• Le Soleil sous la Soie ; Eric Marchal

    « La liberté pouvait se trouver partout, même dans l'espace le plus restreint. Il y'avait mille façons de voyager. »

    Le Soleil sous la Soie ; Eric Marchal

     

    Publié en 2013

    Editions Pocket 

    922 pages 

    Résumé :

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Dans ce gros roman de plus de neuf cents pages que certains ont comparé d'emblée aux Piliers de la Terre de Ken Follett, Eric Marchal nous emmène, dans le sillage d'un chirurgien lorrain et au gré de ses pérégrinations, de Nancy aux steppes hongroises en passant par les citadelles impériales alors en guerre contre l'empire ottoman.
    Nicolas Déruet que l'on découvre au cours des années 1690, est chirurgien ambulant et sillonne les routes de la Lorraine occupée par les troupes françaises. Il est chirurgien, pas médecin, insistons bien là-dessus : si aujourd'hui les deux notions sont consubstantielles -ou presque- ce n'était pas le cas à la fin du XVIIème siècle et au début du XVIIIème siècle, à tel point d'ailleurs que les médecins se posaient souvent en opposants farouches aux chirurgiens et inversement.
    A la suite d'une fausse accusation portée contre lui, Nicolas Déruet se voit obligé de quitter la Lorraine et de rejoindre les troupes ducales qui se battent en Hongrie. Là-bas, il va découvrir les horreurs de la guerre, la souffrance et la peur des soldats blessés, la mort, souvent atroce mais aussi expérimenter la camaraderie innée et indéfectible qui se tisse souvent entre le personnel soignant, confronté aux mêmes horreurs. De retour en Lorraine dans la suite du jeune duc Léopold, il exercera à Nancy son savoir-faire, à l'hôpital Saint-Charles, soignant les nantis comme les plus déshérités et sera un témoin de premier plan des soubresauts politiques et diplomatiques qui secouent le petit Etat lorrain, coincé entre deux géants, le Saint-Empire romain d'un côté et la France louis-quatorzienne de l'autre, qui ne veut qu'une chose : annexer la Lorraine. Entre les guerres de la Ligue d'Augsbourg et de la Succession d'Espagne, dans un contexte peu évident, Nicolas oeuvre cependant pour sa science tout en menant sa propre vie, une vie marquée par son écartèlement et son hésitation entre deux femmes importantes pour lui : Rosa, la marquise de Cornelli, intrépide et séduisante et Marianne, sage-femme de son état, plus modeste mais avec qui Nicolas a tissé des liens importants et qu'il n'avait quittée qu'à regret au moment de fuir en Hongrie.
    C'est vrai que Le Soleil sous la Soie est un grand roman, je ne peux pas dire le contraire. Mais il est loin d'être un coup de cœur et je vais vous expliquer pourquoi maintenant - tout en évitant, je l'espère en tout cas, de vous dissuader de le lire parce qu'il s'agit malgré tout d'une grande oeuvre historique qui n'usurpe pas sa comparaison avec le fameux roman-fleuve de Follett.
    J'ai évidemment trouvé beaucoup de points positifs à ce roman. Que la chirurgie soit au centre du récit, loin de me rebuter m'a plu, au contraire. Nicolas n'est pas un médecin de Cour, ridicule et inefficace mais un praticien, un homme de terrain qui connaît les corps, leurs affections et maux les plus divers et pratique, avec moins de technique et de matériel, des interventions assez semblables à celles d'aujourd'hui. J'ai aussi aimé tous les personnages qui sont, à leur manière, un reflet de la société de la fin du XVIIème siècle et du début du XVIIIème. Enfin, j'ai aimé que l'intrigue se situe en Europe de l'est et aborde une Histoire peu connue de nous mais aussi en Lorraine, un Etat à part entière à l'époque et subissant depuis plusieurs décennies les appétits expansionnistes du Roi-Soleil.
    Seulement, c'est un peu long. Comme je vous le disais plus haut, Le Soleil sous la Soie est un gros roman, de plus de neuf cents pages, c'est un pavé, on ne peut pas dire mieux. Souvent, ces romans ne sont pas exempts de longueurs et malheureusement, ce fut le cas ici. J'ai trouvé que le récit s'essoufflait un peu après avoir été plein de dynamisme. Je me suis laissée totalement emportée dans le tourbillon des batailles menées en Hongrie contre les Turcs, les sièges des citadelles spectaculaires dominant le Danube, les interventions d'urgence des chirurgiens tentant, parfois au péril de la leur, de sauver un maximum de vies. Et puis Nicolas revient en Lorraine et...c'est un peu plat. Je crois que c'est ce souffle qui manque soudainement qui a un peu influencé mon rythme de lecture : j'ai mis dix jours à terminer Le Soleil sous la Soie et je pense que ça vient de là, parce que j'ai eu du mal à me sentir complètement captivée par la deuxième partie du roman. J'ai parfois eu l'impression que ça partait un peu dans tous les sens, que l'auteur abordait plein de sujets mais sans se poser vraiment, on papillonne d'un événement à un autre, parfois drôle, parfois tragique, mais sans se poser un minimum et j'ai trouvé ça dommage parce que le roman est d'une grande qualité par ailleurs et il aurait pu l'être d'autant plus, sans ces quelques petits défauts.
    Ayant lu auparavant un autre roman d'Eric Marchal, La Part de l'Aube, un roman ambitieux mais qui avait su me séduire et me séduire agréablement, j'avoue que j'espérais retrouver le même souffle, le même style dans Le Soleil sous la Soie et ce ne fut pas le cas même si j'ai trouvé quelques points communs entre les deux, notamment les personnages qui m'ont évoqué ceux de La Part de l'Aube : ainsi, Nicolas Déruet, notre héros, m'a beaucoup évoqué Antoine Fabert, l'avocat lyonnais que l'on suit dans La Part de l'Aube, par leur passion et leur opiniâtreté essentiellement.
    Le roman ne m'a peut-être pas offert ce que j'attendais en l'ouvrant : je pensais vraiment qu'il serait beaucoup plus centré sur les conflits, la guerre en Europe centrale alors qu'au final, ce n'est pas le cas. Pour autant, il ne m'a pas déçue et je regrette seulement cette perte de rythme en milieu de roman, perte de rythme qui malheureusement n'est pas forcément compensée par la suite. J'ai retrouvé ici la fresque historique peinte à grands coups de mots que j'avais tant aimée dans La Part de l'Aube, un univers en clair-obscur où se côtoient les ors des palais et la boue des ruelles pauvres de Nancy. J'ai admiré le courage, le dévouement et l'abnégation de Nicolas et de ses collègues chirurgiens, luttant sans cesse pour sauver des vies et apaiser la souffrance.
    L'auteur, à la fin de son roman, espère qu'il a bien restitué ce que pouvait être la vie quotidienne entre les années 1690 et 1710 et je crois qu'il a réussi. Avec quelques petits anachronismes assumés, certes, mais dans l'ensemble, Le Soleil sous la Soie est un roman solide, on ne peut pas le nier. J'ai aimé le lire, j'ai apprécié de découvrir une autre Histoire grâce à lui, de voyager dans les steppes de Hongrie alors convoitées par les Turcs et défendues, on le sait peu, par des bataillons lorrains alors affidés aux Habsbourg de Vienne -pour la petite anecdote, d'ailleurs, le duc Léopold qui est l'un des héros du roman est le grand-père d'une future reine de France...Marie-Antoinette, dont le nom de famille était Habsbourg-Lorraine.
    Si, comme moi, vous êtes amateurs de romans historiques et que vous aimez cette époque, lancez-vous. Si vous êtes intéressés par la médecine, nul doute que vous y trouverez aussi votre bonheur. Personnellement, c'est une science qui me fascine assez, surtout à cette époque, quand on sait comment les praticiens procédaient, avec peu de moyens et souvent beaucoup d'ingéniosité -et non, tous n'étaient pas les charlatans incompétents, les Diafoirus décrits avec jubilation par Molière. Nicolas et ses compagnons en sont l'exemple même et leur modestie les honore.
    Le Soleil sous la Soie est un roman riche et dense. N'espérez pas le lire en quelques jours, il vous faut vous plonger dans son ambiance. Peut-être, comme moi, trouverez-vous des défauts mais qu'importe : l'important est que votre ressenti soit positif quand vous refermerez le roman et c'est ce que je vous souhaite. 

    En Bref :

    Les + : un roman historique dense et riche, comme je les aime, avec des personnages travaillés et une intrigue maîtrisée. 
    Les - : dommage que le récit s'essouffle en milieu de roman et peine à retrouver son rythme. J'ai trouvé que certains chapitres étaient peut-être un peu superflus et n'apportaient pas grand chose à l'intrigue. 


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 13 Septembre à 20:21
    C’est noté et une fois prévenu des longueurs on doit l’apprécier davantage :)
      • Vendredi 13 Septembre à 21:34

        Oui, je pense que tu as raison et puis j'ai commencé ce roman avec le souvenir très très positif de La Part de l'Aube, qui est un roman très ambitieux mais vraiment bien mené. Je pense que Le Soleil sous la Soie a été écrit plus tôt, ce qui peut expliquer qu'il est un peu " en dessous " (mais très bon quand même). 

        Et puis je crois que les pavés ont les défauts de leurs qualités. S'ils permettent de s'immerger longuement dans une intrigue, de prendre le temps de faire connaissance avec les personnages, souvent, on n'échappe pas aux longueurs. C'est dommage mais c'est le jeu. De toute façon, rien que pour son intrigue, le sujet choisi (la médecine, l'annexion de la Lorraine, les guerres en Europe centrale) je trouve que ce roman sort du lot et mérite d'être lu. sarcastic J'espère que tu sauras l'apprécier ! cool

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