impératrice Zita, quand elle a été autorisée à revenir en Autriche, dans les années 1980. Je sais que tu as, comme moi, beaucoup d'intérêt pour Marie-Antoinette et son époque... je te le dis tout de suite, ce n'est pas ça que tu trouveras chez Des Cars, mais c'est tout aussi intéressant. wink2 J'ai adoré découvrir Sissi, qui revit sous sa plume et est devenue un personnage absolument fascinant. J'ai beaucoup aimé son portrait de Louis II de Bavière, aussi et c'est grâce à son ouvrage sur Eugénie de Montijo que j'en ai un peu plus appris sur cette femme qui est morte il n'y a pas si longtemps (à l'échelle de l'Histoire) mais que l'on juge assez sévèrement. 

        Le Sceptre et le Sang est vraiment un ouvrage intéressant... Il est imposant et j'ai pensé que j'allais y passer du temps mais, au final, ce fut une lecture très fluide, bien plus que ce à quoi je m'attendais. happy Comme je le dis dans ma chronique, j'ai eu vraiment l'impression de lire un roman et j'ai passé un excellent moment. Du coup, je te le recommande chaleureusement et je te conseille aussi ces autres livres, notamment ses "sagas" sur les grandes familles (Habsbourg, Windsor, Romanov) qui permettent d'en apprendre un peu plus sur ces personnages que l'on connaît mais parfois bien mal ou, du moins, pa s complètement !  ^^

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