• Les Rois qui ont fait la France : Louis XV, grand-père de Louis XVI ; Georges Bordonove

    « [...] Ayez en pitié mon peuple et mon royaume et ne permettez pas qu'il tombe jamais dans l'erreur, comme des états nos voisins, qui étoient jadis si catholiques, apostoliques et romains, et peut-être plus que nous. » Testament de Louis XV, le 6 janvier 1766

    Les Rois qui ont fait la France : Louis XV, grand-père de Louis XVI ; Georges Bordonove

    Publié en 2007

    Editions Pygmalion (collection Les Rois qui ont fait la France)

    315 pages

    Résumé :

    Pendant presque mille quatre cents ans, des rois se sont succédé de manière quasiment ininterrompue sur le trône de France. Ils étaient issus de trois célèbres dynasties, les Mérovingiens, les Carolingiens et les Capétiens. A travers l'épopée tumultueuse de leurs vies et de leurs règnes, où se révèlent des personnalités diverses et parfois controversées, renaissent avec un grand éclat les heures les plus prestigieuses et les plus exaltantes de notre Histoire.

    Monté sur le trône à cinq ans et demi, Louis XV fut-il seulement l'amant prodigue de mesdames de Pompadour et du Barry ? Un prince volage et futile dont la beauté continue de nous fasciner et qui s'attira l'amour puis la haine de son peuple ? Non, malgré les apparences, jamais roi, à l'exception de Henri IV, ne se montra aussi conscient des problèmes de son pays et attentif à construire l'avenir. Nombre de ses réformes furent reprises par les révolutionnaires et Napoléon Ier. Sous son long règne, la Corse et la Lorraine devinrent françaises et l'économie nationale prit son envol. Louis XV fut un esprit secret, éclairé et sensible, soucieux d'épargner le sang des hommes. Cette biographie nous le fait redécouvrir.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Si l'on devait juger de la destinée d'un homme selon ses premières années, assurément Louis XV ferait partie de ceux qui ne sont pas nés sous une bonne étoile. Et pourtant...quand il voit le jour, au matin du 15 février 1710, la France est florissante, du moins pour ce qui est de sa succession. Si le royaume est affaibli, exsangue, à cause de la terrible Guerre de Succession d'Espagne, qui appesantit les dernières années du règne de Louis XIV, peu de royaumes européens peuvent cependant se targuer d'avoir une dynastie aussi foisonnante que celle du Roi-Soleil qui, à soixante-douze ans, a la chance de connaître trois générations de ses successeurs, sans compter, bien sûr, la descendance de ses bâtards légitimés, qui accroissent encore un peu plus la famille.
    De son mariage avec Marie-Thérèse d'Autriche, un seul fils, Louis, né en 1661, survécut. Il est connu sous le nom de Grand-Dauphin. Marié en 1680 à la princesse Marie Anne Christine de Bavière, il aura d'elle trois fils : Louis, duc de Bourgogne, Philippe, duc d'Anjou et qui ceindra la couronne d'Espagne en 1701 et Charles, duc de Berry. L'aîné, Louis, appelé à succéder à ses père et grand-père, est marié tout jeune à une jolie et vive petite princesse savoyarde, Marie-Adélaïde, qui fera les délices de la cour du Roi-Soleil vieillissant et du couple que ce dernier formait avec Madame de Maintenon. Louis de Bourgogne et Marie-Adélaïde sont les parents de Louis, duc de Bretagne, né en 1707 et d'un autre petit Louis, titré cette fois duc d'Anjou, et qui voit donc le jour en février 1710. L'enfant n'était, à sa naissance, pas destiné à accéder un jour au pouvoir suprême, ayant un frère aîné qui deviendrait, en toute logique, le Dauphin de France. Tout au plus était-il destiné, comme avant lui Philippe ou Gaston d'Orléans, à être un grand seigneur, à devenir Monsieur, frère du roi, ambassadeur et promoteur de la couronne royale. Ni plus, ni moins.

    Portrait de Louis XV par Maurice Quentin de la Tour (1748)


    Mais le destin va en décider autrement. Le petit duc d'Anjou a un an et quelques mois quand son grand-père, le Grand Dauphin, est emporté par la variole à l'âge de cinquante ans. Ses parents sont donc propulsés sur le devant de la scène, devenant Dauphin et Dauphine de France. Mais en février 1712, à quelques jours de différence, Marie-Adélaïde et Louis succombent à une scarlatine infectieuse. Stupeur à la Cour, qui accuse le duc d'Orléans, neveu de Louis XIV, d'avoir empoisonné ses descendants. Douleur du vieux roi qui perd deux enfants auxquels il était extrêmement attaché. Le petit Bretagne aura à peine le temps de jouir de sa nouvelle position puisqu'il décède lui aussi, de la même maladie que ses parents, début mars 1712.
    Ne reste de cette famille royale si belle encore un an auparavant, qu'un vieillard foudroyé par les deuils et un petit enfant de deux ans, malade lui aussi et que sa gouvernante, Madame de Ventadour et ses femmes, sauveront certainement d'une mort certaine en le soustrayant aux soins des médecins qui, à l'époque, tuaient plus sûrement qu'ils ne guérissaient. A deux ans à peine, le petit Anjou, devenu par la force des choses Dauphin de France, est orphelin. La famille royale de France n'est plus représentée que par ce petit enfant à la santé fragile et par Charles de Berry, son oncle. En Espagne survit également un petit-fils de Louis XIV, sous le nom de Philippe V. Mais, toujours est-il que, la succession française qui reposait quelques mois encore sur plusieurs générations d'hommes adultes et préparés au pouvoir n'est plus soutenue aujourd'hui que par un enfant, un bébé devrait-on dire.
    Louis XV sera assurément conditionné par son enfance malheureuse. Il ne manqua pas d'amour, puisque Madame de Ventadour, sa gouvernante, fut comme une mère pour lui, mais il manqua des conseils paternels, de l'affection de sa vraie mère et de la douceur de vivre d'une vraie famille. Isolé dans une cour vieillissante, au milieu de personnes, non dénuées d'affection mais qui avaient l'âge d'être ses arrière-grands-parents, Louis XV fut un enfant puis un homme renfermé, secret, timide, que l'on méjugea mais qui ne fut pas pour autant dénué d'intelligence ni de perspicacité. Et, s'il ne fut certainement pas un aussi bon administrateur que son bisaïeul dans le sang duquel on serait tenté de croire que coulait le pouvoir à l'état pur, Louis XV ne fut pas pour autant un roi médiocre. Certes, on peut être tenté, avec le recul que l'on a aujourd'hui, de penser que le règne de Louis XV a cimenté la Révolution et lui a servi de terreau fertile, on ne peut pour autant lui en imputer la faute complète. En effet, le vent révolutionnaire soufflait, plus ou moins fort, sur la royaume de France depuis les troubles de la Fronde, c'est-à-dire, bien avant que ce petit garçon de cinq ans et demi n'accède au pouvoir. Et on ne peut lui enlever d'avoir essayé, comme il a pu, de redresser les finances et l'économie du royaume, en s'entourant de personnages capables, comme le cardinal de Fleury, son mentor de jeunesse, ou l'abbé Terray, haï du peuple mais qui fut certainement un surintendant des finances tout à fait compétent. Sous le règne de Louis XV s'ébauche déjà l'Etat moderne. La preuve, des idées à peine ébauchées à l'époque et qui seront reprises ensuite dans les Codes de Napoléon Ier au début du siècle suivant.
    Louis XV commit peut-être l'erreur de ne pas considérer à sa juste valeur la montée des Lumières, porteurs de progrès et de modernisme. Il commit peut-être l'erreur de s'arc-bouter, contre eux, sur le principe de droit divin de sa monarchie, mais il n'en fut pas pour autant un tyran et se montra sincèrement peiné de l'incompréhension du peuple à son égard. De Bien-Aimé, il devint le Bien-Haï et en souffrit. Il faut bien reconnaître au peuple de France que l'époque n'était pas simple : le royaume était affaibli par des guerres successives, par des impôts de plus en plus lourds à supporter et il fut achevé par la perte des comptoirs indiens et de la Nouvelle-France (le Canada), que l'annexion de la Lorraine et de la Corse ne parvint pas à racheter. Il est néanmoins regrettable que la légende noire de Louis XV prime encore aujourd'hui sur les aspects positifs de son règne qui sont finalement, quand on prend le temps de s'y pencher, relativement nombreux. Il ne fut pas qu'un homme prisonnier de ses sens, amant passionné de Mesdames de Pompadour et du Barry et des petites demoiselles du Parc-aux-Cerfs, il ne fut pas cruel au point d'assassiner d'un coup de fusil, comme on l'a dit, une biche apprivoisée ni même de se baigner dans le sang de jeunes enfants du peuple assassinés sauvagement dans quelque coin sombre. Mais peut-être cette légende noire participe-t-elle aussi au discrédit progressif d'une monarchie qui sera abolie quelques années plus tard et à la légitimation, en quelque sorte, de cette Révolution qui avait besoin, pour durer, de se poser en antagoniste convaincue d'un régime pernicieux et malsain. Et notre pays actuel étant fondé sur son passé révolutionnaire bien plus que sur son passé royal -quoique celui-ci soit remis au goût du jour depuis quelques temps-, il est vrai que les idées reçues concernant Louis XV sont malheureusement nombreuses.

    Portrait de Louis XV en costume de sacre par Hyacinthe Rigaud (1730)


    La biographie de Georges Bordonove est un peu ancienne aujourd'hui. Datée du début des années 1980, elle n'est pas dépassée mais commence cependant à dater un peu et on voit d'ailleurs que la méthode de l'auteur diffère quelque peu de l'actuelle. Alors qu'on serait amené, de nos jours, à nuancer la légende noire de la Régence en accordant à Philippe d'Orléans et à son héritage des actions positives, on se rend compte que l'on condamnait encore assez généralement cette période-là il y'a trente-cinq ans. Georges Bordonove nous livre en effet un portrait sans concession du Régent mais se montre bien plus indulgent quand il s'agit de dresser un bilan des cinquante-neuf ans de règne de Louis XV. Sans minorer les erreurs qu'il put commettre au cours de son long règne -et d'ailleurs qui peut s'affirmer bien malin pour n'en avoir jamais commis ?-, l'auteur rend en quelque sorte à César ce qui lui appartient, en dressant un portrait plutôt positif d'un règne jugé de façon souvent bien trop sévère. Bien que timide et donc, par là même silencieux, Louis XV était un homme intelligent, averti et qui sut certainement bien mieux juger de la situation que bien de ses contemporains, à commencer par Choiseul, ministre imbu de sa personne et donc peu enclin à la remise en question. Louis XV fut un roi en demi-teinte mais qui ne mérite assurément pas d'être traité de mauvais monarque car il fut en effet loin de l'être.
    Seul regret quant à ce livre : qu'il se concentre essentiellement sur la géopolitique et l'évolution de la diplomatie et des affaires étrangères au XVIIIème siècle. Il aurait pu être intéressant de consacrer un peu plus de temps à un portrait du roi intime, au milieu de sa famille et de ses amis. Une autre façon, en effet, de voir les personnages publics mais qui n'est malheureusement pas souvent mise en avant.

    En Bref :

    Les + : un livre qui permet de redécouvrir un personnage à la légende noire tenace.
    Les - :
    des passages géopolitiques un peu flous, une biographie un peu trop orientée sur la géopolitique...


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