• Les Fleurs sauvages des bougainvilliers ; Katherine Scholes

    « Parfois, il ne s'agit pas simplement de choisir entre le bien et le mal. Une bonne action peut aussi avoir des conséquences néfastes. »

    Couverture Les fleurs sauvages des bougainvilliers

     

     

           Publié en 2013 en Australie

       En 2017 en France (pour la présente édition)

       Titre original : The Perfect Wife

       Editions Pocket

       521 pages

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Kitty, peintre australienne, a bien des choses à se faire pardonner après le scandale qu'elle a déclenché à Londres et qui a bien failli mettre fin à son couple. Elle quitte l'Angleterre pour rejoindre son mari Theo en Afrique, au Tanganyika. Loin de tous ses repères, Kitty va tout mettre en oeuvre pour regagner la confiance de Theo et endosser le rôle d'épouse modèle. Mais très vite, elle s'ennuie. Jusqu'à ce que sa route croise celle de Taylor, un anti-colonialiste charismatique engagé aux côtés des Wagogo. La nature fougueuse de Kitty refait surface. Déchirée entre sa loyauté envers son mari, son attirance pour Taylor et son besoin de venir en aide à ce peuple démuni, Kitty saura-t-elle faire le bon choix ? 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1948, Kitty rejoint son mari au Tanganyika. Theo, ancien pilote de la RAF pendant la guerre, est aujourd’hui employé de l’OFC (Overseas Food Corporation) en Afrique, pour le compte du ministère des Colonies de la Grande-Bretagne. Dès le début, on sait que Kitty doit quitter l’Angleterre à cause d’un scandale qui l’a éclaboussée et doit se faire oublier.
    A Kongara, qui n’a de ville que le nom, Kitty découvre un mode de vie bien différent de celui qu’elle connaissait en Angleterre : si les épouses des dignitaires de l’OFC ont tenté de recréer un semblant de société comme dans leur pays d’origine –societé d’ailleurs pas mal basée sur l’hypocrisie et les préjugés-, rien n’est évidemment comparable ici avec la Grande-Bretagne. Kitty découvre avec émerveillement et intérêt, tandis que les autres Européens se replient sur eux-mêmes et leurs coutumes, les grandes plaines d’Afrique qui lui rappellent les vastes étendues du bush australien, où elle a grandi avant de gagner l’Angleterre, où elle a rencontré Theo. Mais elle doit aussi faire face à l’attitude imprévisible d’un époux qu’elle ne reconnaît plus, qui se montre changeant et parfois irascible. Est-ce les traumatismes de la guerre, encore mal évacués ou bien autre chose ? En tout cas, Kitty et Theo semblent ne plus rien partager…
    Dans un pays fortement divisé entre les peuples natifs (les Wagogo notamment) et les Européens, se comportant en terrain conquis, Kitty découvre l’envers des colonies, l’injustice innée qu’elles véhiculent, l’amertume justifiée des Africains envers les Européens qui ne les considèrent que comme de la main d’œuvre corvéable à merci et que l’on peut spolier de ses terres sans scrupules. Un jour, par hasard, lors d’une promenade dans la brousse, elle découvre une mission catholique qui redonne un sens à sa vie d’épouse délaissée et sans enfants…elle rencontre aussi Taylor, un Anglais né au Tanganyika et qui prend fait et cause pour les habitants de la région, au détriment des colons. Kitty ne va pas tarder à embrasser son combat.
    Les fleurs sauvages des bougainvilliers nous emmène donc tout droit en Afrique, à la fin des années 1940. La guerre est terminée depuis quelques années seulement et l’Europe se reconstruit doucement. Au Tanganyika (la future Tanzanie), l’OFC est responsable du « plan Arachide », qui a pour but à long terme de nourrir l’Europe éprouvée par les privations de la guerre. Expérimental, le « plan Arachide » sera voué à l’échec par la méconnaissance du terrain des cadres de l’OFC d’une part, leur précipitation d’autre part. Voilà pourquoi Kongara (ville fictive imaginée par Katherine Scholes sur le modèle de Kongwa) est une ville de bric et de broc, à demi-achevée, où se mêle une population bigarrée (Africains, Européens, Asiatiques) qui tente de survivre tant bien que mal dans des inégalités criantes. Alors que les cadres de l’OFC et leurs familles vivent dans les maisons cossues de la si bien nommée rue des Millionnaires, que les épouses engagent des ayahs pour s’occuper des enfants et passent de longues heures oisives au club ou au bord de la piscine, les ouvriers s’entassent dans des camps de toile rudimentaires, les machines rouillent au milieu de la savane, inutilisées et la prostitution pullule.

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    Paysage typique de la Tanzanie


    Dans ce monde un peu chaotique d’après-guerre, où tout le monde est fragilisé par les années qui viennent de passer, les relations sont souvent tendues, hypocrites et peu spontanées. Heureusement à Kongara, Kitty, traînant elle-même ses propres démons, rencontre en Diana, l’épouse du supérieur de son mari Theo, une véritable amie et dans les pères de la mission catholique, un soutien sans faille qui redonnera un sens à sa vie. D’abord très dépaysée, encore ébranlée par le scandale qui l’a touchée de plein fouet en Grande-Bretagne, lui faisant perdre l’estime de sa belle-famille et la confiance de son époux, Kitty redevient forte et déterminée à choisir son camp : et ce ne sera pas celui de Theo et de l’OFC mais bien celui de l’Afrique et de ses habitants, injustement exploités par les colons européens.
    Grâce à de nombreux flash-back, la vie antérieure de Kitty se dévoile. Au départ, j’avoue que le personnage m’a laissée assez indifférente : sans la détester, je ne l’en aimais pas pour autant. Peut-être ce scandale flottant autour d’elle me prévenait contre elle, je n’en sais rien. Et puis, petit à petit, la jeune femme qui arrive en Afrique en ayant fui quasiment comme une voleuse se révèle sous le vernis de l’épouse modèle venue soutenir son époux dans sa tâche. Australienne, Kitty a quitté son pays natal pour l’Angleterre. Attirée par l’art, talentueuse, la jeune femme découvre un peu avant la guerre la Slade School of Art de Londres, où elle fera une rencontre qui changera sa vie…pour le meilleur comme pour le pire. Puis, un jour, alors qu’elle se promène dans les bois près de la propriété d’Hamilton Hall, elle en rencontre l’héritier, sans le savoir. Theodore Hamilton, surnommé Theo, est pilote. Pendant la guerre, il sera pilote dans la RAF, vivant dans l’angoisse constante d’effectuer son dernier vol. Marqué, fragilisé par cette expérience où il a vu plusieurs de ses collègues mourir, Theo en revient changé. Les relations avec lui ne seront plus jamais les mêmes. Et puis, un jour, le scandale qui arrive et la société, forcément encline à juger, obligeant Kitty à faire un choix…
    Alors évidemment, dès le départ, on se demande ce qu’est ce scandale qui pousse Kitty a changer drastiquement de vie. Adultère ? Secret de famille soudainement dévoilé ? Enfant caché ?
    Le fait que l’on se pose la question aiguise forcément l’intérêt et la curiosité et le fait que les flash-back nous distille petit à petit les informations et les clés nous donne forcément envie de continuer. Mais il n’y a pas que ça : les grands espaces du Tanganyika y sont aussi pour beaucoup, on voyage entre les pages de ce roman, découvrant des endroits différents et respirant des senteurs inconnues. Et puis il y’a Kitty aussi, qui change et se métamorphose petit à petit, à laquelle on s’attache progressivement, peut-être parce que son isolement, son statut d’épouse délaissée, nous pousse à avoir de la considération pour elle.
    Il y’a Taylor aussi, un personnage assez surprenant : né en Afrique, il en connaît les usages et respecte les natifs, tout comme il est respecté par eux. On comprend donc aisément que les Britanniques de l’OFC le considèrent d’un mauvais œil et lui fassent une très mauvaise réputation.
    Je pense ne rien vous divulguer d’énorme en vous disant qu’une certaine attirance entre Taylor et Kitty va naître… quasiment dès la lecture du résumé on se doute que quelque chose (mais quoi exactement ?) va se passer entre ces deux là. Alors oui, on peut dire que le roman est assez prévisible : mais en même temps, le cheminement pour arriver du point A au point B n’est pas linéaire et c’est ça aussi qui est intéressant ! Aurais-je pensé, en commençant la lecture de ce roman, découvrir que Kitty, loin des autres épouses britanniques, oisives et désœuvrées, deviendrait une vraie Africaine dans l’âme, retrouvant des similitudes avec la vie dans la brousse qu’elle a menée en Australie pendant son enfance ? Non. L’image que je me faisais de Kitty était finalement assez biaisée et pour mon plus grand plaisir j’ai découvert un personnage bien moins lisse que ce que je ne croyais.
    Les Fleurs sauvages des bougainvilliers a été une bonne surprise. Une découverte dépaysante comme je les aime, avec une trame historique intéressante : j’ai pris un grand plaisir à découvrir l’aventure (bien que quasiment condamnée dès le départ) de l’OFC, que je ne connaissais pas. En même temps, d’une certaine manière, ce roman dénonce les méfaits du colonialisme et Katherine Scholes a mis au service de son roman sa grande connaissance du continent africain. Si vous aimez la romance, ce roman est aussi fait pour vous !

    En Bref :

    Les + : un roman lumineux, un propos historique sur fond de romance et de dépaysement.
    Les - :
    peut-être certains aspects du roman sont-ils un peu trop cousus de fil blanc...


    Les Fleurs sauvages des bougainvilliers ; Katherine Scholes

     

    Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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