• Monestarium, tome 2, La Croix de Perdition ; Andrea H. Japp

    « C'est si apaisant, une certitude, quand tout autour de vous vous a toujours paru mouvant, instable au point qu'il devient impossible de s'accrocher à quoi que ce soit. »

    Monestarium, tome 2, La Croix de Perdition ; Andrea H. Japp

    Publié en 2010

    Editions Le Livre de Poche (collection Policier)

    408 pages

    Deuxième tome de la saga Monestarium


    Résumé :

    22 juillet 1209, Béziers est mis à sac. Pour lutter contre l'hérésie cathare, les croisés, avec à leur tête Arnaud Amalric, légat du pape, prennent la ville et massacrent vingt mille habitants.
    Hiver 1308. L'abbaye des Clairets, administrée par la jeune abbesse Plaisance de Champlois, est coupée du monde extérieur par une terrible tempête de neige. Les meurtres de moniales se succèdent, tous mis en scène selon un rituel macabre...
    On parle de sorcellerie ou de quelque chose d'encore plus ténébreux.
    Que vient faire à l'abbaye Arnoldus de Villanova, médecin et espion du pape Clément V, au prétexte de cueillir des simples en plein hiver ? Et qui est donc cette jeune Claire qui ne supporte pas la lumière du jour, et que protègent quatre monstres de foire ?
    Avec son habituelle virtuosité, Andrea H. Japp nous entraîne dans un thriller médiéval haletant.

       Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En janvier 1208, le légat du pape, Pierre de Castelnau, est assassiné. Un peu plus d'un an plus tard, en juillet 1209, les croisés venus du nord, menés par son successeur, Arnaud Amaury -ou Arnaud Amalric-, abbé de Cîteaux, déferlent sur la cité de Béziers, où ils massacrent vingt mille habitants, sous prétexte que la cité languedocienne abritait l'une des plus grandes communautés cathares. Ce serait à cette occasion que l'abbé de Cîteaux aurait proclamé le péremptoire et cruel : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ». Il semble aujourd'hui que cette formule, mise dans la bouche du meneur de la croisade, soit apocryphe. Pour autant, le 22 juillet 1209, Béziers est mise à sac et sa population, catholique comme cathare, passée au fil de l'épée. De nombreux habitants, hommes, femmes et enfants seront d'ailleurs assassinés sans scrupules par les armées du nord dans l'église de la Madeleine, qui existe encore et se trouve dans le centre-ville de Béziers.
    Ces premières incursions des armées croisées en Languedoc, pour ramener la population, très favorable au catharisme et donc hostile à l'Eglise romaine, ainsi que les grands seigneurs occitans qui soutiennent le clergé hérétique, ne s'achèveront que dans les années 1240 et notamment après la prise de Montségur, dernier foyer du catharisme, en 1244.
    Un siècle plus tard, au mois de janvier 1308, l'abbaye des Clairets, dans le Perche, se trouve subitement coupée du monde par une terrible tempête de neige. C'est ce moment que choisissent quatre contrefaits pour venir demander asile à la mère abbesse, la jeune Plaisance de Champlois. Monstres vendus par leur famille à un montreur cruel, ils viennent juste de s'émanciper de sa tutelle et cherchent à survivre durant un hiver rigoureux. Il semblerait qu'ils aient un secret, une jeune fille qu'ils protègent et qui ne supporte pas la lumière du jour...leur arrivée au couvent va bouleverser le quotidien des moniales, d'autant plus que de nouveaux meurtres, particulièrement horribles, sont commis quelques temps après l'arrivée de ces monstres, qui suscitent l'hostilité de bien des religieuses. Et que vient faire à l'abbaye, Arnaud de Villeneuve, scientifique, médecin et espion du pape Clément V ? Quant à la nouvelle apothicaire des Clairets, Mary de Baskerville -ceux qui ont lu Le Nom de la Rose, comprendront tout de suite le clin d'oeil d'Andrea H. Japp au personnage de Guillaume de Baskerville, l'enquêteur du roman de Eco-, elle s'avère finalement aussi déroutante et déconcertante qu'intelligente. Aidée par elle mais aussi par la perspicace Alexia de Nilanay, future comtesse de Perche -que les lecteurs de Monestarium ont découverte, mais sous un autre nom-, la jeune Plaisance de Champlois va à nouveau s'employer à démêler les fils très imbriqués de cet écheveau qui plonge encore une fois son couvent dans l'effroi et le deuil.
    Rapidement, il s'avère que ces meurtres auraient un lien avec le sac de Béziers, survenu un siècle plus tôt, durant lequel la croix que l'abbé de Cîteaux portait en pectoral, aurait été exposée au sang des ennemis de Dieu. Devenu comme une sorte de relique, un objet si précieux qu'il conférerait, sinon l'immortalité, du moins une sorte de non-mort, notamment pour ceux souffrant de maladies encore inconnues à cette époque et donc effrayantes pour les contemporains, la croix est recherchée par un mystérieux personnage qui souhaite s'en servir pour des motifs à tout le moins peu avouables.
    La Croix de Perdition est le deuxième tome de la saga Monestarium et si, dans le premier, nous naviguions déjà dans un huis clos monastique noir et poisseux, une continuité certaine lie les deux romans. Ils se déroulent à un an de distance mais à la même époque de l'année : un hiver rigoureux et qui a semé
    la désolation, ce qui colle particulièrement bien à l'ambiance du roman. Il est sûre que, si la romancière avait situé son intrigue pendant un bel été chaud et riant, l'ambiance en aurait été tout de suite différente et il aurait été bien difficile de susciter la tension et l'angoisse chez le lecteur ! ! A part ça, pour ceux qui ont lu Le Nom de la Rose, impossible de faire abstraction de l'influence certaine que le roman d'Umberto Eco a eu sur Andrea H. Japp pour la rédaction de ce volume-là. Hormis les deux époques sensiblement similaires -l'intrigue de La Croix de Perdition se passe en 1308, celle du Nom de la Rose en 1327-, le nom attribué à la nouvelle apothicaire des Clairets, Mary de Baskerville, qui ne peut que rappeler le fameux enquêteur d'Eco -et le monstrueux chien de sir Arthur Conan Doyle, mais ceci est une autre histoire-, il y'a aussi cette ambiance si particulière que confère le huis clos monastique au roman. On navigue en effet à vue dans un lieu de sérénité et de foi, soudain plongé dans le mal et le sang et l'on se rend compte que ceux qui ont donné leur âme à Dieu ne sont finalement pas que des purs, au contraire.
    Ce second tome m'a peut-être un peu moins convaincue que le premier, Monestarium, même si j'ai trouvé un intérêt certain à sa lecture. J'aurais aimé que l'intrigue autour des contrefaits, de ceux que l'on appelait à l'époque des monstres, soit peut-être un peu plus explicitée : disons que je m'attendais, à la lecture du résumé, qu'elle soit un peu plus au centre du récit qu'elle ne l'est de fait. Cela ne veut pas dire pour autant que c'est une lecture que je n'ai pas aimé, bien au contraire ! A mon sens, Monestarium est une très très bonne saga et sa corrélation avec Le Nom de la Rose n'était que pour me plaire, vu qu'il fait partie de mes romans favoris ! ! Hormis cela, l'intrigue reste de qualité et le suspense suffisamment bien amené pour accrocher le lecteur dès le début. Avec cette saga, le talent de Japp, que j'avais eu l'occasion de découvrir dans d'autres sagas, se confirme. Ses thrillers médiévaux sont, à mon sens, à classer parmi les meilleurs du genre

    En Bref :

    Les + : une intrigue encore une fois palpitante et captivante ; et le style, bien sûr.
    Les - : j'aurais aimé que l'intrigue autour des contrefaits soit un peu plus explicitée, peut-être.


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