• Les Maîtres d'Ecosse, tome 2, Renégat ; Robyn Young

    « Tôt ou tard, les hommes doivent retourner dans l'arène s'il faut se battre. »

    Les Maîtres d'Ecosse, tome 2, Renégat ; Robyn Young

    Publié en 2012 en Angleterre ; en 2014 en France (pour la présente édition) 

    Titre original : Insurrection trilogy, book 1, Insurrection 

    Editions Pocket

    729 pages

    Premier tome de la saga Les Maîtres d’Écosse

     

    Résumé : 

    Et si son seul espoir, pour vaincre l'ennemi, était de lui jurer allégeance ? 

    Edouard Ier, roi d'Angleterre est prêt à tout pour unir les îles Britanniques sous une seule et même couronne. Cette campagne, inspirée de la prophétie de Merlin, est d'ores et déjà engagée avec la soumission du pays de Galles. Désormais, le roi doit mettre la main sur la relique sacrée de saint Malachie, symbole de la nation irlandaise, afin de parachever son implacable dessein. Un seul homme peut contrarier ses plans : Robert Bruce. Il a quitté son Ecosse natale dans ce but. Mais, pris dans un jeu de conquêtes, de pouvoirs et de trahisons qui le dépasse, celui-ci n'aura d'autre choix que d'abandonner ce qu'il a de plus cher... 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Entre la fin du XIIIème siècle et le début du XIVème, Robyn Young nous plonge dans un tourbillon d'histoires et d'aventures, dans le sillage de Robert Bruce et de William Wallace.
    A cette époque, l'Ecosse n'appartient pas à l'Angleterre, au grand dam de son roi, Edouard Ier qui, s'appuyant sur une soit-disant prophétie écrite au temps du roi Arthur par l'enchanteur Merlin, tente d'annexer le Pays de Galles, l'Irlande mais aussi l'Ecosse. Pour ce faire, il doit réunir plusieurs reliques, comme la Pierre du Destin en Ecosse ou encore le Bâton de Malachie en Irlande, qui garantiront son pouvoir incontesté. Seulement, l'Ecosse est rétive et refuse la férule du souverain anglais.
    La révolte écossaise sous le règne d'Edouard Ier est avérée, historiquement. Robert Bruce a existé (1274-1329), tout comme le personnage de William Wallace, réputé pour son courage et sa bravoure sur les champs de bataille (Braveheart, vous connaissez ?). Ce que raconte Robyn Young est donc vrai, en partie, puisque l'auteure, en mêlant habilement fiction et réalité construit finalement un récit cohérent et vraisemblable mais où les lacunes des textes historiques et des sources laissent malgré tout une bonne place à l'imaginaire de l'auteure.
    Renégat est le deuxième tome d'une trilogie qui suit le parcours d'un jeune Écossais, Robert Bruce, de l'enfance dans les landes sauvages de son pays natal jusqu'à son accession au trône. Dans Insurrection, le premier tome, on découvrait le jeune Robert dans ce qui m'avait fait l'effet d'un roman d'apprentissage. On suivait sa formation de chevalier puis sa confrontation avec la politique violente et louvoyante de son époque, sans que le jeune homme, pourtant, n'ait abandonné l'idée de ceindre un jour la couronne d'Ecosse, que sa famille revendique.
    Dans Renégat, pour mener à bien son projet et alors que l'Ecosse est déchirée par les mésententes et dissensions de ses défenseurs, Robert passe à l'ennemi et fait amende honorable auprès du roi d'Angleterre, qu'il avait pourtant trahi une première fois. De retour dans l'entourage d'Edouard Ier, il doit faire face à l'hostilité de ses anciens compagnons, les jeunes Chevaliers du Dragon, qui ne lui font plus confiance mais aussi à celles de ses camarades écossais qui ne comprennent pas son revirement. Pourtant, dans l'ombre, Robert oeuvre pour revenir, plus puissant que jamais et en mesure de prendre le pouvoir.
    Des champs de bataille d'Ecosse, jusqu'aux landes irlandaises en passant par la Cour de Westminster, Robyn Young nous immerge complètement dans ce Moyen Âge britannique où l’identité de ce qui sera un jour le Royaume-Uni est en train de se forger dans la douleur et dans le sang.

    Battle of Bannockburn - Bruce addresses troops.jpg

    Robert Bruce guidant ses troupes sur le champ de bataille de Bannockburn en 1314


    Est-ce que j'ai aimé ce roman ? Oui, même si j'ai trouvé qu'il était un peu lent à démarrer et à se mettre en place. La grande force de cette saga, pour moi, c'est qu'elle est très visuelle : je la verrais bien adaptée en série, par exemple, elle s'y prête parfaitement bien. On visualise parfaitement bien les différents lieux, les différents personnages parce qu'ils sont tous très bien travaillés et ont une consistance bien à eux. Si Robert est le personnage principal du récit, Robyn Young laisse aussi beaucoup de place aux autres et on alterne ainsi de point de vue : tantôt écossais, tantôt anglais.
    J'ai aussi beaucoup aimé le lien très fort qui unit son intrigue à la légende arthurienne, que je trouve fascinante et qui est, finalement, un mythe fondateur en Grande-Bretagne. Chaque chapitre s'ouvre avec une citation tirée de L'Histoire des Rois de Bretagne, par Geoffroy de Montmouth et Edouard Ier convoque souvent l'image du roi Arthur, dont il aimerait être l'héritier spirituel : clairement, c'est dans l'idée de devenir un nouvel Arthur que le petit-fils de Jean sans Terre cherchera, tout au long de son règne, à réunifier les différents peuples de l'ancienne Bretagne.
    Si au départ j'ai pensé que Robyn Young intégrait la geste arthurienne dans son récit par pur intérêt personnel, finalement, ce n'est pas le cas ou pas entièrement : Edouard Ier a bien, en effet, nourri un vif intérêt pour cette époque légendaire qu'il cherche à recréer. C'est sous son règne par exemple que furent réinhumés les restes d'Arthur et Guenièvre à Glastonbury et il se fit construire une Table ronde que l'on peut encore voir au château de Winchester. Finalement, si cela donne au récit un petit côté ésotérique, prophétique et légendaire -ce qui colle parfaitement à son ambiance médiévale, cela va sans dire-, ce n'est pas dérangeant au contraire et cela illustre bien aussi l'ambivalence d'une époque fortement christianisée mais encore sensible aux prophéties et légendes païennes.
    Ce qui m'a un peu gênée dans ce roman, c'est peut-être la multiplicité des lieux dans lesquels l'intrigue a lieu ; on ne s'arrête jamais et c'est parfois un peu difficile de suivre le rythme. Mais, dans l'ensemble, ce deuxième tome est très bien construit et j'y ai retrouvé ce que j'avais aimé dans le premier. Les personnages ont changé, à commencer par Robert, qui a grandi et est désormais un homme accompli de plus de trente ans, prêt à tout pour défendre ses convictions -même à retourner sa veste plusieurs fois- et qui poursuit son propre but.
    Même s'il est difficile de démêler le vrai du faux -et que je ne trouve pas toujours justifiées les libertés prises avec la chronologie-, cette saga est prenante et vraiment captivante. Si vous aimez les récits de chevalerie et le Moyen Âge, si vous aimez la légende arthurienne et que vous avez lu Chrétien de Troyes, vous trouverez sûrement votre bonheur dans la saga de Robyn Young. Ce qui est intéressant finalement, c'est de découvrir les mécanismes d'une annexion froidement pensée par l'Angleterre et son roi -dont on pense ce qu'on veut mais qui fut certainement un monarque charismatique et un roi chevalier, à l'opposé de son fils Edouard II- et qui a certainement modelé l'histoire future du royaume d'Ecosse et de la Grande-Bretagne en général. Le règne difficile de Marie Stuart au XVIème siècle, l'Acte d'Union de 1714, le soulèvement des Highlands au XVIIIème siècle, tout cela ne découle-t-il pas, finalement, de tous ces événements médiévaux que nous raconte Robyn Young dans Les Maîtres d'Ecosse ? Certainement. Et si on veut en apprendre un peu plus sur l'époque, pourquoi, après avoir lu Les Maîtres d'Ecosse ne pas se tourner vers des livres plus historiques ? Ce qu'on peut dire en tous les cas, c'est que l'auteure a fait un énorme travail de recherches pour asseoir son récit sur des bases solides. Les lacunes sont assez consubstantielles à une époque aussi lointaine et on pardonnera volontiers les interprétations que l'auteure se permet. Ce qu'on peut retenir de cette trilogie, c'est qu'elle est dynamique, toujours en mouvement, bien écrite, pleine de rebondissements et d'aventures. C'est parfois sanglant et violent mais c'est un Moyen Âge flamboyant et dans toute sa grandeur que l'auteure nous décrit, dans les paysages grandioses de l'Ecosse, ce qui ne gâche rien ! J'ai hâte de lire le troisième tome maintenant et de découvrir le règne de Robert sur l'Ecosse ! 

     Buste de Robert Ier au National Wallace Monument

    En Bref :

    Les + : un roman toujours très visuel, plein de souffle et de rythme qui ne nous laisse pas en repos un seul instant. C'est toujours aussi captivant. 
    Les - : un début un peu long à démarrer ; une multiplicité de repères spatiaux qui égarent un petit peu. 


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