• Monsieur mon Amour ; Alexandra de Broca

    « Elle se redresse, toise ces hommes durant quelques secondes, savourant cette petite victoire sur la vie. Elle a triomphé des hommes. Elle peut enfin mourir par amour pour sa Reine. »

    Monsieur mon Amour ; Alexandra de Broca

     

    Publié en 2014

    Editions Albin Michel 

    233 pages 

     

    Résumé : 

    Princesse vertueuse totalement dévouée à Marie-Antoinette ou conspiratrice séductrice aux moeurs dépravées ? Marie-Thérèse de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, fut en son temps l'objet des plus folles rumeurs. 

    Au fil d'une bouleversante correspondance imaginaire, Alexandra de Broca, l'auteur de La Princesse effacée, se glisse dans la peau de cette jeune aristocrate turinoise, veuve à dix-neuf ans du descendant d'un bâtard de Louis XIV, qui lui aura fait subir les pires affronts. Comme tant d'autres victimes expiatoires du régime de la Terreur, cette femme fragile, attachée à la famille royale au point de reprendre ses fonctions après la fuite du roi, connaîtra une fin atroce. 

    Du fond de la geôle parisienne où elle attend son jugement, Marie-Thérèse écrit chaque jour à Philippe d'Orléans, député et proche de Robespierre. Comme la vertu s'adresse au vice, elle commence ses lettres par « Monsieur mon Amour »...

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1792, Marie-Thérèse de Lamballe est séparée de la famille royale emprisonnée au Temple et incarcérée à la prison de la Force. Elle commence alors à rédiger des lettres à l'attention de celui qui est son beau-frère et qui s'est rallié à la Révolution : le duc d'Orléans, cousin du roi et premier prince du sang, dont elle est secrètement amoureuse et qu'elle appelle dans ses lettres « monsieur mon Amour ». Alors qu'elle craint pour sa vie et que la capitale s'échauffe, dans la moiteur d'un été qui n'en finit pas, Marie-Thérèse entreprend de se raconter à celui qu'elle aime et qui, elle l'espère, parviendra à la faire libérer. De son mariage raté avec un descendant de Louis XIV et débauché notoire, le prince de Lamballe à son amitié indéfectible pour la reine Marie-Antoinette qui l'a pourtant bien mal récompensée, la pudique princesse se livre et se dévoile, n'hésitant pas à avouer son amour à Philippe d'Orléans et à confesser des épreuves qu'elle avait tues jusqu'ici...
    Si le roman d'Alexandra de Broca se base sur un fait avéré, la détention de la princesse de Lamballe à la fin du mois d'août 1792, l'auteure brode autour de ça et construit un récit totalement fictif : selon ce que l'on sait, Marie-Thérèse de Lamballe n'a pas entrepris de correspondance avec Philippe d'Orléans depuis sa geôle de La Force. Enfermée du 19 août au 4 septembre, elle sera jugée sommairement puis livrée à la vindicte de la foule qui la lynche puis promènera sa tête sur une pique jusqu'au Temple.
    J'avoue que, si l'idée d'une correspondance fictive mais basée sur des faits avérés ne m'a pas déplu au départ, je n'ai finalement pas été plus convaincue que ça. Peut-être un journal intime aurait-il mieux convenu... j'ai trouvé que les lettres avaient quelque chose d'un peu artificiel. Pourtant le récit que fait la princesse aux portes de la mort -elle ne peut s'empêcher d'espérer mais sait au fond d'elle qu'il y'a peu de chances que les révolutionnaires la laissent en vie- est touchant. Cette femme de quarante-trois ans, encore jeune, veuve depuis vingt ans d'un homme qu'elle n'a jamais aimé, confesse son amour à la seule personne qui ait fait battre son cœur et se raconte une dernière fois, cherchant de quoi elle est coupable et ce qui justifie le traitement dont elle a à souffrir derrière les murs de sa prison. Comme Marie-Antoinette qui dira, lors de son procès qu'elle a commis des erreurs mais non des crimes, on cherche ce que cette femme, princesse certes, mais vertueuse et bonne, a pu commettre comme crimes pour être jetée en prison puis massacrée par la folie collective de la foule. En fait, Marie-Thérèse paye sa fidélité au couple royal et notamment à la reine détestée, dont elle a été la confidente et même la Surintendante de sa maison avant d'être supplantée par madame de Polignac. Elle sera lynchée par les Parisiens qui voient en elle tout ce qu'ils haïssent de cette cour de Versailles désormais renversée, ils voient en elle l'amante d'une reine saphique à qui les pamphlets et libelles prêtent tous les méfaits. Mais ce qui est grand et digne chez cette femme, c'est le sacrifice qu'elle fera, en conscience, de sa vie : rien n'était écrit et elle avait fui. Elle est revenue. De l'inconscience folle ? En un sens oui mais surtout c'est la traduction de son amour et de sa loyauté indéfectible pour la reine et pour sa famille.

    Description de cette image, également commentée ci-après

    Marie-Thérèse de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, vers 1776


    Dans ce livre, on découvre aussi que Marie-Thérèse de Lamballe est une femme ambivalente et pas aussi lisse qu'on a bien voulu le dire. Discrète certes mais pas sotte, elle a des convictions mais semble en même temps être un personnage paradoxal, à l'image de son siècle : si certains de ses propos sont carrément féministes, si l'égalité entre les êtres va de soi pour elle, elle n'en est pas moins attachée à des principes religieux et traditionnels comme la monarchie de droit divin. Pour elle, il est inconcevable que le roi soit démis au profit d'une République... Elle fut intronisée en 1781 dans une loge féminine franc-maçonne tout en conservant une piété fervente.
    Marie-Thérèse de Lamballe est peu connue au final. On sait qu'elle est l'amie de cœur de la reine, une amie de cœur dévouée qui sera méchamment remplacée par une femme plus amusante mais qui n'hésitera pas à abandonner Marie-Antoinette dans la tourmente alors que la fidèle princesse de Lamballe sera là, jusqu'au bout, prête à tout pour sa reine, prête à endurer la prison, la peur, un jugement inique, la mort.
    Je crois que j'aurais pu la trouver encore plus attachante si je l'avais découverte autrement que par le biais de cette correspondance que j'ai trouvée un peu affectée... Marie-Thérèse de Lamballe, par les épreuves traversées, force de toute façon l'admiration. Victime à dix-huit ans d'un mariage arrangé qui ne lui donnera même pas d'enfants, moquée à la Cour par le clan des Polignac puis haïe par la Révolution, la vie de cette femme n'a pas toujours été rose. Parce que son rang la prédestinait à faire partie de la Cour, parce que son cœur l'a rapprochée d'une reine, méritait-elle cependant de mourir pour ça et de mourir comme ça ?
    Monsieur mon amour est un roman court qui se concentre sur la quinzaine de jours de détention de Marie-Thérèse et les lettres qu'elle écrit chaque jour au duc d'Orléans. Mais en même temps, parce qu'elle lui livre ses souvenirs, on la découvre à son arrivée en France, elle nous explique ses choix, elle se montre telle qu'elle est vraiment et non pas comme les courtisans la voient... Si le roman a peiné à me convaincre par sa forme, j'ai malgré tout vraiment apprécié cette lecture, la découverte intime de cette femme dont on parle peu, qui reste, dans l'Histoire, aussi discrète qu'elle l'était de son vivant.
    Je sais que certains lecteurs d'Alexandra de Broca lui reprochent des textes antirévolutionnaires (ce qui, d'ailleurs, n'a pas beaucoup de sens aujourd'hui, mais bon) : certes, mais de part les personnages qu'elle met en scène dans ses romans, elle ne peut faire autrement. Ne vous arrêtez pas à cela si je peux vous donner un conseil : La Princesse Effacée est un roman bouleversant et poignant.
    Je ne doute pas que Monsieur mon Amour plaise, lui aussi... Peut-être ne serez-vous pas gêné comme j'ai pu l'être par son aspect épistolaire. Quoi qu'il en soit, si vous aimez les romans historiques, ce livre vous plaira sans nul doute ! Le mérite d'Alexandra de Broca est d'avoir écrit un roman très personnel et d'avoir redonné une voix à un personnage oublié.

    La mort de la princesse de Lamballe par Maxime Faivre, 1908 (musée de la Révolution française de Vizille)

    En Bref :

    Les + : la confession de cette femme qui n'a plus rien à perdre et attend la mort est touchante et sans fard. Alexandra de Broca redonne une voix à ce personnage que l'on oublie trop souvent dans les limbes de l'Histoire.
    Les - :
    l'aspect épistolaire a peiné à me convaincre...


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