• Marie-Antoinette ; Antonia Fraser

    « Les humiliations longuement subies finissent parfois par se retourner contre ceux qui les infligent. »

    Marie-Antoinette ; Antonia Fraser

    Publié 2002 en Angleterre ; en 2007 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Marie-Antoinette , the Voyage

    Editions J'ai Lu

    723 pages

     

    Résumé : 

    Tour à tour reine de la mode, l'Autrichienne, Madame Déficit, Madame Veto, icône martyre ou Messaline royale, Marie-Antoinette est une des rares femmes de l'histoire de France à avoir cristallisé autant de passions haineuses, envieuses ou amoureuses. 

    Avec son objectivité et sa précision d'historienne, Antonia Fraser retrace le voyage initiatique de la reine : son enfance, son idylle avec le comte Axel Fersen et, enfin, ses efforts héroïques pour sauver sa famille, et la monarchie, de la tempête...

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Quand elle naît, en 1755, la plus célèbre -et la plus vilipendée- des reines de France n'est pourtant pas destinée à le devenir. La petite Maria Antonia Josepha Johanna, fille de Marie-Thérèse et de François de Lorraine, empereur du Saint-Empire, n'est en effet pas le premier enfant du couple : elle arrive en bonne quinzième et avant-dernière position et n'est donc pas, de toutes les sœurs, celle qui est destinée à faire un grand mariage. Les hasards, les deuils, feront de la petite Antonia, affectueusement surnommée Antoine par les siens, la candidate à un mariage français, destiné à consolider la toute nouvelle alliance entre la Maison d'Autriche et celle des Bourbons -on parle en effet à l'époque de renversement des alliances tant celle-ci n'allait pas de soi. La jeune archiduchesse est ainsi promise à un prince à peine plus vieux qu'elle, Louis, duc de Berry, propulsé à la place enviée mais ô combien inconfortable quand on y est mal préparé, de Dauphin, à la mort de son aîné, le duc de Bourgogne.
    Ce jeune couple, qui se marie en 1770, sous le patronage débauché mais non moins affectueux du grand-père du marié, Louis XV, devient roi et reine à peine quatre ans plus tard. Ils personnifient, comme leur aïeul, les derniers feux de cette monarchie pluriséculaire, qui va s'éteindre à peine vingt ans plus tard sous les coups d'une Révolution violente et qui aura des conséquences à l'échelle européenne et influera désormais sur l'Histoire et les institutions du pays.
    De nos jours encore, deux-cent-vingt-deux ans après sa mort, Marie-Antoinette ne cesse pas de faire parler d'elle. Elle cristallisa l'amour populaire puis la haine de son vivant et, si aujourd'hui, elle a encore des détracteurs véhéments, elle n'en a pas moins -et beaucoup- des admirateurs passionnés. Il est difficile d'être objectif quand on traite du personnage de Marie-Antoinette, car sa fin tragique et les dernières années de sa vie suscitent nécessairement, pour nous, Français du XXIème siècle, des sentiments de compassion et de commisération qui n'avaient pas forcément leur place dans le contexte difficile de l'époque.

    Marie-Antoinette âgée d'environ quatorze ans, peu avant son mariage (portrait de Joseph Ducreux, 1769)


    Le travail des historiens est donc, de fait, plus difficile à réaliser, c'est certain. En effet, en tant que scientifique, l'historien est tenu de faire preuve d'une objectivité parfaite, ce qui peut s'avérer très difficile avec des personnages qui concentrent sur eux tant de sentiments, contradictoires et exacerbés. Marie-Antoinette n'est pas, comme certains autres, un personnage historique figé dans son temps, dans son contexte, dans son époque, bien au contraire : elle est aussi contemporaine que du XVIIIème siècle et les femmes d'aujourd'hui peuvent autant se retrouver en elle et s'identifier que celle de l'époque qui ont pu fréquenter la reine. Il est donc, bien sûr, en ce cas, difficile, de réaliser un travail dénué de tout sentiments, mais je dois dire qu'Antonia Fraser s'en tire plutôt bien. Historienne réputée, qui a beaucoup travaillé sur l'Histoire de France, elle nous livre en plus un œil neuf, en tant qu'anglo-saxonne. Il est toujours intéressant de lire des travaux de chercheurs étrangers sur des questions d'histoire finalement très nationale. Parfois, il peuvent avoir un oeil neuf et un point de vue tout à fait innovant et donc, par là même, intéressant.
    S'il est en effet difficile de décrire les dernières années et les derniers moments de cette reine, qui souffrit autant qu'elle fut frivole, si ce n'est plus, sans susciter de la pitié et en ressentir très certainement quelque peu, je dois dire que la biographie d'Antonia Fraser est plutôt réussie. Ce n'est bien sûr pas la première biographie de cette reine que je lis, compte tenu de ma passion immodérée pour l'époque et le personnage, mais j'ai quand même passé un très bon moment. Émaillée de témoignages d'Anglais ou d'Américains de passage à Paris et à la Cour, cette biographie a un petit caractère international plutôt sympathique et qui colle du coup très bien à l'image contemporaine de Marie-Antoinette, récupérée par le cinéma, la publicité et toutes sortes de produits dérivés.
    L'auteure a su aussi très bien capter cette atmosphère délétère qui va caractériser rapidement le règne de Louis XVI et Marie-Antoinette, d'autant plus forte que la déception sera à la hauteur des attentes premières. Tandis que la reine s'étourdit de plaisirs et de folies, pour compenser le malheur et la frustration de sa vie de couple, le roi, lui, voit sombrer lentement le navire qui lui avait été confié par ses ancêtres. Car, bien qu'il n'en soit pas directement le responsable, Louis XVI est celui qui personnifie la chute d'un régime millénaire. Et Marie-Antoinette est celle qui, depuis la fin du XVIIIème siècle, est le symbole encore plus flagrant de cette chute. Taxée de bêtise, de méchanceté et de mépris, Marie-Antoinette est sans nul doute la figure royale fra nçaise que l'on détesta autant et que l'on aima d'ailleurs détester. L'auteure s'emploie donc à redorer son blason, sans tomber pour autant dans l'hagiographie : si Marie-Antoinette fut parfois insultée gratuitement et taxée de vices et de travers qu'elle n'avait pas, force est de reconnaître que, par certains de ses comportements, elle s'attira elle-même ces critiques, certes extrêmes mais signe d'un ras-le-bol général que les souverains, aveuglés et figés dans un univers clos et ancestral, ne virent pas arriver et qui, pourtant les balaya.

    Kristen Dunst dans le film de Sofia Coppola (2006)


    Dans la biographie d'Antonia Fraser, le côté maternel de Marie-Antoinette, parfois mis de côté dans certaines autres, pour se concentrer plutôt sur le personnage que joua la reine en dehors de son particulier, est au contraire plutôt poussé en avant. La reine participa en effet, avec beaucoup d'autres de ses contemporaines, à l'image moderne que l'on se fait de l'enfant : elle fut l'une des premières souveraines de France à prendre réellement soin de ses enfants, à veiller à leur éducation et à leur bon développement, les pleurant sincèrement quand ils venaient à mourir -elle perdra sa petite Sophie en 1787 et le petit Dauphin Louis-Joseph, atteint de tuberculose, au début du fatal été 1789- et ne prenant en considération, quand elle n'avait plus rien, que le bien-être de ceux qui restaient, Madame Royale et le petit Louis-Charles. J'ai apprécié de voir ce trait de caractère de la reine, plutôt évident mais pas souvent traité, mis en avant et qu'Antonia Fraser consacre des chapitres complets à la conception de la maternité par Marie-Antoinette et les liens qu'elle entretint ensuite avec sa progéniture.
    Le seul bémol, qui pourrait venir de la traduction, est la complexité de certaines phrases, émaillées souvent de propos complémentaires entre tirets qui font parfois perdre le fil. Mais, dans l'ensemble, c'est un bon livre, un travail sérieux et à conseiller à tous les fans de cette reine emblématique.

    En Bref :

    Les + : un travail sérieux et intéressant.
    Les - :
    des phrases parfois un peu alambiquées et compliquées qui font malheureusement perdre le fil.


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  • Commentaires

    1
    Samedi 17 Octobre 2015 à 23:18

    Je fais partie des personnes aujourd'hui qui adore cette reine. Tu en parles d'ailleurs si bien (comme toujours dans tes articles). Je suis d'accord avec toi, un historien étranger peut apporter un oeil neuf sur notre histoire nationale. Il me semble que c'est à partir de ce livre que Sofia Coppola a écrit son film. J'aimerai savoir ce que tu penses de ce film qui est critiqué par les historiens & autres ?

      • Dimanche 18 Octobre 2015 à 20:04

        Personnellement, j'aime beaucoup ce film pour ses visuels, son esthétique, ses costumes... ! ! Pour ce qui est de l'Histoire en elle-même, Sofia Coppola a quand même fait pas mal de raccourcis et il y'a même quelques erreurs, d'ailleurs : dans le film, le frère de Louis XVI qui est père en premier est le comte de Provence alors que celui-ci n'a jamais eu d'enfants de toute façon ! ! ^^ Le début est aussi très abrupt, avec le départ très rapide de la jeune Marie-Antoinette de Vienne pour la France...

        De toute façon, je ne sais pas si la volonté de la réalisatrice était de forcément faire un film très historique...certainement pas. Concrètement, ce n'est pas une leçon d'Histoire mais il est agréable à regarder... et je trouve que Kristen Dunst en Marie-Antoinette est très juste...quant à Jamie Dornan en Fersen, le choix était très bon aussi ! sarcastic

        Pour ce qui est ensuite du livre j'ai trouvé cette biographie plutôt intéressante, nous permettant finalement d'appréhender cette période de notre Histoire avec un autre œil...

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