• Le Ventre de Paris ; Emile Zola

    « Les natures honnêtes ont cette grâce merveilleuse de mettre de leur honnêteté dans tout ce qu'elles touchent. »

    Le Ventre de Paris ; Emile Zola

    Publié en 2002

    Date de parution originale : 1873

    Editions Folio (collection Classiques) 

    480 pages

    Troisième tome de la série Les Rougon-Macquart

    Résumé :

    Le Ventre de Paris, ce sont les Halles, avec leur « souffle colossal épais encore de l'indigestion de la veille », leurs montagnes de mangeailles, de viandes saignantes, « de choses fondantes, de choses grasses », de « gredins de légumes » d'où monte « le râle de tous les potagers de la banlieue ». « L'idée générale, écrit Zola, est le ventre, la bourgeoisie digérant, ruminant, la bête broyant le foin au râtelier, la bedaine pleine et heureuse se ballonnant au soleil ». Aux « Gras » s'opposent les « Maigres » : Florent, un proscrit du 2-Décembre revenu à Paris, qui fomente un complot contre le régime et sera dénoncé par Lisa, sa belle-sœur, une charcutière au grand calme repu. Florent retourne en prison et c'est à son ami Claude Lantier, le futur héros de L'Oeuvre, que revient, que revient le mot de la fin : Quels gredins que les honnêtes gens !

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Le Ventre de Paris est le troisième volume des Rougon-Macquart, après La Fortune des Rougon et La Curée. C'est le second à se passer à Paris, mais c'est surtout le premier à traiter de ces classes populaires que Zola n'a pas cessé de dépeindre, ensuite, dans le reste de sa série. Avant les mineurs de Germinal, les paysans de La Terre, les soldats de La Débâcle, les cheminots de La Bête Humaine, Le Ventre de Paris brosse, lui, un portrait de ces commerçants des Halles de Paris. Les Halles, qui furent réaménagées et modernisées sous le Second Empire, notamment grâce aux pavillons de verre et de fer de Victor Baltard. C'est dans ce monde grouillant de nourriture que dégringole Florent, proscrit du 2-Décembre 1851. Ancien professeur, peinant à joindre les deux bouts et ayant à sa charge son jeune frère, venu du Midi après la mort de leur mère, Florent se trouvait, comme on dit, au mauvais endroit et au mauvais moment. Attrapé dans les rues de Paris après des émeutes en ayant le sang d'une jeune femme sur les mains, il est arrêté manu militari et envoyé au bagne à Cayenne. Le bagne, dont il parvient à s'échapper après sept années. C'est là qu'il tombe dans ce Paris qui change tout doucement, sous l'impulsion de Napoléon III, qui cherche à moderniser mais aussi à assainir sa ville, en faisant tracer de grands boulevards et avenues. Aux Halles se vendent tout un tas de choses, venues de la proche banlieue, encore très rurale à l'époque ou de plus loin encore : ainsi, on y trouve des fleurs, mais aussi des fruits et des légumes, du beurre, des fromages, des gibiers à poils et à plumes, des volailles, des poissons d'eau douce ou de mer. Près des Halles, des commerces se sont développés et c'est là que Florent retrouve son frère, Quenu, devenu un charcutier prospère. Ce Quenu, aussi gras et repu que son frère est maigre et affamé possède une belle boutique, une belle demeure, une clientèle fidèle et, surtout, une famille qui fait sa fierté : il est marié à la belle Lisa, mère de sa fille Pauline.

    Le Ventre de Paris ; Emile Zola

    « [...] et il aperçut une femme, sur le seuil de la boutique, dans le soleil. Elle mettait un bonheur de plus, une plénitude solide et heureuse, au milieu de toutes ces gaietés grasses. » (Chapitre I)


    C'est par Lisa, bien que Florent soit le personnage principal du roman, que nous faisons le lien avec les Rougon-Macquart. En effet, après avoir découvert, dans La Fortune des Rougon et dans La Curée, les personnages de la famille Rougon, c'est au tour maintenant des Macquart, la branche bâtarde. Lisa est la fille d'Antoine, qui est, lui, le fils d'Adélaïde Fouque et du contrebandier Macquart et le demi-frère de Pierre Rougon qui, à la faveur du coup d'état de Napoléon III pour restaurer l'Empire, parvient à se faire une place au soleil, à Plassans, la petite ville du Midi dont la famille est originaire. Dans La Curée, c'était le cousin de Lisa, le fils de Pierre, Aristide, financier véreux, qui était au centre du récit. Ici, nous faisons donc connaissance avec la branche plutôt infortunée de la famille, même si, finalement, la vie a plutôt souri à Lisa, soustraite très jeune à l'influence familiale pour monter à Paris. Elle est la soeur de Gervaise, la pauvre lingère de L'Assommoir et de Jean, que l'on retrouvera dans La Terre et La Débâcle. En effet, alors que son frère et sa soeur connaîtront un destin plutôt difficile voire malheureux, Lisa, elle, est heureuse dans sa vie et a été surnommée, dans le quartier, « la belle Lisa », pour sa beauté grasse et tranquille de femme honnête. Tranquillité et honnêteté qui ne vont, bien sûr, pas sans quelques jalousies et commérages...
    Installé chez les Quenu, Florent trouve une place aux Halles, devient inspecteur mais une haine farouche envers le régime qui l'a envoyé au bagne, le ronge encore. C'est alors que, progressivement, il va glisser vers l'insurrection, vers le complot, se réunissant dans un café du quartier des Halles avec une bande d'énervés ou d'inconscients qui rappelle un peu -sur certains points mais pas tous cependant-, la société du salon jaune dans La Fortune des Rougon. Et Lisa, qui craint pour l'intégrité de sa famille, sa prospérité, l'avenir de sa charcuterie et qui semble un peu plus clairvoyante que son époux, va dénoncer son beau-frère aux autorités...
    Le Ventre de Paris m'avait fait forte impression lors de ma première lecture, impression très positive qui s'est confirmée lors de cette relecture. J'ai toujours préféré aux romans, disons « bourgeois » de Zola, ceux qu'on pourrait qualifier de « populaires », même si lors de ces relectures, j'ai trouvé à La Curée des qualités indéniables que je n'avais pas su forcément percevoir la première fois que je l'ai lu. J'avais trouvé cette peinture du peuple des Halles tout à fait réussie, grâce à force descriptions exhaustives qui nous permettraient presque de toucher du doigt le soyeux des fleurs et des fruits et sentir les odeurs fortes des fromages et de la marée. Aux Halles se côtoient des marchands prospères et d'autres qui le sont moins et les clients sont soit des commerçants du quartier -les Quenu, les Taboureau- ou bien des gens avec moins de moyens comme la sournoise --mais au fond, touchante- Mlle Saget.

    Le Ventre de Paris ; Emile Zola

    Les Halles de Paris en 1895 par Léon Augustin Lhermitte


    Le Ventre de Paris, c'est aussi le roman de l'abondance opposé à la restriction, la lutte latente entre les Gras et les Maigres, les Gras méprisant les Maigres, les Maigres jalousant les Gras. C'est le roman de la nourriture, elle y est au centre et occupe la place d'un personnage à part entière, déterminant fatalement les relations humaines. C'est le roman de la prospérité qui s'oppose à la déchéance et, finalement, on en revient à cette lutte immémoriale des pauvres contre les riches et des riches contre les pauvres. A travers des personnages truculents Zola s'emploie encore une fois, après avoir montré la décadence de la société impériale dans La Curée, à dénoncer le régime dont il fut tout sauf un fervent défenseur en montrant les inégalités sociales dans toute leur crudité, inégalités qui le révoltent et qu'il n'aura finalement de cesse de dénoncer, lui le romancier à succès mais qui n'oublia pas ses origines modestes.

    En Bref :

    Les + : les personnages très travaillés, le cadre bien décrit, l'intrigue en elle-même.
    Les - :
    Aucun. 

     

    Adieu, mon Unique ; Antoine Audouard

     

    Coup de cœur 


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 28 Janvier 2015 à 12:26

    Comme tu connais bien les Rougon-Macquart ! J'aimerai pouvoir en dire autant et en lire plus (j'en ai lu 9/20 pour le moment). J'avais bien aimé ce tome-ci car la nourriture y est au centre, comme tu dis c'est un personnage à part entière. En lisant j'avais en tête les Halles actuelles (le centre commercial appelé forum des Halles est-il le même que celui dont parle Zola ?), qui ont beaucoup changé.

    2
    Jeudi 29 Janvier 2015 à 18:03

    J'ai également trouvé les descriptions de Zola très évocatrices, et malgré leur abondance, je n'en suis jamais lassé tant Zola sait les rendre originales et pleines de couleurs et d'images marquantes...

    J'aime beaucoup le parallèle que tu fais entre le salon jaune et le café où se réunissent les conspirateurs, et le tableau que tu as choisi pour illustrer cet article et qui dépeint fort bien l'atmosphère des Halles retranscrite dans le livre...

    J'ai maintenant hâte d'arriver au tome qui met en scène Claude, personnage que j'ai beaucoup aimé ici...

    3
    Dimanche 1er Février 2015 à 12:14

    Merci pour vos commentaires les filles ! ^^

     

    @LESALONDESLETTRES : Je pense qu'il s'agit bien du même quartier parce que lorsque j'ai fait des recherches sur internet pour la préparation de l'article, je suis tombée sur des photos contemporaines et il me semble bien que l'actuel forum des Halles se trouve à l'emplacement des anciennes Halles de Baltard dont parle Zola... yes

    @Parthenia : J'avais beaucoup aimé L'Oeuvre, moi aussi, centrée sur Claude Lantier et son épouse Christine et il me tarde vraiment d'y arriver également...il faut dire que, depuis ma dernière lecture de ce roman, j'ai étudié la peinture du XIXème siècle et donc je pense que je vais trouver encore un intérêt supplémentaire au livre ! 

    4
    Lundi 2 Février 2015 à 16:38

    D'accord, il faudrait que je cherche ou que je demande à un prof de littérature pour en être certaine.

    Au fait, c'est vrai que tes images sont appréciables car elles sont en rapport avec le livre. J'essaie de le faire également dans mes articles dès que je le peux. ça illustre le livre que tu présentes et adorant Zola, ça a été un vrai plaisir de lire ton article (je crois que tu l'as fait sur d'autres articles aussi).

    5
    Mercredi 4 Février 2015 à 15:14

    Il faut que je commence cette saga, j'ai les trois premiers tomes dans ma PAL.

    6
    Samedi 8 Août 2015 à 19:55

    Il faut absolument que je lise ce classique! 

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