• Les Serpents et la Dague ; Robyn Young

    « Assis là, seul, la couronne en or auréolant son crâne, Henry déroula la carte et suivit des yeux le tracé d'une côté qu'il n'avait encore jamais vue. »

    Couverture Les serpents et la dague

     

     

         Publié en 2016 en Angleterre 

      En 2020 en France (pour la présente édition)

      Titre original : Sons of Blood

      Editions Pocket 

      648 pages 

      Premier tome de la saga Les Serpents et la Dague 

     

     

     

     

    Résumé :

     1483, Angleterre : la guerre des Deux-Roses s'achève, mais le royaume reste fragile et divisé. Lorsque le roi Edward IV meurt subitement, les anciennes rivalités se ravivent et une lutte impitoyable s'engage pour s'emparer du pouvoir suprême. Conscient du danger qui menace la Couronne, Thomas Vaughan, l'ancien chambellan du roi, rappelle Jack Wynter, son fils illégitime exilé en Espagne, afin qu'il le soutienne dans son combat pour maintenir l'autorité royale. 
    Or, le retour de Jack n'est pas vu d'un bon oeil par les rivaux de la Cour, ni par son demi-frère Harry qui rumine amèrement la préférence de leur père pour ce fils bâtard. Car Jack n'est pas seulement pour sauver le royaume, il conserve aussi un trésor qui pourrait changer l'avenir du pays et que son ère lui a demandé de garder, même au prix de sa vie. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Après les Templiers et l'ascension de Robert Bruce, dans L'Âme du Temple et Les Maîtres d'Écosse, Robyn Young ne s'attaque pas au moindre épisode de l'histoire de l'Angleterre, au contraire. Sa nouvelle saga ne traite rien de moins que de la guerre des Deux-Roses, ce conflit civil qui, à la fin du XVème siècle, fait basculer l'Angleterre dans la Renaissance, avec l'émergence d'une nouvelle dynastie, celle des Tudor. Pour moi, ce conflit permet de vérifier la règle qui veut que, bien souvent, la réalité dépasse la fiction et je pense que ce n'est pas un hasard si l'auteur de la fameuse saga Game of Thrones, G.R.R Martin, admet s'en être inspiré pour sa saga de fantasy médiévale ! 
    Nous sommes au début de l'année 1483. Après plusieurs années de paix fragile, le roi Edward IV meurt, laissant deux jeunes fils et une situation politique complexe. Son ambitieux frère, le duc de Gloucester, nommé lord Protecteur du royaume, écarte son neveu Edward pour prendre la couronne, faisant place nette autour de lui. Thomas Vaughan, homme de confiance du jeune Edward et ancien chambellan de son père, est l'une des premières victimes de ce raz-de-marée politique et dynastique. Avec lui, la famille de la reine douairière, Elizabeth Woodville, vacille aussi sur ses bases.
    À Seville, le fils illégitime de Vaughan, James Wynter, surnommé Jack, se morfond dans les salles de jeu et les bordels du port espagnol. Son père l'a éloigné d'Angleterre en lui confiant un mystérieux rouleau contenant une carte mais Jack n'en sait pas plus et ne connaît pas l'importance de cette carte du monde. Au moment où Richard de Gloucester s'empare du pouvoir en Angleterre, Jack retrouve son pays natal et, dans un contexte trouble où partisans ricardiens et opposants, ralliés aux Woodville ou à Margaret Beaufort, porte-drapeau de son fils Henry Tudor, exilé en Bretagne s'opposent, le jeune homme découvre peu à peu l'importance de l'objet que lui avait confié son père avant de l'envoyer en Espagne et surtout, que ledit objet semble semer la mort derrière lui... quelle est l'importance cachée de cette carte du monde, pour le moins subversive ? Quel est l'enjeu de sa possession et quelle puissance implique-t-elle ? Enfin, quel est le message caché derrière la dernière lettre de Thomas Vaughan, écrite avant qu'il ne monte à l'échafaud et pourquoi portait-il un anneau avec un étrange symbole faisant référence à un ancien dieu grec ? Plein de questions que Jack se pose, en même temps que nous, bien entendu.
    Très bonne fiction historique, Les serpents et la dague nous transporte à une nouvelle époque : après avoir découvert avec intérêt, sous la plume de Robyn Young, l'ascension du roi d'Écosse Robert Bruce, cette nouvelle série concentrée sur la guerre des Deux-Roses ne pouvait que me plaire. Cette époque charnière pour l'Angleterre, qui fait le lien entre le Moyen Âge et l'époque moderne (notamment marquée par les règnes d'Henry VIII et de sa fille Elizabeth Ière, dont la dynastie émerge à ce moment-là) est passionnante ! Cette lutte familiale pour le pouvoir n'est pas sans rappeler ce qui s'est passé en France au début du XVème siècle, avec le conflit qui opposa les Armagnacs aux Bourguignons. Elle va surtout faire naître une dynastie connue dans le monde entier et qui, malgré son règne court (un peu plus d'un siècle) va marquer l'histoire de l'Angleterre : la dynastie Tudor, victorieuse de Richard III sur le champ de bataille de Bosworth en 1485.

    Description de cette image, également commentée ci-après

     

    Une vision romantique de la bataille de Bosworth Field (août 1485), qui coûta la vie à Richard III et à plusieurs de ses compagnons. Immortalisée par Shakespeare dans sa pièce Richard III, la bataille l'est ici, en 1804, par Philippe-Jacques de Loutherbourg. 

     


    La connaissance que j'avais de cette époque vient de quelques lectures et surtout des romans de Philippa Gregory qui a notamment consacré une longue saga, The Cousin's war, à la guerre des Deux-Roses, en se concentrant essentiellement sur les figures féminines qui émaillent le conflit : Elizabeth Woodville mais aussi sa fille, Elizabeth d'York (future mère d'Henry VIII) ou encore Anne Neville, la fille du faiseur de roi, le comte de Warwick. Si j'ai aimé ses deux romans, La Reine clandestine et La Princesse blanche, qui racontent l'histoire d'Elizabeth Woodville et d'Elizabeth d'York, je n'avais pas trouvé pour autant qu'ils fassent partie de ses meilleures productions... et je reste encore perplexe devant les adaptations en série de ces deux romans : c'était plaisant à regarder mais pas forcément historiquement fiable.
    Ça l'est beaucoup plus chez Robyn Young même si l'auteure s'est permis quelques libertés de chronologie ou le développement de quelques hypothèses très romanesques et pas du tout certifiées par les historiens. Mais qu'importe, du moment que c'est cohérent. On s'aperçoit que cette guerre, relativement bien connue en ce qui concerne sa chronologie ou ses acteurs, comporte encore des zones d'ombre : c'est par exemple le cas pour ce qui est de la survivance des petits princes de la Tour, les deux fils d'Elizabeth Woodville et Edward IV, dont on perd la trace à partir de septembre 1483. Mis à l'écart par leur oncle dès sa prise de pouvoir, l'Histoire officielle retient en général que les deux garçons furent éliminés par les hommes de Gloucester, devenu Richard III, sans que l'on en sache bien plus, au final. Je me suis aperçue que cet épisode inspire beaucoup les romanciers anglo-saxons, un peu comme la possible survivance du petit Louis XVII peut nous passionner en France !!
    Ce roman m'a aussi beaucoup évoqué la saga Les Maîtres d'Écosse : l'histoire avec un grand H se mêle à une sorte d'enquête plus prophétique, plus ésotérique ou mystérieuse et j'ai également pu établir plusieurs parallèles entre le personnage de Jack Wynter et celui du jeune Robert Bruce, qui bataille pour la conquête du trône écossais. Jack, lui, bataille pour la vérité, ce qui est tout aussi honorable.
    Bref, ce premier tome qui mêle vérités et fiction m'a franchement convaincue et captivée ! Les deux intrigues (la carte et la mystérieuse Académie jointes à la prise de pouvoir de Richard de Gloucester puis celle de Tudor) se mêlent bien et le contexte historique, vraiment passionnant, sert de pont, de tremplin, à une quête pleine de mystères et qui évoquent des croyances ancestrales (la route de l'ouest, le mythe de l'Atlantide etc...)
    Le seul petit bémol que je soulèverais, c'est que le roman est peut-être par moments un peu inégal. J'ai eu l'impression que mon intérêt baissait parfois avant de remonter puis de stagner. Certains chapitres ne m'ont pas passionnée et j'ai donc ressenti quelques longueurs.
    Cela ne m'empêche pas de ressortir de ce roman enchantée ! L'idée que se fait Robyn Young de cette époque est proche de ce que j'en pense aussi donc je me suis retrouvée dans son propos. La suite me tend déjà les bras, j'ai hâte et j'y vois là un très bon signe ! J'ai beaucoup trop hâte de lire La Cour des Loups

    Les Serpents et la Dague ; Robyn Young

     

     

    Quelques personnages majeurs du récit : Margaret Beaufort, Richard III, sa nièce Elizabeth d'York et Henry Tudor, époux d'Elizabeth et fils de Margaret.

    En Bref :

    Les + : une saga très visuelle, à l'écriture précise qui permet de vraiment vivre l'intrigue. Parfois, j'avais l'impression d'être devant un écran et de regarder une série. Quand à l'intrigue, savant mélange de vérités historiques et de romanesque, elle est solide et captivante.
    Les - :
    quelques inégalités, des longueurs en milieu de roman. J'ai relevé aussi quelques petits anachronismes mais, sur l'ensemble du roman, ce n'est vraiment rien de bien grave !


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :