• Philis : une Héroïne, une Femme ; Alex Charréard

    « Comme souvent, le talent et les actes ne suffisent guère à se créer un renom. Pour cela, le bruit qu'on fait est souvent plus important que la portée de ce qu'on a réalisé. Il n'est pas rare de voir le succès aller à ceux qui ont fait le plus d'éclats et non à ceux qui ont fait le plus d'exploits. »

    Philis : une Héroïne, une Femme ; Alex Charréard

     

    Publié en 2019

    Editions Librinova (livre numérique)

    249 pages 

     

    Résumé :

    Philis de la Charce vivait au XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIV, et fut le premier résistant à être reconnu par son chef d’Etat. À cette époque pourtant, on se moquait des « femmes savantes » et les soulèvements étaient réprimés dans le sang. Entreprenante, libre d’esprit et chef de guerre quand les circonstances l’ont imposé, Philis aurait été une référence pour les femmes si elle avait été connue. Féministe avant l’heure, elle a été effacée des livres d’histoire par les hommes du XIXe siècle et est totalement oubliée aujourd’hui. Le portrait romancé de cette héroïne est celui d’une femme qui construit son chemin, non sans difficulté, entre ses valeurs et ses sentiments, entre amour et devoir. Femme d’action et de pouvoir dans un monde dominé par les hommes, elle n’en reste pas moins fidèle à elle-même, avec toute sa sensibilité.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Quand j'ai été sollicitée il y'a quelques temps par les éditions Librinova pour lire ce roman, évidemment, j'ai été très attirée par le résumé et par le fait que l'héroïne est un personnage historique authentique et oublié. J'ai laissé de côté les a priori que j'ai concernant la lecture numérique pour me lancer dans ce roman assez court de 250 pages à peine. Je ne vous dirais pas que ces lectures numériques vont me pousser à aller acheter de ce pas une liseuse, certainement pas, mais de temps en temps, pourquoi pas ?
    Donc, vous devez vous poser la question : mais de quoi peut bien parler ce roman ? Eh bien, c'est tout simple : en 1692, alors que l'Europe se ligue en une coalition appelée la Ligue d'Augsbourg, contre la France de Louis XIV, le duc de Savoie, certes allié par des liens de parenté au roi de France, décide de s'allier à l'empereur et d'envahir les territoires frontaliers aux siens, à commencer par le Dauphiné. Là-bas, les troupes françaises menées par Nicolas de Catinat tentent d'échafauder un plan pour repousser les troupes de Victor-Amédée, emmenées par le prince Eugène, son cousin, militaire de génie tandis que les habitants s'inquiètent de l'approche des Savoyards.
    Philis a trente ans. Depuis la mort de son père, elle est reconnue comme le chef de la famille et administre ses terres et ses biens avec la fermeté d'un homme. Issue d'une très puissante et ancienne famille, les La Tour du Pin, convertie au catholicisme après la révocation de l'édit de Nantes, elle voit avec inquiétude mais aussi avec colère l'avancée des Savoyards dont l'intention est très claire : annexer le Dauphiné, ce que Philis refuse. Alors, reprenant à son compte les anciens devoirs féodaux, qui commandaient aux seigneurs et châtelains de protéger leurs gens et leurs terres, elle se met à la tête de ces farouches Dauphinois qui refusent la mainmise des Savoyards sur leurs terres et participent à plusieurs combats de guérilla contre Victor-Amédée et ses soldats.
    Maintenant, la question, c'est : qui est Philis de la Charce ? Au final, à part quelques mentions dans des lettres, dans les écrits de Voltaire puis dans ceux d'historiens du XIXème siècle, celle que l'on surnomma parfois la Jeanne d'Arc du Dauphiné est assez peu connue hors des limites de sa région d'origine. Donc, on peut évidemment se demander qui est la Philis historique, mais finalement, les informations sont maigres. Le postulat de départ de l'auteur est donc le suivant : puisqu'on ne sait pas grand-chose sur elle, il a brodé à partir du peu d'informations historiques que l'on a pour écrire un roman historique qui s'apparente finalement plus à une fiction qu'à une véritable biographie historique, même si le contexte y est que l'on croise beaucoup de personnages authentiques et eux, pour le coup, assez connus, de Victor-Amédée de Savoie en passant par Madame de Sévigné, Ninon de Lenclos, Madame de Maintenon et Louis XIV lui-même.

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    Statue de Philis de la Charce à cheval 


    Déjà, dans le roman, Philis est pas mal rajeunie : celle qui est, selon les sources, née en 1645 à Montmorin, devrait donc avoir quarante-sept ans au moments des faits, ce qui est assez cohérent finalement... On imagine qu'une femme de cet âge-là est peut-être plus à même qu'une femme plus jeune à se faire écouter, respecter et à pouvoir prendre la tête des populations révoltées. J'avoue que, au cours de ma lecture, l'idée m'a traversé l'esprit fugacement que cette jolie femme de trente ans parvient un peu trop facilement à en imposer à des hommes plus âgés, qui pourraient être son père, peut-être trop facilement pour que cela soit crédible, mais je ne m'y suis finalement pas attardée tant que ça parce que son courage et sa détermination effacent tout. Finalement, la motivation première de Philis n'est pas de conserver ses propres terres, son château, ses biens, mais de protéger les possessions de ses gens et ses gens eux-mêmes contre une invasion brutale qu'ils ne reconnaissent pas et qu'ils refusent. Héroïne par la force des choses, mais héroïne tout de même, elle surprend, parce qu'elle prend le contre-pied de ce que sont les femmes à cette époque-là, elle s'immisce dans un milieu qui leur est normalement interdit et où elle brillera, parfois même mieux que des militaires de carrière. Donc, finalement, qu'elle ait trente ans ou dix-sept de plus ne change pas grand-chose : cette femme qui a dit non et qui a pris les armes pour le faire fermement savoir force l'admiration quoi qu'il en soit.
    Ensuite, tout ce que l'auteur développe autour de la préparation des combats et des combats même est certainement aussi de la fiction dans la mesure où ne savons que peu de chose de l'existence menée par Philis : elle n'a pas été mariée et n'a pas eu d'enfants mais a-t-elle, comme dans le roman, connu malgré tout brièvement l'amour avec un jeune soldat tout droit arrivé de Versailles -on peut en douter. Etait-elle une amie de Madame de Grignan, la fille de la célèbre épistolière, Marie de Sévigné ? Après tout, pourquoi pas ? A-t-elle vraiment rencontré le roi Louis XIV à Versailles ? Peut-être.
    Au final, l'image que livre Alex Charréard dans son roman est cohérente, vraisemblable et on se prend à penser que Philis était peut-être une femme de ce genre, conquérante, émancipée en quelque sorte, peut-être par la bonne éducation qu'elle a pu recevoir dans sa jeunesse et par la mort de son père qui l'a précipitée à la tête de la famille faute de fils et qui l'a poussée à devoir se conduire et réagir en homme. Toujours est-il que son action de résistance a déstabilisé les troupes savoyardes, perdues dans une région inhospitalière, grandiose et austère et qu'elles ont finalement repassé la frontière, laissant invaincu le Dauphiné et victorieuses les troupes du roi de France. On peut penser que Philis n'y est peut-être pas pour rien.
    Depuis le début de cette chronique, je vous dis que Philis agit et raisonne souvent en homme et c'est vrai : le cloisonnement très fort à l'époque entre les deux sexes explique cela. Aujourd'hui, les femmes peuvent être militaires et il y'en a beaucoup : je ne dis pas que c'est toujours facile pour elles de s'intégrer mais elles ont la possibilité de mener une carrière dans l'armée si elles le souhaitent. A la fin du XVIIème siècle, une époque très guerrière quoique fastueuse, cela ne va pas du tout de soi et la guerre est l'apanage des hommes et surtout du roi. Philis est donc assez ambivalente, parce qu'elle se comporte certes comme un homme et comme un chef de guerre mais aussi comme une femme de son temps et surtout comme une Précieuse, courant féminin par excellence, caractérisé par des salons, une production littéraire importante, tant en romans qu'en lettres -on peut penser à Mademoiselle de Scudéry, à Mesdames de La Fayette ou Sévigné- et qui a marqué l'Histoire. Morte en 1703, à l'aube du XVIIIème siècle, sans mari, sans enfants, portant le nom d'un personnage du roman L'Astrée, d'Honoré d'Urfé, éduquée et librement pensante, Philis peut être considérée comme partie intégrante de ce grand mouvement culturel que Molière a tourné en ridicule mais qui s'avère malgré tout particulièrement important et consubstantiel au Grand Siècle français.
    Vous l'aurez peut-être compris en lisant cette chronique, j'ai été dans l'ensemble assez agréablement surprise par ce roman, bien documenté et complet, quoique assez court : les lieux sont particulièrement bien décrits, on s'y voit dans ce Dauphiné austère et froid, dominé par de hautes montagnes, pays rude de vallées encaissées mais aux paysages grandioses, le contexte est assez finement relaté aussi. Peut-être le style aurait-il pu être un peu plus dynamique parce que j'ai eu l'impression parfois d'un récit assez linéaire et un peu lisse mais dans l'ensemble, le récit d'Alex Charréard a des qualités indéniables et il ne manquera pas d'intéresser ceux qui, comme moi, aiment l'Histoire et les personnages oubliés par nos manuels. Quelques erreurs de ci de là émaillent le roman mais elles sont pardonnables...
    La chose qui m'a finalement le plus dérangée, comme lors de ma lecture du roman Amitiés rouge Sang, en octobre et qui m'avait lui aussi été proposé par Librinova, c'est la récurrence des coquilles. Les premiers chapitres n'en avaient presque pas et je me suis prise à espérer que cela continuerait comme ça mais malheureusement, ce ne fut pas le cas. Certes, une ou deux (ou trois) erreurs d'impression, des petites erreurs d'accords ou de mot pour un autre peuvent parfois passer à la trappe mais là, c'est trop fréquent et un peu dommage : on a l'impression de lire des épreuves non corrigées or, les différents romans proposés par Librinova ne sont pas présentés comme tels, on pourrait donc s'attendre à une correction un peu plus méticuleuse, quand même.
    Malgré tout, j'ai apprécié de découvrir ce destin assez exceptionnel et malheureusement trop mal connu aujourd'hui. Au cours de mes recherches pour écrire cette chronique, j'ai vu qu'un film sur sa vie avait été tourné en 2015 -l'actrice Alexia Carr, que je ne connais pas du tout d'ailleurs, y incarne Philis- mais il n'a pas dû marquer les esprits parce que je n'en avais, personnellement, jamais entendu parler et que quelques écrits lui ont été consacrés mais peut-être pas suffisamment pour la faire connaître, ce qui est dommage. Depuis que j'ai démarré cette lecture, je n'arrive pas à me rappeler si j'ai déjà, pour ma part, entendu parler de Philis de la Charce : le nom me dit quelque chose mais j'aurais été bien en peine de savoir ce qu'elle avait fait et qui elle était. Peut-être ai-je croisé la mention de son nom au détour d'une lecture et je l'avais oubliée aussi vite que je l'avais connue, en fait. Ce roman aura eu le mérite de me rafraîchir la mémoire et de me faire me rappeler de cette femme déterminée et admirable, qui a dit non à sa manière en prenant les armes et qui, comme Jeanne d'Arc en son temps, a pris la tête d'une troupe uniquement masculine pour aller repousser l'ennemi et le mettre en défaut.


    Je termine cette chronique en remerciant les éditions Librinova pour m'avoir permis de découvrir ce roman qui m'a agréablement surprise. 

    En Bref :

    Les + : un récit aux qualités indéniables...il est bien écrit et bien documenté mais...
    Les - :
     ...les coquilles trop nombreuses gâchent un peu le plaisir de la lecture. Dommage.


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  • Commentaires

    1
    Lundi 17 Juin à 23:00

    Je ne connais pas du tout cette femme mais à partir du moment où je sais que l'on a peu de sources historiques sur cette femme et que le récit est donc surtout fictionnel, je me laisserai bien tenter :-)

      • Mardi 18 Juin à 20:10

        Si tu n'es pas rebutée par les livres numériques oui je te conseille de tenter. Ce n'est pas de la grande littérature et j'ai lu des romans historiques meilleurs que ça, malgré tout, il y'a un vrai travail de recherche de l'auteur, ça, c'est certain. ^^

        Je ne sais pas d'où l'auteur est originaire mais je pense qu'il connaît bien la région du Dauphiné ou tout du moins s'est-il beaucoup renseigné sur ses particularismes. Quant à Philis c'est une femme exceptionnelle et même si la Philis présentée dans le roman est surtout un personnage de fiction on prend bien la mesure de son combat pour ses terres et ses gens. 

    2
    Charréard alex
    Vendredi 12 Juillet à 21:25
    Philis: Une héroïne, une femme. Désormais disponible en format papier. Bonne lecture https://www.amazon.fr/dp/B07T2LX5LS/ref=cm_sw_r_cp_api_i_E4nkDbE1H9C85
    3
    Charréard alex
    Vendredi 12 Juillet à 21:39
    Je vous remercie de votre analyse ! Et de fait, je suis dauphinois, montagnard, skieur et randonneur. J’ai aimé donner la vision des paysages que j’aime. Et Philis m’a fait rêver. J’ai eu envie de le partager
      • Vendredi 12 Juillet à 23:16

        Merci beaucoup pour votre commentaire sur mon blog. Cela fait toujours plaisir d'avoir un retour de l'auteur. ^^ Quand les éditions Librinova m'ont proposé la lecture de votre roman, j'ai un peu hésité n'étant pas fan de la lecture numérique mais au final je ne regrette pas et j'ai vraiment apprécié cette lecture... Un peu compliquée cela dit par pas mal de coquilles, petit bémol déjà rencontré avec Librinova d'ailleurs mais cela n'enlève rien aux qualités indéniables de votre récit. 

        Et j'avais donc deviné juste ! Je me doutais que vous connaissiez particulièrement bien cette région dauphinoise si chère à Philis et qui semble l'être aussi pour vous. 

        Merci encore pour votre message. yes

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