• Madame l’Étrangère : La Princesse Palatine ; Jacqueline Duchêne

    « En politique, elle ne savait qu'une chose : le sort des princesses, soumises aux volontés de leur père, transplantées d'un pays à l'autre contre leur gré, mariées de force à de parfaits inconnus, sacrifiées au bien de leur Etat, n'était guère enviable. »

    Madame l’Étrangère : La Princesse Palatine ; Jacqueline Duchêne

    Publié en 2001

    Editions JC Lattès 

    285 pages 

    Résumé : 

    1671. La princesse Palatine Elisabeth-Charlotte de Bavière arrive en France pour épouser le duc d'Orléans, Monsieur, frère du roi. Elle sait qu'elle aura, au cœur de la cour la plus brillante d'Europe, le titre prestigieux de Madame, mais que l'homme à qui elle est promise n'aime pas les femmes.
    La Palatine devra lutter. Contre la mélancolie de l'expatriation, contre les complots des favoris de son mari. Subir aussi la volonté de Louvois, décidé à détruire « son » Palatinat. Affronter l'hostilité de la Maintenon qui intrigue, contre les enfants de Liselotte, en faveur des bâtards de la Montespan.
    Au milieu de tous ces tourments, la complicité de Louis XIV est le seul rayon de soleil de la Palatine. Le franc-parler de l'étrangère, son insolence, son goût de la chasse et de la vie plaisent infiniment au monarque, quand il n'est pas contraint par ses maîtresses de prendre ses distances avec elle.
    La Palatine vit, la Palatine résiste et surtout, la Palatine écrit des centaines de lettres pleines d'esprit et témoignant d'un sens aigu de l'observation. Et c'est à partir de cette correspondance mordante que Jacqueline Duchêne a construit ce roman d'une belle intensité, qui met en lumière l'une des femmes les plus attachantes du Grand Siècle - et la plus surprenante.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    En 1671, Élisabeth-Charlotte de Bavière, fille de l'électeur palatin, arrive en France pour y épouser Philippe, dit Monsieur, le frère unique de Louis XIV. Veuf depuis dix-huit mois d'Henriette d'Angleterre, il est urgent pour le prince de se remarier pour avoir enfin des fils.
    C'est dans un monde étrange que débarque la jeune femme de dix-neuf ans : guindée à outrance, la Cour de France est dépaysante et même un peu effrayante pour une jeune femme simple qui n'aime rien tant que la chasse, la bière et le chou ! Dans cette Cour où tous ses faits et gestes sont scrutés, décortiqués, commentés, où les louanges hypocrites le disputent aux critiques les plus assassines il va falloir à celle que l'on surnomme la Palatine ou Liselotte beaucoup de courage surtout que son mari Philippe est assujetti à des favoris qui ont la haute main sur sa maison et voient arriver sa deuxième femme comme une intruse. Heureusement, Madame pourra compter sur son beau-frère, le roi, avec qui elle entretiendra toujours de bonnes relations, le roi dont elle fut peut-être un peu secrètement amoureuse.
    La Palatine est un personnage historique que j'aime beaucoup, peut-être la seule personne qui, dans l'entourage du Roi-Soleil, fit preuve de sincérité et de spontanéité dans un monde où on se déchire sans cesse pour la moindre prébende, la moindre prérogative.
    J'ai cherché en vain une édition complète de sa fameuse correspondance, malheureusement la plupart de ses lettres sont encore aujourd'hui censurées et certainement le resteront, ce qui est dommage, parce que finalement, il n'y a pas meilleur moyen de cerner un caractère qu'en le lisant.
    Car la princesse Palatine, en plus d'être un éminent personnage historique, témoin de premier plan du siècle de Louis XIV, est aussi une épistolière de renom, une véritable conteuse, dotée d'un style de qualité et unique.
    Pour moi, elle est attachante pour plein de raisons : cette sincérité à toute épreuve au milieu d'une mer de fausseté et d'hypocrisie, d'une part ; son amour presque juvénile pour le roi et qui ne se démentira jamais, d'autre part ; enfin pour cette droiture qu'elle gardera toute sa vie malgré tout ce qu'elle a traversé au cours de sa longue existence.
    Née en 1652, à Heidelberg, fille de l'électeur palatin Charles-Louis de Bavière, séparée toute jeune d'une mère peu aimante et relativement indifférente, mise en concurrence avec les nombreux bâtards de son père, souvent à son désavantage, mariée à dix-neuf à un homme de douze ans son aîné et homosexuel notoire, arrachée à son pays natal et à sa tante bien-aimée Sophie -la mère du futur roi d'Angleterre George Ier-, puis en butte à la Cour aux jalousies et aux hostilités de coteries en tout genre, on ne peut pas dire que la longue existence de la Palatine fut une promenade de santé, bien au contraire et c'est ce qu'illustre assez bien ce roman : à croire que la place de belle-sœur du roi est maudit et vouée, pour celle qui l'occupe, au malheur.

     

    Description de cette image, également commentée ci-après

     

    Madame, belle-soeur de Louis XIV en 1713 (Hyacinthe Rigaud et atelier)


    Malgré tout, Madame ne s'en tirera pas trop mal. Remplaçant souvent auprès du roi la reine Marie-Thérèse, qui ne fut jamais à la hauteur de son rôle, Madame fut à plusieurs reprises représentante et première dame du royaume. Elle sut s'attirer une amitié sincère et durable de la part du roi, enfin, elle donna à son époux le fils tant attendu, le futur Régent (Philippe d'Orléans). Par ses enfants, elle est l'ancêtre directe de la branche des Orléans donc de l'actuelle famille prétendante au trône de France mais aussi des Habsbourg d'Autriche et donc de Marie-Antoinette et de tous les descendants de la fameuse Marie-Thérèse. Issue d'une puissante famille du Saint-Empire, elle est cousine avec la famille de Hanovre qui hérite en 1714 de l'Angleterre. Madame est un personnage incontournable, finalement quand on y pense. Dans le roman, le récit démarre en Alsace à la fin de l'année 1671, quand Liselotte arrive en France. On va la suivre ensuite jusqu'à l'automne de sa vie, exactement jusqu'en 1715, juste après la mort du roi. Quand on pense à elle, en général -en tous cas c'est le cas pour moi- c'est le tableau de Rigaud qui vient à l'esprit, où l'on peut y voir une femme d'un certain âge, imposante, bien vêtue mais pas vraiment belle, le teint marqué par les chasses au grand air et une petite vérole tardive, les cheveux blanchis... J'ai aimé du coup la découvrir jeune, toute nouvelle dans un royaume qu'elle ne connaît pas et dont elle va devoir apprivoiser les codes. On la découvre ensuite jeune épouse, pas vraiment heureuse puis jeune mère, attentive à ses enfants comme de ses belle-filles, les filles de Monsieur et d'Henriette d'Angleterre, dont elle se séparera à regret.
    Quand on lit ce roman, ce qui ressort surtout de la personnalité de Madame, c'est une simplicité sans affectation, une véritable authenticité et un besoin assez irrépressible d'aimer et d'être aimée en retour, conséquence peut-être d'une enfance relativement solitaire et de l'absence de ses parents.
    Madame a une personnalité, une présence mais elle est foncièrement sympathique. On peut avoir de l'intérêt pour Louis XIV, pour Madame de Maintenon, pour Madame de Montespan et j'en passe...mais ce ne sont pas des personnages que l'on va trouver forcément sympathiques...Ils en imposent et une certaine distance s'installe, que même l'Histoire ne transcende pas, au contraire. Pour la princesse Palatine, c'est autre chose : elle est accessible, proche de nous. Elle a ce côté avenant qui ne la fige pas et ne la rend pas convenue.
    Peut-être Jacqueline Duchêne, par moments, ne s'est pas assez départie de la rigueur de l'historienne et n'a pas recréé, de sa plume, ce cocon chaleureux propre au roman et qui est, souvent, tellement agréable. Mais au final, le personnage de Madame se suffit assez bien à lui-même : elle est attachante envers et contre tous. Elle est forte, parfois un peu fantasque, pleine d'un naturel désarmant et d'un furieux besoin de rendre ce qu'on lui donne. L'hostilité dont elle a pu être la cible à la Cour serre le coeur par moment parce qu'on se dit que Madame n'était pas mauvaise. Certes, elle avait coutume de dire -et surtout d'écrire- ce qu'elle pensait, ce qui souvent, attire des ennemis, on le sait. Pour autant, avec le recul, on ne peut s'empêcher de penser que Madame était peut-être, dans toute cette foule grouillante et compassée, rampant avec servilité aux pieds du monarque, de ses maîtresses puis de la toute-puissante Madame de Maintenon -que Madame surnommait avec beaucoup d'amitié et de chaleur « la vieille conne » ou encore « la vieille guenipe »-, la seule personne suffisamment lucide pour voir les limites et les contradictions du monde courtisan. D'ailleurs, elle n'en fera jamais vraiment partie et c'est ce qui fait d'elle un personnage différent et intéressant.
    Son expérience d'historienne a évidemment permis à Jacqueline Duchêne de saisir ce personnage dans toute sa complexité et de la repositionner dans un contexte qui, de part sa position éminente dans la famille royale, la concerne au premier chef, que ce soit les ravages de son Palatinat natal par les troupes françaises jusqu'au coup d'Etat de son fils, Philippe, pour prendre en mains la régence du jeune Louis XV, en 1715.
    Ce roman m'a donné envie de me plonger dans une biographie de la princesse Palatine. C'est une très bonne introduction et une fiction historique de qualité, servie évidemment par la formation initiale de son auteure : je ne doutais pas, en commençant ce roman, d'être absolument satisfaite...c'est tellement agréable de lire un roman historique sans erreur ni approximation (parce que malheureusement, ils sont légion). Pour autant, étant donné que c'est un roman justement, l'auteure n'a pas toujours pu développer ni expliciter. Cette lecture va me permettre de rebondir sur un ouvrage peut-être plus scientifique mais Madame l’Étrangère permet cependant d'aborder dans son ensemble ce personnage étonnant qu'est la Princesse Palatine.
    Mon amour des romans historiques n'a, au cours de cette lecture, absolument pas été déçu

    En Bref : 

    Les + : roman historique plaisant et bien écrit, Madame l’Étrangère nous fait découvrir l'intimité et les pensées les plus secrètes de cette princesse allemande devenue l'une des premières dames de France à l'époque du Roi-Soleil. 
    Les - : Aucun. 


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  • Commentaires

    1
    Dimanche 14 Avril à 14:52

    Ah la Princesse Palatine ! J'ai maintes fois entendu son nom ici et là mais je dois bien avouer que je ne connais rien d'elle et que je n'ai encore jamais rien lu à son propos. Ce roman devrait donc me plaire.

    J'ai vu d'autres livres de l'auteure qui pourrait également être appréciable, comme son autobiographie de Madame de Lafayette. Je suis trop contente d'avoir fait ces découvertes sur ton blog :-D

      • Dimanche 14 Avril à 15:02

        J'ai beaucoup d'affection pour ce personnage et je regrette de n'avoir pas pu trouver une version non censurée de sa fameuse correspondance parce que je ne doute pas que j'aurais pris grand plaisir à découvrir sa fameuse plume. happy C'est un personnage infiniment naturel et sincère, elle a quelque chose de vraiment attachant et cet effet est immédiat. Je te recommande ce roman pour en apprendre un peu plus sur elle mais, tu verras, ça reste un roman, tout n'y est pas... Mais ça peut être, comme je le souligne dans ma chronique, un bon point de départ, une bonne introduction. 

        Jacqueline Duchêne s'est en effet intéressée à plusieurs femmes du Grand Siècle, notamment Madame de La Fayette mais aussi la Grande Mademoiselle, la cousine de Louis XIV et la reine Marie-Thérèse. Tous ces livres m'attendent dans ma PAL et j'ai hâte de les découvrir aussi, surtout celui sur Madame de La Fayette d'ailleurs, que je ne connais pas vraiment ou seulement au travers de Madame de Sévigné, dont elle était une amie. 

        J'espère passer, avec ces romans, d'aussi bons moments qu'avec Madame l’Étrangère, qui est vraiment un roman historique comme je les aime ! ! cool

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