• Monestarium ; Andrea H. Japp

    « On peut, lorsque l'on s'y attache, lire la vie des êtres dans leur regard. »

    Monestarium ; Andrea H. Japp

    Publié en 2009

    Editions Le Livre de Poche (collection Policier) 

    379 pages

    Premier tome de la saga Monestarium

    Résumé :

    1288. Al Iskandariyah, Egypte. Un marchand récupère la lourde besace d'un voyageur agonisant, ignorant qu'il vient de signer son arrêt de mort. Il est égorgé alors qu'il tente de vendre le sac à l'intermédiaire du comte Aimery de Mortagne.                                                                                             1307, abbaye de femmes des Clairets, France. Une moniale, Angélique, est découverte étranglée. Sans doute parce qu'elle ressemble beaucoup à l'une de ses soeurs, Marie-Gillette d'Andremont, qui a fui l'Espagne après l'assassinat de son amant. D'autres meurtres surviennent. Se peut-il que le meurtrier soit le même que celui de l'amant de Marie-Gillette ?                                                           Et quel est donc le rôle exact du comte de Mortagne, qui arrive très à propos à l'abbaye ?    

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    A la fin du XIIIème siècle, quelque part en Egypte, un marchand arménien récupère d'un mystérieux voyageur mort des fièvres une besace dans laquelle se trouve de mystérieux éclats de pierre rouge et des ossements. Seraient-ce des reliques ? Toujours est-il que, sans le savoir, le marchand, en récupérant ce mystérieux bagage, vient de signer son arrêt de mort.
    Au début du XIVème siècle, dans le Perche, l'abbaye de femmes des Clairets se voit soudain secouée par des meurtres de moniales tous plus violents les uns que les autres. Qui est cette femme, Marie-Gillette d'Andremont, moniale au comportement étrange et qui semble poursuivie par des nervis aux intentions bien impures ? Pourquoi l'une de ses jeunes sœurs en religion, qui avait la malchance de lui ressembler physiquement, a-t-elle été retrouvée assassinée aux abords du monastère ? Et quel est le lien entre les soudains désordres sanglants qui dérangent le couvent et l'arrivée de ladres -ou lépreux- qui ne semblent pas animés d'intentions très charitables ? Et surtout, est-ce que la jeune mère abbesse de quinze ans, Plaisance de Champlois -dont le personnage est inspiré d'une jeune abbesse de Port-Royal, Jacqueline-Marie Arnault, qui fut élue en 1602, à l'âge de onze ans-, élue à l'instigation de l'ancienne abbesse, dont elle était la fille spirituelle, va-t-elle réussir à ramener l'ordre dans son couvent bouleversé ? Avec l'aide du comte de Mortagne, Aimery, la jeune et énergique abbesse va en effet tenter de ramener ses moniales au calme malgré les événements.
    Huis clos haletant, Monestarium se déroule avec une linéarité et une aisance exceptionnelles. On retrouve la continuité spatio-temporelle qui caractérise l'oeuvre d'Andrea H. Japp, à tout le moins en ce qui concerne ses thrillers médiévaux. Après une petite incursion en Egypte puis en Terre Sainte, à l'aube du siège de Saint-Jean-d'Acre (1291), le lecteur est ramené dans ce comté de Perche devenu si familier, au fil des lectures. Nous retrouvons également cette abbaye des femmes des Clairets -située dans le département de l'Orne actuellement et dont il ne reste que peu de choses-, au centre de pas mal d'intrigues et notamment de celles de La Dame sans Terre et des Enquêtes de M. de Mortagne, bourreau. Toutefois, Andrea H. Japp prend soin de changer à chaque intrigue les personnages, ainsi les moniales rencontrées dans les sagas précédentes ne sont-elles pas les mêmes que nous retrouvons dans Monestarium.
    Mais il n'empêche que l'ambiance, sombre et poisseuse qui caractérise en général l'univers d'Andrea H. Japp, est toujours bien présente dans cette saga aussi et participe à l'intérêt du lecteur. Je trouve en effet que cette continuité entre les différentes sagas, la présence de personnages qui reviennent, dans l'une comme dans l'autre, de façon ténue ou bien en tant que héros -c'est le cas par exemple de M. de Mortagne, héros de la saga du même nom et que l'on retrouve brièvement dans Les Mystères de Druon de Brévaux-, est presque réconfortante. Et puis j'adore ce genre de clins d'oeil, retrouver des personnages qu'on a aimé mais qu'on a dû quitter du fait de l'achèvement d'une saga. Ici, rien de tout ça, puisque nous rencontrons de nouveaux personnages mais une continuité spatiale appréciable tout de même.
    Hormis cela, ce que j'aime chez Japp, ce sont ses intrigues, très noires mais tellement captivantes. Ses romans sont en plus très bien documentés, tant en ce qui concerne l'Histoire en général que sur des sujets un peu plus ciblés, comme les simples par exemple, qui occupent en effet une place très importante dans son univers. Toxicologue de formation, Andrea H. Japp n'hésite pas, en effet, à apporter des informations très précises sur les plantes, leur utilisation médicinale mais aussi sur diverses maladies, méconnues à l'époque et qui pouvaient engendrer des peurs bien compréhensibles, du fait de cette ignorance. C'est encore le cas dans Monestarium, où le personnage de l'apothicaire -qui semble elle aussi cacher un bien étrange secret-, devient un personnage tout à fait central. Je dois dire que j'ai vraiment apprécié ce roman, que je m'y suis plongée avec plaisir et n'avait plus envie de le lacher, avant de savoir enfin ce que contenait cette fameuse sacoche, découverte en Egypte par le plus pur des hasards et qui semble bien semer la mort autour d'elle. Au-delà de toutes ces considérations, ce que j'aime aussi, en général, dans les romans d'Andrea H. Japp, c'est sa capacité à analyser de façon très lucide le genre humain, qui peut être aussi beau que laid. Et malheureusement, c'est parfois cette seconde option qui prime sur la première...en faisant cohabiter des personnages à la noirceur d'âme incommensurable et des êtres de lumière et de foi, Japp nous montre combien, et cela de tout temps, les humains sont complexes et possèdent une multitude de facettes. Sans jamais tomber dans le manichéisme non plus, cela dit, des serviteurs de Dieu pouvant se montrer aussi vils et sans scrupules que le dernier des meurtriers. Parce que personne n'est jamais ni tout noir ni tout blanc et qu'aucune religion ne pourra jamais changer cela, les personnages d'Andrea H. Japp deviennent de parfaites représentations de cette universalité du genre humain. C'est une donnée que j'avais déjà remarquée dans d'autres séries de l'auteure et qui se confirme, je crois, dans Monestarium.
    Pour conclure, Monestarium se dévore. Relativement court, il nous donne les clés pour comprendre et les réponses avant que l'on puisse se lasser. Une bonne lecture.

    En Bref :

    Les + : un thriller envoûtant et angoissant, des personnages bien traités et une intrigue ancrée dans un contexte historique très bien restitué.
    Les - :
    une intrigue presque trop courte ! ! 


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  • Commentaires

    1
    Mardi 14 Juillet 2015 à 17:39

    oh la la, cette série a tout pour me plaire. J'aime bien l'écriture d'Andrea Japp et, comme tu le sais, la période du Moyen Âge est une de mes favorites. Je note

    2
    Vendredi 17 Juillet 2015 à 13:55

    J'ai lu "La Dame sans terre" du même auteur mais ce n'est pas ma période historique préférée. Peut-être que je lirai ce livre un jour prochain quand même !

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