• Lucrèce Borgia ; Victor Hugo

    «  Il serait beau, s’il n’avait pas les yeux fermés.
    Un visage sans yeux, c’est un palais sans fenêtres.  »

    Lucrèce Borgia ; Victor Hugo

    Publié en 2011

    Date de publication originale : 1833

    Editions Pocket

    160 pages 

    Résumé : 

    Indifférente à la haine de l'Italie entière, Lucrèce Borgia parade au carnaval de Venise. Qui pourrait inquiéter cette femme de pouvoir qui baigne dans l'adultère, l'inceste et le crime ? Elle a peur cependant, et tremble pour un simple capitaine qu'elle cherche parmi la foule. Il se nomme Gennaro. Il est amoureux d'elle, lui qui tient les Borgia en aversion et insulte leur blason. Or Gennaro n'est autre que son fils, né de ses amours incestueuses avec son propre frère, et le jeune homme ignore tout de son passé et de ses origines. Lucrèce est un monstre, mais aussi une femme et une mère. Comment protéger son enfant, comment le soustraire à la fureur d'un mari qui le croit son amant ? 
    En 1833, ce mélodrame tragique surpasse tous les triomphes de Victor Hugo. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1832, Victor Hugo écrit cette pièce, Lucrèce Borgia, qui est un drame en prose. Elle est jouée pour la première fois au théâtre de La Porte-Saint-Martin le 2 février 1833 -et, pour la petite anecdote, c'est lors d'une des lectures publiques de cette pièce que Hugo va rencontrer l'amour de sa vie, Juliette Drouet. 
    Même si vous n'aimez pas l'Histoire, vous ne pouvez pas ne pas avoir entendu parler de Lucrèce Borgia, personnages central de la pièce et qui lui donne même son nom.
    Lucrèce, de son vrai nom Lucrezia Borgia, est née à Rome vraisemblablement en 1480. Elle est la fille de Rodrigo Borgia, alors cardinal et de Vanozza Cattanei. Elle a deux frères aînés, les célèbres Juan et César. Elle aura un frère puiné, Goffredo et elle est la seule fille de la fratrie. Lucrèce est une toute jeune fille de douze ans quand son père devient pape, sous les nom d'Alexandre VI. Un pape qui, en cette fin de XVème siècle, est plus un chef d'Etat temporel qu'un homme d'Eglise et qui va utiliser sa fille unique comme un pion politique, mariable à l'envi, pour s'assurer le soutien de telle ou telle famille. Elle sera mariée trois fois, d'abord avec Giovanni Sforza, seigneur de Pesaro : leur mariage sera annulé. Ensuite, elle se marie avec Alfonso d'Aragon, duc de Bisceglie, qui sera assassiné par son beau-frère César. Enfin, elle épousera Alphonse d'Este, duc de Ferrare dont elle aura plusieurs enfants. Elle mourra en couches en 1519, à l'âge de trente-neuf ans et emportera dans la tombe sa vérité. Qui est Lucrèce Borgia ? Peut-on accorder foi à la légende noire qui lui colle à la peau depuis le XVIème siècle ? Ou au contraire doit-on nuancer son propos ? Aujourd'hui, les historiens s'accordent pour dire que Lucrèce n'a certainement pas été aussi sulfureuse ni scandaleuse qu'on veut bien le croire. A-t-elle eu des amants ? Peut-être, mais en cela, elle n'est pas si différente d'autres femmes de l'époque, à commencer par Giulia Farnese, la maîtresse d'Alexandre VI, à la limite autrement plus scandaleuse que la petite Lucrèce ballottée au gré des intérêts paternels. La plupart de ses biographes réfutent l'inceste qu'on lui prête avec ses frères et même son père ! Lucrèce, comme le reste de la fratrie Borgia, de part sa naissance, vient au monde avec une tâche scandaleuse contre laquelle elle ne peut rien, certes. Cela ne veut pas dire pour autant qu'elle est une criminelle incestueuse, un monstre femelle comme elle a été souvent dépeinte. Aujourd'hui on découvre une Lucrèce mécène, installée dans une vie harmonieuse, au milieu de sa famille à Ferrare. Elle a été une femme cultivée et lettrée qui personnifie assez bien les débuts de la Renaissance et de l'humanisme.
    Nuancer un peu le portrait d'une femme qui certainement le mérite ne veut pas dire tout nier en bloc pour autant et on sait que l'Église à l'époque est corrompue et pleine de vices mais finalement, les Borgia ne se comportent ni plus ni moins que les grandes familles qui tiennent alors les différentes villes et provinces italiennes.
    Autant vous dire que Victor Hugo, influencé par l'Histoire très partiale telle qu'on la pratique au XIXème siècle, une Histoire souvent empreinte de légende et de romanesque, n'y va pas avec le dos de la cuillère et sa Lucrèce est un personnage cruel, monstrueux, sulfureux à qui il insuffle un peu d'humanité via la maternité -ce qui sera aussi son drame.
    De Victor Hugo, je connaissais le romancier et le poète. C'est via ses poésies et notamment le très beau et très poignant Demain dès l'aube que j'ai découvert Hugo quand j'avais une dizaine d'années. Ensuite j'ai lu Les Misérables, une saga formidable et que j'ai beaucoup aimée. Et il y'a presque dix ans j'ai lu Notre-Dame de Paris qui est un chef d'oeuvre monumental.
    Lire ses pièces ne faisait cela dit pas forcément partie de mes objectifs ni de mes envies. Comme pour la poésie, le théâtre est un domaine que je connais peu et qui ne me passionne pas. Au collège, j'avais pris plaisir à découvrir certaines oeuvres de Molière par exemple mais c'est un genre littéraire que j'ai délaissé par la suite.
    Du coup, lire Lucrèce Borgia n'allait pas de soi et j'ai d'ailleurs hésité entre cette pièce et le Lorenzaccio d'Alfred de Musset. Et puis finalement c'est Lucrèce qui l'a emporté parce que je la trouve fascinante, cette femme. Et elle le devient d'autant plus sous la plume de Hugo, qui en fait un monstre de perversion et en même temps une femme et une mère comme les autres, protectrice et combative pour sa progéniture, preuve que l'humanité est forte et peut se manifester même chez ceux qu'on croyait en être dépourvus. L'humanité fait partie de notre essence à tous. On sent le drame de Lucrèce se nouer, l'étau qui se resserre et on pressent l'issue fatale. Le drame, le tragique sont très présents dès le début de la pièce et même s'ils ne sont pas forcément tangibles, ils sont là, on les sent. J'ai lu ces cent-soixante pages avec intérêt et attention. Le Hugo dramaturge ne détrône pas le Hugo romancier pour moi mais c'est une question de goût : je préfère les romans, donc forcément ceci explique cela. Mais je suis très contente d'avoir lu cette pièce, encore jouée et mise en scène par de très talentueux artistes comme, dernièrement, Marina Hands, Guillaume Gallienne ou encore Denis Podalydès (pour la mise en scène). Si vous connaissez Victor Hugo vous le retrouverez dans cette oeuvre, dans les phrases qui tombent comme des couperets, dans la musicalité et l'harmonie des mots.
    Pour moi une lecture agréable et une belle découverte !

    En Bref :

    Les + : une pièce pleine de souffle et de vie, où le drame côtoie la légèreté, l'humanité la monstruosité la plus grande. Ce n'est pas très fiable historiquement mais c'est assez jubilatoire à lire. 
    Les - : Aucun. Victor Hugo est décidément un auteur talentueux quel que soit le genre qu'il utilise. 

     

    Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière 

    Thème de septembre, « Didascalies », 9/12


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