• « Les vices entrent dans la composition des vertus, comme les poisons dans la composition des remèdes. » 

    Le Temps des Femmes, tome 2, La Revanche de Blanche ; Emmanuelle de Boysson  

    Publié en 2013

    Editions J'ai Lu

    442 pages 

    Second tome de la saga Le Temps des Femmes

     

    Résumé :

     

    1664. Avant de mourir, Emilie révèle à sa fille Blanche de La Motte qu'elle a été bannie des salons littéraires parisiens. Blanche ne l'oubliera jamais. Elevée par Ninon de Lenclos, l'orpheline assiste à la représentation des Précieuses Ridicules. Une révélation : elle sera comédienne de la troupe de Molière. Volontaire et fragile, Blanche aimera trois hommes, dont Louis XIV. Jalousée, menacée, son amitié avec la sulfureuse Montespan l'entraîne au cœur des intrigues de la cour et de l'affaire des Poisons.

    Dans les coulisses de Versailles et du théâtre du XVIIème siècle, ce roman captivant mêle avec finesse le jeu des ambitions et les manœuvres de grandes dames fascinées par les pouvoirs occultes. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Dans le second tome du Temps des Femmes, nous faisons la connaissance de Blanche de La Motte, la fille bâtarde qu'Emilie Le Guilvinec, héroïne du premier tome, a eu de ses amours avec le poète Ronan Le Guillou. Laissée enfant aux bons soins de la courtisane Ninon de Lenclos, Blanche ne reverra jamais ses parents. Partie rejoindre son amant en Nouvelle-France, Emilie y trouve la mort après avoir contracté une épidémie.
    Elevée à Paris auprès d'Antoine de la Boissière, fils que Ninon eut du marquis de Villarceaux, la petite Blanche se prend bien vite de passion pour le théâtre et intègre la troupe de Molière. Mais, bientôt, elle est introduite à la Cour, où elle se lie d'amitié avec la belle Athénaïs de Montespan et où elle devient suivante de la reine Marie-Thérèse. Et il se pourrait bien qu'elle ne laisse pas le jeune roi, Louis XIV, dont le sang est bouillonnant, indifférent...
    L'idée de départ est bonne, même s'ils sont nombreux, les auteurs qui nous ont brossé des portraits plus ou moins différents du Grand Siècle. Il faut dire que le siècle de Louis XIV est particulièrement inspirant, de part sa richesse en événements mais aussi, de part sa richesse culturelle et ses personnages marquants. Dommage qu'Emmanuelle de Boysson ne parvienne pas à nous captiver, car il y'avait de la matière ! Le style reste relativement monotone et terne, comme dans le premier tome et même si j'ai pris plaisir à découvrir le destin de Blanche, j'ai trouvé que certaines péripéties étaient quelque peu téléphonées et pas forcément très crédibles. J'ai trouvé également un peu dommage que la cour de Louis XIV soit dépeinte de façon si vulgaire...Alors certes, on était certainement bien plus trivial au XVIIème -quoique...- que de nos jours, mais je ne comprends pas l'intérêt de décrire la reine Marie-Thérèse comme une femme coléreuse et capricieuse, se bourrant sans cesse d'une nourriture qu'elle vomit à travers les portières des carrosses ! Certes la reine n'était pas gâtée par la nature mais à ce point-là...Idem pour le personnage d'Athénaïs. Si son côté hautain est relativement bien restitué, dans l'ensemble, c'est un personnage très vulgaire et un peu trop machiavélique qui est représenté dans le roman, au détriment de cet esprit que tous les historiens s'accordent à lui donner tant Madame de Montespan était connue pour ses réparties et ses bons mots. Quant au roi, sultan d'un harem de femmes alanguies bon...pourquoi pas ? mais bon, bien qu'aimant les femmes, Louis XIV était quand même loin d'entretenir un caravansérail pour autant !

     

    Le Temps des Femmes, tome 2, La Revanche de Blanche ; Emmanuelle de Boysson

    Molière et les sarcastiques de sa troupe (tableau d'Edmond Geoffroy, 1857)

    Quant au personnage principal de Blanche, malgré sa fragilité, j'ai eu énormément de mal à m'attacher à elle. Sans dire que je ne l'ai pas aimée, disons qu'elle m'a parfois tapé sur les nerfs. Puérile par moments, elle agace un peu, comme Emilie dans la première tome. Du coup, je me demande ce qu'il va en être de Marquise dans le tome 3. Sera-t-elle aussi agaçante que ses aînées ou un peu plus attachante ?
    Bon point, par contre, pour le contexte historique bien restitué. On suit avec plaisir le déroulement de cette sordide affaire qui marqua le règne de Louis XIV d'une tâche noire et qui est restée dans l'Histoire sous le nom d'Affaire des Poisons, affaire qui éclaboussa de nombreux grands noms et, parmi eux, celui de Madame de Montespan, favorite de Louis XIV ou encore, la comtesse de Soissons, nièce de Mazarin et ancien amour du roi. La complicité puis la rivalité latente qui opposeront Athénaïs et Françoise de Maintenon, gouvernante des bâtards royaux avant de devenir maîtresse puis épouse cachée du Roi-Soleil, est bien emmenée également, tout comme le monde du théâtre est relativement bien décrit : le théâtre du XVIIème siècle est peu exploité -bien que très connu et étudié- dans les romans et, comme dans Le Salon d'Emilie, l'auteure a au moins eu le mérite de baser son récit sur un sujet qui change de ce qu'on peut lire d'habitude. On suit la Cour de Fontainebleau à Saint-Germain et de Saint-Germain aux fastes dorés de Versailles et c'est particulièrement plaisant que de se replonger dans cette ambiance si particulière qui marque le XVIIème siècle et l'apogée du règne de Louis XIV, d'autant plus que la jeune Blanche, grâce aux caprices -chanceux ?- du destin, se retrouve souvent aux premières loges. Dommage que le style ne captive pas et que les personnages nous ennuient vite...

     

    Le Temps des Femmes, tome 2, La Revanche de Blanche ; Emmanuelle de Boysson

    La Voisin, l'une des plus célèbres empoisonneuses jugées pendant L'Affaire des Poisons

    En Bref :

    Les + : intéressante description du règne de Louis XIV. 
    Les - : des personnages trop caricaturaux et un récit encore trop monotone.


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  • « Qu'est-ce que l'art sinon l'écho de ce qui bruisse dans l'ombre, de ce qui palpite sous la terre ? »

    Le Temps des Femmes, tome 3, Oublier Marquise ; Emmanuelle de Boysson

    Publié en 2013

    Editions Flammarion (collection Romans Historiques)

    393 pages

    Troisième tome de la saga Le Temps des Femmes

     

    Résumé :

    1708. Mariée à Armand de Belle-Isle dont elle a deux enfants, Marquise rêve de devenir un peintre reconnu. Au cours d'une réception, elle tombe amoureuse d'un jeune artiste surdoué, fragile et irrésistible, Antoine Watteau. Ils s'aimeront à la folie. Il l'initiera aux fêtes galantes ; elle l'admirera et l'accompagnera jusqu'à sa mort prématurée, à trente-sept ans.
    Bâtarde secrète de Louis XIV, Marquise charmera le vieux roi : il la légitimera dans son testament. Devenu régent, le duc d'Orléans qui abusa d'elle, trahira les dernières volontés du monarque. Elle n'aura de cesse, dès lors, de se venger, ira jusqu'à conspirer avec la duchesse du Maine et une bande d'aventuriers. Complots, enlèvements, jeux de masques, elle ne reculera devant rien.
    Un roman illuminé par l'amour et le génie de Watteau.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Paris, début XVIIIème siècle. Nous sommes à la fin du règne du Roi-Soleil vieillissant. Marquise, âgée de trente-huit ans, mariée depuis de nombreuses années à Armand de Belle-Isle, dont elle a eu deux enfants, est une artiste qui se cherche encore. Fille illégitime du roi et d'une jeune comédienne, Blanche de La Motte, héroïne du tome précédent et qui dut s'exiler en Nouvelle-France pour échapper aux foudres de la Chambre Ardente à la suite du scandale de l'Affaire des Poisons, Marquise a hérité de la fibre artistique des femmes de sa famille. Sa mère fut comédienne chez Molière et Racine et sa grand-mère, la fameuse Emilie, qui commença sa carrière comme gouvernante chez la comtesse de La Tour, devint une précieuse renommée du Marais. Un jour, lors d'une réception, Marquise rencontre un jeune artiste prometteur qui arrive tout droit de Valenciennes. Il a pour nom Antoine Watteau, ne le sait pas, mais marquera, à l'instar de Chardin, Greuze, Boucher, Fragonard, la peinture française du XVIIIème siècle...Jeune homme torturé et malade, Watteau n'en est pas moins un génie de la peinture et il devient l'amant de la belle Marquise. Mais, bien vite, les anciens démons de la fille de Blanche et du roi vont la rattraper. A la mort de Louis XIV en 1715, sa famille illégitime, représentée par le comte de Toulouse et surtout le duc du Maine et sa femme, Bénédicte, surnommée la Grande Ludovise, va affronter la famille dite légitime et représentée notamment par le neveu du roi, Philippe d'Orléans, qui n'hésite pas à casser le testament du roi défunt pour devenir Régent durant la minorité du jeune Louis XV. Afin d'asseoir son autorité, il refuse aux bâtards du roi la reconnaissance officielle à laquelle ils aspiraient tous. S'alliant à celui qui est son demi-frère, le duc du Maine et sa charismatique épouse, Marquise va faire du combat des enfants de la Montespan le sien propre et décide de partir en croisade contre le duc d'Orléans, qu'elle hait depuis qu'il a abusé d'elle quelques années auparavant.

    Le Temps des Femmes, tome 3, Oublier Marquise ; Emmanuelle de Boysson

    L'Embarquement pour Cythère (Antoine Watteau, 1717)


    Voici pour les grandes lignes et le positionnement du contexte. J'ai commencé ce livre avec beaucoup d'attentes, malgré la déception certaine que j'ai pu ressentir à la lecture des deux premiers tomes, Le Salon d'Emilie et La Revanche de Blanche. J'en étais ressortie franchement pas emballée, c'est le moins qu'on puisse dire. J'attendais un peu plus de ce troisième tome dans le sens où j'adore l'art et Watteau fait partie de mes peintres préférés. J'adore la peinture du XVIIIème et surtout celle dite galante, représentée notamment par Watteau mais aussi Fragonard ou encore Boucher. Découverte à la fac, j'avais eu un vrai coup de coeur pour la peinture de Watteau, touchante, émouvante. Belle, en un mot, et très humaine aussi, peut-être de par le tragique destin de son auteur. Je me disais donc que, peut-être, ce tome-ci résonnerait un peu plus pour moi, dans le sens où est abordé dedans un sujet qui m'intéresse tout particulièrement. Et finalement...non. C'est catégorique mais l'exacte vérité. Non seulement j'ai traîné en longueur pour le terminer mais, en plus, je n'ai franchement pas été emballée : la fâcheuse impression que je traîne depuis Le Salon d'Emilie s'est malheureusement confirmée une troisième fois. Même si le personnage de Marquise m'a bien plus plu qu'Emilie et Blanche qui m'ont parfois franchement agacée. J'ai aimé ce personnage d'amoureuse finalement assez peu conventionnelle. Pour l'époque, une femme de quarante ans -et plus, puisque nous suivons Marquise sur une durée de plus de dix ans-, est déjà une femme mûre, parfois même une grand-mère : en cela, elle tranche radicalement avec ses deux aînées, présentées dans leur prime jeunesse, alors que nous découvrons Marquise comme une femme à la vie déjà bien installée et entrant doucement dans la maturité. Ceci serait d'ailleurs l'un des rares points positifs du roman, j'ai en effet apprécié de découvrir une héroïne murissante, parfois plus complexe qu'une plus jeune. Mais, ici, Marquise est une amoureuse, amoureuse de Watteau, amoureuse de la peinture. Une femme qui n'entre pas dans les normes de son temps et qui, en cela, est plutôt actuelle. J'ai également beaucoup aimé cette plongée dans l'univers torturé mais tellement onirique d'Antoine Watteau. Contexte historique relativement bien amené également et le style beaucoup moins monotone que dans les premiers tomes, c'est à noter.
    Pour le reste, eh bien je soulèverais un peu les mêmes critiques que pour les tomes précédents. Des personnages récurrents ou secondaires trop caricaturaux voire particulièrement détestables. Beaucoup de vulgarité...l'époque ne faisait certes pas dans la dentelle mais ce n'est pas une obligation d'en rajouter et d'exagérer dessus même si, je suis d'accord, il y'a matière. Le personnage de Philippe d'Orléans, le Régent, est particulièrement détestable et même s'il ne fut certainement pas un enfant de chœur, de là à en faire un personnage machiavélique, non.
    Bref, sans avoir été complètement rebutée par ce livre, je dois dire que je n'ai pas spécialement été captivée. Je ne me suis pas ennuyée mais je n'ai pas non plus réussi à entrer complètement dans l'intrigue et c'est dommage.

    Le Temps des Femmes, tome 3, Oublier Marquise ; Emmanuelle de Boysson

    L'Enseigne de Gersaint, dernière grande oeuvre de Watteau (1720)

    En Bref :

    Les + : le personnage de Marquise, attachant et la plongée dans le monde onirique de Watteau et de la peinture en général que nous propose l'auteure.
    Les - : 
    encore trop de caricature dans la description des personnages.


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  • In My Mail Box - Août 2014

     

    Dans l'Ombre des Tudors, tome 1, Le Conseiller ; Hilary Mantel

    Edition Pocket

    Date de parution : 2014

    Sujet : Histoire, Renaissance, Angleterre, dynastie des Tudors

    * * * 

    Les Maîtres d'Ecosse, tome 1, Insurrection ; Robyn Young

    Editions Pocket

    Date de parution : 2013

    Sujet : Histoire, Moyen Âge, Ecosse 

    * * * 

    In My Mail Box - Août 2014 

    Les Maîtres d'Ecosse, tome 2, Renégat ; Robyn Young

    Editions Pocket, collection Best

    Date de parution : 2014

    Sujet : Histoire, Moyen Âge, Ecosse

    * * * 

    De Deux Roses l'une ; Juliette Benzoni

    Editions Bartillat

    Date de parution : 2014

    Sujet : Histoire, Moyen Âge, Angleterre, Guerre des Deux-Roses

     


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    INTERMÈDE HISTOIRE LXV

    INTERMÈDE HISTOIRE LXV

     

    I. Jeunesse d'un prince héritier

    INTERMÈDE HISTOIRE LXV

    Louis II de Bavière, dont le nom germanique est Ludwig Otto Friedrich Wilhelm von Wittelsbach, est né le 25 août 1845 à Nymphenburg, à Munich. Il est roi de Bavière de 1864 à 1886 et est surtout connu pour sa supposée folie et ses magnifiques châteaux bâtis dans les Alpes bavaroises.
    Louis est le fils aîné du roi Maximilien II de Bavière, à qui il va succéder sur le trône de Bavière et de Marie de Honhenzollern, princesse prussienne. Par son grand-père, Louis Ier, il est le cousin des ducs en Bavière (parmi eux, la célèbre Sissi) mais aussi de l'empereur d'Autriche : en effet, deux soeurs du roi Louis, Ludovica et Sophie, ont épousé respectivement le duc Maximilien en Bavière et un archiduc d'Autriche. Ludovica est la mère de Sissi, Sophie, de François-Joseph, empereur d'Autriche.
    En 1846, la nourrice de Louis, qui a alors huit mois, contracte la fièvre typhoïde et en meurt. Ce sevrage brutal est considéré comme un véritable choc psychologique par des spécialistes. La même année, son grand-père, Louis Ier, tombe amoureux de l'aventurière Lola Montez et il abdique en 1848.
    C'est donc le père de Louis qui monte sur le trône : il devient le roi Maximilien II et il rétablit le calme en Bavière, après la fin de règne tapageuse de son propre père. Roi cultivé, Maximilien II encourage les arts et les ciences et se prononce contre le travail des enfants, couramment usité au XIXème siècle. Il fonde également des institutions de charité et prend des mesures concrètes en faveur de l'emploi. Maximilien II a l'ambition de forger une place de premier plan à son pays, la Bavière, face à l'Autriche et à la puissante Prusse. Le roi Maximilien est aussi un homme de bibliothèque se passionnant pour les livres tandis que son épouse, Maerie, est une femme de plein air et qui pratique avec passion l'alpinisme.
    En tant que fils aîné de Maximilien, lorsque ce dernier accède au trône, Louis devient automatiquement prince héritier. Le roi décide alors de prendre en charge l'éducation de son fils et c'est un enseignement particulièrement chargé qui s'abbat sur les épaules du jeune garçon : « lever à 5h l’été, à 6h l’hiver, petit déjeuner rapide et frugal, puis des heures d’étude à peine ponctuées d’une ou deux heures de détente. Ajoutons à l’instruction théorique et universelle, la discipline physique, comme la danse, l’escrime, le maniement des armes, l’équitation, la natation... et la discipline artistique, comme le dessin, la musique... Tous ces savoirs ennuieront pour la plupart le jeune prince, sauf la littérature, l’histoire, les sciences naturelles, l’histoire religieuse et l’enseignement de la langue française, qu’il possédera plus tard à la perfection. Tout cet enseignement ne laisse donc que peu de place aux contacts humains, en particulier aux rapports filiaux. »
    Mais, fantasque, amant à se costumer, prenant plaisir à faire du théâtre et à pratiquer la peinture entre autres choses, Louis est incompris de ses parents. Il a aussi un caractère sensible et solitaire, radicalement opposé à celui de son père, qui, de ce fait, s'éloign,e de lui et ne sait pas lui parler. Louis partage avec sa mère, la reine Marie, le goût de la montagne et de l'alpinisme mais elle ne le comprend pas plus que Maximilien II et se moque d'ailleurs des « envolées » de son fils, ce qui blesse cruellement le jeune prince, particulièrement sensible. De plus, la reine Marie préfère à Louis son jeune frère Othon, qu'elle trouve « plus ouvert, plus souriant, plus épanoui » et beaucoup plus facile à élever.
    Lentement, à cause de cette incompréhension de ses parents qui lui fait du mal, le jeune Louis se replie sur lui même et développe des sentiments très forts pour les personnes attachées à son éducation, qu'il aimera souvent bien plus fort que ses deux parents.
    Le futur roi Louis II passe l'essentiel de sa jeunesse à Hohenschwangau, château lié à la légende de Lohengrin et Tannhäuser. Le Minnesanger de la Wartburg (chanteur que l'on pourrait comparer à nos troubadours ou à nos trouvères) y aurait séjourné. Les fresques d'Hohenschwangau, réalisées par Moritz von Schwind, évoquent la quête du Graal ainsi que le mariage d'Elsa de Brabant, le combat de Telramund. Le cygne y est aussi partout présent. Pour faire plus clair, c'est toute la mythologie germanique que l'on retrouve dans cette demeure des rois de Bavière ! C'est d'ailleurs de ce décor onirique, dans lequel toute son enfance va baigner, que Louis va s'inspirer pour bâtir toute sa vie future. Le roi Louis II gardera d'ailleurs toujours un souvenir ému d'Hohenschwangau, qu'il décrit comme « le Paradis de son enfance ». Et, dans une lettre qu'il écrira à Richard Wagner, il lui confesse qu'il était « profané tous les ans par la prose de sa mère ».
    Wagner...ce nom est presque intimement lié à celui de Louis II. C'est en 1857 que Louis II a en mains pour la première fois un ouvrage du fantastique musicien : L'Oeuvre d'Art de l'Avenir. Le 18 février 1858, à Munich, a lieu la première représentation de Lohengrin mais Louis n'a pas eu la permission de s'y rendre. Le 3 juin, Louis commence son journal intime. Peu de temps après, il visite pour la première fois la vallée de Graswang, où se trouve une maison de chasse qui sert aux souverains de Bavière. C'est le futur emplacement du majestueux Linderhof...En septembre, Louis lit un nouvel ouvrage de Wagner, La Musique de l'Avenir et, enfin, il peut entendre un opéra composé par lui, en l'occurrence, Lohengrin. Le jeune homme est tellement subjugué qu'il en fait une crise d'épilepsie !
    En 1859, il passe son diplôme de fin d'études, après avoir été fait chevalier de l'Ordre de Saint-Hubert par son père, le 25 août, jour de la Saint-Louis mais aussi jour anniversaire de Louis : il a quatorze ans. Désormais, le jeune homme va plus souvent au théâtre et adopte sa célèbre coiffure frisée. A la fin de l'année, le prince héritier commence à suivre des cours universitaires, notemment en français, philosophie, science militaire et physique-chimie. En 1863, Louis rencontre Bismarck à Nymphenbourg...Il a dix-huit ans, il vient d'accéder au trône...

     

    INTERMÈDE HISTOIRE LXV

     Portrait de Sophie en Bavière, la sœur de Sissi et éphémère fiancée de Louis II

     

    II. Roi de Bavière

    INTERMÈDE HISTOIRE LXV

    Neuschwanstein (Schloss Neuschwanstein), l'une des plus belles réalisations de son règne

    Le 10 mars 1863, Louis devient roi de Bavière sous le nom de Louis II. C'est des Bavarois en liesse qui accueillent le tout jeune roi, remarquable par sa haute taille -il mesure près d'1 mètre 90- mais aussi sa beauté éthérée et angélique. Dès le début de son règne, le jeune roi décide de s'opposer à la politique audacieuse du chanclier de Prusse, Bismarck. Il choisit de se rallier à l'Autriche en 1866. Mais, cette même année, la bataille de Sadowa expulse l'Autriche de la sphère allemande proprement dite et met fin à la Confédération germanique. Louis II appelle alors à la chancellerie, pour remplacer Ludwig von der Pfordten, Chlodwig de Hohenlohe-Schilingsfürst. Ce dernier range la Bavière aux côtés de la Prusse, dans la guerre qui oppose ce pays à la France, durant la guerre de 1870. Mais il faut bien mentionner que Louis II est un roi viscéralement pacifique et que ce n'est toujours qu'avec beaucoup de répugnance qu'il choisit d'engager son royaume dans la guerre. La défaite française cuisante de 1870 parachève l'intégration du royaume de Bavière à l'Empire allemand naissant, selon la volonté de Bismarck.
    Mais le roi Louis II, lui, nourrit une passion pour la France. Il est en effet profondément francophile et nourrit une véritable admiration pour la monarchie absolue de Louis XIV. Il a aussi beaucoup d'amitié pour la reine malheureuse, Marie-Antoinette. Le roi est donc plus que réticent à ce que son royaume joigne le nouvel Empire allemand, notamment parce que celui-ci est gouverné par les puissants prussiens, qu'il déteste. Néanmoins, acquis aux idées libérales, il n'était pas défavorable à une certaine Union allemande.
    Bismarck prépare pour lui la Kaiserbrief, en 1870 par laquelle le roi Louis proposerait, au nom de la Bavière, la couronne impériale au roi de Prusse. Des compensations financières sont prévues pour le roi de Bavière, à travers l'héritage des Guelfes, une somme d'argent réunie à la suite de l'annexion du Hanovre par la Prusse en 1866. Malgré sa répugnance, Louis II se résout à la signer. Mais il fut le seul souverain allemand absent à la cérémonie de l'unification de l'Allemagne, qui a lieu dans la galerie des Glaces du château de Versailles, le 18 janvier 1871. C'est son frère cadet, Othon, qui l'y représente.
    A la suite de ces événements, qui marquent la fin de l'indépendance de la Bavière, Louis II décide de se détourner de la politique qu'il qualifie de fadaises d'Etat, pour se consacrer complètement à ses rêves. La fièvre bâtisseuse de Louis II va commencer...il dépense sans compter pour la construction de ces châteaux de rêve qui font encore la renommée de la Bavière aujourd'hui. Confrontés aux dépenses exorbitantes et toujours plus importantes du souverains, les différents gouvernements tentent, avec l'aide de la famille royale, de faire évincer Louis II du pouvoir...
    A partir de 1875, le roi se met à ne plus vivre que la nuit, faisant de nombreuses promenades avec des chaises à porteurs ou des traineaux. Il est parfois vêtu de costumes historiques et se prend pour les grands héros de la légende germanique. Peu de temps avant, en 1866, Louis II a émis le désir de se marier. Il choisit pour épouse sa cousine Sophie-Charlotte en Bavière, fille du duc Maximilien en Bavière et de Ludovica de Bavière, soeur de son grand-père, Louis Ier. Cela va à l'encontre des goûts naturels de Louis II, aujourd'hui reconnu comme homosexuel. Il aurait d'ailleurs été amoureux de Richard Wagner. Dans la jeune femme, qu'il prénomme Elsa, du nom de l'héroïne de la légende, il cherche en fait un alter ego d'Elisabeth, l'impératrice d'Autriche, la sœur de Sophie, qu'il aime et admire beaucoup. Maintes fois repoussé, le mariage n'aura jamais lieu.
    A mesure que les années passent, le roi Louis II devient de plus en plus taciturne et fantasque. Focalisé sur les plaisirs de la table, il prend des dizaines de kilos qui le rendent méconnaissable. Il se terre dans ses nids d'aigle gothico-romantiques des Alpes bavaroises, Neuschwanstein (qui ne fut jamais achevé), Linderhof, Herrenchiemsee, qu'il conçoit comme son Versailles personnel.
    En 1886, suite à un coup d'Etat du gouvernement, il est déclaré fou et donc, inapte à gouverner. C'est son oncle Léopold de Wittelsbach qui est nommé régent le 10 juin 1886. Son frère Othon n'est en effet pas apte à régner, puisqu'il est interné depuis 12 ans, lui aussi pour folie. Déclaré aliéné mental -seule sa cousine Elisabeth d'Autriche s'élèvera contre ce diagnostic qu'elle juge complètement faux-, Louis II est interné le 12 juin 1886 au château de Berg, au sud de Munich. Il n'y passera que peu de temps : le lendemain, alors qu'il effectue une promenade sur les bords du lac de Starnberg -sur les bords de ce même lac se trouve Possenhofen, la demeure d'enfance de Sophie-Charlotte et Elisabeth-, avec son médecin-psychiatre Bernhard von Gudden, il disparaît. Après des recherches, les deux corps sont retrouvés dans le lac, à proximité de la berge.
    A l'instar de la mort de son jeune cousin Rodolphe, à Mayerling en 1889, celle de Louis II reste particulièrement mystérieuse et suscite de nombreuses hypothèses.

    INTERMÈDE HISTOIRE LXV

    Le roi Louis II l'année de sa mort, en 1886

    III. Conjectures autour de la mort de Louis II

    INTERMÈDE HISTOIRE LXV

    Chapelle votive construite au bord du lac de Starnberg non loin de l'endroit où le corps du roi fut retrouvé

    Accident ? Assassinat ? La question se pose aussitôt après le décès aussi rapide du roi, qui a en plus emporté avec lui, dans la mort, son médecin. Tout d'abord, on pense que les deux hommes se seraient battus. Le roi aurait tué son médecin en l'étranglant puis se serait ensuite jeté dans le lac pour s'échapper. Le corps de Louis II ne porte aucune trace de coups. Il n'est pas non plus mort noyé, puisque ses poumons ne contiennent pas d'eau. Il serait en fait mort des suites d'une hydrocution due à la température de l'eau et au repas du soir, pris peu de temps avant. Le Dr Müller, assistant du défunt von Gudden, écrit : « Le roi a eu une crise cardiaque ». Trois thèses se présentent alors aux enquêteurs : la tentative d'évasion, l'accident ou le suicide. Le roi aurait pu tenter de s'échapper pour rejoindre sa cousine Elisabeth, présente dans une auberge de l'autre côté du lac à ce moment-là, à Feldafing, mais rien ne permet ni de confirmer ni d'infirmer cette thèse.
    D'autres ont affirmé que des catholiques avaient tenté de faire évader le roi avant d'instaurer un gouvernement de droite. L'accès de folie est privilégié par d'autres, encore : le roi Louis II aurait tué son médecin dans une crise de folie avant de se précipiter dans le lac. Le médecin aurait tenté de le retenir et une lutte aurait eu lieu entre les deux hommes. Le roi, plus grand et plus fort, aurait eu le dessus.
    Ce qui est sûr, en tous cas, c'est que Louis II est mort de mort naturelle. Même si le suicide a été envisagé, il semble que le roi ne se soit pas jeté dans le lac avec le dessein d'en finir.
    Aujourd'hui, en Bavière, il reste de Louis II ses magnifiques châteaux, perchés dans les Alpes bavaroises et qui se tournent vers les terres toutes proches de l'Autriche, patrie d'adoption de sa cousine adorée Elisabeth. Ils sont encore visitables aujourd'hui.

     

    © Le texte est de moi, je vous demanderais donc de ne pas le copier, merci.

     

    Pour en savoir plus :

    -Louis II de Bavière, Jean des Cars. Biographie.
    -Les Châteaux Fabuleux de Louis II de Bavière, Elisabeth Reynaud. Biographie.
    -Louis II de Bavière : De la réalité à l'idéalisation romantique, Jean Adès. Biographie.


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  • Ma Première Fois (2012)

    Ma Première Fois (2012), un film de Marie-Castille Mention-Schaar

     

     Distribution :

    Esther Comar (Sarah Paulson) ; Martin Cannavo (Zachary Scar) ; Vincent Pérez (Richard, le beau-père de Sarah) ; Judith El Zein (Jacqueline, la mère de Sarah) ; Lilly-Fleur Pointeaux (Pauline, la meilleure amie de Sarah) ; Lolita Chammah (Juliette, la soeur de Zach)...

    Synopsis :

    Zachary a 20 ans. Sombre et indépendant, il collectionne les conquêtes amoureuses et les échecs scolaires. Sarah a 18 ans. Première de la classe, fragile, elle comble ses manques affectifs grâce à une maîtrise parfaite de sa vie. Rien ne devrait les rapprocher et pourtant, l'année du BAC, durant six mois ils vont vivre un amour contre lequel on ne peut rien, le vrai, le grand, celui qui marque une vie pour toujours. 

    Bande-Annonce :

    Mon Avis...en quelques mots... :

    Romantique sans être guimauve, le film de Marie-Castille Mention-Schaar résonne plus ou moins en nous. On aime ou on n'aime pas les romances mais au-delà de l'histoire d'amour, ce qui unit Sarah et Zach pendant six mois, c'est finalement ce qui nous arrive à tous un jour ou l'autre dans notre vie. Plus ou moins tard. Ce qui est sûr, c'est qu'un amour comme ça, on est certainement beaucoup à vouloir le connaître. Potentiel lacrymal assez important. cry Mais à regarder si on est amoureux : il est sûr que certaines phrases et situations feront écho. wink2

     

    Ma Première Fois (2012)

    « Toi t’as eu plein de filles, plein d’aventures. Moi j’en ai jamais voulu jusqu’à toi. C’est toi. C’est comme une évidence. »

     


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