• Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI ; Anne Bernet

    « Il est des moments où l'émotion des souvenirs domine l'âme la plus forte. »

    Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI ; Anne Bernet

    Publié en 2013

    Editions Tallandier (collection Biographies) 

    480 pages

    Résumé :

    Madame Elisabeth, sœur cadette de Louis XVI, meurt à trente ans sur l'échafaud le 10 mai 1794. Dans ce portrait absolument neuf, elle apparaît plus résolue et déterminée que son frère dans le tumulte de la Révolution - preuve qu'elle était dotée d'un véritable sens politique.

    Très jolie, remarquablement intelligente, mathématicienne de haut niveau, dotée d'un caractère affirmé, Elisabeth, après l'échec de plusieurs projets de mariage, décide de vivre à sa guise parmi un cercle choisi partageant son goût de la retraite et de l'action caritative, sans pour autant, comme on l'affirmera, nourrir une vocation religieuse contrariée. Critique muette des manières de la reine, ce choix l'isole au sein de la Cour, et même de la famille royale.
    Lorsque la Révolution éclate, elle choisit pourtant de rester près de Louis XVI, qu'elle juge trop faible. Elle est aussi sans illusion sur sa propre influence, contrecarrée par la jalousie de Marie-Antoinette. Au cœur d'un réseau de renseignement contre-révolutionnaire, elle essaie d'empêcher la catastrophe. Elle vit alors une histoire d'amour impossible avec un roturier et subit une campagne de presse diffamatoire de la part des autorités révolutionnaires.
    En s'appuyant sur la correspondance de la princesse, celle de ses amis, les mémoires du temps, Anne Bernet débarrasse, pour la première fois, Madame Elisabeth de l'imagerie pieuse qui occulta sa personnalité.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Le 10 mai 1794, sur la place de la Révolution, une princesse de France monte à l'échafaud. Elle vient tout juste d'avoir trente ans, elle est la jeune sœur du roi Louis XVI, guillotiné au même endroit un an et demi auparavant. Sa belle-soeur, Marie-Antoinette, elle, l'a été au mois d'octobre dernier. La France révolutionnaire s'en soucie comme d'une guigne, mais la jeune Elisabeth va rejoindre son Créateur vingt ans tout juste après son grand-père, Louis XV, mort de la petite vérole le 10 mai 1774.
    Madame Elisabeth. Le nom, en France, est peu connu, tout comme celui de sa sœur, Madame Clotilde, devenue princesse de Piémont. Beaucoup ignorent certainement que cette jeune femme qu'on a bien voulu nous présenter comme une bigote prude et enfermée dans un obscurantisme d'un autre âge, était finalement tout à l'opposé de ce portrait brossé à partir de la Révolution et qui fit florès. Madame Elisabeth, comme ses frères et soeurs, a vu le jour à Versailles. Elle est née le 3 mai 1764 et est la fille du Dauphin de France, Louis-Ferdinand et de sa seconde épouse, Marie-Josèphe de Saxe. Y'a-t-il eu un couple plus mal assorti que celui-ci ? Avant d'épouser Marie-Josèphe, le fils de Louis XV et Marie Leszczynska a été uni à une infante d'Espagne, une sienne cousine, Marie-Thérèse, fille de Philippe V et Elisabeth Farnèse. Pour la petite anecdote, elle est la sœur cadette de Marie-Anne-Victoire d'Espagne qui, dans sa jeunesse fut la petite fiancée de...Louis XV ! Mais ceci est une autre histoire. Bref, il se trouve que Louis-Ferdinand va follement s'enticher de son Espagnole, au point d'en tomber très très amoureux. Et, à sa mort, en 1746, des suites d'un accouchement laborieux, elle laisse un jeune veuf de dix-neuf ans , inconsolable. La jeune princesse saxonne, Marie-Josèphe, donnée en mariage au Dauphin peu de temps après, passera d'ailleurs sa nuit de noces à consoler son mari qui pleure son ancienne épouse.
    Cela ne les empêchera pas pour autant d'avoir des enfants et Marie-Josèphe donnera à Louis-Ferdinand les fils que l'héritier de France se doit obligatoirement d'avoir. En 1750 vient au monde une petite princesse, puis deux fils, Louis-Joseph Xavier et Xavier de France, et encore trois fils, les plus connus, Louis, duc de Berry, le futur Louis XVI, Louis-Stanislas, comte de Provence, Charles-Philippe, comte d'Artois. En 1759 naît Clotilde et, en 1764, la petite dernière, Elisabeth, qui n'aura pas l'heur de connaître ses parents ou si peu, le Dauphin mourant en 1765 et son épouse en 1767. Elisabeth sera élevée avec ses frères et sœurs survivants à Versailles et sa sœur Clotilde lui servira de mère de substitution. Elle a dix ans à la mort de son grand-père et à l'avènement de son frère et de sa belle-sœur, Louis XVI et Marie-Antoinette.
    Jeune fille vive et plutôt jolie, Elisabeth sera l'objet de plusieurs projets de mariage qui, finalement, échoueront tous. Au grand dam de ses proches, peut-être, mais pas du sien, Elisabeth s'accommodant rapidement et parfaitement à une existence rangée de vieille fille. Très croyante, mais sans vocation religieuse, elle décide donc de vouer sa vie à faire le bien.
    Quand la Révolution éclate, malgré de nombreuses offres de départ qui lui permettrait de se mettre à l'abri, elle refuse et choisit de rester auprès de Louis XVI et Marie-Antoinette, lâchés de toutes parts. Elle connaîtra tout et rien ne lui sera épargné : Etats Généraux, prise de la Bastille, journées d'octobre 1789, fuite à Varennes, prise des Tuileries, la détention au Temple, la séparation du petit Dauphin Louis Charles d'avec sa mère, les morts successives de son frère et de la reine -elle ignorera jusqu'à la sienne propre, en mai 1794, que la reine avait été guillotinée le 16 octobre dernier. Jamais Elisabeth ne flanchera, malgré son malheur. Soutenue par sa foi sincère, s'oubliant, elle fera en sorte d'adoucir au maximum le quotidien du roi, de la reine et de ses neveux, le Dauphin et sa soeur, Madame Royale. Elisabeth sera condamnée à l'échafaud non parce qu'on avait quelque chose à lui reprocher mais bien pour ce qu'elle représentait et parce que Robespierre, mis en difficulté par ses opposants politiques, préfère sacrifier la « sœur du Tyran » plutôt que de se voir sacrifié lui-même. La princesse montera à la guillotine sans regret, sinon peut-être pour les deux enfants du couple royal qu'elle laisse seuls, certaine de rencontrer son Dieu. Aujourd'hui encore, on ne sait pas où la princesse Elisabeth repose.

    Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI ; Anne Bernet

    Portrait de la princesse Elisabeth, par Elisabeth Vigée-Lebrun (années 1780)


    Anne Bernet, historienne et journaliste, nous livre ici une biographie scientifique à laquelle elle associe la chaleur d'une plume qui pourrait être celle d'un romancier. Déconstruisant le mythe qui fait d'Elisabeth, depuis près de 230 ans, une bigote, une grenouille de bénitier à la vocation religieuse contrariée -alors que ce n'était pas le cas, Elisabeth ayant refusé les différentes propositions qui lui furent faite, comme celle de l'abbatiat de Remiremont-, Anne Bernet nous brosse le portrait d'une jeune princesse jolie mais pas frivole, à l'opposé de sa belle-sœur la reine, intelligente, passionnée de sciences et notamment de mathématiques et de médecine. Facette moins connue du personnage voire carrément passée sous silence, l'histoire amoureuse, platonique certes mais qui n'en fut pas moins sincère, qui unit Elisabeth à un roturier, médecin de son état, le docteur Dassy. Jeune femme que sa famille s'obstina à considérer comme une innocente et une enfant du fait de son état -elle n'était pas mariée, n'avait pas d'enfants-, Elisabeth n'en était pas moins très intelligente et fine, peut-être plus lucide, politiquement parlant, que son frère et sa belle-sœur, vite dépassés par les événements qui les submergent à partir de 1789. Elisabeh était un personnage bien plus complexe que celui qu'on nous livre en général et bien éloignée de ce portrait d'une vieille fille engoncée dans son rôle de prude bigote, entourée de missels et de livres d'heures. Pendant la Révolution, elle fut bien un peu insultée par Le Père Duchesne, journal d'Hébert, malade et un peu détraqué sexuel, parce que cela aurait paru suspect qu'un membre de la famille royale échappe aux foudres vulgaires du journal, mais, au fond, on n'avait rien contre elle. On n'avait rien contre elle si ce n'est peut-être sa naissance -mais est-on coupable des parents que le hasard nous donne ?-, donc ce qu'elle représentait, dans un pays qui rejetait en bloc et avec violence son passé monarchique, on n'avait rien contre elle si ce n'est sa fidélité forcenée à sa famille qu'elle choisit de soutenir, de porter envers et contre tout. Elle paiera de sa vie sa naissance princière et sa loyauté envers son frère.
    C'est avec une énorme admiration pour le personnage que l'on achève cette lecture. Elisabeth était un personnage que je connaissais peu auparavant mais c'est en me sentant très proche de cette jeune femme que j'ai refermé cette biographie. Une énorme sympathie nous prend rapidement à la lecture de ce destin exemplaire. On peut ne pas être d'accord avec les principes monarchiques bien éloignés de ceux, républicains -quoique-, qui régissent aujourd'hui notre société et dans lesquels nous sommes nés, il n'empêche qu'il est difficile de porter un jugement négatif sur Madame Elisabeth car, au-delà de la princesse qu'elle était par naissance et non pas par choix, il y'avait aussi une femme, une femme à la personnalité estimable qu'elle avait su patiemment se forger, au mépris des jalousies et petites bassesses courtisanes. Elisabeth était au-delà de ça, au-delà de la compétition qui déchirait ses proches, au-delà de la bêtise de ses bourreaux révolutionnaires. Elle était au-delà de ça et au-dessus de ça parce que suffisamment intelligente pour comprendre l'inanité du monde dans lequel elle vivait et que son salut, le vrai, se trouvait ailleurs. Et même si l'on est pas croyant, la constance religieuse de la princesse, sa fidélité à des principes qui lui furent enseignés dans sa plus tendre enfance alors qu'autour d'elle, on reniait tout, ne peut pas laisser indifférent. Bref, c'est un destin tout à fait exceptionnel et intéressant, historiquement parlant, qu'Anne Bernet nous livre aussi. Destin émouvant aussi, qui nous fait refermer le livre avec l'émotion tout au bord des paupières.

    En Bref :

    Les + : une belle biographie, bien écrite, touchante mais rigoureuse dans sa démarche.
    Les - :
    des coquilles, dommage. 

     


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  • Commentaires

    1
    Mardi 20 Janvier 2015 à 20:02

    Il y a un an ou deux, une exposition a été faite sur Madame Elisabeth au château de Versailles et je n'ai malheureusement pas pu la faire. C'est comme cela que j'ai eu connaissance de son nom. Cependant, je ne connais rien de sa vie. Ce livre me tente évidemment beaucoup. Merci de nous dépeindre un peu qui c'est aussi dans ta critique, parce qu'on n'en parle jamais !

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    2
    Dimanche 25 Janvier 2015 à 11:04

    C'est vrai que l'histoire ne nous dit pas grand chose sur cette princesse qui reste dans l'ombre du couple royal.

    Je n'irai peut être pas jusqu'à lire un livre sur elle mais ça pourrait être bien de lui consacrer un reportage.

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