• Les Derniers Libertins ; Benedetta Craveri

    « Ce livre retrace l'histoire de sept aristocrates dont la jeunesse coïncida avec le dernier moment de grâce de la monarchie française. »

     

    Couverture Les derniers libertins

     

     

     

     Publié en 2016

     Editions Flammarion(collection Au fil de l'histoire)

     636 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Ceci n'est pas un livre d'histoire, et pourtant tout y est avéré. C'est le roman vrai des derniers feux de la monarchie, la chronique d'une civilisation au raffinement inégalé, et que 1789 emportera à jamais. Le roman vrai de sept destins, chacun emblématique et unique à la fois. Des aristocrates de haut lignage, dotés des vertus dont tout noble doit s'enorgueillir : fierté, courage, raffinement, culture, esprit, art de plaire. Ils se connaissent, sont cousins ou rivaux, libertins dans une société où l'on veut aimer à sa guise, puisque le mariage y est de convenance. Maîtresses officielles ou secrètes, liaisons épistolaires et enflammées, dépit, faveur, puis disgrâce... Jamais l'art de conquérir ne fut porté à cette incandescence. Chacun d'eux, en même temps, veut se forger un destin. Prétendant aux plus hautes fonctions au service du Roi, ils devront composer avec la cour où les alliances se font et se défont au gré d'intrigues savantes et souvent cruelles. On croisera Talleyrand, Laclos, Marie-Antoinette dans la légèreté de ses vingt ans, les chroniques savoureuses du prince de Ligne ou de la comtesse de Boigne, les billets, les poèmes que cette élite lettrée et cosmopolite s'échange à chaque heure du jour. Ils sont aussi les enfants des Lumières, et accueillent avec d'autant plus d'intérêt les idées nouvelles qu'ils croient possible de les concilier avec leurs propres privilèges. Mais la Révolution balayera cet espoir. Certains prendront les armes, d'autres le chemin de l'exil ; ce sera la ruine, la guillotine pour deux d'entre eux. Pour tous, la fin d'un monde. Avec une plume enjouée et complice qui rappelle les meilleurs mémorialistes, Benedetta Craveri a composé ici un magnifique hommage à cette génération perdue qui incarna, plus qu'aucune autre, une certaine douceur de vivre. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Les Derniers Libertins raconte la fin d'un monde et le début d'un nouveau, à travers les portraits de plusieurs hommes qui symbolisent cette fin du XVIIIème siècle français : la fin de la monarchie, ses derniers feux puis les débuts de la fureur révolutionnaire.
    Connus ou moins connus, ils sont tous des fers de lance de cette fin de siècle, de ce XVIIIème siècle des Lumières qui va donner naissance à une révolution à laquelle, contrairement à ce que l'on pourrait penser, la plupart ne seront pas hostiles.
    Lauzun, Narbonne, Boufflers, Ségur...des noms qui peut-être vous évoquent quelque chose, ou pas. En ce qui me concerne, je connaissais bien le duc de Lauzun, parce que je l'ai souvent croisé dans des biographies de Marie-Antoinette et parce que le titre qu'il portera à la fin de sa vie, duc de Biron, est originaire de ma région et que son superbe château y est très connu. Je connaissais aussi le duc de Vaudreuil, amant de la duchesse de Polignac, favorite de la reine, pour l'avoir aussi régulièrement croisé dans les livres et biographies consacrés à Marie-Antoinette et le duc de Brissac parce que sa liaison avec Madame du Barry et les livres que j'aie pu lire sur elle me l'avaient fait connaître. Pour les autres, ce fut une véritable découverte.
    Pour autant que leurs destins soient différents, ils sont cependant tous liés par un (ou des) dénominateur (s) commun (s) : la naissance illégitime pour certains d'entre eux -Lauzun, Ségur, Narbonne- qui portent le nom d'un père qui ne l'est pas, l'appartenance à l'aristocratie, les idées, le mode de vie, la carrière militaire...Ces derniers libertins, ce sont de purs produits de la fin du XVIIIème siècle, amoureux du plaisir et des femmes, élevés dans des familles pas forcément très conventionnelles, où les maris ont des maîtresses et les épouses des amants sans que cela ne choque personne. Ce sont aussi des idéalistes, aux idées libérales, biberonnés aux philosophes des Lumières et qui appellent de leurs vœux une Révolution qui, faisant l'effet d'un tsunami, paradoxalement, les balaiera tous. Lauzun se battit ainsi en Amérique aux côtés de La Fayette et Rochambeau, aidant un peuple à se libérer de son roi, n'imaginant pas que dix ans plus tard, l'agitation révolutionnaire gagnerait la France et le sacrifierait. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les nobles ne furent pas tous des émigrés ni même des monarchistes comme le peuple n'a pas été entièrement sans-culottes. La mauvaise image de la monarchie, véhiculée dans l'opinion, vient avant tout de Versailles et des courtisans ou de nobles critiques, comme la marquise de Coigny, bonne amie de Lauzun et qui détestait la Cour.

    Armand-Louis de Gontaut, duc de Biron, général en chef de l'armée du Rhin 1747-1793  (Georges Rouget, 1834).

    Certains choisiront toutefois la monarchie mais seront partisans d'un changement et d'une monarchie constitutionnelle à l'anglaise, témoin de cet intérêt croissant que l'on avait eu dans la seconde moitié du siècle pour tout ce qui venait d'Outre-Manche, malgré les relations diplomatiques calamiteuses entre les deux pays : l'équitation à l'anglaise, les jardins à l'anglaise, les courses hippiques, la redingote... et surtout les idées politiques qui font leur chemin petit à petit. Par faiblesse ou peut-être par indécision, la monarchie française ne sut pas se réinventer et sombra dans l'abyme, sacrifiant son roi et sa reine mais aussi son aristocratie. Toujours est-il que c'est dans les rangs de ceux qui étaient nés pour la défendre et leurs ancêtres avant eux, que la monarchie absolue trouva en premier lieu le plus de détracteurs.
    Cela n'empêchait pas ces hommes bien nés, souvent riches -même si certains connurent des revers financiers relativement importants- de mener grand train, consommant les femmes et le champagne dans un joyeux tourbillon. Ces derniers libertins ont aimé la vie et l'ont brûlée par les deux bouts tandis que l'échéance s'approche de plus en plus dangereusement.
    Ce livre de Benedetta Craveri avait tout pour me plaire et, d'ailleurs, je ne serais pas honnête si je vous disais que ce n'était pas le cas : je l'ai trouvé intéressant et j'ai apprécié de découvrir une époque qui me passionne autrement qu'au travers des figures traditionnellement analysées (Marie-Antoinette la première). Ces destins m'ont tous plu, parce que si chacun va son chemin, leurs vies parallèles se télescopent par moments et surtout présentent d'étranges similitudes. La fin de l'Ancien Régime et la Révolution française sont décidément des époques bien plus compliquées que l'on ne pourrait le croire et qui sont malheureusement ramenées au rang d'un manichéisme réducteur et trop facile dans les livres scolaires, nous donnant une vision biaisée de cette époque fondatrice. Si j'avais eu besoin d'en être convaincue, nul doute que ce livre y serait parfaitement parvenu, nous montrant de grands nobles embrassant à bras-le-corps un changement bienvenu et qui, pourtant, les touchaient en premier lieu.

    Louis Marie de Narbonne-Lara

    Louis Marie de Narbonne-Lara, militaire et amant de la célèbre Mme de Staël dont il eut deux enfants et considéré comme un enfant naturel de Louis XV 


    Pour autant, je l'ai trouvé extrêmement compliqué à lire, d'où un sentiment assez partagé en fin de lecture. Je ne sais pas si c'est le style de l'auteure ou la traduction mais je ne l'ai pas trouvé facile d'accès. Je ne sais pas si cela vous est déjà arrivé mais j'avais la désagréable impression d'oublier à mesure que je lisais, étant obligée de revenir en arrière parce que j'avais oublié le paragraphe précédent ! ! Il y'a énormément de choses dedans, beaucoup d'informations, beaucoup de noms, beaucoup de dates. Parce que le prisme utilisé par l'auteure est différent de celui dont j'ai l'habitude, peut-être aussi ai-je eu besoin de plus de temps pour bien me resituer...toujours est-il que ce sentiment qui m'est apparu quasiment dès les premières pages m'a poursuivie jusqu'à la fin. Globalement, j'ai évidemment retenu ce que j'ai lu sinon je ne serais pas en train de vous parler de ce livre, mais...j'avoue que cette impression de manque de concentration, de difficulté n'est pas agréable.
    Mais le XVIIIème siècle me passionne toujours autant et ce n'est pas ce petit bémol qui va m'empêcher de lire les autres livres de Benedetta Craveri, notamment celui qu'elle consacre à Madame du Deffand, célèbre salonnière de l'époque et épistolière, qui correspondit notamment avec Voltaire, d'Alembert ou encore Horace Walpole.
    Pour en revenir aux Derniers Libertins si, comme moi, vous aimez le XVIIIème siècle, nul doute que vous y trouverez votre content, même si vous ressentez peut-être la même impression de difficultés à sa lecture. Le propos n'en est pas moins passionnant et ces derniers libertins sont décidément assez attachants, tous à leur manière. Libertins de mœurs, libertins d'esprit, ils personnifient parfaitement cette époque moribonde mais qui ne le sait pas encore et continue de s'étourdir dans les ors jusqu'à plus soif. Plus dure sera la chute : pour certains sur la paille des prisons de la République et pour d'autres, ce sera l'assurance de l'amertume de la perte et la désillusion jusqu'à la fin. Avec Louis XVI qui cesse de régner, c'est aussi toute la noblesse française, ciment de la monarchie qui, faute d'avoir su ou d'avoir pu tirer son épingle du jeu, sera engloutie pour toujours dans les limbes d'un monde nouveau qui n'est pas écrit par elle ni pour elle.

    Fastes. "Serenade au Petit Trianon", gravure d'adrien Moreau en hommage a la reine Marie-Antoinette, avant 1789.

    Sérénade au Petit Trianon (gravure d'Adrien Moreau en hommage à Marie-Antoinette, avant 1789)

    En Bref :

    Les + : une analyse du XVIIIème siècle intéressante et innovante parce que centrée sur des figures que l'on ne fait en général que croiser. 
    Les - : le livre est extrêmement riche et je l'ai, de fait, trouver assez compliqué à lire, je l'ai trouvé relativement laborieux.


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  • Commentaires

    1
    Lundi 27 Avril à 22:06

    Oui, ça m'arrive aussi de lire et d'oublier tout de suite ce que je lis lorsque ce sont des ouvrages compliqués. C'est bien dommage pour celui-ci car il me tente énormément (tu t'en doutes...). Mais avant de me lancer dans celui-ci, je pourrais déjà m'acclimater à la plume de l'auteure avec son ouvrage sur Mme du Deffand :-))

      • Mardi 28 Avril à 11:26

        Je ne serais pas honnête si je disais que je n'ai rien retenu mais c'est vrai que j'ai eu l'impression de manquer de concentration au cours de ma lecture, j'ai vraiment ressenti une impression de difficulté mais le livre est intéressant, vraiment... 

        J'ai très envie de lire celui sur Madame du Deffand également, il va falloir que j'essaie de le trouver. happy

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