• Les Couples Royaux dans l'Histoire ; Jean-François Solnon

    « Il est des couples où la reine ne s'est pas contentée des coulisses du pouvoir, mais a investi l'avant-scène et refusé de la quitter, abandonnant la quenouille pour le sceptre qu'elle partage avec son mari. Le pouvoir est alors exercé à quatre mains. »

    Les Couples Royaux dans l'Histoire ; Jean-François Solnon

     

    Publié en 2016

    Editions Perrin (collection Tempus)

    463 pages

    Résumé :

    La royauté se conjugue rarement au pluriel. L'art de gouverner serait-il exclusivement un privilège masculin ? Les épouses de monarques qui ont accédé au pouvoir politique démontrent le contraire. Pour la première fois, Jean-François Solnon a cherché la femme à côté de l'homme, et réciproquement, pour nous raconter l'histoire à quatre mains des couples royaux durant quatorze siècles : de Justien et Théodora de Byzance à Nicolas II et Alexandra de Russie, en passant par Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon, Louis XIII et Anne d'Autriche, Louis XVI et Marie-Antoinette, Victoria et Albert, Napoléon III et Eugénie, François-Joseph et Sissi...

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Tout, dans la vie d'un souverain, est significatif et révélateur. Si toute la vie d'une tête couronnée est instrumentalisée, de la naissance jusqu'à la mort, il reste aussi une grande étape dans sa vie : le mariage. Alliance diplomatique, alliances dynastique, le mariage royal est un événement tout sauf privé.
    En se focalisant sur des couples aux union représentatives, l'auteur, historien réputé, apporte une analyse fine des relations humaines et de la conception du pouvoir de ces souverains, dont le caractère se révèle dans ces unions parfois heureuses, souvent malheureuses, qui finissent bien ou pas. Et ce livre est bien l'illustration que les mariages d'amour ne sont pas ceux qui finissent le mieux, en général. Comme le disait un fameux groupe français un peu déjanté : « les histoires d'amour finissent mal, en général. »
    Ainsi, de l'Antiquité jusqu'au XXème siècle, nous suivons la destinée de deux êtres dont les destins sont unis, par la politique, par pragmatisme ou, au contraire, par les élans du cœur plus forts que tout. Ces mariages sont tous différents et pourtant, ils sont tous le reflet de la limite du pouvoir des souverains, même les plus absolus, car ceux qui ont épousé l’élu de leur cœur se le verront peut-être reprocher et les autres, malgré l'absolutisme de leur pouvoir se verront imposer un conjoint, par les circonstances ou par leur famille. C'est ainsi de Justinien au Vème siècle, à qui ont reprocha d'avoir épousé une fille du peuple et probablement de petite vertu : Théodora. C'est le cas, plus proche de nous, de François-Joseph, qui s'unit par amour à Sissi, ne cessa jamais de l'aimer mais qui ne parvint pas à faire adopter son épouse par sa mère ni par les Viennois.
    Quant à Louis XIII ou Louis XVI, considérés comme des rois absolus, on les a obligés à épouser des femmes qu'ils ne connaissaient pas, pour consolider ou anticiper des alliances. Louis XIII et Anne d'Autriche se rendront mutuellement malheureux et la reine, jusqu'à la mort de son mari, ne se sentira jamais pleinement française. Quant à Louis XVI et Marie-Antoinette, ils ne se trouveront finalement qu'aux heures les plus noires de la Révolution.
    Enfin l'auteur apporte aussi quelques nuances à des couples que l'Histoire a rendus indissociables et pour qui, pourtant, le mariage ne fut pas qu'un long fleuve tranquille : c'est le cas des Rois Catholiques, Isabelle et Ferdinand, dont les deux noms finissent par se confondre dans cette appellation unique, dont l'union fut basée certes sur une grande complicité mais non exempte de divergences de point de vue. C'est le cas aussi de Victoria d'Angleterre et le prince Albert, souffrant toute sa vie de n'avoir pas de statut et de l'hostilité du peuple anglais, exaspéré parfois par la reine conservant jalousement son pouvoir.
    Ils s'aimèrent ou pas. Parfois, faisant contre mauvaise fortune bon coeur, passant au dessus de leurs divergences ou dissemblances, ils parviendront à s'unir, pour le meilleur ou pour le pire. Parfois au contraire, des mariages contractés par amour se termineront mal : c'est le cas du mariage de l'empereur et de l'impératrice d'Autriche. Toujours très amoureux de son épouse, François-Joseph sera condamné à la regarder s'enfuir, toujours plus loin et surtout, loin de lui. D'autres unions au contraire seront heureuses jusque au bout, déjouant tous les pronostics sceptiques : ainsi de Justinien et Theodora, qui s'aimeront toute leur vie ; malgré le tragique de leur destinée, Nicolas II de Russie et Alexandra Feodorovna, allemande de naissance et qui ne parvint jamais à se faire aimer du peuple russe, resteront amoureux comme au premier jour, unis dans le malheur et surtout dans la souffrance commune de devoir assister chaque jour aux souffrances de leur fils hémophile.

    Image associée

    Les fameuses mosaïques de la basilique San Vitale de Ravenne représentant Justinien, empereur de Byzance et son épouse Théodora


    Enfin il y'a ceux que l'adversité éloignera définitivement comme Isabeau de Bavière, aimante mais condamnée à rester loin d'un mari fou et qui ne la reconnaît plus.
    Et il y'en a bien d'autres encore traités dans ce livre : Marie-Caroline de Naples et Ferdinand IV, Napoléon III et Eugénie de Montijo... Il y'en aurait sûrement eu d'autres qui auraient pu mériter de figurer dans ce livre mais l'auteur a été forcé, évidemment, de faire un choix. Il a opté pour, finalement, les plus représentatifs d'une époque, d'une manière de concevoir le mariage et ses devoirs. Certains sont très connus, d'autres le sont moins. A chaque chapitre cependant, on rencontre deux personnes dont les vies ont été irrévocablement unies, qui ont eu des enfants ou pas, que la vie s'est chargée de rapprocher ou d'éloigner. Violents ou tendres, ces couples sont attachants ou parfois, pathétiques.
    Historien français réputé que j'avais découvert avec une biographie de Catherine de Médicis, il y'a quelques années, Jean-François Solnon écrit bien, même si on ne peut pas vraiment qualifier sa plume de chaleureuse : elle est précise, directe, elle va droit au but. Fiable historiquement, le livre n'est pas qu'un livre d'Histoire domestique, bien au contraire : parce que ces couples, de part leur éminente position, sont intimement liés à la destinée de leur pays, c'est aussi un livre politique, économique, géopolitique que nous offre l'auteur. Les souverains s'unirent-ils aussi dans le gouvernement du pays ? Les consorts furent-ils jaloux du pouvoir de leur conjoint ? Furent-ils ou non présents sur la scène politique ?
    Et, à l'heure où, en Grande-Bretagne, le prince Harry vient d'épouser l'actrice américaine Meghan Markle, mariage moderne et dans l'air du temps, signe d'une volonté profonde de bouleversements d'une monarchie peut-être un peu trop corsetée, ces unions historiques nous apparaissent justement comme le pendant de ce mariage princier si symbolique : on se dit que, aux époques traitées par l'auteur dans son livre, un tel mariage aurait été un pur scandale et que finalement toutes ces unions sont aussi des indicateurs sociologiques intéressants. Les sociétés antique, médiévale et même d'Ancien Régime, si elles n'étaient pas contre les contes de fées, ne considéraient pas le mariage comme nous le faisons aujourd'hui, à plus forte raison le mariage de celui ou celle qui les gouvernait ou les gouvernerait un jour. Le mariage et la conception que l'on s'en fait est alors un bon indicateur social, un réflecteur d'une société.
    Tout cela transparaît dans le livre de Jean-François Solnon. J'ai évidemment apprécié découvrir des couples que je connaissais peu comme Frédéric-Guillaume de Prusse et son épouse, la fameuse reine Louise.
    Ce livre est complet et vraiment intéressant et je ne doute pas qu'il saura séduire tout lecteur un tant soit peu intéressé par l'Histoire et par son aspect domestique, peut-être moins spectaculaire que l'étude militaire ou diplomatique, mais tout aussi révélateur. Découvrir l'Histoire au travers des mariages royaux est captivant. 

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     La reine Victoria, son époux le prince Albert et leurs enfants 

    En Bref :

    Les + : voilà une manière originale et intéressante d'aborder l'Histoire et celle des têtes couronnées, entre politique et histoire plus intime, celle du couple. 
    Les - : aucun, c'est un livre très complet. Il n'y manque rien. 


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 4 Juillet à 07:54

    J'avais déjà noté ce livre dans ma wish-list avant de lire ton article mais comme toujours, en complète passionnée d'Histoire que tu es, tu me transmets davantage l'envie de le lire. Ce genre d'ouvrages historiques est exactement ce que j'aime car on passera de personnes en personnes et donc d'époque en époque, en apprenant ainsi un maximum de choses. Je ne connais pas non plus la plume de Jean-François Solnon alors j'ai hâte de me faire mon propre avis :-)

      • Mercredi 4 Juillet à 12:39

        Si mon enthousiasme est communicatif alors tant mieux ! Je ne peux décemment pas le déconseiller, je pense que tous ceux qui aiment un tant soit peu l'Histoire peuvent y trouver leur compte ! smile En plus, l'auteur brosse les portraits de couples de toutes les époques être c'est vraiment agréable de voir l'Histoire à travers un prisme un peu différent. cool Le couple que forme un souverain avec son conjoint peut être révélateur de beaucoup de choses ! 

        K'espère que tu aimeras cette lecture ! ^^

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