• Les Héritiers de Kervalon ; Inès de Kertanguy

    « Tôt ou tard, on a tous besoin de faire une halte. Ce n'est jamais une perte de temps. »

    Les Héritiers de Kervalon ; Inès de Kertanguy

     

    Publié en 2015  

    Editions Le Livre de Poche 

    712 pages 

    Les Héritiers de Kervalon ; Inès de Kertanguy

    Résumé :

    Les Kervalon forment à l'aube du XXe siècle une grande famille, fière de ses valeurs et de ses traditions. Apolline n'a que dix ans lorsque sa mère, la baronne de Saint-Eliph, née Kervalon, meurt en couches en mettant au monde son troisième enfant. La fillette grandit entre Paris et le manoir familial, avec son frère et sa sœur, entourée de ses nombreux cousins, avant que la Première Guerre mondiale fasse d'elle une très jeune veuve. Elle élève ses deux enfants dans un monde où les repères s'effondrent et où les femmes apprennent enfin à vivre pour elles-mêmes. D'une guerre à l'autre, les Kervalon poursuivent tous des desseins très différents. Mais jamais ils n’oublient leurs racines. Jusqu'à la lecture du testament de l'oncle... Espérances déçues, batailles fratricides et secrets de famille : dans la tourmente d'un siècle en pleine mutation, Inès de Kertanguy brosse un passionnant tableau de l'aristocratie française.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Ce roman d'Inès de Kertanguy aurait pu être sous-titré : Chroniques de l'aristocratie française au début du XXème siècle, car c'est véritablement cela qu'elle nous propose, tout au long des sept cents pages que compte ce récit.
    Présent dans ma PAL depuis août 2017, Les Héritiers de Kervalon y est arrivé un peu par hasard, surtout parce que le résumé me rappelait Downton Abbey, en fait. Mais un Downton Abbey qui se passerait en France et cela a immédiatement fait tilt ! Les auteurs anglo-saxons sont très forts pour nous raconter cette époque-là, dans de grandes fresques historiques et familiales : je pense notamment à Barbara Taylor Bradford, avec sa saga Cavendon ou encore à Helen Simonson et son Été avant la Guerre. On pense moins aux auteurs français et pourtant, en premier lieu, après avoir songé à la fameuse série de Julian Fellowes, c'est la saga Les Semailles et les Moissons d'Henri Troyat qui m'est venue à l'esprit. Et, effectivement à la lecture des Héritiers de Kervalon, j'ai retrouvé un peu de cette ambiance que j'avais beaucoup aimée dans les quatre romans de Troyat, même si ses héros n'ont absolument rien à voir avec ceux d'Inès de Kertanguy.
    Déjà, commençons par poser l'intrigue : celle-ci va courir sur plus de quarante ans et démarre au tout début du XXème siècle, en 1906 très exactement. Nous sommes à Paris, où le baron et la baronne de Saint-Eliph s'apprêtent à accueillir leur troisième enfant. Seulement, la baronne Aurore de Saint-Eliph meurt des suites de son accouchement, laissant la nouvelle-née, Anne-Sophie mais aussi deux enfants plus grands, Apolline, dix ans et Auguste, douze. C'est un grand bouleversement, comme on peut s'en douter, dans la vie des deux enfants mais aussi dans celle de leur père. Leur existence va alors se partager régulièrement entre Paris, où le baron possède son usine de chapeaux, qu'il dirige et la Normandie, où Apolline et Auguste, auprès de leur oncle Anastase et de leur tante Jeanne ainsi que leurs cousins, vont retrouver un semblant d'équilibre, dans une ambiance familiale, aimante et chaleureuse.
    C'est donc à travers le prisme de ces deux familles, les Kervalon -de bonne et ancienne noblesse bretonne- et les Saint-Eliph -de noblesse plus récente puisque d'Empire-, que nous allons travers les premières décennies du XXème siècle, riches en événements et bouleversements de toutes sortes. Les générations se succèdent et les enfants d'hier deviennent les adultes d'aujourd'hui tandis que les enfants d'aujourd'hui seront les enfants de demain et préfigurent l'avenir. Sur plus de quarante ans se déroulent les existences parallèles des différents personnages : je n'ai pas vraiment eu l'impression qu'il y'ait un héros ou une héroïne qui se démarquent du lot...certes, on suit beaucoup Apolline puis Apolline et ses enfants mais j'ai eu l'impression que l'auteure privilégiait chacun de ses personnages et cet attachement que j'ai ressenti rapidement pour Apolline, je l'ai aussi ressenti pour les autres personnages. Ils m'ont tous plu parce qu'ils sont tous différents, abordent et vivent les événements de diverses manières, pensent aussi l'avenir de manière conservatrice ou alors, au contraire, totalement nouvelle et avant-gardiste.
    Et finalement, c'est intéressant que l'auteure ait choisi de mettre en scène dans son récit deux familles nobles, certes d'extraction différente mais qui connaissent les mêmes bouleversements et, par certains aspects, la même remise en cause de leur mode de vie : les grands domaines deviennent des gouffres financiers, les coutumes ancestrales de la noblesse française sont mises à mal par la modernité galopante qui gagne l'Europe dans cette première moitié du XXème siècle. Les femmes s'émancipent, les plus jeunes veulent voir du pays, on se met à travailler... Et là-dessus viennent se greffer les deux grands conflits de 14-18 et 39-45, qui vont faucher la jeunesse et ses rêves, laissant des centaines de veuves et d'orphelins. Aucune famille ne sera épargnée ni par la première ni par la seconde Guerre Mondiale et les épreuves traversées par les Saint-Eliph comme par les Kervalon sont identiques à celles de nos propres familles... Les joies aussi, d'ailleurs, les peines, les déceptions sont les mêmes... Au-delà de ce portrait circonstancié de l'aristocratie française du début du XXème siècle, c'est surtout une grande et belle description de cette France qui n'existe plus aujourd'hui mais qui a tant de charme -les prénoms délicieusement surannés des différents protagonistes nous font dès les premières pages plonger dans une époque révolue.
    J'ai trouvé cette lecture belle et bien souvent émouvante. Cette France disparue, c'était celle de nos grand-parents, de nos arrière-grand-parents...C'est évidemment un récit qui fait sens et qui fait écho en nous : quand on suit le mari d'Apolline, son frère et ses cousins, dans les tranchées de Verdun ou de la Somme, c'est aussi dans le sillage de nos aïeux que nous nous trouvons ; les prisonniers de 39-45 sont nos grand-pères, nos arrière-grand-pères... Cherchez bien dans votre arbre généalogique mais vous avez certainement un ancêtre qui a fait 14-18, un autre qui a été prisonnier ou a été résistant dans les années 40... Les femmes qui font front et se battent à leur manière à l'arrière, elles aussi, sont nos grand-mères, ces femmes et ces mères qui sont devenues soutien de famille, ont élevé les enfants, tenu les maisons et peu importe le milieu d'où elles viennent, finalement, puisque les événements sont les mêmes pour tout le monde. C'est peut-être ce côté assez universel qui m'a fait me sentir si proche des héros d'Inès de Kertanguy, au-delà, bien sûr, de leurs qualités propres.
    J'ai apprécié les voyages incessants entre les différents domaines, entre Paris et la province, j'ai aimé aussi que l'auteure ne laisse pas de côté la grande Histoire mais, au contraire, l'intègre parfaitement à son récit et fasse interagir ses différents personnages avec elle et jamais de manière trop facile. Sa vision nuancée de la Seconde Guerre Mondiale par exemple m'a vite convaincue.
    Inès de Kertanguy a insufflé beaucoup de vie et de chaleur à ses personnages et donc, de fait, à son récit qui en gagne en teneur. On quitte les personnages à l'issue des sept cents pages que compte le roman avec un peu de tristesse, une certaine nostalgie, comme une envie diffuse de découvrir ou redécouvrir sa propre histoire familiale... Leur existence est décrite avec pudeur et, même si on rentre dans leur intimité, ils gardent une part de mystère bienvenue. Peut-être la fin va-t-elle un peu vite... J'aurais presque aimé un deuxième tome pour connaître la destinée des plus jeunes qu'on laisse, à la fin du roman, à l'aube d'une ère de paix -du moins l'espère-t-on très fort- et d'une vie nouvelle.
    Ce n'est qu'à regret que j'ai tourné les dernières pages du roman. Ce n'est qu'à regret que j'ai laissé partir les personnages et c'est avec un sentiment particulier que j'achève cette lecture, avec le sentiment d'avoir été à la rencontre de personnages que je connaissais ou que j'aurais aimé connaître, comme ces aïeux que l'on voit sur les vieilles photos de famille et dont on se plaît à imaginer le destin.
    Les Héritiers de Kervalon est une grande et belle saga historique et familiale qui saura, j'en suis sûre, ravir tous les amoureux du genre. Personnellement, j'ai été absolument conquise. 

    En Bref :

    Les + : Un roman historique comme, vraiment, je les aime, ce Downton Abbey à la française ne m'a pas déçue, bien au contraire. Courant sur plusieurs décennies, Les héritiers de Kervalon nous fait découvrir des personnages attachants et sympathiques et l'auteure a travaillé son sujet, ce qui ne gâche rien
    Les - : pas vraiment de points négatifs à soulever, bien au contraire. 


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  • Commentaires

    1
    Dimanche 14 Avril à 14:29

    Une autre perle dénichée sur ton blog ! Je fais partie des amoureuses du genre alors évidemment je note ce titre ! Je vois beaucoup le nom de l'auteure sur la blogosphère, je n'en suis donc que plus intriguée par ce livre. Histoire et famille sont des thématiques que j'adore

      • Dimanche 14 Avril à 14:50

        Ah, en ce qui me concerne, je n'avais pas vraiment entendu parler d'Inès de Kertanguy. J'ai déniché ce roman sur internet mais ça s'est fait un peu par hasard, je ne connaissais rien de cette auteure, mais j'ai été tellement captivée par ce roman. ❤ Je l'ai trouvé magnifique, bien écrit et tellement émouvant par moment... cry Les différents protagonistes sont intéressants et représentent à leur manière leur époque...Ils y sont parfaitement intégrés et l'auteure réussit à nous isoler dans une bulle de douceur et de chaleur tout au long des sept cents et quelques pages que compte son récit. 

        Une vraie belle surprise. happy Et encore un roman que je recommande, évidemment. 

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