• Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch

    « Adieu donc à ces heures à faire revivre le passé. Il faut songer au présent. Quant à l'avenir, que Dieu le garde ! qu'il éloigne le mal et qu'il nous sauve ! Qu'il ait pitié de l'humanité et qu'il lui pardonne : c'est mon vœu le plus cher. »

    Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch

     

     

     

      Publié en 1989

     Editions Mercure de France (collection Le Temps     Retrouvé) 

     543 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    L'aspect le plus original des Mémoires de la baronne d'Oberkirch réside sans doute dans le tableau fidèle qu'elle nous donne d'abord de la vie au XVIIIe siècle dans une province française au statut très particulier : l'Alsace, son pays natal. Elle nous raconte avec fraîcheur et esprit ses séjours à Strasbourg -le Strasbourg de Goethe et du cardinal de Rohan-, et ses visites à la cour de Montbéliard où la princesse Dorothée de Wurtemberg était son « amie de cœur ». C'est pour retrouver celle-ci, devenue grande-duchesse de Russie et qui faisait en France un voyage semi-officiel avec son époux, que madame d'Oberkirch se rend pour la première fois à Paris, en 1782. Elle rédige alors son journal qui est la partie la plus célèbre des Mémoires. Tous les historiens des mœurs avant la Révolution connaissent cette chronique savoureuse où défilent rois et princes, gens de lettres et magiciens, coiffeurs et modistes. Les anecdotes alternent avec les récits et les mots historiques. Comme elle le dit elle-même : « L'histoire se compose aussi de ces détails ; ils peignent l'époque. »

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Lire les mémoires de la baronne d'Oberkirch, c'est se plonger aussitôt dans une époque révolue mais passionnante : le règne de Louis XVI et la fin de l'Ancien Régime.
    Quand la baronne prend la plume, nous sommes en 1789 et les premiers sursauts de la Révolution ont eu lieu. Elle, qui a fréquenté les grands de ce monde, de la grande-duchesse de Russie Marie Feodorovna en passant par la reine Marie-Antoinette ou encore les duchesses de Bourbon ou de Chartres, assiste à la fin d'un monde, son monde.
    Henriette Louise de Waldner de Freundstein naît le 5 juin 1754 en Alsace. Elle est donc une contemporaine de Louis XVI, de Marie-Antoinette et de tous les princes marquants de la fin du XVIIIème siècle, qu'elle croise, ou dont elle parle dans ses Mémoires. Sa naissance alsacienne lui permet également de raconter la vie d'une province française au statut très particulier, enclavée entre le royaume de Bourbons et le Saint-Empire germanique, dont elle partage tout de même pas mal de coutumes : la communauté protestante y est fortement représentée, on y parle l'allemand aussi bien que le français...
    Elle croise Marie-Antoinette pour la première fois en 1770, lorsque la jeune archiduchesse arrive à Strasbourg pour épouser le Dauphin Louis-Auguste, futur Louis XVI : celle-ci a quatorze ans, Henriette de Waldner un de plus et s'en souviendra toute sa vie. Plus tard, elle aura l'occasion de la recroiser à maintes reprises à Versailles alors que des nuages menaçants s'amoncellent déjà à l'horizon de celle qui est devenue une reine de France trop frivole et rapidement détestée par son peuple.
    Durant ses deux séjours parisiens, qui nourrissent ces mémoires, Henriette de Waldner, devenue baronne d'Oberkirch en 1776 par son mariage avec Frédéric Siegfried d'Oberkirch, croise et fréquente le beau monde : la reine Marie-Antoinette lui fait l'honneur de son amitié, puis elle se lie avec la duchesse de Bourbon, princesse d'Orléans malheureuse en mariage et qui n'aura, de son mari volage et indifférent, qu'un fils : le duc d'Enghien, au destin tragique puisqu'il mourra fusillé dans les fossés de Vincennes en 1804. La baronne rencontre les enfants du couple royal, Madame Royale et ses deux frères, le petit Dauphin et le jeune duc de Normandie, dont elle nous régale d'une description dans ses mémoires. Elle croise les frères du roi et ses belle-sœurs. Elle arpente les couloirs de Versailles et les jardins de Trianon comme ceux du Palais-Royal... Dans son sillage, c'est à un vrai voyage dans le temps qu'est invité le lecteur. On y croise aussi, en plus d'illustres têtes couronnées, ces noms qui ont fait l'époque : Rose Bertin, modiste de Marie-Antoinette, le mage Cagliostro, Mesmer qui lance la vogue du magnétisme, dont se pique la noblesse, Madame de Genlis, alors en charge de l'éducation des jeunes princes d'Orléans, que la mémorialiste compare sans complaisance à un homme, l'appelant le gouverneur et déplorant son éducation qui n'en fait pas des princes...

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    Henriette de Waldner, baronne d'Oberkirch 


    Surtout, la baronne d'Oberkirch revient longuement sur l'amitié qui la lie depuis l'enfance avec la princesse Sophie-Dorothée de Wurtemberg, future impératrice de Russie, une amitié sincère et durable : les deux jeunes filles se rencontrent dans l'enfance et deviennent des amies inséparables jusqu'au mariage illustre de Sophie-Dorothée, fille du duc Frédéric-Eugène de Wurtemberg (qui devint duc de Wurtemberg en 1795), avec le tsarévitch Paul, futur Paul Ier. Par la suite, c'est une correspondance fournie et aussi abondante que peu le permettre le courrier à l'époque qui s'établit entre elles, avant une longue retrouvaille, au cours de l'année 1782, quand Sophie-Dorothée et Paul voyagent en France sous le nom de comtesse et comte du Nord. Pour Henriette d'Oberkirch, la venue de son amie d'enfance en France est le sésame, la porte d'entrée vers un monde bien éloigné de son Alsace natale : la cour de Versailles et ses fastes. Pendant plusieurs années, Henriette d'Oberkirch, parfois accompagnée de son mari, fera plusieurs séjours à Paris, alors véritable capitale de l'Europe...
    En 1789, c'est avec émoi que la mémorialiste assiste aux premiers sursauts d'une Révolution qui, elle le pressent, est en train d'emporter l'ancien monde, le sien. Alors, pour fixer à jamais ses souvenirs, pour transmettre à sa fille unique, un portrait de cette époque qui, bientôt, elle le sent, n'existera plus, elle couche sur papier, à l'aide d'un journal rédigé pendant plusieurs années, ces fameux mémoires sur la société française avant 1789. Si Henriette d'Oberkirch peut parfois nous paraître un peu réactionnaire, à nous lecteurs du XXIème siècle, il ne faut pas oublier qu'elle écrit alors que toute la société dans laquelle elle a été habituée à évoluer depuis son jeune âge est en train de sombrer et qu'elle s'en inquiète légitimement : on peut aisément imaginer le sentiment de cette femme qui voit couler dans la tempête ces familles qu'elle a côtoyées, ces têtes couronnées qui se trouvent directement prises pour cibles par la vindicte populaire mais qui, à elle, baronne d'Oberkirch, avaient témoigné amitié et considération. Enfin, elle fait part de ses craintes, bien légitimes et humaine, pour les princes aux possessions frontalières, à commencer par la famille de Montbéliard, qu'elle aime tendrement et fréquente depuis sa plus tendre enfance et dont elle craint de voir les Etats se soulever à leur tour...
    Henriette d'Oberkirch est aussi particulièrement clairvoyante et certainement bien plus que la plupart de ses contemporains, quand elle pressent ce qu'a pu avoir de dévastateur une pièce comme Le Mariage de Figaro pour laquelle la noblesse s'engoue dans le courant des années 1780, en ne voyant pas alors qu'elle applaudit son propre ridicule et, en quelque sorte, sa propre déchéance : « ils ont ri à leurs dépens et, ce qui est pis encore, ils ont fait rire les autres. Ils s'en repentiront plus tard. [...] Beaumarchais leur a présenté leur propre caricature, et ils ont répondu : C'est cela, nous sommes forts ressemblants ! Etrange aveuglement que celui-là ! »
    S'il est évident que des Mémoires sont des sources à prendre avec précaution, ce ne sont pas moins des textes de premier choix : se replonger dans une époque à travers le texte d'un contemporain est incomparable, si on tient compte bien évidemment de la subjectivité du contenu. 
    Je dois avouer que j'avais peur, au moment de commencer cette lecture, du style, de la plume : j'ai finalement été agréablement surprise par le dynamisme et la légèreté d'un récit qui papillonne d'un sujet à un autre, parfois dans des digressions un peu brutales mais qui ne dénaturent jamais le récit et apportent souvent des anecdotes très sympathiques à lire. Chronique historique, chronique du quotidien (passionnée d'Histoire et de généalogie, Henriette d'Oberkirch nous régale de subtiles notices biographiques tout au long de ses mémoires), journal intime...les Mémoires de la baronne d'Oberkirch sont un peu tout cela et restent encore très actuels et facilement abordables pour un lecteur d'aujourd'hui.

    En Bref :

    Les + : un contenu dynamique, écrit finement, entre chronique et journal, qui nous fait littéralement voyager à la fin du XVIIIème siècle. Passionnant. 
    Les - :
    quelques coquilles d'impression, c'est dommage.

     


     

    Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 15 Janvier à 16:43

    Ah des Mémoires de Mercure de France, j'en ai plusieurs à lire dans ma bibliothèque ! Passionnée comme toi par le XVIIIe siècle, je pense que cet ouvrage-ci pourrait grandement me plaire ! En plus j'adore Madame de Genlis alors si elle en parle, et même la critique... Je note !

      • Vendredi 15 Janvier à 19:35

        J'adore les éditions du Mercure de France, je trouve que c'est un fonds inépuisable pour un passionnée d'Histoire. J'ai fait de très bonnes découvertes et les mémoires de la baronne d'Oberkirch en font clairement partie. D'ailleurs, j'ai pensé à toi en lisant ce livre, je me suis dit que ça pourrait effectivement te plaire ! happy

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