• Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière

    « Vouloir à tout prix dévoiler des secrets n'était pas sans danger. Ce qui était caché ne devait-il pas le rester ? »

    Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière

    Publié en 2011

    Editions JC Lattès

    306 pages

    Premier tome des Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier

     

    Résumé :

    Quentin du Mesnil profite de quelques jours en Normandie dans sa famille. Une parenthèse bien méritée, car la vie à la cour d'Amboise n'est pas de tout repos pour ce compagnon d'enfance et maître d'hôtel de François Ier ! Mais son répit est de courte durée, car François, ce jeune roi de vingt-deux ans, ambitieux et impétueux, a déjà une nouvelle responsabilité à lui confier. 
    Chambord n'est encore qu'un rêve, une folie de souverain -une dépense inutile, disent certains-, mais le vainqueur de Marignan est décidé : Chambord sera. Et Quentin en prendra les rênes...à condition qu'il aille d'abord chercher Léonard de Vinci en Italie ! Une mission en apparence des plus innocentes. Mais le vieil homme pourrait être plus encombrant qu'il n'y paraît. Surtout si ses ennemis ont juré sa perte...

    Dans Le Sang de l'hermine, premier opus d'une nouvelle fresque historique, Michèle Barrière nous fait savourer les glorieux débuts du XVIe siècle, les intrigues politiques, les fêtes royales, et toujours, ses ingrédients favoris, sauces, tartes, rôtis, poissons et pâtés d'époque. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Après avoir découvert il y'a quelques années la dynastie Savoisy, au service de la couronne de France, dans Meurtres au Potager du Roy puis dans Les Soupers Assassins du Régent, j'ai eu envie de me lancer dans cette saga qui nous plonge en pleine Renaissance française et plus particulièrement sous le règne de François Ier. Je trouve que c'est une époque absolument fascinante et j'aime beaucoup l'idée de Michèle Barrière de mêler Histoire, aventures, enquêtes et gastronomie. Historienne de l'alimentation, on peut dire qu'elle maîtrise le sujet et c'est vrai que c'est passionnant.
    Après le règne de Louis XIV et la Régence de Philippe d'Orléans, c'est au début du règne de François Ier qu'elle nous emmène, à une époque charnière entre le Moyen Âge et la Renaissance. On a coutume de dire que le Moyen Âge se termine avec la découverte des Amériques en 1492... Mais le début du XVIème siècle, notamment en France, est une grande période de bouleversement et le vrai basculement vers ce que l'on appellera la Renaissance. Au début du roman, nous sommes en 1516 : victorieux depuis un peu plus d'un an sur le champ de bataille de Marignan, d'illustre mémoire, François Ier est un roi jeune, ambitieux, sûr de lui, qui entretient une Cour brillante sur les bords de Loire, où brille notamment sa sœur Marguerite d'Alençon, par sa beauté, sa piété et son érudition. Si la mère du roi, Louise de Savoie, continue de tenir les rênes en coulisses et d'influencer le roi, notamment au travers du chancelier Duprat, le règne du premier des Valois-Angoulême est destiné à devenir glorieux. Et, alors qu'il est en train de négocier les termes du Concordat de Bologne, François se pique de faire venir à Amboise, le fameux, le génial Léonard de Vinci. Et, pour cette mission, il choisit un ami d'enfance, Quentin du Mesnil, qui est aussi son maître d'hôtel. De petite mais bonne noblesse normande, Quentin a passé son enfance à la Cour et auprès des enfants de Louise de Savoie, avec sa sœur Mathilde, rentrée depuis en Normandie, où elle vit dans le modeste manoir familial auprès de leur père, Antoine du Mesnil.
    Commence alors pour Quentin un grand périple sur les routes de France pour gagner l'Italie, où il doit aller débusquer celui qu'il ne considère que comme un vieux fou : en effet, en 1516, Léonard de Vinci n'est plus qu'un vieillard dont la vie passée, dissolue et scandaleuse, lui a créé des ennuis. Il a beau être un peintre fabuleux, un inventeur de génie, à l'intelligence prodigieuse, il a beaucoup d'ennemis et Quentin va s'en rendre compte à ses dépens. Mais pour contenter son ami d'enfance, qui lui a promis de lui confier un projet grandiose, il va mener à bien sa mission, parfois au risque de sa vie, tandis qu'en France, sa sœur Mathilde va au-devant de bien des problèmes... Mais qui en veut aux du Mesnil et surtout, pourquoi ? Quel est ce secret qui entoure Quentin ? Nous ne le saurons pas dans ce tome mais cela donne bien évidemment envie de lire la suite. Je crois que, de toute façon, je me serais jetée sans hésitation sur la suite de ce roman qui m'a franchement convaincue !
    Si j'avais apprécié Meurtres au Potager du Roy et Les Soupers Assassins du Régent, si je les avais trouvés bons sans être extraordinaires, je dois dire que j'ai pris un grand plaisir à découvrir ce roman ! Je n'ai pas vu le temps passer et je me suis presque exclamée « Déjà ! ? » en voyant arriver les dernières pages.
    Voilà un roman historique bien ficelé comme je les aime. Situé déjà dans une époque absolument passionnante, mêlant subtilement fiction et vérités historiques, Le Sang de l'Hermine nous amène à la rencontre d'un personnage intéressant et attachant, Quentin, que l'on va retrouver tout au long des sept tomes qui composent la saga. En tant que maître d'hôtel du roi, il a accès aux coulisses de la Cour et nous fait découvrir l'envers du décor.
    Enfin, ce que j'apprécie aussi beaucoup chez Michèle Barrière, c'est cette association de l'Histoire et de la gastronomie. Finalement, c'est assez éclairant d'étudier une époque à travers sa gastronomie et la manière dont les gens se nourrissaient quotidiennement. Si, aujourd'hui, la cuisine française est presque un art, si elle si réputée partout dans le monde, c'est qu'elle a acquis ses lettres de noblesse essentiellement aux XIXème et XXème siècle, avec des figures emblématiques comme Antonin Carême ou Auguste Escoffier.

    Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière

    Un banquet de la Renaissance


    Mais comment mangeait-on auparavant ? Peut-on parler, au XVIème siècle, de gastronomie ? Quels sont les plats appréciés ou, au contraire, ceux qui sont rejetés ? Les goûts changent avec les époques, la manière d'accommoder les plats aussi. Et au début du règne de François Ier, la cuisine française est encore lourde et médiévale : la table du roi, si elle n'est pas frugale, n'est pas non plus raffinée et on y mange surtout le produit des chasses royales, très nombreuses, au grand dam de Quentin, qui ne parvient pas à obtenir des cuisiniers de la Cour une cuisson parfaite et des plats plus subtils. Les viandes sont trop cuites, les soupes épaisses, les saveurs, très épicées. Alors, profitant de son périple mouvementé sur les traces de Léonard, le maître d'hôtel va s'inspirer de ce qu'il voit en Italie pour améliorer les plats. Car si le royaume de France est déjà nanti de spécialités réputées et de produits régionaux qui vont perdurer au cours des siècles, on ne peut pas dire que la cuisine soit le fort du pays à cette époque-là - un comble, non ? Et pourtant, c'est possible !
    A la fin du roman, on retrouve un petit carnet de recettes, adaptées et améliorées par l'auteure elle-même pour correspondre à des palais contemporains, mais qui fleurent délicieusement l'Histoire. A l'époque, on aime beaucoup les condiments, les épices et le sucré-salé : ainsi, il n'est pas rare de trouver des fruits, comme les raisins, dans beaucoup de préparation et notamment avec les viandes. On accommode beaucoup de plats avec des sauces, comme le verjus, hérité de la cuisine médiévale ou la sauce verte, à base d'oseille, de thym, de marjolaine, de menthe et de cannelle. J'ai trouvé ça plutôt sympathique, même si certaines recettes m'ont laissée un peu dubitative. Soyons très honnêtes, je ne sais pas vraiment si je les referais mais je trouve l'idée bonne : adapter des recettes d'époque, c'est toucher un peu l'Histoire du doigt et apprivoiser les saveurs que nos aïeux appréciaient chaque jour.
    Au-delà de l'aspect gastronomique, très présent et qui est la marque de fabrique de l'auteure, j'ai aussi trouvé plaisant de suivre Léonard de Vinci dans ses pérégrinations vers le royaume de France. Homme âgé, fatigué, un peu amer, il ne se fait plus d'illusions sur ses semblables mais sera justement un bon professeur pour Quentin, encore jeune et pétri d'idées reçues et de préjugés. Dans ce roman, Léonard nous apparaît comme ce vieillard vénérable et un peu mystérieux qui est l'image de lui la plus couramment répandue. Mais cela ne l'empêche pas d'avoir encore un caractère bien trempé et même, légèrement tempétueux !
    Mais l'image la plus nuancée et la plus proche de celle que j'ai moi-même du personnage, c'est bien celle de François Ier. Encensé et admiré par les uns, dénigré par les autres, François Ier est un personnage qu'il est difficile de cerner, je trouve. Environné d'idées reçues et de clichés, comme le fameux adoubement sur le champ de bataille de Marignan par Bayard lui-même -qui est une image d’Épinal à la vie dure, mais une légende complète-, considéré comme le roi des arts et des lettres mais aussi comme un piètre politique, un jouisseur accompagné d'un aréopage de beautés, qui est-il vraiment ? Dans le roman, François, jeune encore, âgé de vingt-deux ans, nous apparaît dans toute la gloire de sa jeunesse et de son règne triomphant, couronné par le succès de sa première campagne en Italie. Il est un jeune homme ambitieux et confiant en sa bonne étoile mais qui règne surtout grâce à la clairvoyance de sa mère, véritable femme de tête. Bon père et mari respectueux envers la discrète reine Claude, il n'en est pas moins un coureur de jupons invétéré. Chasseur, amateur de fêtes, entouré d'une jeunesse bruyante et exubérante, il incarne et symbolise parfaitement cette noblesse chamarrée du début de la Renaissance. Nuancée, l'image du personnage dans le roman n'est ni complètement positive, ni complètement négative, ce que j'ai appréciée. Si François Ier n'a peut-être pas été le grand roi que certains ont bien voulu dépeindre, on ne peut lui enlever que, c'est sous son règne que de grandes réformes, comme l'ordonnance de Villers-Côtterets ont pris forme. Précurseur de l'absolutisme bourbonnien, il l'est aussi, en quelque sorte, de la République sous laquelle nous vivons actuellement. Ni bon, ni mauvais, ni grand, ni petit, François Ier a été un roi emblématique mais ambivalent, que j'ai apprécié dans ce roman pour ce qu'il est, tout simplement et j'ai agréablement suivi Quentin dans sa Cour jeune et dynamique, bien différente de celle de Louis XII et Anne de Bretagne, mais que Quentin aimerait moderniser un peu et raffiner aussi, à la mode italienne.
    Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé la reconstitution que Michèle Barrière a fait de ce début de XVIème siècle français. Je l'ai trouvée habile et passionnante et, même si je trouve que le titre induit un peu en erreur parce que je n'ai pas vraiment eu l'impression de lire une enquête mais plutôt une aventure, je dois avouer que ce n'est qu'à regret que j'ai quitté ce nouveau personnage plutôt attachant ! 

    En Bref :

    Les + : une intrigue bien ficelée, captivante, qui mêle subtilement gastronomie et Histoire.
    Les - :
    un titre qui induit peut-être un peu en erreur... Ne vous attendez pas à réellement à une enquête, j'ai plus eu l'impression de lire un récit d'aventures qu'une véritable enquête policière. 

     

    Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière 

    Thème de mars, « Masterchef », 3/12

     


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  • Commentaires

    1
    Samedi 13 Avril à 23:39

    Une auteure que j'ai hâte de découvrir ! J'aime beaucoup son statut d'historienne de l'alimentation, qui ne peut que conforter l'envie de lire ses écrits. J'en ai l'eau à la bouche :-D

      • Dimanche 14 Avril à 11:53

        J'adore cet aspect de l'oeuvre de Michèle Barrière ! Comme je le souligne dans ma chronique, j'ai préféré Le Sang de l'Hermine aux deux précédents que j'avais lu en 2016 et 2017 : Meurtres au Potager du Roy et Les Soupers Assassins du Régent. 

        J'ai trouvé ce roman plus dense et, peut-être, plus captivant mais j'aime vraiment cette ligne conductrice de l'auteure et qui est l'Histoire de l'alimentation et de la gastronomie. Pour comprendre une époque, il n'y a pas que la géopolitique et la diplomatie : la vie quotidienne est aussi ultra révélatrice à mon sens et la gastronomie éclaire beaucoup sur les us et coutumes d'un pays, d'un peuple. J'ai apprécié de découvrir qu'au début de la Renaissance française, la gastronomie française n'existe pas vraiment... Au-delà de ça, j'ai aimé aussi le portrait nuancé que Michèle Barrière fait du règne de François Ier, en se débarrassant des légendes et idées reçues. 

        Bref, un roman à conseiller absolument ! cool

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