• Les Reines de France au Temps des Bourbons, tome 3, La Reine et la Favorite ; Simone Bertière

    « Voilà les seuls devoirs que j'aie pu lui rendre ! Pensez, une amie de vingt ans ! » Louis XV, devant la cortège funéraire de la marquise de Pompadour

    Les Reines de France au Temps des Bourbons, tome 3, La Reine et la Favorite ; Simone Bertière

    Publié en 2002

    Editions Le Livre de Poche

    671 pages

    Troisième tome de la saga Les Reines de France au Temps des Bourbons

    Résumé :

    Louis XV, que son métier ennuie parce qu'on lui a infligé trop tôt des tâches trop lourdes, laisse prendre aux femmes qui l'entourent une place prépondérante. Fiancé à onze ans à une Espagnole, marié à quinze à une Polonaise, il débute sa carrière de séducteur par les trois sœurs de Nesle, avant que ne s'installe auprès de lui pour vingt ans Mme de Pompadour. Son épouse, Marie Leszczynska, forte de sa progéniture, se pose en gardienne de la tradition dans une cour où la brillante favorite, issue des milieux financiers parisiens, apporte un souffle de modernité. Les vains efforts de la reine pour faire chasser la marquise rythment le récit de leurs péripéties dramatiques. On retrouve dans ce volume ce qui fait le charme des précédents : le goût du concret, le sens de la vie, le mélange de tendresse et d'humour. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Peut-on aborder le règne de Marie Leszczynska sans aborder, en parallèle et nécessairement, celui de la Pompadour ? Certainement, Simone Bertière a dû se poser la question...car finalement, comme Marie-Thérèse, celle à qui elle succéda à la fonction de reine de France quarante-deux ans après sa mort, l'épouse de Louis XV reste une femme de l'ombre, effacée et discrète et vite remplacée sur la scène par les maîtresses de son époux et notamment par la flamboyante Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour qui parviendra, après avoir été la maîtresse du roi, à rester chastement à son côté et à devenir l'amie nécessaire, presque un premier ministre sur lequel le roi pouvait s'appuyer et auprès de qui il pouvait s'épancher.
    Marie et Jeanne-Antoinette, deux femmes aux milieux sociaux différents, aux aspirations différentes aussi mais éminemment complémentaires parce qu'essentielles à la vie d'un même homme. Sans Marie, Louis XV n'aurait pas eu d'enfants, n'aurait pas assis sa succession et sa dynastie, sans Madame de Pompadour, peut-être aurait-il été plus mélancolique, plus timide encore. Elles eurent, chacune à leur façon, une influence sur cet homme, le roi de France et, par là même, il est difficile de parler de l'une sans parler de l'autre, même s'il y'a effectivement matière à écrire une biographie de la marquise de Pompadour et nettement moins, peut-être, pour en livrer une, dense et exhaustive sur la reine Marie, qui se cantonne rapidement à un rôle de représentation silencieux et de mère.
    Vous le savez, je suis une fan du XVIIIème siècle ! ! Plus de Marie-Antoinette que de tout autre peut-être, mais j'avoue que le destin assez fascinant de madame de Pompadour est tout à fait intéressant à aborder, riche en événements et en significations également. Finalement, à sa manière, la marquise, favorite d'un nouveau genre, est le symbole inévitable de son temps. Pourquoi, favorite d'un nouveau genre ? Y'eut-il un genre particulier, avant elle ? Eh bien, oui, en quelque sorte...sans remonter forcément à la première favorite, Agnès Sorel, si on prend un panel de favorites depuis l'époque d'Henri IV, grand consommateur de femmes devant l’Éternel, on se rend vite compte d'une chose : toutes les favorites royales étaient, sinon issues de grandes familles du moins de familles titrées et nobles. Rien de tout cela pour madame de Pompadour, qui sera titrée marquise puis duchesse selon le bon-vouloir du roi, son amant. Issue de la bourgeoisie financière montante, elle est une roturière. Et pourtant, ironiquement, elle fait partie d'une classe sociale montante, qui s'enorgueillit des liens pérennes, notamment par des mariages, qu'elle parvient à établir avec la noblesse de robe ou même, pour les plus chanceux, avec les nobles d'épée tandis que Marie Leszczynska, noble polonaise, a connu les brillants éphémères d'un trône avant d'être réduite, elle et sa famille, dans une pauvreté humiliante dont ils ne sortiront qu'à la demande inespérée en mariage venant du trône de France. Ces deux femmes symbolisent en quelque sorte le renversement, lent, mais cependant visible, de la société du XVIIIème siècle, siècle-charnière et sujet à bien des bouleversements. La plus puissante n'est pas celle que l'on croit. Et son fabuleux destin, son ascension fulgurante fascine parce qu'elle n'allait pas de soi : madame de Pompadour continue de nous interpeller et, à coup sûr, elle fascinait déjà ses contemporains, dans une société où les convenances et les bornes sociales étaient bien plus prégnantes qu'aujourd'hui. De nos jours, dans une société où les classes sociales sont moins visibles -sans avoir disparu pour autant ni même les discriminations inhérentes, bien entendu-, dans une société où la noblesse n'est pas plus représentative qu'une autre, la marquise fait toujours figure d'ovni, que l'on essaie à tout prix d'expliquer et de justifier : si elle n'intéressait pas, si elle n'était pas un symbole à elle toute seule, on n'écrirait pas dessus. Elle n'est pas une reine, elle n'est pas un personnage qui, par essence, à fait l'Histoire...et pourtant...alors nul doute que le personnage, qu'on l'ait aimé ou pas, ait bénéficié, même de son vivant, d'une aura à laquelle une autre ne pouvait assurément pas prétendre. En se hissant au rang de favorite, au détriment des dames de la cour qui pouvaient prétendre à cette faveur, c'est aussi cette bourgeoisie en pleine expansion que madame de Pompadour hisse à bout de bras vers des sommets dont elle ne redescendra pas.

    Marie Leszczynska par Jean-Marc Nattier (1748)


    Pour ce qui est de la reine Marie, le personnage est plus terne et de toute façon moins intéressant. Il est vrai que, de tout temps, la beauté a attiré, accroché et madame de Pompadour était belle, mais cela ne fait pas tout...certes, Marie Leszczynska ne pouvait pas prétendre à une telle beauté, à une telle élégance mais, quand bien même aurait-elle était superbe, il lui manquait la volonté de prendre en main une destinée qui lui échappait, alors que madame de Pompadour, à sa beauté physique, ajouté une maîtrise et une véritable prise de mesure de ce qu'elle était et de son existence. Il y'avait chez la reine des traits de caractère contre lesquels peut-être elle ne pouvait rien mais qu'elle ne chercha pas même à museler de temps en temps afin de garder l'estime du roi. Rapidement, elle la perdit : parce que Louis XV se sentit déçu, parce qu'il ne voulait pas qu'elle se mêle de sa politique et qu'elle le fit quand même, souvent maladroitement. En madame de Pompadour, il trouve enfin une femme selon son cœur et elle réussit la prouesse de retenir pendant plus de dix ans, sans aucune relation sexuelle, un homme aux sens pourtant exarcerbé parce que les compétences de la marquise ne s'arrêtaient pas à l'alcôve.
    Elle n'est pas une du Barry...Elle se pique de politique et va profiter de sa place auprès du roi pour y porter la main, s'y essayer...et parce que toutes ses idées ne sont pas à jeter, elle sera écoutée de Louis XV. Cependant, contre la reine Marie, il y'a un terrain sur lequel elle ne peut rivaliser : la reine, bien que séparée de corps avec son mari, reste la femme légitime, celle qui a contracté une union véritable devant Dieu tandis que madame de Pompadour restera toujours celle dont la place n'est pas assurée et peut sauter à tout instant. Et surtout, elle est la mère des enfants du roi, la mère du Dauphin, celle part qui Louis XV a consolidé la dynastie et la monarchie léguée par ses pairs.
    Ce livre est dense, foisonnant mais ô combien intéressant ! On s'y plonge avec un réel plaisir, le style de Simone Bertière est toujours aussi précis mais agréable à lire, alliant la rigueur scientifique à une maîtrise littéraire certaine ! Les passages géopolitiques m'ont un peu ennuyée, je dois bien l'avouer parce qu'il est difficile pour nous, gens du XXIème siècle, de comprendre tous les tenants et aboutissants de la diplomatie de l'époque, les alliances et renversements d'alliances car ce sont des notions politiques qui nous sont étrangères. Pour autant, ces chapitres étaient nécessaires pour les lecteurs prennent bien la mesure de l'époque dans laquelle évoluent Marie Leszczynska et madame de Pompadour. C'est une époque qui évolue à cent à l'heure, la société toute entière est soumise à de grands bouleversements, le Siècle des Lumières bat son plein à l'apogée du règne de Louis XV et de sa favorite, qui se fait d'ailleurs défenseur sincère des philosophes et de leurs écrits encore soumis à une censure rigoureuse. C'est une époque qui fait le lien entre nous, contemporains et nos ancêtres, une époque qui donne la main aux Temps Modernes et tend l'autre à l'époque contemporaine qui se profile doucement et s'ouvrira avec les violents soubresauts de la Révolution, déjà en germe au milieu du XVIIIème siècle.
    En parallèle de madame de Pompadour et la reine Marie, les deux femmes que l'on peut considérer comme les plus importantes, pour les raisons évoquées plus haut, Simone Bertière n'omet pas non plus de parler des autres femmes qui gravitèrent autour de Louis XV...pas de mère puisque l'enfant eut le malheur de perdre la sienne à l'âge de deux ans. Mais il y'eut auprès de lui, dès son enfance, sa gouvernante, qu'il aima tendrement, madame de Ventadour, il y'eut sa première -et malheureuse- petite fiancée, Marie-Anne-Victoire d'Espagne, sa cousine, beaucoup plus jeune que lui et qui sera finalement renvoyée à son père parce qu'incapable de donner rapidement des enfants au roi. Enfin à l'âge adulte, il y'eut les soeurs de Nesle, les premières favorites du règne, qui se partagèrent le roi de façon plus ou moins heureuse et surtout, il y'eut ses filles, trop nombreuses mais que le roi aima tendrement. Comme celui de son aïeul Louis XIV, ou encore, celui d'Henri IV, le destin de Louis XV est jalonné de femmes. On ne peut savoir si, comme le Vert Galant, son lointain descendant, il aima la Femme, pour ce qu'elle était ou si, comme son arrière-grand-père, il avait des besoins, qui passaient effectivement par une attirance féminine forte mais pas dénuée non plus d'une certaine misogynie. Mais la façon dont il traita madame de Pompadour, qui devint en quelque sorte son bras droit, au détriment d'un ministre masculin qui aurait pu y prétendre mieux, peut nous laisser croire que le roi ne nourrissait aucune prétention particulière contre les femmes, au contraire, même. Orphelin tout jeune, peut-être chercha-t-il ensuite dans les femmes un palliatif à ce manque inconscient...tandis que Louis XIV, cherchant dans les femmes de sa vie un pendant à sa mère, Anne d'Autriche, ne pouvait effectivement qu'être déçu de ne pas en trouver une l'égalant réellement...mais tout ceci n'est que conjectures.
    Le livre de Simone Bertière nous permet en tous cas de prendre la mesure d'un règne complexe, qui a été souvent brossé bien volontiers comme un règne noir, voir nul. Peut-être que Louis XV préfigure la Révolution...assurément même, il la préfigure...mais aujourd'hui, beaucoup d'historiens s'accordent à dire que les contestations de 1789 trouvent leur fondement dans le terreau fertile de la Fronde, au XVIIème siècle...peut-être que Louis XV, comme son petit-fils, ne fut-il qu'un instrument avant d'être un véritable artisan de cette déliquescence de la monarchie. Certes, il se fit haïr de son peuple comme il en avait été aimé dans sa jeunesse, certes il modifia considérablement, par sa conduite, des règles traditionnelles, ce qui choqua. Mais on se rend compte que le règne de Louis XV n'est pas si désastreux qu'on a bien pu le dire et que le ministériat de madame de Pompadour, bien qu'innovant et surprenant, n'a pas apporté que du négatif. Quant à Marie Leszczynska, elle fut la dernière reine de France à s'inscrire dans la tradition séculaire : après elle, Marie-Antoinette, la jeune reine de vingt ans, cristallisera toutes les haines...car il n'y eut plus de favorite pour faire barrage et concentrer sur sa personne les critiques du public. Pieuse, bonne et charitable, mère ayant comblé les attentes, lorsqu'elle meurt en 1768, elle emporte avec elle un statut que même les Restaurations successives ne ressusciteront plus.

    Portrait de la marquise de Pompadour par Maurice Quentin de La Tour (entre 1748 et 1755)

    En Bref :

    Les + : une bonne biographie, une immersion bien maîtirisée dans un contexte historique riche, un style littéraire qui ne gâte rien.
    Les - : deux, trois coquilles ; quelques passages un peu techniques. 


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  • Commentaires

    1
    Jeudi 24 Mars 2016 à 22:30

    Ah j'aime beaucoup Simone Bertière ! Je le note.

      • Vendredi 25 Mars 2016 à 11:19

        Je ne peux que te le conseiller ! ! ^^ Je sais que tu es fan du XVIIIème siècle, de Versailles etc...et je te comprends, c'est une époque qui m'attire tellement, moi aussi ! ! Avant c'était le XVIIème siècle, j'adorais la période du règne de Louis XIV, j'étais totalement fascinée...aujourd'hui, mes deux passions arrivent à s'équilibrer, parce que j'ai une meilleure connaissance d'un siècle comme de l'autre, mais pendant un moment, j'avais totalement laissé tomber la période "louis-quatorzienne" pour ne plus me concentrer que sur le Siècle des Lumières, Madame de Pompadour, Marie-Antoinette... yes sarcastic

        Je trouve cette période de notre Histoire tellement...fascinante ! ! Toute l'Histoire est fascinante bien entendu mais le XVIIIème plus qu'une autre période, je crois ! !

        En tous cas, malgré quelques passages de géopolitique et de diplomatie un peu...techniques dirons-nous, ce livre a été un vrai plaisir ! Je vais laisser passer un peu de temps, mais il me tarde de découvrir sa bio de Marie-Antoinette ! !  

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