• Lizzie Martin, tome 1, Un Intérêt particulier pour les Morts ; Ann Granger

    « Voilà une jeune dame qui prend la peine de parler poliment à un cocher. Cela révèle un très bon fond, à mon avis, même si vous témoignez un curieux intérêt aux défunts. »

    Lizzie Martin, tome 1, Un Intérêt particulier pour les Morts ; Ann Granger

     

    Publié en 2006 en Angleterre ; en 2013 en France (pour la présente édition)

    Titre original : A Rare Interest in Corpses

    Editions 10/18 (collection Grands Détectives)

    379 pages

    Premier tome de la saga Lizzie Martin

    Résumé :

    Londres, 1864. Lizzie Martin accepte un emploi auprès d'une riche veuve dont la précédente dame de compagnie s'est enfuie avec un inconnu. Mais quand le corps de la jeune fille est retrouvé dans le chantier de la gare St Pancras, Lizzie décide de mener sa propre enquête. Elle pourra compter sur l'aide d'un ami d'enfance devenu inspecteur, Benjamin Ross, pour découvrir la vérité sur la mort de cette femme...dont le sort semble étroitement lié au sien. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1864, Elizabeth Martin, dite Lizzie, âgée de vingt-neuf ans, arrive à Londres pour la première fois. Native du Derbyshire, elle vient de perdre son père et, se trouvant dans la nécessité, elle a été en quelque sorte recueillie par Mrs Parry, la femme de son parrain, une respectable vieille dame dont elle va devenir la dame de compagnie. Bien vite, Lizzie apprend la raison du départ de celle qui l'a précédée dans cette fonction : la jeune Madeleine Hexham, jeune provinciale comme elle et la tête farcie par ses lectures sentimentales, a fui la maison avec un homme. Chose tout à fait impensable à cette époque et dans ce milieu ce qui, bien évidemment, n'a pas manqué de susciter le scandale. Mais, très vite, Lizzie apprend que cette jeune femme a été retrouvée dans de vieux taudis du quartier d'Agar Town, à l'emplacement de la future gare de St Pancras. Morte. Alors que Mrs Parry et ses connaissances souhaitent à tout prix éviter le scandale et seraient même prêtes à étouffer l'affaire pour continuer à vivre tranquilles, Lizzie, elle, se révolte contre cette politique du silence et va chercher à tout prix, au mépris de sa propre sécurité, à comprendre ce qui a pu arriver à cette jeune femme, dont elle se sent proche, notamment de par leurs origines provinciales. Si les griffes de la grande ville se sont cruellement refermées sur la jeune Madeleine, fragile et un peu sotte, il pourrait en être de même pour Lizzie, un peu plus avisée mais pas vraiment avisée des comportements et des moeurs londoniens. Epaulée par l'inspecteur Ben Ross, jeune homme venu lui aussi du Derbyshire et qu'elle a connu dans son enfance, Lizzie va donc essayer de démêler ce mystère qui entoure la mort de l'ancienne dame de compagnie de Mrs Parry qui s'avère avoir peut-être des intérêts qui la pousseraient à faire obstruction à l'enquête de la police.

    La Gouvernante, tableau de Rebecca Solomon (1854) qui illustre à merveille l'époque victorienne


    Un Intérêt particulier pour les Morts est donc le premier tome de la saga victorienne d'Ann Granger, Lizzie Martin, que l'on pourrait peut-être rapprocher, de part son intrigue historique et policière, de la grande saga des Charlotte et Thomas Pitt, d'Anne Perry. Je dois dire que c'est le titre qui m'a attirée et m'a poussée à m'intéresser à ce livre et à sa suite, ainsi que les couvertures des éditions 10/18, qui sont vraiment très jolies, très soignées. Un peu sombres, certes, mais qui transcrivent immédiatement, à mon sens, cette atmosphère victorienne si particulière. A part ça, ce qui fait la force de ce roman, c'est le style, très anglais, que la traductrice a d'ailleurs su restituer à merveille en français, ce qui n'est pas toujours facile, il faut bien en convenir. Là, on a vraiment l'impression d'être immergée dans le Londres victorien, dans cette bonne sociétée de la capitale, guindée et conventionnelle jusqu'à outrance. Certains lecteurs ont reproché à ce livre la platitude du style, pour ma part, il me semble que c'est une appréciation tout à fait personnelle car je ne l'ai absolument pas ressenti : certes, nous ne sommes pas dans un style extrêmement travaillé, avec beaucoup de fioritures et de phrases complexes mais cela ne nuit en rien à l'intrigue. Quant à cette dernière, qui tourne bien sûr, essentiellement autour de l'enquête policière de Ben Ross -et de Lizzie-, même si elle est assez traditionnelle dans son déroulement et son développement, elle n'en reste pas moins intéressante et permet aussi de voir combien la société victorienne était cloisonnée et, parfois, cruelle, les personnes de la bonne société tolérant par exemple que l'enquête soit bâclée sous le simple prétexte que Madeleine Hexham a jeté l'opprobre sur une maison respectable et a choisi le péché plutôt que la respectabilité. La victime devient en quelque sorte le coupable, la personne à juger ce que Lizzie ne peut tolérer, de part son éducation et sa façon de penser. Lizzie se retrouve elle-même confrontée à ces préjugés de la société dite « respectable » -ou plutôt qui se dit et se croit respectable-, pour ceux qui auraient le malheur de s'écarter un peu du chemin de la décence : la spontanéité et la franchise de la jeune femme sont en effet vus comme des défauts et son célibat à un âge relativement avancé pour l'époque, où les jeunes femmes se mariaient plutôt autour de vingt ans que de trente et bien sûr, elle se heurte aussi aux idées préconçues qui faisaient encore à l'époque des femmes, des épouses et des mères soumises sans autre rôle à remplir dans la société que de se marier et de donner des enfants. Quant aux industriels, représentés dans le livre par les entreprises chargées de la construction de la future St Pancras, ils sont d'un pragmatisme froid et calculateur, que Lizzie et Ben, originaires d'une région minière, ne peuvent s'empêcher justement de rapprocher de ces exploitants miniers pour qui la vie humaine n'est qu'une portion congrue et qui, somme toute, ne compte pas plus que le reste. Critique que l'on peut en cela rapprocher de romans industriels du XIXème, comme ceux de Zola ou encore d'Elizabeth Gaskell, où les conditions de vie quotidienne des ouvriers et des mineurs sont décrites de façon particulièrement incisive et percutante mais très réaliste. On retrouve chez Ann Granger cette volonté de dépeindre la société victorienne dans son ensemble, sans en oublier ses aspects les moins beaux.
    Si le personnage de Lizzie ne m'a pas plu tout de suite, j'ai aimé sa spontanéité et sa façon de réfléchir. J'ai par contre apprécié le personnage de Ben Ross. Quant aux longueurs au début du récit, bien qu'un peu ennuyeuses, elles sont cependant nécessaires pour poser les bases de l'intrigue et de la suite de cette saga victorienne qui promet d'être haute en couleurs. Une bonne découverte.                                                                                                                                      

       

    En Bref :                                               

    Les + : une intrigue bien menée et intéressante ; une bonne restitution du contexte historique, on s'y croirait.
    Les - : quelques longueurs au début.

                                                


  • Commentaires

    1
    Dimanche 2 Août 2015 à 18:47

    Ce livre fait partie de ma wish list et ton avis me donne vraiment envie de l'acheter !

    2
    Dimanche 26 Juin 2016 à 20:24

    je découvre cette série avec toi et ai hâte de me la procurer ! Un premier tome est toujours un peu moins digeste que la suite, lorsqu'on connait les personnages ;)

      • Dimanche 26 Juin 2016 à 20:33

        J'ai eu du mal avec le personnage de Lizzie effectivement, mais maintenant je me suis habituée à elle et je dois dire que je l'aime bien ! ! 

        Je te conseille cette saga, Nath. cool

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