• Mathilde de Westminster, tome 1, Le Calice des Esprits ; Paul Doherty

    « Les conseils sont semblables aux oiseaux ; ils vont et viennent et sont vite oubliés. »

    Mathilde de Westminster, tome 1, Le Calice des Esprits ; Paul Doherty

     

    Publié en 2005 en Angleterre ; en 2009 en France (pour la présente édition)

    Titre original : The Cup of Ghosts

    Editions 10/18 (collection Grands Détectives)

    350 pages

    Premier tome de la saga Mathilde de Westminster

    Résumé : 

    Le roi Philippe le Bel décide d'anéantir l'ordre du Temple. Rien ne prédestine alors Mathilde à servi les intérêts d'Isabelle de France dite la Louve. Nièce d'un érudit templier qui l'a initiée à l'art des potions, elle devient pourtant sa demoiselle de chambre et découvre très vite les dangers de la Cour...Entre les pourparlers du mariage d'Isabelle avec Edouard II et l'exil vers Londres, l'oeil vigilant de Mathilde sera vital au destin de la future reine. 

    Entre La Reine Margot et Les Rois Maudits, le premier volet d'une saga ambitieuse dans la France et l'Angleterre du XIVe siècle, par le maître du polar médiéval. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1307, le roi Philippe le Bel projette secrètement -en collaboration avec ses âmes damnées, Enguerrand de Marigny et Guillaume de Nogaret entre autres-, la destruction de l'Ordre du Temple et, en parallèle, a engagé des pourparlers pour unir son unique fille, Isabelle de France, treize ans, à Edouard, le jeune roi d'Angleterre, qui en a vingt-trois.
    A Paris, Mathilde de Ferrers, apprend la médecine auprès de son oncle bien-aimé, le templier Réginald de Deyncourt. Averti de ce qui se trame contre son ordre, il choisit de sauver sa nièce à tout prix. Pour cela, la jeune fille est obligée de changer de nom et, pour se protéger, entre dans la maison de la furure reine d'Angleterre. Mathilde découvre alors les coulisses de la Cour de France, où les légistes de Philippe le Bel font la loi tandis que les fils de ce dernier se comportent en soudards. Et Mathilde devra aussi se méfier des yeux de serpent des conseillers du roi tout en prenant le risque, en jurant fidélité à la future reine, de se faire alors des ennemis irréductibles, tant en France qu'en Angleterre.
    Le premier tome de la saga Mathilde de Westminster -personnage qui a d'ailleurs vraiment existé et qui était une femme médecin, comme dans le roman-, reprend une trame bien connue de nous, lecteurs français, puisque nous sommes replongés dans l'ambiance de la fameuse saga de Maurice Druon, Les Rois Maudits. Mais cette fois, c'est du point de vue anglais qu'est narrée l'intrigue et c'est essentiellement autour d'Isabelle, la fille de Philippe le Bel et reine d'Angleterre, que va tourner la trilogie.
    Il est intéressant également de voir comment l'historiographie et les points de vue peuvent différer d'un pays à l'autre. Et aborder le règne de Philippe le Bel au travers de la vision qu'en ont les Anglo-saxons est plutôt original. Bien que ne jouissant pas forcément d'une très bonne réputation, l'historiographie française tend aujourd'hui à considérer Philippe le Bel comme un personnage froid et calculateur, certes, mais qui fut sûrement un animal politique redoutable. Dans le roman de Paul Doherty, le roi de fer devient un être détestable et diabolique et qui n'aurait pas hésité à faire froidement assassiner son épouse, la mère de ses enfants alors qu'il est couramment admis que, si Philippe le Bel n'aima peut-être pas son épouse d'un amour passionné, il eut pour elle un certain respect, qui perdura même dans la mort puisqu'il ne se remaria pas. Mais les faits que nous décrivons sont vieux de près de sept cents ans et bien malin celui qui peut affirmer aujourd'hui ce qu'il en était réellement. Les relations conflictuelles d'Isabelle avec son père m'ont également surprises, dépeintes comme elles le sont par Paul Doherty car j'avais toujours été persuadée qu'une certaine fidélité, dans l'adversité rencontrée en Angleterre, unissait Isabelle à sa famille française. Le scandale des brus du roi, qui devait éclater quelques années plus tard, me faisait également pencher de ce côté-là, mais pourquoi pas, après tout ? L'histoire des derniers Capétiens et, en parallèle, celle de leurs concurrents, Edouard II et son fils Edouard III, sont aujourd'hui mâtinés d'une légende tenace et romanesque, véhiculée en partie par les fameux Rois Maudits de Druon, qui restent malgré tout une histoire fictive mais qui fait, aujourd'hui, en quelque sorte, force de loi. Paul Doherty étant, en plus qu'écrivain, professeur d'histoire médiévale, on peut je pense considérer ses sources sinon comme irréfutables -ça n'existe pas-, du moins comme relativement fiables.

    Représentation d'Isabelle et de son fils, le futur Edouard III, dans les Grandes Chroniques de France (vers 1455-1460)


    Mais revenons-en maintenant au roman en lui-même, qui est plutôt pas mal même si je vous avoue que j'ai largement préféré Les Rois Maudits. D'abord parlons un peu des personnages : Mathilde de Ferrers -ou de Clairebon-, est une jeune femme au charisme certain. Est-elle attachante ? C'est difficile à dire...au fond, on ne peut pas vraiment dire qu'elle le soit, mais elle suscite quoi qu'il en soit l'intérêt du lecteur. J'ai aussi beaucoup aimé le personnage d'Isabelle, que je trouve fascinant depuis longtemps, de toute façon. Il y'avait quelque chose chez cette princesse qui attire inévitablement l'attention, une aura, un destin fait pour traverser les siècles. Née en 1295 à Paris, de Philippe le Bel et Jeanne de Navarre, Isabelle est mariée à treize ans à Edouard II d'Angleterre, elle sera fille, épouse, sœur et mère de rois. Ses trois frères seront successivement, jusqu'en 1328, rois de France et avec le dernier, Charles le Bel, s'éteindra la branche des Capétiens directs. Elle sera l'épouse d'Edouard II Plantagenêt, qui préféra la guerre avec ses barons plutôt que de désavouer ses favoris, Peter Gaveston puis Hugh le Despenser et finira déchu et peut-être -même si aucune source fiable ne corrobore la légende- assassiné sur ordre de son épouse justement et de l'amant de cette dernière, Roger Mortimer de Wigmore. Et enfin, elle sera la mère d'Edouard III, qui régna cinquante ans sur l'Angleterre et déclara la guerre à la France, la fameuse Guerre de Cent-Ans et dont se réclameront, en tant qu'ancêtre commun, les rois Lancastre et York de la Guerre des Deux-Roses. Isabelle est un personnage central de deux Histoires, celle de France et celle d'Angleterre qui, malgré leurs antagonismes, restèrent deux royaumes étroitement liés, même dans l'adversité et dans leur haine commune. Comme Isabeau de Bavière, par exemple ou Catherine de Médicis, elle reste un personnage entaché de façon irrémédiable : elle eut le malheur d'être femme et de naître à une époque difficile. Elle eut la malchance de commettre des erreurs qu'on ne lui pardonna pas. Et pourtant, il est certain que le personnage, au-delà de ça, est plus complexe et qu'elle ne fut pas simplement, la Louve de France, mais aussi la digne fille de son père, un esprit politique juste et affûté qui sut, peut-être mieux que son mari lui-même et bien des barons, appréhender la situation dans sa globalité et pressentir ce que cette guerre entre le roi et les grands princes anglais aurait ensuite comme conséquences funestes.
    Le roman est ensuite peuplé de bien d'autres figures, fictives ou réelles, en tous cas intéressantes. Le personnage d'Edouard II apparaît comme un peu pâle et quelque peu déséquilibré, Gaveston, le favori, est inquiétant à souhait. Bertrand Demontaigu, enfin, qui entre dans la vie de Mathilde un peu par hasard et pour le meilleur comme le pire reste un de ces personnages à peine ébauchés, donc très mystérieux, dont on ne saisit pas vraiment ni le caractère ni la psychologie mais restent troublants, voire magnétiques.

    Edouard II recevant la couronne d'Angleterre (illustration du XIVème siècle)


    L'intrigue policière en elle-même ne m'a cependant pas vraiment convaincue. Non pas qu'elle ait été mal menée mais elle partait un peu dans tous les sens et j'avais donc du mal à comprendre où l'auteur voulait en venir. Pour moi, les intrigues au centre de la saga ne sont pas vraiment des enquêtes policières au sens premier du terme, du coup, j'avoue avoir été un peu étonnée par le fait que cette saga ait été publiée aux Editions 10/18 dans la collection Grands Détectives. On est plus dans un roman d'aventures, comme les auteurs aiment tant en situer au Moyen Âge, mais pas vraiment dans une enquête policière à proprement parler, enfin, c'est ainsi que je l'ai ressenti à la lecture du premier tome, Le Calice des Esprits. Et je suis en train de lire le tome deux en ce moment même et mon ressenti se confirme. Oui, il y'a des meurtres, une enquête, effectivement, menée par Mathilde seule ou en binôme avec Demontaigu, mais on sent bien que l'auteur a aussi privilégié un portrait fidèle -en bon médiéviste qui se respecte- de la situation politique, diplomatique et territoriale de l'Angleterre au XIVème siècle. Ceci dit, c'est totalement intéressant et j'ai apprécié aussi de voir le point de vue anglo-saxon sur les événements de ce début du XIVème siècle. Jusqu'ici, c'est surtout des auteurs français que j'avais lus et je me rends compte que notre sensibilité par rapport à l'Histoire, aux événements et personnages, bien loin d'être totalement impartiale, est aussi influencé par notre sentiment national. Mais c'est intéressant justement d'avoir plusieurs approches et de voir les différentes manières dont les auteurs travaillent, grâce à des sources qui se recoupent voire se contredisent entre elles.
    Le Calice des Esprits est un bon roman. Amateurs de Moyen Âge et d'ambiances brumeuses, lancez-vous ! Si vous avez aimé Les Rois Maudits également. Vous verrez, ça n'a rien à voir...personnellement, comme je l'ai déjà dit plus haut, j'ai été moins séduite mais la magie opère quand même. Quant au style, rien à dire.

    En Bref :

    Les + : un contexte historique plus que passionnant, des personnages travaillés et une intrigue prenante.
    Les - : l'enquête policière qui s'essouffle par moments. 

     


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  • Commentaires

    1
    Isa
    Mercredi 6 Juillet 2016 à 16:16

    Moi qui adore les romans historiques, je suis à la bonne adresse! Je viens de découvrir ton blog, merci pour toutes ces belles idées lectures! xx

      • Jeudi 7 Juillet 2016 à 20:11

        Oh mais de rien ! sarcastic

        Bienvenue par ici alors ! 

        Et repasse quand tu veux, tu risques de dénicher pas mal de bouquins par ici, si tu es fan de romans historiques...tu as pu constater que c'est aussi carrément mon cas. yes

    2
    Natacha
    Mercredi 6 Juillet 2016 à 22:56

    Je passe mon tour car j'ai beaucoup de sagas à finir et à commencer.

      • Jeudi 7 Juillet 2016 à 20:12

        Un jour peut-être ? sarcastic Je ne désespère pas de te tenter un jour, Natacha... glasses

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