• Légende d'une Vie ; Stefan Zweig

    « On ne doit pas essayer de forcer la vie, elle est plus forte que nous finalement. »

    Légende d'une Vie ; Stefan Zweig

    Publié en 2011

    Editions Grasset

    180 pages

    Résumé :

    Quatre personnages se croisent : Leonore Franck, veuve du célèbre écrivain Karl Amadeus Franck, leur fils Friedrich, Bürstein, le biographe du maître et une mystérieuse femme qui s’avère être l'amour d'enfance du grand écrivain, celle à qui il a écrit des dizaines de pièces enflammées et dédié une pièce de théâtre que tout le monde croyait jusqu'alors perdue. Or cette femme détient les lettres et le manuscrit...
    Tout le génie de Zweig est de glisser du vaudeville classique à la pièce métaphysique sur la création. Depuis la mort de l’écrivain, sa veuve, ainsi que le biographe, ont maquillé la réalité. Or quand Bürstein se repent, la légende de l'écrivain s'effondre, mais pour donner naissance à la véritable histoire d'une vie et d'un amour passionné.
    Légendes d'une vie est consacrée aux relations d'une famille et de l'œuvre que laisse un grand homme disparu. A-t-elle le droit de tout publier? Doit-elle censurer, couper, rectifier ?

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Il y'avait longtemps que je n'avais pas lu de théâtre et pourtant, ce n'est pas un genre qui me rebute. Il fut un temps où j'avais lu beaucoup de Molière et puis je crois que l'étude intensive de Roméo et Juliette pour le BAC m'a un peu dégoûtée. Ca faisait donc vraiment un moment que je n'en avais pas lu et je me demande même si mes dernières lectures ne remontent pas au lycée, justement ! ! Du coup, ça commence à faire un moment ! !
    Et Légende d'une Vie est dans ma PAL depuis cinq ans déjà et je ne me décidais pas du tout à l'en sortir, je ne sais pas pourquoi...en fait, je l'ai acheté un peu sur un coup de tête, sans forcément prêter attention au titre. Je l'avoue, j'ai l'ai surtout acheté pour Zweig...J'avais lu Marie-Antoinette et Marie Stuart, ses deux biographies très connues puis, entre-temps, j'ai lu Vingt-quatre heures de la Vie d'une Femme. Pour le coup, on s'éloignait totalement de la biographie pour partir plutôt dans la nouvelle et j'ai été séduite : finalement, Zweig est plutôt doué dans les deux genres ! On se rend compte que c'est un auteur vraiment complet et à l'aise dans tous les genres. Pas historien de formation il a pourtant laissé deux biographies qui sont devenues presque des incontournables malgré les défauts qu'elle peuvent comporter. Et après avoir terminé Légende d'une Vie, si je compare avec Vingt-quatre heures de la Vie d'une Femme, je peux dire qu'il en est de même pour le roman ou pour le théâtre : Zweig adopte rapidement, avec justesse et fluidité, le genre littéraire qu'il a choisi pour raconter son histoire.
    Ici, pour raconter l'histoire de Friedrich Frank, ce sera donc le théâtre qu'il choisira. Son jeune héros est un poète, il a dix-neuf ans mais surtout, il est porteur d'un lourd passif, celui de son père, Karl Amadeus Frank, un romancier et un poète, lui aussi, qui a connu un énorme succès de son vivant. Décédé depuis six ans déjà, son aura n'a pourtant pas pâli et le jeune Friedrich, influencé en cela par la poigne ferme de sa mère, Léonore, vit dans le souvenir et l'adoration d'un homme qu'il se met pourtant, l'âge adulte arrivant, à ressentir de plus en plus comme un rival. Le vivant doit le disputer au souvenir d'un père tout-puissant et admiré auquel il ne se croit pas capable de se mesurer. Mais des révélations sur le passé de son père, qui le rendent soudain plus humain au fils va permettre à ce dernier de se défaire du sentiment d'obligation qu'il ressentait malgré lui envers le défunt et qui l'enferrait de plus en plus dans une vie mécanique et qui ne lui convenait pas...
    Réflexion sur le souvenir, l'héritage, l’accommodement que les enfants de célébrités doivent opérer entre leur propre vie et celle de leurs parents, vivants ou disparus d'ailleurs, à plus forte raison si, comme Friedrich, ils ont choisi de suivre les traces de leurs géniteurs, consciemment ou inconsciemment, Légende d'une Vie est d'une justesse extraordinaire. Et puis survient soudain l'élément qui va libérer Friedrich, le faire soudain déculpabiliser et appréhender donc d'une bien meilleure manière sa relation au père, même si celui n'est plus. Drame d'ailleurs d'un fils jeune et qui se voit sans cesse confronté au souvenir omniprésent d'un mort à qui il se voit comparé, parfois de façon bienveillante et parfois pas. C'est aussi une réflexion sensée sur la relation fils-père, qui peut s'avérer très compliquée et même, on le voit ici, au-delà de la mort, car Friedrich ne peut s'empêcher d'éprouver autant d'admiration pour un père unanimement loué que de la haine pour lui car il considère qu'il n'a pas de vie propre, qu'il n'est finalement pas une personne à part entière pour ceux qui le côtoient mais en quelque sorte un avatar, un ersatz de Karl Amadeus FrankEt puis surviennent donc ces révélations, confiées à Friedrich par une femme qui a connu Karl Amadeus dans sa jeunesse et qui, contrairement à sa veuve, Léonore, n'a aucun intérêt à préserver la mémoire de l'écrivain adoré. Au contraire, même. Et ces révélations qui auraient pu, peut-être conforter le fils dans son avis inconscient sur le père s'avèrent finalement bénéfiques pour lui qui ouvre les yeux : non son père, même s'il était un génie, n'en était pas pour autant un homme parfait. Et parce que justement Karl Amadeus n'était pas un homme parfait mais un homme normal, avec des failles, des travers et un passé pas forcément aussi lisse qu'on a bien voulu le lui faire croire, il va s'attacher à cette figure paternelle-là qui, finalement, ne lui fait plus d'ombre, moins encombrante qu'elle est soudainement dans son humanité soudain révélée. Et, de fait, l'existence du jeune homme change radicalement, qu'il s'agisse de se relation aux autres, conflictuelle et difficile jusque là ou même, que ce soit la relation qui l'unit à sa mère, faite de beaucoup d'animosité de la part du fils, de plus en plus lassé et exaspéré d'être sans cesse, par sa propre mère, comparé à son père et ressentant d'ailleurs dans les propos de cette dernière qu'il ne l'égale pas.
    C'est donc aussi une démonstration assez fines des relations familiales qui ne sont pas toujours un long fleuve tranquille et cela n'arrange rien quand, comme dans la famille de Friedrich Frank une notoriété vient apporter encore une complication dans les relations et les interactions des différents membres de la famille.
    Légende d'une Vie se lit extrêmement vite, on est même surpris quand on arrive à la fin, qui est un peu abrupte d'ailleurs, mais qui achève la pièce de façon positive néanmoins. C'est, comme cela est dit dans le résumé de la quatrième de couverture, une sorte de nouvelle dialoguée plutôt agréable ! ! Le style est toujours un peu froid mais de qualité et toujours aussi facile à lire. C'est un plaisir, je trouve, que de lire du Zweig.
    En tous cas, je n'ai pas du tout été déçue bien au contraire et même, j'aurais dû le sortir bien plus tôt de ma PAL ! ! Je vous conseille cette lecture. 

    En Bref :

    Les + : une belle réflexion sur l'humain, l'héritage, les relations parents-enfants ; un style froid mais toujours de qualité.
    Les - : Aucun. 


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  • Commentaires

    1
    Jeudi 19 Mai 2016 à 10:02

    Je connais très peu l'auteur mais j'aimerai bien lire davantage de ses oeuvres alors je note ce titre-ci, en partant un peu "à l'aventure" car je ne sais pas s'il me plaira...

      • Jeudi 19 Mai 2016 à 23:23

        Je te conseille Légende d'une Vie...pour ma part, après l'avoir acheté et laissé traîner un moment dans ma PAL, je n'avais plus la motivation pour le lire, je me suis un peu obligée à le sortir de ma bibliothèque sinon, il y serait encore...et finalement, j'ai été agréablement, très agréablement surprise ! Du coup, je ne peux que te le conseiller... yes

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