• Mémoire Froissée, tome 3, Mémoire d'exil ; Christine Machureau

    « Passé et avenir se touchaient au présent dans un cercle toujours renouvelé, avec les mêmes effets et les mêmes conséquences sur lesquelles nous n'avions aucun pouvoir. »

    Couverture Mémoire, tome 3 : Mémoire d'exil

     

     

     

         Publié en 2019

      Editions Pocket

      328 pages 

      Troisième tome de la saga Mémoire Froissée

     

     

     

     

    Résumé :

    1440. La guerre de Cent Ans est finie, les Anglais sont partis. Mais à quel prix ? Le royaume est exsangue, saigné, déchiré entre partisans de Charles VII, ennemis désabusés et traîtres à la Couronne...Un bien triste et dangereux spectacle pour deux femmes en voyage, de Champagne en Périgord... La plus âgée, Dame Anne Chauverson, a le coeur plein de l'amour qu'elle compte enfin y retrouver. Quant à Clara, sa petite-fille, plus curieuse et rebelle encore que sa grand-mère, c'est après un savoir interdit qu'elle court tête baissée...Au risque de l'exil...

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Dans ce troisième tome de Mémoire Froissée, on retrouve Anne Chauverson, que l'on suit depuis le premier tome et que l'on a vue grandir, s'épanouir puis vieillir. C'est désormais une vieille dame de soixante-dix ans, qui a connu bien des deuils et des épreuves mais qui connaît aussi le bonheur auprès de sa petite-fille, la vive et intelligente Clara, passionnée d'astrologie comme sa grand-mère a pu l'être de médecine dans son jeune temps.
    Dans ces années 1440, la guerre s'éloigne enfin du nord de la France : si elle n'est pas complètement terminée, on commence enfin à en entrevoir la fin et l'issue. Aidé de Jeanne d'Arc, Charles VII a fait basculer le conflit : alors qu'on donnait perdant le petit roi de Bourges, il est parvenu à se faire couronner à Reims, retrouvant une légitimité que le traité de Troyes de 1420 lui avait enlevé. Désormais, les Anglais ne seront plus jamais maîtres du royaume et le savent.
    A Troyes, Anne veille sur sa petite-fille Clara qui, loin de s'intéresser aux garçons et aux colifichets, préoccupations bien de son âge, ne cesse de courir après la science et le savoir. Et cet intérêt ne manque pas d'inquiéter Anne car en cette fin de Moyen Âge, on assimilerait volontiers la pratique de l'astrologie à des pratiques plus obscures et interdites, comme la sorcellerie...Et voilà d'ailleurs que les pères du couvent des Cordeliers cherchent noisent à la famille Chauverson...Pour Anne, l'occasion de s'éloigner se profile et surtout celle de partir sur les traces d'un homme rencontré plusieurs années plus tôt, dont elle n'a aucune nouvelles mais pour lequel elle nourrit encore un tendre sentiment.
    Accompagnée de Clara, qui ferait bien de se faire un peu oublier, Anne part donc vers le sud du royaume, mal préparée à ce qu'elle va y trouver car si la Champagne commence à respirer, délivrée de l'étau du long conflit franco-anglais, les régions au sud de la Loire sont encore en proie à un chaos sans nom : Anglais et Français continuent de se disputer pied à pied les anciens territoires de l'Aquitaine, anglaise depuis plus de deux cents ans. Et le moins que l'on puisse dire c'est que la farouche région d'Aliénor résiste, à l'image de Bordeaux, l'une de ses plus grandes villes. Beaucoup sont encore fidèles à l'Anglais, suzerain séculaire mais on commence malgré tout à pencher vers Charles VII et le parti français. Pour le peuple, le conflit s'éternise a amené dans son sillage les fléaux habituels : famine, misère, maladies, bandes de routiers qui pillent, tuent, volent et violent, laissant la région à feu et à sang, les châteaux détruits et les routes peu sûres. Mais pour Anne, qui se dirige vers la fière forteresse de Beynac, sur les bords de la Dordogne, ce voyage, malgré les épreuves, ne fait que la rapprocher de cet homme qu'elle n'a jamais oublié, le chevalier Gaétan de Tayac. Mais est-elle bien préparée à ce qui l'attend au bout de la route ? Serait-ce aussi pour Anne le début de la fin ?
    Malgré quelques approximations historiques (Charles VII qui est appelé Charles VI, Jean sans Peur, le duc de Bourgogne, devient à plusieurs reprises Jean sans Terre), ce troisième tome de Mémoire Froissée est très plaisant. Encore une fois, j'ai retrouvé ce que j'avais aimé dans les tomes précédents : des personnages qui vivent certes dans une relative aisance (Anne est la veuve d'un riche libraire de Troyes, son fils a suivi une formation poussée en Italie et a servi le duc de Bourgogne à Bruges comme maître tailleur de pierres et entretient des relations relativement étroites avec Jacques Coeur, Argentier du roi Charles VII) mais qui n'en font pas moins partie du peuple. Ce ne sont pas les grands de ce monde (rois, reines et chevaliers) qui sont mis en avant ici -ni la vie de château- mais des personnages lambda, représentatifs de la société de cette fin du Moyen Âge. Anne est toujours aussi intéressante même si, dans ce troisième tome, on la sent plus lasse, plus âgée, moins patiente. Pour elle, c'est le moment de se retourner sur sa vie et d'en faire le bilan tandis que, par contraste, la jeune Clara s'ouvre à la vie et n'a pas assez d'yeux, ni de bras, ni de jambes pour l'embrasser toute entière, malgré les épreuves traversées et les horreurs de la guerre auxquelles la jeune fille de quinze ans est confrontée dans une Aquitaine qui n'a plus ni foi ni loi. Clara est le symbole de tous ces hommes et femmes de sciences qui, de tout temps, ont étudié, cherché, pour faire avancer le savoir humain, au risque parfois de leur propre sécurité -ou de leur propre vie. Et surtout, ce roman nous montre bien que la science n'est pas l'apanage d'une époque, ni d'un sexe ou d'une civilisation en particulier, la culture non plus d'ailleurs et le Moyen Âge, souvent présenté comme un âge obscur, ne l'est peut-être pas tant que ça. Clara, en tant que femme, est intéressante aussi, parce que son sexe présente un obstacle évident en ce milieu de XVème siècle, à la recherche dans laquelle la jeune fille s'est lancée corps et âme. On a envie de savoir si les objectifs qu'elle s'est fixés seront atteints, en dépit de tout.
    Sortir de Troyes et de la Champagne m'a plu aussi : j'ai retrouvé une région plus familière avec ce sud-ouest que je connais bien et qui est encore alors une terre bien plus anglaise que française. On sillonne les bords de la Dordogne et on découvre le contexte avec intérêt, d'autant plus qu'il est toujours bien raconté par Christine Machureau ? L'imagination prend-t-elle parfois le pas sur les faits historiques ? Peut-être bien, mais cela n'est pas gênant non plus. Ce troisième tome m'a fait l'effet d'une charnière entre les deux premiers et les deux suivants, c'est un peu une sorte de pivot, un basculement d'une histoire - celle d'Anne- à une autre - celle de Clara.
    Encore une fois, une lecture agréable, pleine de rebondissements. Mémoire d'exil m'a rendue curieuse de la suite, j'ai très envie de découvrir maintenant les aventures de Clara. 

    En Bref :

    Les + : un troisième tome plaisant, bien écrit et qui, s'il est la clôture d'une époque, en ouvre aussi une nouvelle, avec Clara, la petite-fille d'Anne, qui prend de plus en plus de place.
    Les - :
    deux ou trois approximations et anachronismes mais rien de grave.


     

    Mémoire Froissée, tome 3, Mémoire d'exil ; Christine Machureau

    Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

     


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