• « Depuis qu’elles avaient choisi cette vie d’artiste, elles savaient confusément que, sans être tout à fait des femmes déclassées, elles ne correspondraient plus jamais aux normes sociales régissant la gent féminine. »

    Couverture L'atelier des poisons

     

     

     

        Publié en 2017

      Editions Pocket

      408 pages 

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Paris, 1880. A l'académie Julian, le premier atelier à ouvrir ses portes aux femmes, la vie n'est pas facile. L'apprentissage du métier de peintre est ardu, long et coûteux. Seules les jeunes filles dotées d'un véritable talent et, surtout, d'une grande force de caractère, parviennent à en surmonter les obstacles. Du talent, Zélie Murineau n'en manque pas. De la force de caractère non plus. Pourtant, lorsque le commissaire Alexandre d'Arbourg lui demande de faire le portrait de sa filleule, sa belle assurance est ébranlée : comment ne pas croire que cette commande dissimule d'autres motifs ? Mais même si elle en connaît les risques, elle n'est pas en mesure de refuser le marché du beau commissaire : elle sera donc « ses yeux » dans cette famille cachant bien des secrets.
    Des auberges mal famées jusqu'aux salons de la grande bourgeoisie, elle va l'aider à discerner ce que les grands maîtres de la peinture sont seuls à voir : les vérités qui se cachent derrière les apparences. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    A Paris, dans les années 1880, il est difficile de vivre de son art quand on est peintre. A plus forte raison quand on est une femme : les jeunes artistes de l'académie Julian en savent quelque chose. Peu importe leur talent, le fait d'être des femmes freine immanquablement leur carrière. Et quand, dans un contexte d'émulation et de mutation artistiques, les artistes s'éloignant de la norme, même masculins, parviennent à peine se faire un nom, on imagine aisément ce qu'il peut en être pour les femmes, qui doivent se battre deux fois plus.
    Zélie Murineau est de ces femmes artistes, débarquées à Paris pour y vivre leur rêve, quoi que cela leur en coûte... Un jour qu'elle peint au jardin des Tuileries, elle est abordée par le commissaire de police Alexandre d'Arbourg qui, enquêtant sur des pickpockets, lui demande son témoignage. Par la suite, se souvenant du talent de la jeune peintre, il lui propose de faire leur portrait de sa filleule, Juliette. Et parce qu'il soupçonne de sombres secrets sous le toit de sa cousine, Henriette, la mère de Juliette, il demande à Zélie d'être ses yeux et d'enquêter discrètement, sous couvert de réaliser le portrait de la petite fille.
    En compagnie du commissaire et de Zélie, nous découvrons le Paris de la fin du XIXème siècle. Encore marquée par les horreurs de la Commune et par la chute de l'Empire, dix ans plus tôt, la capitale française est une ville fourmillante où se côtoient les plus riches et les plus miséreux, une ville aux faubourgs encore campagnards et modestes, qui s'étendent à ses portes. Paris n'est pas encore la mégapole très urbaine que nous connaissons aujourd'hui et qui ne cesse de grandir, elle est cernée de petits villages qui inspirent les peintres et les guinguettes s'égrainent en bords de Seine, dans des décors bucoliques et ruraux...
    La fin du XIXème est surtout une époque de prospérité à nulle autre pareille, l'industrialisation fait galoper le temps, la modernité est aux portes de l'Europe. Et cette grande modernité s'accompagne aussi malheureusement d'une paupérisation de plus en plus importante...Les beaux quartiers jouxtent les plus défavorisés, la richesse côtoie la misère, Paris est entouré de petits bourgs proprets et prospères comme de bouges sordides où sévissent malfrats de bas étage, alcoolisme, prostitution, violence, trafics en tous genres... Dans les pas d'Alexandre d'Arbourg, Zélie découvre aussi cet envers du décor peu reluisant, et nous avec. C'est l'un des aspects du livre que j'ai le plus aimés : parce que je m'attendais à ce que le roman tourne essentiellement autour du monde de l'art, je ne m'attendais pas à cette description presque ethnographique du Paris des années 1880, qui rappelle les portraits naturalistes de Zola.

    L'Académie Julian, par Marie Bashkirtseff (1881) : Marie, surnommée Mousse, apparaît dans L'Atelier des Poisons


    Le roman de Sylvie Gibert est finalement bien plus dense et plus profond, plus dénonciateur aussi peut-être, que ce que l'on pourrait attendre à la lecture du résumé...l'auteure aurait pu se contenter de centrer son récit sur Zélie et ses compagnes peintres de l'académie Julian, leur lutte pour se faire un nom, une place, les nuits sans sommeil, les doutes qui précèdent l'exposition de leurs oeuvres au Salon, parfois leur découragement quand elles se rendent compte du traitement reservé à leurs tableaux, sous prétexte que le pinceau a été tenu par une femme...franchement, il y'aurait déjà eu matière à faire un bon roman. Mais Gibert est allée plus loin, étendant son champ de vision : si Zélie symbolise ce monde de l'art en pleine mutation à la fin du XIXème siècle, l'autre personnage fort du roman, Alexandre d'Arbourg, commissaire à la Sûreté, symbolise cet autre aspect du roman, finalement tout aussi important : la police des années 1880, qui exerce encore avec des moyens limités pour traquer le crime et la malhonnêteté qui sont légion dans une capitale aussi vivante que Paris. Personnage mystérieux dont on ne sait que peu de choses avant la fin du roman, il attire immanquablement, on aimerait savoir ce qui se cache derrière son physique lisse et impeccable. Et finalement, l'intérêt du lecteur leur est accordé à parts égales : Zélie n'est pas la seule héroïne du roman et j'ai trouvé qu'elle formait un bon duo avec d'Arbourg.
    Peut-être vous attendez-vous à ce que Zélie et Alexandre forment un couple...je ne vous dirais rien concernant cela mais vous aurez sûrement une surprise si vous lisez L'Atelier des Poisons et j'ai trouvé intéressante la manière dont l'auteure se sert de leur relation...
    Finalement, dans une ambiance bien plus sombre que ce que pourrait laisser entrevoir les quelques lignes de la quatrième de couverture, ce roman nous entraîne, nous capture et ne nous lâche plus. Je ne me suis pas vraiment attachée aux personnages ni identifiée à eux, mais ils ont capté mon intérêt autrement, ce qui fait que je les ai finalement toujours retrouvés avec plaisir. Une fois lancée, j'ai eu du mal à poser le roman, j'avais l'impression de ne plus pouvoir m'arrêter, l'histoire s'est déroulée toute seule, avec simplicité, avec facilité, comme un ruban que l'on défait.
    J'ai eu l'impression d'une très agréable surprise parce que je m'étais fait une toute autre idée de ce roman en le commençant : j'en ai aimé le propos comme la plume et je ne peux que vous inciter à le lire, bien entendu, si vous aimez le monde des arts et les romans historiques. 

    En Bref :

    Les + : un roman captivant et difficile à lâcher une fois commencé ! L'auteure s'est autorisée à traiter beaucoup de sujets dans un même roman, tout en revenant toujours au monde l'art et sa difficulté, bien symbolisés par Zélie et sa force de caractère et sa ténacité. En un mot, une bonne surprise ! 
    Les - : aucun point négatif à soulever.  

     

    Les soeurs Brontë : la Force d'Exister ; Laura El Makki

    Thème de septembre, « Palettes et pastels », 9/12


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  • « Assis là, seul, la couronne en or auréolant son crâne, Henry déroula la carte et suivit des yeux le tracé d'une côté qu'il n'avait encore jamais vue. »

    Couverture Les serpents et la dague

     

     

         Publié en 2016 en Angleterre 

      En 2020 en France (pour la présente édition)

      Titre original : Sons of Blood

      Editions Pocket 

      648 pages 

      Premier tome de la saga Les Serpents et la Dague 

     

     

     

     

    Résumé :

     1483, Angleterre : la guerre des Deux-Roses s'achève, mais le royaume reste fragile et divisé. Lorsque le roi Edward IV meurt subitement, les anciennes rivalités se ravivent et une lutte impitoyable s'engage pour s'emparer du pouvoir suprême. Conscient du danger qui menace la Couronne, Thomas Vaughan, l'ancien chambellan du roi, rappelle Jack Wynter, son fils illégitime exilé en Espagne, afin qu'il le soutienne dans son combat pour maintenir l'autorité royale. 
    Or, le retour de Jack n'est pas vu d'un bon oeil par les rivaux de la Cour, ni par son demi-frère Harry qui rumine amèrement la préférence de leur père pour ce fils bâtard. Car Jack n'est pas seulement pour sauver le royaume, il conserve aussi un trésor qui pourrait changer l'avenir du pays et que son ère lui a demandé de garder, même au prix de sa vie. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Après les Templiers et l'ascension de Robert Bruce, dans L'Âme du Temple et Les Maîtres d'Écosse, Robyn Young ne s'attaque pas au moindre épisode de l'histoire de l'Angleterre, au contraire. Sa nouvelle saga ne traite rien de moins que de la guerre des Deux-Roses, ce conflit civil qui, à la fin du XVème siècle, fait basculer l'Angleterre dans la Renaissance, avec l'émergence d'une nouvelle dynastie, celle des Tudor. Pour moi, ce conflit permet de vérifier la règle qui veut que, bien souvent, la réalité dépasse la fiction et je pense que ce n'est pas un hasard si l'auteur de la fameuse saga Game of Thrones, G.R.R Martin, admet s'en être inspiré pour sa saga de fantasy médiévale ! 
    Nous sommes au début de l'année 1483. Après plusieurs années de paix fragile, le roi Edward IV meurt, laissant deux jeunes fils et une situation politique complexe. Son ambitieux frère, le duc de Gloucester, nommé lord Protecteur du royaume, écarte son neveu Edward pour prendre la couronne, faisant place nette autour de lui. Thomas Vaughan, homme de confiance du jeune Edward et ancien chambellan de son père, est l'une des premières victimes de ce raz-de-marée politique et dynastique. Avec lui, la famille de la reine douairière, Elizabeth Woodville, vacille aussi sur ses bases.
    À Seville, le fils illégitime de Vaughan, James Wynter, surnommé Jack, se morfond dans les salles de jeu et les bordels du port espagnol. Son père l'a éloigné d'Angleterre en lui confiant un mystérieux rouleau contenant une carte mais Jack n'en sait pas plus et ne connaît pas l'importance de cette carte du monde. Au moment où Richard de Gloucester s'empare du pouvoir en Angleterre, Jack retrouve son pays natal et, dans un contexte trouble où partisans ricardiens et opposants, ralliés aux Woodville ou à Margaret Beaufort, porte-drapeau de son fils Henry Tudor, exilé en Bretagne s'opposent, le jeune homme découvre peu à peu l'importance de l'objet que lui avait confié son père avant de l'envoyer en Espagne et surtout, que ledit objet semble semer la mort derrière lui... quelle est l'importance cachée de cette carte du monde, pour le moins subversive ? Quel est l'enjeu de sa possession et quelle puissance implique-t-elle ? Enfin, quel est le message caché derrière la dernière lettre de Thomas Vaughan, écrite avant qu'il ne monte à l'échafaud et pourquoi portait-il un anneau avec un étrange symbole faisant référence à un ancien dieu grec ? Plein de questions que Jack se pose, en même temps que nous, bien entendu.
    Très bonne fiction historique, Les serpents et la dague nous transporte à une nouvelle époque : après avoir découvert avec intérêt, sous la plume de Robyn Young, l'ascension du roi d'Écosse Robert Bruce, cette nouvelle série concentrée sur la guerre des Deux-Roses ne pouvait que me plaire. Cette époque charnière pour l'Angleterre, qui fait le lien entre le Moyen Âge et l'époque moderne (notamment marquée par les règnes d'Henry VIII et de sa fille Elizabeth Ière, dont la dynastie émerge à ce moment-là) est passionnante ! Cette lutte familiale pour le pouvoir n'est pas sans rappeler ce qui s'est passé en France au début du XVème siècle, avec le conflit qui opposa les Armagnacs aux Bourguignons. Elle va surtout faire naître une dynastie connue dans le monde entier et qui, malgré son règne court (un peu plus d'un siècle) va marquer l'histoire de l'Angleterre : la dynastie Tudor, victorieuse de Richard III sur le champ de bataille de Bosworth en 1485.

    Description de cette image, également commentée ci-après

     

    Une vision romantique de la bataille de Bosworth Field (août 1485), qui coûta la vie à Richard III et à plusieurs de ses compagnons. Immortalisée par Shakespeare dans sa pièce Richard III, la bataille l'est ici, en 1804, par Philippe-Jacques de Loutherbourg. 

     


    La connaissance que j'avais de cette époque vient de quelques lectures et surtout des romans de Philippa Gregory qui a notamment consacré une longue saga, The Cousin's war, à la guerre des Deux-Roses, en se concentrant essentiellement sur les figures féminines qui émaillent le conflit : Elizabeth Woodville mais aussi sa fille, Elizabeth d'York (future mère d'Henry VIII) ou encore Anne Neville, la fille du faiseur de roi, le comte de Warwick. Si j'ai aimé ses deux romans, La Reine clandestine et La Princesse blanche, qui racontent l'histoire d'Elizabeth Woodville et d'Elizabeth d'York, je n'avais pas trouvé pour autant qu'ils fassent partie de ses meilleures productions... et je reste encore perplexe devant les adaptations en série de ces deux romans : c'était plaisant à regarder mais pas forcément historiquement fiable.
    Ça l'est beaucoup plus chez Robyn Young même si l'auteure s'est permis quelques libertés de chronologie ou le développement de quelques hypothèses très romanesques et pas du tout certifiées par les historiens. Mais qu'importe, du moment que c'est cohérent. On s'aperçoit que cette guerre, relativement bien connue en ce qui concerne sa chronologie ou ses acteurs, comporte encore des zones d'ombre : c'est par exemple le cas pour ce qui est de la survivance des petits princes de la Tour, les deux fils d'Elizabeth Woodville et Edward IV, dont on perd la trace à partir de septembre 1483. Mis à l'écart par leur oncle dès sa prise de pouvoir, l'Histoire officielle retient en général que les deux garçons furent éliminés par les hommes de Gloucester, devenu Richard III, sans que l'on en sache bien plus, au final. Je me suis aperçue que cet épisode inspire beaucoup les romanciers anglo-saxons, un peu comme la possible survivance du petit Louis XVII peut nous passionner en France !!
    Ce roman m'a aussi beaucoup évoqué la saga Les Maîtres d'Écosse : l'histoire avec un grand H se mêle à une sorte d'enquête plus prophétique, plus ésotérique ou mystérieuse et j'ai également pu établir plusieurs parallèles entre le personnage de Jack Wynter et celui du jeune Robert Bruce, qui bataille pour la conquête du trône écossais. Jack, lui, bataille pour la vérité, ce qui est tout aussi honorable.
    Bref, ce premier tome qui mêle vérités et fiction m'a franchement convaincue et captivée ! Les deux intrigues (la carte et la mystérieuse Académie jointes à la prise de pouvoir de Richard de Gloucester puis celle de Tudor) se mêlent bien et le contexte historique, vraiment passionnant, sert de pont, de tremplin, à une quête pleine de mystères et qui évoquent des croyances ancestrales (la route de l'ouest, le mythe de l'Atlantide etc...)
    Le seul petit bémol que je soulèverais, c'est que le roman est peut-être par moments un peu inégal. J'ai eu l'impression que mon intérêt baissait parfois avant de remonter puis de stagner. Certains chapitres ne m'ont pas passionnée et j'ai donc ressenti quelques longueurs.
    Cela ne m'empêche pas de ressortir de ce roman enchantée ! L'idée que se fait Robyn Young de cette époque est proche de ce que j'en pense aussi donc je me suis retrouvée dans son propos. La suite me tend déjà les bras, j'ai hâte et j'y vois là un très bon signe ! J'ai beaucoup trop hâte de lire La Cour des Loups

    Les Serpents et la Dague ; Robyn Young

     

     

    Quelques personnages majeurs du récit : Margaret Beaufort, Richard III, sa nièce Elizabeth d'York et Henry Tudor, époux d'Elizabeth et fils de Margaret.

    En Bref :

    Les + : une saga très visuelle, à l'écriture précise qui permet de vraiment vivre l'intrigue. Parfois, j'avais l'impression d'être devant un écran et de regarder une série. Quand à l'intrigue, savant mélange de vérités historiques et de romanesque, elle est solide et captivante.
    Les - :
    quelques inégalités, des longueurs en milieu de roman. J'ai relevé aussi quelques petits anachronismes mais, sur l'ensemble du roman, ce n'est vraiment rien de bien grave !


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  • « Tout le monde croit ce qu'il veut croire et adapte la vérité à ses propres convictions. »

    Couverture Le commissaire aux morts étranges, tome 3 : Tuez qui vous voulez

     

     

     Publié en 2016

     Editions Babel (collection Noir) 

     391 pages 

     Troisième tome de la saga Une Enquête du commissaire   aux Morts Étranges 

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Hiver 1759. Alors que s'élèvent les fusées multicolores d'un splendide feu d'artifice donné par le roi à son bon peuple de Paris, un inconnu est assassiné dans une ruelle. C'est le troisième jeune homme retrouvé égorgé et la langue arrachée. Mais cette fois, la victime est russe. 
    Au même moment, les rues de Paris s'enfièvrent à l'approche de la fête des Fous qu'un mystérieux individu invite à ressusciter. La cour, quant à elle, est parcourue de rumeurs au sujet du mystérieux chevalier d’Éon, secrétaire d'ambassade à Saint-Pétersbourg et, dit-on, émissaire du Secret du roi, une diplomatie parallèle mise en place par Louis XV...
    En quelques jours, l'ordre social paraît s'inverser et même le moine semble gagné par la folie ambiante. Sartine, le lieutenant général de police, craint des débordements car le peuple est seul maître de la rue. Le commissaire aux morts étranges, lui, garde la tête froide et mène l'enquête. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Dans ce troisième opus des enquêtes du chevalier de Volnay, commissaire aux morts étranges, Olivier Barde-Cabuçon nous emmène à la Noël de 1759. Alors que les Parisiens se pressent dans les rues pour assister au feu d'artifice tiré au-dessus de la Seine, un jeune homme est retrouvé assassiné, la gorge tranchée. Un meurtre qui fait écho à deux autres crimes perpétrés quelques jours plus tôt mais qui présente cela dit un petit inconvénient pour le pouvoir en place : la victime est russe et cela est inquiétant, quand on sait que le roi Louis XV est alors en pleine tractations secrètes avec la tsarine Elisabeth pour établir une alliance franco-russe qui couperait l'herbe sous le pied de l'ennemi anglais...
    Volnay et son acolyte le moine se voient donc confier une enquête délicate qui met au supplice le lieutenant général de police, Sartine. Et cela ne s'arrange pas quand Volnay découvre sur ses pas un agent du secret du roi, un personnage étrange et secret qui n'hésite pas à se travestir à l'envi en femme : le fameux chevalier d’Éon, espion et membre du Secret du roi qui mena effectivement des missions secrètes en Russie pour le compte de l'État français.
    Cette troisième enquête aborde pas mal de sujets passionnants (mais qu'est-ce qui ne l'est pas, quand on parle du XVIIIème siècle ?!) : la Fête des fous, célébration qui confine au paganisme et répand des relents de superstition sur la capitale, le jansénisme, les convulsionnaires, la diplomatie de cette fin de décennie 1750, qui voit un rapprochement entre la France et le géant de l'est, la Russie, conséquence du renversement des alliances qui commence en 1756 et voit la Russie devenir un satellite de la grande alliance austro-française.
    L'Histoire avec un grand H se mêle à des aspects plus sociétaux et c'est quelque chose que j'apprécie dans cette saga, comme j'ai pu l'apprécier dans les enquêtes de Nicolas Le Floch, un autre fameux enquêteur qui œuvre presque en même temps et dans le même contexte que Volnay.
    Ainsi, dans Tuez qui vous voulez, on découvre la mainmise du roi Louis XV sur la diplomatie de son royaume, avec la création d'un réseau sans précédent et dont même ses ministres les plus proches ne sont pas informés : c'est ce que l'on appelle le Cabinet noir ou le Secret du roi, dont fit réellement partie le chevalier d’Éon. On découvre les tractations secrètes menées par ce réseau d'espions qui sillonne l'Europe pour le compte du roi de France et la manière dont les alliances se nouent et se dénouent, avec fourberie et force circonvolutions...
    Et puis on découvre qu'à Paris, l'opposition au pouvoir royal n'est pas que politique ou, du moins que, la fin justifiant les moyens, on se sert de la religion à tour de bras à des fins politiques : en cette fin des années 1750, le jansénisme, mouvement condamné par le pape en 1713, n'est pourtant pas mort ni muet. Malgré la destruction de l'abbaye de Port-Royal sous le règne précédent et la condamnation du jansénisme par la royauté comme par la papauté, on continue à assister à des faits bien surprenants : des femmes qui entrent en transe sur la tombe d'un diacre janséniste, François de Pâris, par exemple...on les appelle les convulsionnaires et ces mouvements spontanés emmènent à des débordements mystiques et superstitieux (crucifixions pour connaître les tourments du Christ, violences physiques et mortifications...).
    En intégrant parfaitement son enquête dans ce contexte riche, passionnant et surtout bien documenté, Olivier Barde-Cabuçon se plaît à nous égarer sur de fausses pistes avant le rebondissement ultime que je n'avais franchement pas vu venir.
    J'ai eu l'impression que cette enquête était peut-être moins complexe que les deux précédentes, dans le sens où j'ai lu ce tome avec beaucoup de facilité mais ça reste malgré tout une lecture très plaisante. Pour moi qui ne me remets pas de la fin de Nicolas Le Floch, retrouver un enquêteur du XVIIIème siècle est un vrai plaisir !

    En Bref :

    Les + : C'est toujours aussi plaisant, c'est toujours aussi bien écrit et l'amoureuse du XVIIIème siècle que je suis se plonge toujours avec curiosité et plaisir dans l'univers sombre à souhait d'Olivier Barde-Cabuçon, combinant histoire avec un grand H et aspects plus sociétaux finement restitués. Une saga que je ne suis pas prête de laisser tomber ! 
    Les - :
    Aucun ! Cette troisième enquête était passionnante.


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  • « Dans le labyrinthe chartrain, on ne se perd pas. Le parcours est sinueux et compliqué, à l'image de la vie, mais on finit toujours, après bien des pérégrinations, à entrer symboliquement dans la Jérusalem céleste. »

    La Prophétie de la Cathédrale ; Christophe Ferré

     

     

     

      Publié en 2020

     Titre original : La Révélation de Chartres 

     Editions Archipoche 

     396 pages

     

     

     

     

     

    Résumé : 

    «Il n'y a de Dieu qu'Allah l'Unique. » Par quel mystère la profession de foi de l'islam figure-t-elle sur un vitrail de la cathédrale de Chartres retraçant la vie du Christ ? 

    Lors de fouilles dans la crypte de la cathédrale, Mary, jeune et brillante étudiante, est sur le point de mettre au jour une découverte archéologique majeure. 

    Mais cette révélation risque de bouleverser l'équilibre du monde. Un rempart de haine et de sang se dresse alors pour empêcher la jeune femme d'accéder à cette vérité qui dérange. 

    Quelle est l'étrange congrégation prête à supprimer tous ceux qui s'approchent trop près du secret ? Quel est le secret ? Une prophétie vieille de plusieurs siècles est-elle en train de s'accomplir ? 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    La cathédrale de Chartres, immense vaisseau gothique dominant les plaines de la Beauce est, depuis le Moyen Âge, un centre religieux majeur. Réputée aujourd'hui notamment pour ses superbes verrières et portails, Chartres est visitée par des millions de touristes.
    Et si un mystère, un secret, avait conduit à faire de cette cathédrale de province l'une des plus importantes de la chrétienté, au même titre que Notre-Dame de Paris ? Et si, en plus d'abriter le Voile de la Vierge, la cathédrale chartraine était l'objet d'une prophétie séculaire qui, avec l'arrivée de la jeune scientifique américaine, semble sur le point de se réaliser ? Pourquoi, sur l'une des verrières consacrées à la vie du Christ, a-t-on trouvé la représentation des rois mages offrant au nouveau-né des dinars sur lesquels est écrite la profession de foi de l'islam ?
    Mary Kennedy, jeune archéologue américaine venue travailler sur un chantier de fouilles, va être mêlée à une histoire qui la dépasse et percer un secret que l'humanité ne soupçonne pas.
    Et si Chartres était finalement un grand sanctuaire œcuménique, dont la mission première est d'apporter la paix ? Pourtant, l'étrange confrérie qui pourchasse la jeune Américaine et ne tient absolument pas à ce que le secret qui dort dans les flancs de la cathédrale soit éventé, est tout sauf pacifique et c'est une véritable course-poursuite qui s'engage entre la jeune femme soucieuse de sauver sa peau mais aussi de découvrir enfin ce qui a poussé plusieurs personnes à rompre l'omerta et donc, à risquer leur vie, pour l'initier et les mystérieux personnages qui ont semé bien des morts autour d'elle et ne semblent reculer devant rien. 
    En mélangeant des faits historiques avérés et de solides recherches archéologiques, sur lesquels il a jeté une intrigue romanesque et ésotérique haletante à souhait, Christophe Ferré nous propose un roman court et dynamique, qui va droit au but et ne nous laisse pas reprendre notre souffle un seul instant !
    Ce thriller ésotérique m'a fait sortir de ma zone de confort, même si l'Histoire est omniprésente en filigrane du récit. Je n'y ai pas tout aimé (et de nombreuses coquilles d'impression ont malheureusement un peu gêné ma lecture) mais j'ai malgré tout eu du mal à le lâcher parce que le suspense y est savamment dosé et donne envie d'avancer, de tourner les pages et de connaître enfin le dénouement de ce roman étrange qui mêle un aspect policier et un autre plus historique et romanesque quoique basé sur une idée de départ véridique : la présence plus qu'étrange sur un vitrail gothique d'un sanctuaire catholique de la première phrase de la profession de foi musulmane : « Il n'y a de Dieu qu'Allah l'unique. » Évidemment c'est surprenant et cela nous questionne encore... en apportant une réponse, certes fictive et traitée d'une manière particulière, mais une réponse quand même, Christophe Ferré nous passionne pour l'histoire de ce lieu emblématique qui a traversé le temps et capté les croyances ancestrales des hommes bien avant le christianisme.

    Cathédrale de Chartres

    Immense vaisseau de pierre, la cathédrale de Chartres domine la ville depuis le Moyen Âge. 


    Que l'on soit croyant ou pas, ce roman ne peut que fasciner : les mystères attachés aux vieux édifices, châteaux, églises, cathédrales, ont quelque chose de passionnant parce qu'on ressent au fond de nous que tout n'est pas connu, que tout n'est pas expliqué ni explicable. Même si votre esprit cartésien reprend le dessus par moments, nul doute que, si vous aimez vous questionner et les énigmes de l'Histoire et des civilisations, vous serez embarqué par cette intrigue.
    Vous l'aurez sûrement compris, le fond du récit m'a vraiment plu et j'ai apprécié de découvrir l'histoire de Chartres. J'ai été un peu moins séduite, par moments, par le style de l'auteur et je regrette de ne pas avoir réussi à m'attacher à Mary, même si nous avons au moins un point commun, elle et moi : la passion de l'Histoire et des vieilles pierres. Malgré tout, je me suis sentie proche d'elle et j'espérais qu'elle se sorte de cette affaire sordide sans trop de mal : elle m'a rappelé un personnage de Karen Maitland dans La Malédiction de Norfolk qui se retrouve soudain pris dans un tourbillon qui le dépasse, qu'il ne comprend pas et qui l'empêche de revenir en arrière et de retrouver une vie normale. On ressent tout au long du roman la tension, la peur qui anime la jeune femme, on se surprend parfois à lire en étant tendu, les mains presque tremblantes, en se demandant ce qui va arriver à la page suivante.
    Je n'ai donc pas été pleinement séduite par ma lecture mais dans l'ensemble, pour une première, ce fut une assez agréable surprise et j'ai terminé ce roman avec un petit pincement de regret, me disant que si ce que Christophe Ferré a imaginé advenait vraiment, ce serait quand même vachement bien et peut-être le monde se porterait-il mieux.
    Si vous aimez les intrigues historiques mais pas trop, les thrillers contemporains haletants et les mystères ésotériques, alors ce roman est fait pour vous.

    En Bref :

    Les + : l'aspect ésotérique, quoique fictif, est passionnant, cette histoire de prophétie, de croyances ancestrales, m'a vraiment bien plu. Le roman est de plus efficace et haletant.
    Les - :
    le style de l'auteur a parfois peiné à me convaincre tout à fait et surtout, les nombreuses coquilles, qui ne lui sont toutefois pas imputables, gênent malgré tout la lecture, c'est dommage. 


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  • « Parfois, la situation nous échappe. On fait des choses sans en avoir l’intention et on donnerait tout pour revenir en arrière. »

    Couverture Le cercle des sept pierres

     

     

      Publié en 2017 aux Etats-Unis

     En 2018 en France (pour la présente édition)

     Titre original : Seven stones to stand or fall

     Editions J'ai Lu

     Hors-série dans l'univers de la saga Outlander (Le   Chardon et le Tartan)

     

     

     

    Résumé :

    Avec ce recueil, Diana Gabaldon ajoute sept pierres à son grand-oeuvre. 

    Lord John Grey sera sur tous les fronts : de la bataille de Québec au poste de gouverneur de la Jamaïque, en passant par La Havane pour voler au secours de sa mère. Maître Raymond arpentera les rues sombres de Paris tandis qu'on découvrira, entre autres, l'histoire mouvementée de la famille MacKenzie durant la Seconde Guerre mondiale. Pour finir, retour en France avec Jamie Fraser et Ian Murray qui, dans leur jeunesse, ont endossé le costume de mercenaires...

    Des nouvelles inédites dans l'univers d'Outlander, qui se lisent indépendamment et nous entraînent à travers le monde ! 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Quel plaisir de retrouver Diana Gabaldon et l'univers d'Outlander ! Bon, on ne va pas se mentir, j'aurais préféré retrouver Outlander avec le neuvième tome (dont on connaît déjà le titre anglophone Go tell the bees that I am gone) que j'attends impatiemment mais vu qu'il n'est pas même sorti aux États-unis, je me dis que je n'ai qu'à attendre et ces recueils hors-série sont justement un moyen distrayant de patienter.
    Dans Le cercle des Sept pierres, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on voyage et qu'on ne s'ennuie pas une seconde. L'auteure a mis sur le devant de la scène des personnages secondaires de la saga Outlander, donc si vous vous languissez de Jamie et Claire, inutile de vous jeter sur ce livre parce qu'ils en sont quasi absents : Jamie fait quelques apparitions, Claire est juste mentionnée... mais justement, c'est ce qui est intéressant ! On y retrouve à plusieurs reprises John Grey (à Québec lors de la bataille des plaines d'Abraham en 1759, en Jamaïque puis à La Havane lors du siège de 1762), on suit Joan McKimmie, la sœur de Marsali, dans son voyage d'Écosse vers Paris escortée par Michael Murray, le fils de Jenny et Ian (et frère de Petit Ian). On revient à Paris dans les années 1740, dans le sillage de l'inquiétant comte de Saint-Germain et de Maître Raymond.
    Et pour les inconditionnels de Roger, la nouvelle Le vent de la Toussaint revient en détail sur la vie de ses parents pendant la Seconde guerre mondiale et sur le mystère de la disparition de son père Jerry lors d'un entraînement militaire dans le Northumberland...

    Will Outlander Launch A Lord John Grey Spinoff? Here's The Latest -  CINEMABLEND

    John Grey apparaît dans plusieurs nouvelles du recueil, au Québec, à la Jamaïque ou encore à Cuba...


    Ce que j'ai aimé dans ce recueil plutôt dense, c'est justement cet aspect pas du tout linéaire, les retours incessants dans le temps (c'est bien la moindre des choses dans Outlander), les focus sur différents personnages secondaires ou sur la jeunesse pas forcément détaillée dans la série des personnages principaux (dans Novices, on découvre la jeunesse française de Jamie et Ian, dans une troupe de mercenaires)... Si l'auteure apporte des réponses, ce n'est pas forcément le but non plus et j'ai plus eu l'impression que ce recueil venait combler les « vides » en quelque sorte de la série où, évidemment, l'auteure ne peut pas s'étendre forcément en détails sur tout : on découvre par exemple le parcours de John Grey entre le moment où, gouverneur de la prison d'Ardsmuir en Écosse, il se lie d'amitié avec Jamie et le moment où ils vont se retrouver en Amérique, dans le contexte de la guerre d'indépendance... J'ai d'ailleurs apprécié de suivre ce personnage qui prend de plus en plus de place dans la saga (et c'est mérité car lord John est un personnage vraiment intéressant) et de découvrir la jeunesse de sa belle-sœur Minnie, mentionnée dans le huitième tome de Outlander mais qui a eu une jeunesse bien plus palpitante que celle de toute autre duchesse anglaise du XVIIIème siècle !
    Bref, si vous aimez l'univers d'Outlander, si vous avez lu tous les romans ou pas, certainement que vous trouverez votre compte avec ces romans hors-série qui permettent finalement de garder un lien avec la saga en attendant que sortent les neuvième et dixième tomes, qui concluront la saga principale. Je sais que des lecteurs ont considéré les spin-off d'Outlander comme des produits uniquement commerciaux et pas forcément utiles ni intéressants... chacun son avis. Personnellement je n'ai pas ressenti cela en lisant Le Cercle des Sept pierres. J'ai retrouvé au contraire ce qui fait le sel de la saga principale et la chronologie présentée au début du livre rafraîchit la mémoire (j'avoue avoir eu quelques petits flottements chronologiques par moments, donc elle n'était pas de trop) et permet d'inclure totalement ces nouvelles et romans courts dans l'univers touffu d'Outlander. Certes, on n'y croise à peine Jamie et Claire mais c'est aussi intéressant de se rendre compte que la série peut vivre sans eux ou du moins sans qu'ils soient au centre de toutes les intrigues. 
    Et si ces hors-série peuvent permettre à la saga de vivre et se développer au-delà de ses dix tomes principaux, personnellement ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre

    En Bref :

    Les + : des nouvelles ou des romans courts qui abordent pleins de sujets, mettent en scène divers personnages secondaires de la saga et nous les font mieux connaître, un voyage incessant dans les lieux et le temps...bref, on ne s'ennuie pas une seule seconde.>
    Les - :
    parfois quelques petits moments de flottement concernant la chronologie (surtout dans Le vent de la Toussaint) mais sinon rien de grave.


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