• « Un proverbe espagnol dit aussi : Ne t'inquiète pas de savoir si le paradis existe ou non ; va sur le chemin qui y mène, car c'est lui-même le paradis. »

    La Bougainvillée, tome 2, Quatre-Épices ; Fanny Deschamps

     

    Publié en 2017

    Editions Le Livre de Poche

    960 pages

    Deuxième tome de la saga La Bougainvillée

    Résumé : 

    29 septembre 1766. Jeanne embarque à Lorient sur une flûte de la Royale, l'Etoile des Mers, pour un long périple en direction de l'Isle de France. Déguisée en valet du botaniste du Roi -le docteur Philibert Aubriot, qu'elle aime depuis son enfance-, Jeanne devenue Jeannot n'a qu'un seul but : retrouver le chevalier Vincent de Cotignac, un corsaire dont elle s'est également éprise. Fanny Deschamps déploie toute la richesse et la sensualité de son écriture et poursuit, après Le Jardin du Roi, son récit des aventures de Jeanne et de ses mille plaisirs. Quatre-Epices est une découverte des éblouissements des nuits et des jours dans les mers du Sud et un XVIIIe siècle inoubliable, où l'Isle de France est encore l'oasis romantique de Paul et Virginie. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Au début de ce deuxième tome, on retrouve Jeanne là où on l'a laissée, c'est-à-dire à bord du navire L'Etoile des Mers, en partance pour les Mascareignes. Se faisant passer pour le valet du docteur Aubriot, elle a pu l'accompagner dans son formidable voyage destiné à herboriser et répertorier les beautés de mondes inconnus pour le compte du Jardin du Roi, à Paris.
    De Rio, aux plaines sauvages de la Plata jusqu'aux douceurs sucrées de l'Isle de France (la future île Maurice), Jeanne grandit et découvre avec émerveillement tout ce que le monde a de beau à offrir. Et elle retrouve aussi un fantôme de son passé, cet homme qu'elle n'a jamais réussi à oublier vraiment, le mystérieux Vincent de Cotignac, corsaire et chevalier de Malte.
    Si vous avez lu ma chronique du premier tome, vous avez pu voir que je l'ai beaucoup aimé et que la si jolie langue utilisée par l'auteure m'a fait forte impression : il est vrai que la langue est le meilleur moyen de se plonger entièrement dans une époque, il n'y a qu'à voir L'Allée du Roi, de Chandernagor. Eh bien là, c'est pareil : en choisissant méticuleusement les mots et les assemblant, Fanny Deschamps recrée entièrement le XVIIIème siècle. C'est parfois leste, on appelle un chat un chat, on parle d'amour et même de sexe avec parfois un langage assez châtié. Mais c'est toujours bien écrit et plaisant à lire. La plume de l'auteure sait s'adapter à toutes les situations et peut se faire tendre ou incisive au besoin.
    Mais ce que j'ai peut-être encore plus aimé dans ce tome-là et ce que j'attendais d'ailleurs avec impatience depuis la fin du premier, c'est cet exotisme qui se dégage dès la lecture du titre : Quatre-Épices...Je m'imaginais un voyage plein de senteurs et de couleurs et je les ai eues : les forêts d'aloès, les montagnes noyées dans une brume de chaleur, les odeurs des fruits et des fleurs, leurs couleurs exubérantes. On suit Jeanne dans toutes ses découvertes, en Amérique du sud comme ensuite sur sa petite île humide perdue en plein océan Indien, qui n'est encore qu'une colonie mineure mais que pour laquelle son gouverneur a beaucoup d'ambition et qui va savoir séduire Jeanne, suffisamment en tout cas pour lui donner envie de s'établir dans une petite plantation qu'elle va faire fructifier et transformer. En même temps, c'est elle qui se métamorphose, qui change et qui grandit, tout en étant toujours écartelée entre deux sentiments très forts : celui qu'elle porte, depuis ses dix ans, au docteur Aubriot et qui s'est au fil des ans mué en une affection forte mais dénuée de passion et celui, plein de désir, de fougue et de chaleur qui la pousse vers Vincent. Il est vrai que le personnage est plein de mystères et on comprend aisément qu'il puisse autant intriguer et intéresser Jeanne.
    D'ailleurs, est-ce qu'on en parle, des personnages ? Eh bien oui, parce qu'ils le méritent. En démarrant la lecture du premier tome, Le Jardin du Roi, j'avais un peu peur : qui serait Jeanne ? Comment s'identifier à une jeune fille de quinze ans quand on en a presque le double ? Et puis j'ai été surprise par la profondeur que lui donne l'auteure. Jeanne n'est pas vaine, au contraire et elle est habitée par une passion pour la botanique qui a parlé à la mienne pour l'Histoire. Du coup, j'ai aimé Jeanne dès le départ et j'ai été ravie de la retrouver dans Quatre-Épices. En grandissant, elle ne perd pas sa fraîcheur et sa spontanéité et, en gagnant en maturité, elle devient encore plus attachante. J'avoue avoir éprouvé beaucoup de tendresse pour cette jeune femme qui en veut, qui croit en sa bonne étoile et se bat pour avoir ce qu'elle veut et s'épanouir, à une époque où cela n'allait pas forcément de soi. Si j'ai eu peur au départ de me trouver face à un personnage un peu superficiel avec lequel je peinerai à tisser des liens, je dois dire que Fanny Deschamps m'a très heureusement détrompée.
    Mais surtout, c'est de Vincent que j'aimerais vous parler... Je ne sais pas si cela vous arrive à vous aussi, de tomber amoureux de personnages de roman, de ressentir comme une véritable attirance pour eux ? Cela m'est arrivé plusieurs fois et c'est un sentiment vraiment plaisant, je dois dire et le signe que le livre a réussi à m'accrocher...Et là...ce chevalier Vincent m'a d'abord intriguée avant de me faire fondre littéralement, malgré sa brusquerie et ses paroles parfois assez directes. C'est un personnage masculin qui contrebalance efficacement le personnage de Jeanne, qui forme avec elle un duo qui fonctionne vraiment et apporte beaucoup au roman. J'ai aimé le duo qu'elle formait avec Aubriot, unis tous deux par une même passion : il est extraordinaire de partager celle-ci avec quelqu'un qu'on aime. Mais avec Vincent, Jeanne découvre l'amour adulte, toute la joie qu'il peut apporter mais aussi la peine et les cruelles désillusions. Toujours est-il que je suis absolument tombée sous son charme et que j'ai aimé le retrouver plus présent dans ce deuxième tome.
    Quatre-Épices est un roman historique réussi de bout en bout, pour moi ce fut un pur régal et même si j'ai mis du temps à le lire, je ne regrette pas d'y avoir passé presque deux semaines et c'est même avec une certaine nostalgie que j'ai tourné la dernière page. J'avais aimé Le Jardin du Roi mais j'ai aimé plus encore Quatre-Épices et j'ai encore l'impression de sentir la caresse du vent de l'Isle de France, sa douceur chargée d'odeur d'épices, de bougainvillées et de l'iode de la mer omniprésente. Entre roman historique et récit de voyages, ce roman nous transporte, nous fait voyager et nous fait entrevoir les beautés du monde telles que devaient les voir les hommes du XVIIIème siècle.
    Pour conclure, je dirais que j'ai passé un excellent moment et que je recommande cette saga à tous ceux qui aiment les romans historiques. Vous serez sûrement conquis comme je l'ai été et comme l'ont été aussi beaucoup d'autres lecteurs. 

    En Bref :

    Les + : un roman historique passionnant et bien écrit, un univers qui se met en place au fil des pages et dans lequel on se sent bien et intégré à part entière. 
    Les - :
    Aucun. J'ai passé un excellent moment avec cette lecture.


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  • « Elles ont créé, quand d'autres auraient voulu mourir. Pour cela, elles ne sont pas des exemples à suivre mais des lueurs à guetter - des occasions de lumière. »

    Les soeurs Brontë : la Force d'Exister ; Laura El Makki

     

    Publié en 2019

    Editions 10/18 (collection Domaine Français)

    264 pages 

    Résumé :

    Les sœurs Brontë sont un mystère. Isolées du monde, filles d’un pasteur de village, elles ont révolutionné l’histoire littéraire en publiant, sous pseudonymes masculins, des romans brûlants d’amour et de vie comme Jane Eyre et Les Hauts de Hurlevent

    Haworth, 1836. Dans les landes du Yorkshire, Charlotte (20 ans), Emily (18 ans) et Anne (16 ans) écrivent à la lumière de la bougie. Comment ces jeunes femmes de condition modeste, sans relations ni entregent, vont-elles devenir des auteurs qui comptent ? Quel rôle tient leur frère Branwell, artiste raté, dans cette fratrie à la fois soudée et rongée par les non-dits ? Partie sur les traces des sœurs Brontë, Laura El Makki nous plonge dans leur intimité, leurs alliances, leurs déchirements, et nous raconte le destin de trois femmes aux prises avec l’adversité, qui ont su trouver en elles la force d’exister.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Quand j'évoque les soeurs Brontë, je pense aussitôt aux landes désolées du nord de l'Angleterre, battues par les vents, le presbyère de Haworth, où les trois sœurs ont grandi et où toutes les fenêtres donnent sur le cimetière aménagé juste devant la maison, comme un entêtant et permanent memento mori. C'est une ambiance noire, gothique et romantique qui me vient immédiatement à l'esprit. Est-ce dû à ce cadre de vie si particulier, la campagne isolée du Yorkshire et l'austérité de la maison d'enfance ou bien au tragique qui semble consubstantiel à la fratrie Brontë ? Peut-être un peu des deux. Ce qui est sûr, c'est que les existences avortées de Charlotte et de ses sœurs Emily et Anne, dans leur fragilité, la brutalité de la fin, ont quelque chose de fascinant. Et que dire de ce talent littéraire, de cette détermination de trois jeunes femmes issues d'un milieu modeste et que rien ne prédestine à devenir des écrivains, de cette envie qui les pousse, irrésistiblement, vers la plume et leur fera écrire certains des plus beaux textes de la littérature anglaise du XIXème siècle ? Pendant que les femmes de leur génération, mariées et mères de famille, accouchent chaque année ou presque d'un nouvel enfant, un enfant qui, dans les milieux les plus modestes se retrouvera parfois tout jeune dans les usines que l'industrialisation galopante de l'Angleterre fait surgir du sol, les sœurs Brontë, elles, donnent naissance à des mondes, des personnages, qui deviendront inoubliables : qui aujourd'hui, n'a jamais entendu parler de Heathcliff, de Jane Eyre ou de Mr. Rochester ?
    Grâce au livre de Laura El Makki, qui est court mais idéal pour moi qui au final n'en savait pas beaucoup sur ces trois talentueuses sœurs, j'ai pu replacer chacune d'elles dans leur contexte, leur vie personnelle, en les individualisant. Les sœurs Brontë ne sont plus seulement une entité un peu étrange, un peu monstrueuse -un écrivain à trois têtes- mais trois femmes qui ont eu chacune une existence à elle, qu'elles mèneront en parallèle de celles de leurs sœurs, certes, mais qu'elles mèneront surtout comme elles l'entendent et selon leurs caractères. Chacune a son univers littéraire et sa manière d'écrire comme chacune aura sa vie.
    D'abord, l'auteure remonte aux sources, en Irlande, où naît le père, Patrick Brontë, à la fin du XVIIIème siècle. Pasteur, il exercera son ministère dans plusieurs paroisses anglaises avant de rencontrer celle qui deviendra son épouse et la mère de ses enfants, Maria Branwell et de s'installer à Haworth, après la naissance des premiers enfants. On l'oublie souvent parce que lorsqu'on prononce le nom de Brontë, c'est, évidemment, les prénoms de Charlotte, Emily et Anne qui nous viennent à l'esprit, mais au départ, c'est une fratrie de six enfants que mettent au monde Patrick et Maria. Cinq filles naissent, Maria, Elizabeth, Charlotte, Emily et Anne et un fils, Branwell. Maria meurt vingt mois seulement après la naissance de sa petite dernière, Anne, qui portera toute sa vie la culpabilité informulée d'avoir fait mourir sa mère. Quelques années plus tard, les plus jeunes enfants et leur père seront confrontés à deux deuils successifs et rapprochés, avec les disparitions des aînées, Maria et Elizabeth, âgées d'à peine une dizaine d'années. La fratrie se resserre autour du fils unique et des trois sœurs survivants qui vont, dans les couloirs et les grandes salles austères de Haworth, exercer leurs esprits et leur imaginaire, commencer à écrire, avec des mots d'enfants, de petits recueils qui seront regroupés en un ensemble appelé Juvenilia. L'enfance et la jeunesse des Brontë sera celles de beaucoup de jeunes gens nés à la charnière des époques géorgienne et victorienne : ni trop pauvres ni très riches, rejetons d'un pasteur de campagne modeste, les filles seront éduquées dans des écoles rigoristes avant de retrouver le calme et le confort de la maison familiale, qu'elles ne quitteront jamais. Branwell, le fils, l'unique, celui en qui le père fonde ses espoirs -ce qui sera très lourd à porter pour ce jeune homme qui ne cessera jamais de se chercher et mourra s'en s'être trouvé au début de la trentaine-, se targue d'être un artiste, peintre ou poète, il ne sait pas trop. Lui non plus n'aura pas la chance de s'extirper de cette sorte de malédiction familiale qui condamne chacun des enfants à mourir plus ou moins jeune. Il ne survivra pas à ses sœurs et ne deviendra jamais un artiste accompli. Aujourd'hui, même, la célébrité de ses trois sœurs l'éclipse entièrement.
    On découvre leurs premiers emplois de jeunesse, souvent de gouvernantes, qui inspireront notamment Anne pour son roman Agnes Grey. Des emplois qui ne satisfont pas vraiment les sœurs, toujours en quête d'une sorte d'idéal de vie. Cet idéal, elles le trouveront en prenant de nouveau la plume. Chaque soir, après le dîner, elles se mettent à écrire, mélangeant fiction et réalité et c'est ainsi qu'elles accèdent à la célébrité, sous pseudonyme toutefois, car en plein cœur du XIXème siècle, on fait mieux carrière sous un nom masculin : les trois sœurs Brontë deviennent les frères Bell, Currer, Ellis et Acton.

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    Charlotte, Emily et Anne représentée par leur frère Branwell sur le portrait dit au pilier (détail, 1833).


    Emily ne publiera jamais que Les Hauts de Hurlevent, qui sera un monumental succès. Anne, la benjamine, la moins connue des trois, la plus discrète, rédigera Agnes Grey, qui se nourrit de ses propres expériences puis La Dame du Manoir de Wildfell Hall. Charlotte sera la plus prolifique des trois sœurs, celle qui laissera le plus d’œuvres à la postérité : on peut citer entre autres Jane Eyre, son chef-d'oeuvre, Shirley, Le Professeur, Villette... Elle est aussi celle qui survivra aux autres, la dernière rescapée de la fratrie des six enfants Brontë. Elle verra disparaître son frère Branwell et, peu de temps après, Anne et Emily, ses compagnes d'écriture, emportées toutes les deux à quelques mois d'intervalle par la même maladie, cette tuberculose qui est le mal de siècle et décime le monde des lettres et des arts. Elle sera aussi la seule qui fera l'expérience -courte, toutefois- du mariage, en épousant le vicaire de son père. En lisant le livre de Laura el Makki, on a l'impression que Charlotte est celle par qui la chance arrive, par qui la roue pourrait inverser son cours immuable et puis, non. Elle meurt elle aussi, encore jeune, au mois de mars 1855, à l'âge de trente-huit ans. Elle n'était mariée que depuis quelques mois.
    Parce qu'on s'attache aux trois sœurs et aux Brontë en général, on aimerait que le destin ait été plus clément avec eux. On aurait aimé que les trois soeurs puissent jouir chacune de leur célébrité, de leur gloire littéraire chèrement acquise. Si elle avait vécu, peut-être Emily aurait-elle publié un autre roman...si elle avait vécu, peut-être qu'Anne ne serait pas l'éternelle dernière, l'éternelle troisième, délaissée encore aujourd'hui au profit de ses sœurs. Peut-être auraient-elles pu s'affirmer, alors que la mort, en les emportant, a laissé toute latitude à leur sœur survivante de manipuler la réalité et de l'arranger, aussi, comme elle le souhaitait. On aurait aimé que ces talents immenses et si prodigieux ne meurent pas. Et en même temps, ce qui fait aujourd'hui la légende des Brontë, ce qui, peut-être nous les fait lire encore, n'est-ce pas ce sentiment de tragédie, de noirceur, qui les entoure ? Si les sœurs Brontë avaient terminé leur vie en vieilles dames respectables au fin fond du Yorkshire, les lirions-nous encore avec le même sentiment ? Vous, peut-être...moi, pas. J'avoue que cette ambiance gothique qui flotte autour d'elles me passionne et me fascine et que c'est ça qui m'a donné envie de les lire en premier lieu.
    En nous autorisant à pénétrer dans leur intimité, Laura el Makki nous permet surtout de les voir toutes telles qu'elles sont, avec leurs qualités, leur défauts, leur part d'ombre et leurs failles. Les sœurs Brontë redeviennent trois femmes de chair et de sang et plus seulement des noms derrière des œuvres monumentales de notre littérature mondiale.
    Une chose est sûre, en tout cas, c'est que ce livre m'a donné envie de les relire et c'est bien le signe qu'il m'a convaincue. En effet, j'ai pris un grand plaisir à le lire, ne manquait plus qu'un paysage pluvieux derrière un bow-window et je m'y voyais. L'auteure a fait un bon travail de recherches pour suivre les sœurs du Yorkshire à Londres, en passant par Bruxelles. Elle a surtout su, avec beaucoup de douceur et de chaleur, ressusciter ces trois figures mystérieuses et leur environnement avec beaucoup de minutie.
    Si vous aimez les sœurs Brontë ou si vous les découvrez ou bien encore, si vous ne savez rien d'elle, ce livre est assurément fait pour vous

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    Charlie Murphy, Chloe Pirrie et Finn Atkins interprètent Anne, Emily et Charlotte dans le film La Vie des sœurs Brontë, daté de 2017. 

    En Bref :

    Les + : Un livre bien écrit mais accessible, qui décrit et reconstitue minutieusement le cadre de vie et de travail de ces trois talentueuses écrivaines.
    Les : Aucun. Pour moi, ce livre est une très bonne introduction. Sans nul doute, si vous êtes très calé sur les sœurs Brontë, vous n'apprendrez rien de nouveau mais si, comme moi, vous souhaitez les découvrir un peu mieux, ce livre est fait pour vous !

    Les soeurs Brontë : la Force d'Exister ; Laura El Makki 

    Thème de janvier « Sous la couette », 1/12


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  • « En un sens, un crime, c’est excitant, à condition qu’il ne nous touche pas de trop près. On répète à satiété que c’est atroce, que le simple fait d’en parler nous rend positivement malades, mais, en même temps, on profite de la moindre occasion pour remettre le sujet sur le tapis. »

    Une Enquête de Charlotte et Thomas Pitt, tome 3, Le Crime de Paragon Walk ; Anne Perry

     

    Publié en 1981 en Angleterre ; en 2012 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Paragon Walk

    Editions 10/18 (collection Grands Détectives)

    383 pages 

    Troisième tome de la saga Charlotte et Thomas Pitt

    Résumé :

    Un crime sordide vient troubler la quiétude huppée de Paragon Walk. Tandis que l'inspecteur Pitt, chargé de l'affaire, se heurte à l'hostilité et au mutisme des résidents du quartier, son épouse Charlotte, assistée de sa sœur Emily, la charmante Lady Ashworth, ne se laisse pas intimider par cette omerta de classe. De garden-parties en soirées, les façades respectables de l'Angleterre victorienne ne tarderont pas à se fissurer...

    Ma Note : ★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Quand un crime est commis à Paragon Walk, quartier huppé de Londres, c'est Thomas Pitt qui est dépêché sur les lieux pour l'enquête. Qui en voulait à la jeune Fanny Nash, dix-sept ans, discrète, sans histoires, au point de l'assassiner ? Cette affaire sordide ne manque pas de mettre sens dessus dessous le quartier, où vivent des familles fortunées dont la vie est soudain bousculée par ce drame. Mais surtout, elle ne manque pas d'intéresser Charlotte, l'épouse de Thomas Pitt, puisque sa sœur Emily y vit avec son époux, lord Geoge Ashworth.
    Quel plaisir, vraiment, de retrouver les deux enquêteurs victoriens d'Anne Perry. Ma lecture du deuxième tome remontait à septembre 2017 et je me suis rendu compte en démarrant ma lecture du Crime de Paragon Walk que Charlotte et Thomas m'avaient manqué. J'ai beaucoup aimé les deux premières enquêtes de cette longue saga : L’Étrangleur de Cater Street et Le Mystère de Callander Square. Ce troisième tome n'est, ma foi, pas bien différent de ses deux prédécesseurs mais je l'ai malgré tout trouvé plaisant à lire et je me suis rapidement intéressée au déroulement de cette enquête.
    Alors soyons honnêtes, si vous cherchez une enquête très enlevée, pleine de rebondissements, passez votre chemin parce que ce n'est pas ce qu'Anne Perry propose et même si l'enquête policière est, évidemment, au centre du récit et ce, dès les premières pages, ce que j'ai bien plus ressenti dans ce volume-là mais qui est au final aussi très présent dans les deux premiers, c'est l'aspect social et d'ailleurs très finement rapporté par l'auteure.
    Charlotte et Thomas Pitt vivent en plein cœur du XIXème siècle, dans une Angleterre en plein essor : c'est l'époque victorienne et les belles heures de l'industrialisation. La société se modernise mais en générant des inégalités de plus en plus fortes entre les classes les plus riches et les plus pauvres. Ainsi, à Londres, peuvent vivre à quelques centaines de mètres des familles très fortunées telles celles qui occupent les beaux hôtels particuliers de Paragon Walk et d'autres qui connaissent la misère, le fléau des maladies, la promiscuité, la saleté, la criminalité.
    Quand un meurtre est commis, en revanche, sur une jeune fille de bonne famille, cela bouleverse tout le monde, proches, amis et voisins. Et tandis que la saison estivale s'ouvre, dans une atmosphère tendue et caniculaire, la tâche de Thomas Pitt ne sera pas aisée. D'hypothèses en allusions mauvaises, du silence méprisant à la condescendance ouverte, le policier va se heurter à la famille Nash, dont les frères et leurs épouses sont aussi différents les uns des autres que possible. Il va rencontrer des vieilles dames excentriques mais à cheval sur la morale et très attentives au qu'en-dira-t-on. Et surtout, il va devoir ménager les Ashworth, puisqu'il s'avère que George est aussi son beau-frère. Pour tout dire en peu de mots, enquêter chez ces gens fortunés ne s'avère pas une mince affaire !
    Comme je le disais un peu plus haut, c'est surtout l'aspect social du roman qui m'a plu, cette étude des mœurs à laquelle Anne Perry se livre avec brio. L'enquête est intéressante mais effectivement pas sensationnelle -même si, je l'avoue, je n'avais pas vu arriver le dénouement : ce qui fait vraiment l'atout de ce roman, c'est le portrait au vitriol de cette bonne société ou du moins qui se considère comme telle et s'avère parfois être la plus corrompue. Et les habitants de Paragon Walk en sont une bonne illustration car chacun a quelque chose à cacher : péchés anciens ou véniels, petites manies voire carrément des secrets beaucoup plus importants à cacher et que cette enquête risque de mettre en lumière ce que l'on ne veut, bien sûr, à aucun prix. Dans cette rue où chacun se fréquente et rivalise, l'hypocrisie et la fausseté font loi, l'acidité des paroles ne le dispute qu'à l'allusion mais s'il y'a bien une chose qui les lie tous, ces habitants futiles et au train de vie réglé comme une horloge entre cérémonies du thé, réceptions et garden-parties, c'est le mépris de ceux qu'ils considèrent comme leurs inférieurs et notamment les policiers qui se heurtent lors de leurs investigations, à un mépris à peine dissimulé et parfois particulièrement violent. Et lorsque Charlotte, inquiète pour Emily, décide d'enquêter de son côté, elle met le pied dans un cercle échauffé autant par le meurtre affreux de la jeune Fanny que par la canicule ambiante en cet été où bien des masques vont tomber, dans une fourmilière grouillante où chacun essaie de cacher ce qu'il ne veut absolument pas voir divulguer tout en bavassant allègrement sur les voisins et les voisines. Et ils sont tellement hypocrites, d'une telle superficialité, ces habitants de Paragon Walk, qu'ils en deviennent presque risibles et quand, enfin, le voile se lève, on arrive à la conclusion souvent vérifiée que ce sont souvent dans ces milieux où l'on mène grand train qu'il se passe en fait les choses les plus laides et les plus sales.
    Cette lecture a su me convaincre et j'ai été ravie de renouer avec ces deux enquêteurs dont j'avais apprécié la personnalité dans les deux premiers tomes : Thomas Pitt, qui a connu la pauvreté enfant mais s'en est sorti à force de ténacité, Charlotte, esprit libre et indépendant, issue d'un milieu privilégié mais qui n'hésitera pas à imposer ses choix et notamment en ce qui concerne son époux. Elle n'hésite pas non plus à perdre son rang et à mener une vie modeste, différente de ce qu'elle a connu enfant et adolescente, dans la maison familiale de Cater Street pour pouvoir partager celle de l'homme qu'elle aime, préférant renoncer à des privilèges dont on n'a pas vraiment besoin plutôt qu'à lui.
    Bref, ce troisième tome m'a encore une fois accompagnée pendant quelques jours de manière très plaisante et même si son dénouement est assez abrupt, je dois dire que c'est un roman vraiment bien menée. Anne Perry expérimente encore une fois et de manière très réussie une méthode d'écriture qui fait sa patte et donne envie à ses lecteurs de retrouver, de volume en volume, ses personnages. Charlotte et Thomas Pitt m'ont fortement évoqué Lizzie et Ben Ross, les deux héros d'Ann Granger que j'aime aussi beaucoup et je me suis amusée à les comparer, en lisant Le Crime de Paragon Walk, retrouvant souvent des traits similaires entre eux.
    Entre satire sociale et enquête policière, Le Crime de Paragon Walk est un bon roman historique qui égratigne méchamment, mais sans avoir l'air, la société victorienne et son mode de vie. Avec ce flegme tout britannique et cette ironie mordante mais qui n'a pas l'air d'y toucher, Anne Perry affirme son univers et ses personnages. J'ai hâte de lire les autres enquêtes de Charlotte et Thomas Pitt. 

    En Bref :

    Les + : la critique sociale est vive et aussi acide que les allusions et le mépris des habitants de Paragon Walk, l'auteure décrit finement l'existence quelque peu superficielle des hautes classes de l'Angleterre victorienne. Entre ironie et flegme tout britannique, Anne Perry expérimente encore une fois une méthode qui a fait ses preuves dans les deux premiers volumes de sa saga policière. 
    Les - :
    pas vraiment de points négatifs à soulever. Peut-être aimerait-on que l'enquête soit peut-être un peu plus complexe, mais au final, le roman fonctionne malgré tout.


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  • « Le passé aime se cacher. Sans lui, le présent serait plus facile à vivre. »

    La saga de Tancrède le Normand : Le Peuple du Vent - Les Guerriers Fauves - La Nef des Damnés ; Viviane Moore

     

    Publié en 2013

    Editions 10/18

    922 pages 

    Compilation des trois premiers tomes de la saga La Saga de Tancrède le Normand

    Résumé :

    Vous irez loin, fort loin, messire Tancrède, par terre et par mer, vers des pays où l'on parle d'autres langues que la nôtre, où l'or et l'argent tapissent les murs, où les femmes sont si belles qu'on les enferme, vous serez prince parmi les princes, et mendiant aussi...

    C'est sur la foi de cette prophétie que débute la quête des origines du jeune Tancrède. Nous sommes en 1155 et le grand roi normand de Sicile, Roger II, vient de mourir. Crimes, enlèvement, tempête, drame passionnel, bataille navale... Des confins de la Normandie jusqu'à Syracuse, rien n'est épargné à notre héros et à son maître Hugues de Tarse.

    Ma Note : ★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Il y'a quelques années, je découvrais Viviane Moore avec le premier tome de la saga Galeran de Lesneven. Par la suite, j'ai lu la trilogie Alchemia qui se passe au XVIème siècle, qui était relativement efficace et m'a convaincue.
    Je crois que sa saga normande est plus ancienne mais, je ne sais pas pourquoi, ce n'est pas par elle que j'ai découvert l'auteure : le hasard, sûrement. Il a fallu que les éditions 10/18 publient une intégrale des trois premiers tomes, Le Peuple du Vent, Les Guerriers Fauves et La Nef des Damnés pour que je me décide.
    Cette saga m'a attirée parce qu'en lisant le résumé, j'ai vu qu'elle se passait en Sicile, à l'époque des rois normands au XIIème siècle et je trouve la destinée de cette lignée normande, les Hauteville, qui va s'implanter sur une petite île italienne et y développer une véritable dynastie assez fascinante.
    Au final, je pense que j'ai lu le résumé un peu trop rapidement parce qu'il n'est finalement que peu question de la Sicile dans ces trois premiers tomes et ce n'est pas exactement les rois de Sicile que nous suivons mais deux autres personnages : Hugues de Tarse et son pupille, Tancrède. On les rencontre en Normandie dans les années 1150, au début du premier tome Le Peuple du Vent. On comprend que tous deux n'en sont pas originaires et viennent d'Orient mais comment sont-ils arrivés là et pourquoi, cela, on ne le sait pas et c'est en poursuivant notre lecture qu'on le comprend petit à petit. Hugues est le maître de Tancrède, qu'il a pris sous son aile alors que le petit garçon avait quatre ou cinq ans. Celui-ci ne sait rien de ses origines et son maître lui promet de lui en apprendre un peu plus sur ses parents mais les révélations ne viennent pas et Tancrède doit vivre avec ses propres questionnements et le peu de souvenirs qu'il a de son enfance dans un pays qu'il ne connaît plus. Trouvant asile au château de Pirou, Hugues et Tancrède vont devoir lever le voile sur le mystère et le drame qui semblent se jouer derrière les murs de cette forteresse battue par les vents et les embruns.
    Puis on les retrouve voyageant par mer vers la Sicile, découvrant la France et la Méditerrannée médiévales. De Normandie à la Sicile en passant par les îles d'Hyères et la Rochelle, on suit un duo qui m'a évoqué celui formé par Galeran de Lesneven et son maître dans la saga du même nom. Qui évoque aussi le duo formé par Guillaume de Baskerville et Adso de Melk dans Le Nom de la Rose.
    Finalement, dans ces trois premiers tomes, Viviane Moore pose les bases d'une saga et en brosse à grands traits le portrait : on se doute que cette trilogie n'est pas une fin en soi mais appelle une suite et c'est effectivement le cas puisque l'auteure nous propose de retrouver les personnages dans quatre autres tomes -pour mon plus grand plaisir, je dois dire et j'ai déjà hâte de lire la suite.
    Finalement, passée la surprise de ne pas me retrouver d'emblée en Sicile à la Cour des Hauteville, je me suis laissée prendre au jeu et j'ai effectivement trouvé que l'ambiance du roman collait bien à ce que j'avais lu précédemment chez Viviane Moore : de l'historique et surtout une trame policière plutôt bien ficelée, peut-être bien plus ici d'ailleurs que dans Alchemia. Alors oui, c'est vrai que ce que j'ai trouvé au final ne correspondait pas du tout à ce que j'attendais au départ : d'une biographie romancée je me retrouve face à des romans policiers et pas trace d'un Hauteville pour l'instant. Mais quel bon moment j'ai passé ! Franchement.
    La vision du Moyen Âge de Viviane Moore correspond énormément à l'idée que je me fais moi-même de cette époque et je me suis retrouvée dans ces récits enlevés qui rappellent les épopées médiévales ou les sagas nordiques. J'ai visualisé les lieux facilement et j'ai vraiment eu l'impression de mettre mes pas dans ceux des héros, auxquels on s'habitue rapidement et auquel on s'attache. Bien vite, une réelle curiosité envers Tancrède naît, on comprend que si Hugues de Tarse, son mentor, lui cache ses origines c'est qu'il a une bonne raison mais, comme le jeune homme, on a envie de savoir. Et au-delà de ça, les énigmes et mystères qu'ils doivent résoudre, à Pirou comme à Barfleur où sur une île isolée de Méditerranée où se trament des choses étranges m'ont captivée rapidement. Les ambiances sombres, pleines de mystère m'ont notamment rappelée celles d'Andrea H. Japp.
    L'inconvénient d'une intégrale, c'est qu'on avale plusieurs tomes voire tous les tomes d'une saga les uns à la suite des autres. J'aurais pu m'arrêter au bout du premier et faire une pause mais c'est plus compliqué quand plusieurs livres sont rassemblés en un, je trouve. Du coup, je vous mentirais si je disais que je n'ai pas ressenti parfois des longueurs. Oui, il y'en a. Mais elles sont malgré toute vite compensées par la qualité des intrigues, la fine restitution de l'époque, les descriptions de la nature grandiose et toute-puissante dans laquelle évoluent nos héros, surtout à partir du deuxième tome, quand le voyage vers la Sicile s'amorce.
    Le Moyen Âge est une époque beaucoup moins statique qu'on voudrait le croire et les échanges étaient nombreux. Il existait déjà une émulation forte des peuples et chacun ne vivait pas à côté d'un autre sans le connaître, au contraire. En 1150, on est déjà allé en Orient, deux croisades ont eu lieu. Et le nord et le sud de l'Europe se connaissent et se côtoient déjà depuis un bon moment : je n'ai donc pas été surprise de rencontrer des Orientaux côtoyant des Normands, lointains descendants des Vikings qui visitièrent l'Occident chrétien au début du Moyen Âge. Je n'ai pas été surprise non plus de voir combien les échanges commerciaux, en ce milieu de XIIème siècle sont déjà bien maîtrisés et solidement mis en place.
    Ces trois tomes ont su me convaincre et même si le besoin de faire une pause, à la fin de la lecture de La Nef des Damnés, se fait sentir, malgré tout je suis bien décidée à lire la suite des aventures de Tancrède et je suis déjà impatiente de découvrir cette Sicile normande que je comptais rencontrer dès le premier tome mais qui se fait encore désirer. J'ai hâte d'en apprendre un peu plus sur les origines de Tancrède et sur ce qui l'a amené à sillonner l'Europe en compagnie d'Hugues de Tarse. J'ai hâte aussi de retrouver l'un des rares personnages féminins de cette saga et qui semble y avoir une bonne place, Eleonor.
    Si vous aimez le Moyen Âge, nul doute que cette saga pourrait vous plaire. Des murs épais des châteaux de Normandie jusqu'à ceux des abbayes, en passant par les ponts des navires de guerres ou des nefs commerçantes, on voyage, on se laisse entraîner, on frémit et parfois on rit. Amateurs de romans historiques mâtinés d'intrigues policières, cette saga normande et bien différente de tous les romans que j'aie pu lire jusqu'ici saura certainement vous convaincre comme elle m'a convaincue.

    En Bref :

    Les + : de l'aventure, un Moyen Âge parfaitement reconstitué, des personnages attachants. Cette saga est prometteuse.
    Les - :
     quelques longueurs en milieu de lecture mais qui peuvent s'expliquer par le fait que ce sont les trois premiers tomes d'une saga qui sont réunis en un seul livre.


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  • « Nos familles préféreront toujours sauver les apparences, voyez-vous ? Nous préférons cacher, sauvegarder notre réputation, quitté à manquer de moralité. »

    Une Jeune Fille de Bonne Famille ; Audrey Perri

     

    Publié en 2020

    Editions City 

    320 pages

    Résumé :

    À la mort de son père en 1865, Eva, sans ressources, est contrainte de quitter la maison familiale. Elle a pourtant passé toute sa jeunesse dans ce lieu idyllique de la campagne anglaise, aux côtés de Constance, sa meilleure amie, devenue gouvernante à Londres quelques mois plus tôt.

    Lorsqu’elle apprend que Constance est morte en tombant d’une fenêtre, l’univers de la jeune femme s’écroule. Bien décidée à comprendre ce qui est arrivé, elle se fait engager chez les Gardner, la famille où son amie était gouvernante.

    Du salon des maîtres à l’office des domestiques, le mystère qui entoure la mort de Constance s’épaissit. Pourquoi tout le monde refuse de parler de la défunte ? Où a disparu le carnet intime de la jeune femme ? Dans les méandres d’une histoire familiale dévastée, Eva va découvrir un dangereux secret...

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Voilà certainement le roman que j'attendais le plus en ce début d'année : le nouveau roman d'Audrey Perri, ancienne blogueuse qui s'est lancée dans l'écriture et a déjà publié plusieurs nouvelles et deux romans.
    Peut-être l'avez-vous suivie, comme moi, au temps où elle gérait le blog Cellardoor, que j'aimais beaucoup : ses chroniques étaient variées, toujours très agréables à lire. Et parce qu'elle a commencé à commenter mon blog comme j'avais commenté le sien, on s'est rendu compte qu'on avait des goûts assez similaires et elle m'a conseillé des livres que j'ai appréciés de découvrir.
    Alors, lorsque Audrey s'est lancée dans l'écriture, il me paraissait évident de la suivre dans cette aventure comme je l'avais suivie sur son blog. En décembre 2017, j'ai lu sa première nouvelle Une Bonne Âme, qui m'avait bien plu : je ne suis pas fan des nouvelles à la base mais je l'avais trouvée efficace et bien écrite. Par la suite, j'ai lu La maison de la Falaise qui m'a fortement évoqué les ambiances des romans de Kate Morton : l'Angleterre, le grand domaine, le secret...tout y était !
    Il était donc évident que je lirai son nouveau roman, qu'elle nous a dévoilé fin janvier : Une Jeune Fille de Bonne Famille. Une belle couverture qui évoque un peu les tableaux de Vermeer, des couleurs sombres qui collent tout à fait au résumé du roman...
    Dans ce roman, Audrey nous propose de suivre Eva Phoenix dans sa nouvelle vie de gouvernante à Londres. Originaire d'une petite ville de province, la jeune femme devient gouvernante des deux filles de la famille Gardner, une richissime famille londonienne. Mais surtout, elle succède à sa meilleure amie Constance, décédée dans des circonstances étranges dans cette même maison, quelques mois plus tôt.
    En arrivant à Londres, Eva est bien déterminée à faire la lumière sur cette mort qu'elle ne considère pas comme naturelle : comment Constance a-t-elle pu chuter de la fenêtre de sa chambre ? Pourquoi tout le monde semble avoir oublié la jeune gouvernante et reste mutique quand Eva cherche à se renseigner sur elle ? Pourquoi la met-on en garde, à mots couverts ? Pourquoi l'enjoint-on à ne pas trop poser de questions ? Et pourquoi tout le monde semble mal à l'aise avec cette histoire, comme si chacun détenait un secret inavouable ?
    Evidemment, le résumé m'a aussitôt tapé dans l'oeil quand je l'ai lu mais il était évident que je voulais lire ce roman, tôt ou tard. L'univers d'Audrey dans La Maison de la Falaise m'avait plu : je me doutais que ce deuxième roman me plairait aussi.
    Ce que j'ai aimé dans Une Jeune Fille de Bonne Famille, c'est la fine restitution de l'époque victorienne, une époque j'affectionne particulièrement dans les romans : on entre littéralement chez les Gardner, dont on découvre le train de vie particulièrement luxueux et oisif. Les enfants sont vives et enjouées mais aussi capricieuses, conscientes de ce qu'elles sont. La mère de famille, Harriet, est désœuvrée et méprisante, quant au père, glacial et taiseux, il n'a aucune considération pour ceux qui le servent. Vous l'aurez compris, on est loin de l'ambiance chaleureuse et bienveillante de Downton Abbey ! Chez les Gardner, chacun doit être conscient de son rang et de sa place et gare à la brebis galeuse qui s'éloignerait du droit chemin fixé par les maîtres. Et Eva, en posant des questions, en cherchant des informations sur ce qui est arrivé à Constance, se place évidemment dans une situation assez périlleuse. La gouvernante, à l'époque, n'est pas tout à fait considérée comme une domestique : elle prend en charge les enfants de la famille et bénéficie donc d'une certaine confiance de la part de ses employeurs. De part l'enseignement et l'accompagnement qu'elle effectue auprès de ses jeunes élèves, elle doit avoir une certaine autorité sur eux tout en sachant rester à sa place. Mais la gouvernante ne fait pas pour autant partie de la famille et sa position est fragile. Un peu plus considérée qu'une cuisinière ou une femme de chambre, elle n'est pas moins susceptible d'être renvoyée sans aucune forme de procès si jamais elle a le malheur de déplaire à ses employeurs ou de les décevoir.
    On découvre aussi tous les non-dits et les secrets qui peuvent dormir derrière les murs des grandes maisons de Londres, dans le secret des appartements privés : l'hypocrisie et la fausseté sont érigées au rang de vertus cardinales, on se sourit puis on se plante sans pitié un poignard dans le dos. Les mots se font acérés comme des lames. Et Eva découvre que dans le grand monde, derrière une façade lisse et policée, il se passe parfois des choses bien laides mais que l'on ne dit pas, même si personne n'est dupe.
    Si je ne me suis pas vraiment identifiée à Eva, je l'ai trouvée courageuse et combative, vraiment déterminée à faire la lumière sur ce qui est arrivé à son amie Constance, quitte à mettre en péril sa propre place de gouvernante et son propre avenir. Cette jeune femme qui n'a jusqu'ici connu qu'une vie relativement tranquille s'expose alors à mille dangers pour tenter de comprendre ce qui s'est passé et je l'ai trouvée assez admirable. Si cette jeune femme peut apparaître comme assez commune en début de roman, au final elle gagne en profondeur au cours du récit et devient une jeune femme déterminée et qui sait ce qu'elle veut.
    L'idée de centrer le récit autour d'un secret était très bonne également. Si, en ce qui me concerne, les rouages se sont débloqués en milieu de roman, je n'ai pas découvert d'emblée ce que cachaient les murs de la demeure des Gardner et, indéniablement, l'envie de savoir, de comprendre, ce suspense qui s'instaure au fil des pages donne envie de tourner les pages, de savoir le fin mot de cette histoire. C'est moins spectaculaire que chez Kate Morton mais tout à fait cohérent et vraisemblable et ce que j'ai découvert m'a convaincue : malheureusement, des affaires comme celle-ci, il y'a dû y en avoir...
    Une Jeune Fille de Bonne Famille est un roman vivant, dynamique et rythmé. Il est très abouti et on sent que l'auteure maîtrise son sujet et j'ai ressenti l'influence de ses propres lectures dans sa manière de décrire l'époque.
    Si vous ne connaissez pas Audrey Perri, c'est le moment où jamais de vous lancer : vous découvrirez une jeune auteure sincère et authentique et qui écrit très bien, qui plus est, ce qui ne gâche rien. Et bien sûr, je vous recommande aussi son premier roman édité, La Maison de la Falaise, une très bonne lecture également.

    En Bref :

    Les + : un récit dynamique et rythme, où le suspense pique rapidement la curiosité du lecteur. Les pages se tournent toutes seules. 
    Les :
    Vraiment aucun ! Bon, allez, j'ai relevé deux ou trois petites répétitions de mots parfois mais c'est vraiment pour chipoter. Je n'ai vraiment rien à redire.


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