• « Il y'avait un espace incertain entre ce qu'il savait et ce qu'il voulait croire, mais il n'y pouvait rien, et quand on ne peut rien, il faut vivre avec. »

    Brokeback Mountain ; Annie Proulx

     

    Publié en 1999 aux Etats-Unis ; en 2005 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Brokeback Mountain

    Editions Grasset

     94 pages

     Résumé : 

    Brokeback Mountain : un bout de terre sauvage, hors du temps, dans les plaines du Wyoming. Ennis del Mar et Jack Twist, cow-boys, nomades du désert américain, saisonniers des ranchs, n'ont pas vingt ans. Ils se croisent le temps d'un été. La rencontre est fulgurante. Ni le temps, ni l'espace, ni les non-dits, ni la société n'auront raison de cet amour - que seule brisera la mort. Le récit déchirant d'une passion, au cœur des grands espaces américains, ces somptueuses solitudes dont Annie Proulx est sans conteste l'écrivain le plus inspiré dans la littérature américaine contemporaine. Pour Ang Lee, réalisateur du film adapté du livre, Le secret de Brokeback Mountain qui a obtenu le Lion d'or 2005 à la Mostra de Venise, c'est « une grande histoire d'amour, une complicité totale et honnête entre deux êtres ».

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

     En général, je lis toujours le livre avant, éventuellement, de voir le film qui en est adapté. Je dis éventuellement parce que je ne suis pas vraiment cinéphile et, souvent, je zappe allègrement les adaptations des bouquins que j'ai lus et aimés.
    Là, avec Brokeback Moutain -comme avec Sur la Route de Madison, une autre de mes histoires d'amour cultes-, c'est le contraire. J'ai d'abord vu le film avant de lire la nouvelle. Je l'ai vu deux fois. La première fois j'ai découvert avec un grand intérêt cette superbe histoire d'amour. La seconde fois, j'ai pleuré comme une madeleine à la fin et j'ai passé une heure et demie à fantasmer sur Jake Gyllenhaal ( oops ) -oui, je suis une fille et parfois, je suis romantique, on ne se refait pas du jour au lendemain, hein ! C'est une amie qui avait vu le film et lu la nouvelle m'a proposé de me passer la passer, nouvelle écrite par Annie Proulx et publiée en premier lieu dans The New Yorker, en 1999. Dans le cas contraire, je ne sais pas, si, honnêtement, je me serais penchée sur l'oeuvre littéraire. Je m'en serais peut-être cantonnée au film uniquement, ce qui aurait été dommage, au final
    Bon, l'histoire reste sensiblement la même que celle du film -normal, vous allez me dire-, et jusque là, je ne suis pas dépaysée. En 1963, dans le Wyoming, deux jeunes cow-boys, Ennis del Mar et Jack Twist, se retrouvent à Brokeback Mountain, où ils auront la charge d'un troupeau dans les alpages. Mais rapidement, leur complicité très masculine va se transformer en quelque chose de beaucoup plus fort, une véritable passion amoureuse contre laquelle ils ne pourront rien, malgré leurs mariages et enfants respectifs. Une passion qui va durer vingt ans avant qu'elle ne finisse par s'achever de façon des plus tragiques...car dans la société de l'Amérique profonde à cette époque-là, on ne peut pas dire que la tolérance soit forcément de mise pour les histoires homosexuelles -comme elle ne l'est toujours pas, actuellement, dans certains milieux, il faut bien le dire.
    Moi, avant tout, ce que je trouve de beau dans cette histoire -que ce soit dans le livre ou dans le film-, c'est cet amour pur et passionnel qui unit deux êtres. Deux êtres, pas deux hommes ou un homme et une femme. C'est autre chose, un amour qui semble si fort que les deux héros ne peuvent pas aller contre. Ils s'aiment comme si des forces supérieures à eux leur commandaient d'aimer en annihilant complètement leur capacité de réflexion. On est dans une histoire forte, belle pour ce qu'elle est, loin de la mièvrerie -carrément même : la scène de la tente est quand même particulièrement...comment dirais-je ? chaude. On est loin de l'histoire d'amour rose bonbon quand même- et de la niaiserie qui caractérisent souvent les histoires romantiques -heureusement que certaines échappent quand même à cette règle. Cela dit, j'ai plus vibré, je me suis sentie plus investie dans le film, qui m'a vraiment touchée, plutôt que dans la nouvelle...elle est sympa et j'ai retrouvé l'atmosphère particulière qui m'avait tant plu dans le film mais en même temps, je ne sais pas, je suis restée finalement assez distanciée, je ne me suis pas vraiment laissée entraîner dans l'intrigue, même si j'ai retrouvé à la fin, cette grande émotion qui m'avait particulièrement touchée en regardant le film -mais non, cette fois, je n'ai pas pleuré ! tongue  Je ressors de cette lecture particulièrement rapide sans avoir été carrément, carrément emballée mais contente tout de même d'avoir retrouvé, un instant, cette histoire d'amour qui, je crois, aura toujours le pouvoir de m'émouvoir fortement -Jake Gyllenhaal ou non. sarcastic
    Et elle m'a donné envie de revoir le film ! Allez, les filles...toutes à nos mouchoirs. wink2

    Brokeback Mountain ; Annie Proulx

    Jake Gyllenhaal (Jack Twist) et Heath Ledger (Ennis del Mar) dans l'adaptation d'Ang Lee, Le Secret de Brokeback Moutain (2005)

    En Bref :

    Les + : une magnifique histoire d'amour, universelle et intemporelle, qui me donnera toujours des frissons ; j'étais ravie de retrouver les personnages dans la nouvelle après tant avoir aimé le film.
    Les - :
    parfois une certaine froideur dans l'écriture qui ne colle pas avec la passion de l'histoire.

     


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  • « Avoir une relation avec eux consiste à essayer de danser la valse avec un partenaire qui fait du cha-cha-cha. Tu tournes, jusqu'à ne plus rien voir autour, pendant que lui fait un pas en avant et deux en arrière. »

    Ce Crétin de Prince Charmant ; Agathe Hochberg

     

    Publié en 2005 

    Editions Pocket

    246 pages

    Résumé :

    Une chose est sûre : le chevalier servant n'existe pas! Beau parleur, mesquin, égoïste, obsédé, irresponsable, voire désespérément immature, le mâle du XXIème siècle pencherais plutôt du côté "odieux crapaud", avec tout ce qu'il faut de ridicule et de veulerie affichée. Et ce n'est ni Ariane, jeune Parisienne branchée, mariée « par intérim » à un jeune loup de la finance aussi agaçant qu'absent, ni Justine, charmante célibataire juive new-yorkaise adepte des cuites au saké et nevrosée de première, qui vous diront le contraire. La preuve, les innombrables et irrésistibles mails que nos deux trentenaires délaissées - et déchaînée - ont décidé de s'envoyer le temps d'un jeu de massacre trans-atlantique à la fois acerbe et drolatique.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Celles qui me lisent régulièrement savent qu'en général, je lis exclusivement des bouquins historiques -romans, policiers et chroniques historiques biographies-, seront peut-être surprises de voir une chronique de chick-lit sur mon blog. Il faut dire que c'est une amie qui m'a prêté ce bouquin...dans le cas contraire, je ne l'aurais certainement jamais acheté car bon, la chick-lit, on va dire que ce n'est carrément pas le genre littéraire vers lequel je me dirige spontanément.
    Mais il se trouve que j'avais besoin, dernièrement d'une lecture légère et sans prise de tête et je me suis dit que la lecture de Ce Crétin de Prince Charmant pouvait s'avérer...rafraîchissante. Dans la mesure où je ne lui demandais rien d'autre, je me suis dit que ce petit bouquin allait certainement l'affaire. 
    Ce livre commence comme une vraie comédie romantique. Au début des années 2000, Ariane, trentenaire parisienne, mariée à un jeune loup de la finance particulièrement ambitieux et absent la moitié du temps puisque travaillant de l'autre côté du Channel, rencontre, lors d'un mariage où elles sont toutes les deux témoins, Justine, New Yorkaise de trente-deux ans d'origine iranienne. Les deux jeunes femmes vont sympathiser et, bien que leurs deux vies soient séparées par un océan -ce qui n'est quand même pas rien-, elles vont se mettre à échanger des mails dans lesquels elles épanchent craintes, doutes et saillies parfois particulièrement drôles et...vraies, aussi parfois ! Parce que, finalement, qu'on habite la Vieille Europe ou les Jeunes Etats-Unis, eh bien on se rend vite compte que les préoccupations des jeunes femmes sont absolument les mêmes ! Et même celles qui se la jouent cyniques aimeraient bien, elles aussi, rencontrer ce prince charmant auquel, pauvres petites âmes bercées à la guimauve nous essayons de toutes nos forces de ne pas croire mais auquel nous croyons un petit peu quand même. Et tandis qu'Ariane se livre sur ses déllusions quant au mariage -même si elle ne peut s'empêcher d'admettre qu'elle aime son mari malgré tout-, Justine, elle, lui raconte ses déboires amoureux de trentenaire célibataire en proie aux doutes.
    Je pense que la chronique de ce bouquin sera relativement courte. En fait, je n'ai pas grand-chose à en dire...je n'ai pas détesté mais bon, ce n'est pas le genre de lectures dont on ressort avec des questions métaphysiques fondamentales, même si on se retrouve parfois dans les deux héroïnes, Justine et Ariane et sur lequel on pourrait écrire des pages et des pages. Disons que, dans mon cas, ce bouquin a particulièrement rempli son contrat : je voulais quelque chose qui se lise vite et qui me divertisse et, effectivement, j'ai beaucoup ri.
    Ce Crétin de Prince Charmant est un petit roman assez sympathique pour se vider la tête et bien rigoler un bon coup en se disant finalement qu'on est pas les seules à bien galérer dans le domaine amoureux ! ^^ Alors oui, d'accord, c'est une lecture superficielle au possible mais bon, parfois, ça fait du bien d'être superficielle ! biggrin

    En Bref :

    Les + : une lecture drôle et légère même si ce n'est pas de la grande littérature !
    Les - : j'allais dire, une lecture un peu superficielle...oui, mais il y'a un instant je disais que justement, ça faisait l'intérêt du bouquin...allez, n'ayons pas peur des paradoxes ! happy

     


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  • « Les tumultes des révolutions sont souvent funestes à la bonne conservation des choses. »

    Publié en 2013

    Editions Seuil 

    614 pages

    Troisième tome de la saga Les Couleurs du Feu

     

    Résumé :

    Octobre 1789. Durement éprouvée par la fuite de sa riche et princière clientèle, la manufacture de Sèvres est saisie par la fièvre patriotique qui s'est emparée de Paris et gagne la France entière. La jeune Adèle Masson, qui s'est fait une spécialité de la peinture d'oiseaux sur porcelaine, s'emploie à trouver les moyens de sauver la fabrique qui, de royale, va bien vite devenir nationale. Elle peut compter sur son père, Anselme Masson, paralysé mais dont l'intelligence est demeurée intacte. Mais sur qui d'autre s'appuyer pour parvenir à ce but ? Sur Marie-Antoinette, encore influente, et que le parrain d'Adèle, Blanchot , ira visiter jusque dans sa prison du Temple ? Sur Mirabeau, le trublion, que son accord secret avec le roi a rendu immensément riche ? Sur Roland, ministre de Louis XVI, administrateur scrupuleux ? Sur Danton, enfin, ce jouisseur effréné qui semble vouloir oublier la Terreur pour ne plus songer qu'à l'amour et à la beauté  ? 

    Ce roman, le troisième et le dernier d'une saga sur la porcelaine inaugurée par Bleu de Sèvres et poursuivie avec Jaune de Naples, nous convie à une traversée de la Révolution jusqu'à la chute de Robespierre. Ainsi sera bouclée la ronde de ceux qui, de la marquise de Pompadour aux plus sanguinaires des sans-culottes, ont été fascinés par l'éclat de l'or blanc, le kaolin, ce fruit miraculeux des richesses de la nature et du génie des hommes. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Octobre 1789. Les femmes de la Halle ont ramené à Paris « le boulanger, la boulangère et le petit mitron » -autrement dit, Louis XVI, son épouse Marie-Antoinette et leur fils, le petit dauphin Louis. C'en est fini de la monarchie versaillaise, désormais, la famille royale sera installée aux Tuileries et, plus tard, gardée en prison au Temple.
    C'est ainsi que s'ouvre Rouge de Paris, troisième et ultime tome de la saga Les Couleurs du Feu, du romancier et historien Jean-Paul Desprat et qui traite de l'aventure porcelainière en France au XVIIIème siècle. Dans les premiers tomes, nous avons fait la connaissance d'Anselme et Mathieu Masson, deux jeunes Limousins originaires de Bort et qui montent à Paris à la suite de la mort de leur mère. Se retrouvant démunis dans leur région natale, ils décident de monter en ville, où ils pourront peut-être connaître une vie meilleure. Mathieu devient un organiste de génie malgré son handicap -il est aveugle de naissance- et son frère aîné, le beau et ténébreux Anselme, minéralogiste, est employé par la Manufacture Royale de Sèvres. C'est l'époque où l'industrie change...sans parler de révolution industrielle, les directeurs de Sèvres cherchent à concurrencer la Saxe qui est, en Europe, à l'époque, le pays qui produit une porcelaine particulièrement réputée. La découverte de kaolin, dans la région de Limoges, va révolutionner la confection de porcelaine en France, puisque, de la pâte tendre et fragile, on va passer à une pâte dure beaucoup plus résistante et qui permettra d'augmenter le rendement puisque les pertes sont minorées.
    En 1789, Adèle Masson, la fille aînée d'Anselme -elle est née de son mariage avec Fanny, jeune femme qui s'était travestie en garçon pour pouvoir être embauchée comme peintre à Sèvres-, travaille elle aussi à la Manufacture tandis que son jeune frère, Paul, âgé de dix-huit ans, s'investit dans la Révolution naissante. Adèle est une peintre animalière réputée, spécialisée dans la représentation des oiseaux. Elle est l'amante du jeune et beau Joseph-Marie Vien. Tout pourrait aller pour le mieux mais la Révolution va avoir des conséquences fâcheuses pour les anciennes manufactures royales. Tandis que les nouveaux dirigeants du pays installent aux différents postes stratégiques -dans les manufactures royales devenues nationales, au Garde-Meuble, où sont conservés les anciens bijoux de la Couronne comme le Régent ou le Sancy-, des hommes à leur botte, les affaires périclitent. Sèvres, fleuron de la porcelaine française, est paralysée, les ouvriers licenciés, les fours éteints...inquiète, Adèle décide qu'elle sauvera la manufacture, dans laquelle son père avant elle et le grand ami de celui-ci, l'Alsacien Pierre-Antoine Hannong ont investi leur vie. La nouvelle génération des Masson est ainsi plongée dans la tourmente révolutionnaire, au plus près de ceux qui font et défont la nouvelle politique -Mirabeau, Danton, Manon Roland, Robespierre...

    Les Couleurs du Feu, tome 3, Rouge de Paris ; Jean-Paul Desprat

    La Manufacture de Sèvres au XVIIIème siècle


    Ce roman tient ses promesses et clôt admirablement la saga. Il court des journées d'octobre 1789 jusqu'aux débuts du Directoire, après la chute de Robespierre et des siens, le 9-Thermidor. Traitant d'une période clé de notre histoire -la chute de la monarchie millénaire, l'instauration de la République, la Terreur, les massacres de septembre-, ce roman est foisonnant mais intéressant. Même si les personnages sont parfois mis au second plan -on voit à peine Mathieu et les siens dans ce tome-là-, Desprat déroule sous nos yeux une chronique exhaustive de ces temps troublés qui ont participé à la naissance de la France moderne. Toutes ces années sont peuplées de personnages grandioses, de tribuns inspirés, d'événements révolutionnaires -c'est le cas de le dire-, comme l'abolition des privilèges, la Constitution, les Droits de l'Homme, la proclamation de la République et les personnages du roman sont entraînés dans tout un tas de péripéties. Ainsi, Paul se retrouve embauché au Garde-Meuble, chargé de faire l'inventaire des anciens joyeux de la Couronne de France tandis que sa sœur, qui fréquente Mirabeau -dont elle sera le dernier amour-, Danton et tombera amoureuse d'un Girondin proscrit, s'échine malgré tout à sauver la Manufacture, ses ouvriers et ses productions, persuadée qu'on peut les adapter aux nouvelles attentes du temps, malgré leur forte empreinte royale et aristocratique. La nouvelle génération de Masson n'est pas plus -mais pas moins- passionnée que celle qui l'a précédée et chacun, selon ses croyances et ses idéaux, va tenter de surmonter comme il peut la tourmente révolutionnaire.
    Même si je déplore d'avoir un peu moins vu les personnages dans ce tome-là, Desprat se consacrant beaucoup au déroulement -très exhaustif-, de la chronique révolutionnaire, j'ai trouvé ce roman passionnant et je crois que j'aurais aimé poursuivre l'aventure dans d'autres tomes même si celui-ci se termine admirablement et, comme je le disais plus haut, clôt parfaitement bien la trilogie qui nous a amené de Sèvres à Capodimonte en passant par les carrières limousines de kaolin. Ce n'est pas un coup de cœur, contrairement aux deux premiers tomes, Bleu de Sèvres et Jaune de Naples mais j'ai trouvé ce livre particulièrement plaisant et je le recommande complètement, ne serait-ce que pour la rigueur historique alliée à la chaleur d'une plume de romancier. 
    A conseiller à tous ceux qui ont aimé Bleu de Sèvres et Jaune de Naples. Et une saga à conseiller toute entière aux amoureux du XVIIIème siècle : vous ne serez pas déçus.

    Les Couleurs du Feu, tome 3, Rouge de Paris ; Jean-Paul Desprat

    Honoré-Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau

    En Bref :

    Les + : roman dense et foisonnant qui termine admirablement la saga.
    Les - :
    les personnages principaux sont parfois absents pendant de longs chapitres ; j'aurais aimé les voir plus.


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  • « La solution la plus réfléchie est rarement celle qui fait le bonheur. Suis ton instinct. »

    Demain j'arrête ! ; Gilles Legardinier

    Publié en 2013

    Editions Pocket

    405 pages

    Résumé :

    Et vous, quel est le truc le plus idiot que vous ayez fait dans votre vie ? 

    Au début, c'est à cause de son nom rigolo que Julie s'est intéressée à son nouveau voisin. Mais très vite, il y'a eu tout le reste : son charme, son regard et tout ce qu'il semble cacher...Parce qu'elle veut tout savoir de Ric, Julie va prendre des risques de plus en plus délirants. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Julie Tournelle a vingt-huit ans. C'est une jeune femme moderne, citadine, travaillant dans une banque. Comme tout le monde, elle s'est fait larguer et elle adore dire du mal de son ex que tout le monde s'accorde à décrire comme un blaireau. Musicos raté, qui l'a poussée à arrêter ses études et lui a fait sillonner toutes les salles miteuses de la région où il se produisait avec son groupe, il lui a en fait bouffé la vie. Et aujourd'hui, Julie est célibataire et ne s'en porte pas plus mal -comme beaucoup d'entre nous.
    Mais voilà, c'était sans compter sur l'installation, dans son immeuble, d'un nouveau voisin dont le nom la fait beaucoup rire : Ricardo Patatras. Partant de là, elle va échafauder des plans tous plus barrés les uns que les autres pour essayer d'apercevoir ou de croiser ce nouveau voisin particulièrement mystérieux. Car il n'y a pas que son nom qui est drôle : Ric semble être plein de secrets et de mystère et Julie est bien décidée à les découvrir, quitte à glisser dans sa douche, faire exploser son ordinateur, avoir honte de son ours en peluche et embarquer ses amis dans ses plans foireux. Julie veut découvrir ce qui se cache derrière Ric et elle va y arriver ! Coûte que coûte.
    Je me suis complètement retrouvée dans Julie, je me suis sentie instantanément proche d'elle et j'ai beaucoup ri à la lecture de ses aventures et de ses déboires. Laquelle d'entre nous n'a jamais échafaudé des plans complètement tordus pour ne serait-ce que croiser celui qui faisait battre son coeur ? Laquelle d'entre nous ne s'est jamais payé la honte et n'a jamais senti sa dignité fondre comme neige au soleil, tout ça pour un mec qui ne le mérite pas ? Je vous préviens, celle qui dit non, je ne la croirais pas. sarcastic Je crois que c'est une manie féminine et on est toutes comme ça. Personnellement, même si je ne suis pas allée aussi loin que Julie -mais je n'ai pas encore vingt-huit ans alors peut-être que, d'ici là... wink2-, je me suis totalement sentie concernée par ce bouquin. J'ai également été très agréablement surprise. J'avais lu en mai dernier Et Soudain Tout Change que j'avais beaucoup aimé, mais là, on est carrément dans autre chose. Et Soudain Tout Change est une belle réflexion sur la vie qui est trop courte tandis que Demain j'arrête ! est une comédie pure et dure, qu'on lit pour rire et se vider la tête. C'est une lecture légère, pas prise de tête et qui, finalement, dédramatise bien des choses. Oui, on est toutes prêtes à faire n'importe quoi pour croiser le regard de l'élu de notre cœur, même les héroïnes de bouquins, alors ça rassure. cool
    Demain j'arrête !, c'est 405 pages de pur bonheur de fous rires garantis. Il est rare que je rie en lisant un bouquin. Sourire, oui, être morte de rire, non. Et là, certains passages m'ont vraiment complètement fait éclater de rire. Je vais vous en citer quelques uns que j'ai carrément relevés tellement je les ai trouvés drôles. Ca va vous donner un aperçu de l'ambiance :

    Quand on est entrés dans l'immeuble, j'ai eu un réflexe de recul en voyant les boîtes aux lettres. Maintenant, je sais ce que ressentent les anciens du Vietnam en revoyant des cages en bambou.

    Ou bien encore, celui-ci, qui m'a carrément fait mourir de rire :

    Alors que moi, au mieux, il va me prendre pour une prostituée de la Cordillère des Andes qui fait le tapin en attendant une éclipse. Merci bien.

    Voilà, ça vous donne un petit aperçu de ce que l'on peut trouver dans Demain j'arrête ! happy

    La seule chose qui m'a un peu déçue dans ce livre est la fin, totalement surréaliste. Autant les combines de Julie, tout au long du bouquin, sont tout à fait plausibles -depuis peu, je sais désormais que les combines à deux ronds ne naissent pas de cerveaux malades, au contraire, ou alors le mien est carrément atteint mais je me voile la face et ne veux pas le reconnaître-, autant la fin reste totalement loufoque et ne colle pas vraiment au reste du livre. C'est dommage mais bon, ça ne m'a pas empêchée de passer un super moment et je reste définitivement époustouflée par la façon dont Gilles Legardinier parvient à se glisser, avec une facilité déconcertante, dans la peau d'une fille. On ne le saurait pas, on pourrait croire ce livre écrit par une femme tant sa capacité est grande à analyser notre façon de penser, nos émotions et nos questionnements. J'avais déjà remarqué ça dans Et Soudain Tout Change et j'ai retrouvé ça dans Demain j'arrête ! avec beaucoup de plaisir. On n'est pas dans un livre pour filles écrit par un mec. On est dans un LIVRE DE FILLES, car l'auteur a l'intelligence de disparaître complètement derrière son héroïne : le temps du livre, Legardinier devient Julie et...ça marche et on adhère carrément !
    Un bouquin que je suis super contente d'avoir découvrir et que je conseille à toutes les filles, parce qu'on est toutes des folles mais sans ça, le monde ne serait pas drôle ! ^^

    En Bref :

    Les + : un bouquin très drôle, léger, dans lequel on se retrouve.
    Les :
    la fin, un peu trop tirée par les cheveux.


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  • INTERMÈDE HISTOIRE LXVII

    I. La naissance de Marie dans un contexte politique troublé

    INTERMÈDE HISTOIRE LXVII

    Le roi James (Jacques) V d'Ecosse et son épouse Marie de Guise, les parents de Marie

    Marie Stuart naît en Ecosse, au palais de Linlithgow, West Lothian, le 8 décembre 1542. Elle est la fille du roi Jacques V d'Ecosse et de Marie de Guise. Le couple avait eu deux fils qui étaient morts en bas âge puis Marie, qui devient l'héritière de son père. L'enfant est baptisée quasi immédiatement à l'église Saint-Michel de Lilinthgow.
    Le roi Jacques V n'assiste pas à la naissance de sa fille. Il est au palais de Falkland, sérieusement malade. Lorsqu'on lui apporte la nouvelle que la reine, son épouse, a accouché d'une fille, il soupire : « Tout a commencé par une fille, tout finira par une fille », faisant référence à Marjorie Bruce, la fille de Robert Bruce qui avait transmis la couronne écossaise à la famille. Le roi moribond prédit également un destin tragique à sa fille nouvelle-née. Le 13 décembre, une semaine après la naissance de Marie, Jacques V meurt, emporté par le choléra. Des rumeurs circulent alors sur la santé de la petite fille. Par exemple, Eustace Chapuys, ambassadeur du Saint-Empire romain germanique, écrit le 23 décembre que Marie de Guise et son enfant sont malades à leur tour mais il n'en est rien. L'enfant est en fait bien portante.
    Marie, bien évidemment, au vu de son âge, ne peut régner seule. C'est James Hamilton, le comte d'Arran, qui est le plus proche héritier de la couronne, qui devient le régent du royaume. La garde de l'enfant revient par contre à la reine douairière, Marie de Guise. Cependant, le comte d'Arran n'a pas les talents nécessaires pour exercer correctement une régence. Ainsi, le cardinal David Beaton, chef du parti catholique, décide que le pays, en ce temps de crise, a besoin d'un homme fort. Il lutte alors contre la nomination d'Arran en faisant valoir un testament que le roi Jacques V aurait rédigé sur son lit de mort. Ce document partage la régence entre Beaton, le comte de Moray, le comte d'Huntly et le comte d'Argyll. Arran et Beaton vont s'opposer quant à la nature du document, le premier accusant le second de se servir d'un faux.
    Finalement, c'est Arran qui a gain de cause. Le 3 janvier, il est enfin proclamé régent tandis que le cardinal est arrêté, à la fin du même mois, alors même qu'il siégeait au Conseil. Il est conduit au palais de Dalkeith puis transféré au château de Blackness. Après cela, « les églises furent fermées et les prêtres refusèrent d'administrer les sacrements et d'enterrer les morts ».
    Dans le même temps, on commence déjà à songer au destin conjugal de la petite Marie, devenue reine d'Ecosse à seulement sept jours. On, c'est Henry VIII, le roi d'Angleterre, qui songe à un rapprochement entre les deux couronnes, écossaise et anglaise Plutôt que de prendre l'Ecosse par les armes, comme au temps de Jacques V, le père de Marie, Henry VIII songe à un mariage. En effet, il aimerait voir marié son fils Edouard, fils de Jane Seymour, avec Marie. Pour mener à bien ce projet, Henry VIII dispose d'un temps d'avance : en effet, depuis la bataille de Solway Moss, de nombreux nobles écossais sont prisonniers en Angleterre et ils sont contraints de demander publiquement à ce que la petite Marie soit confiée à Henry.
    Le 1er juillet 1543, le traité de Greenwich est signé, qui promet Marie à Edouard, le jeune héritier du trône d'Angleterre, malgré l'opposition de Beaton, chef du parti catholique en Ecosse et dont le pouvoir sur la scène politique était resté intact. Ce traité satisfait l'essentiel des demandes des Écossais, notamment celle qui veut que Marie reste en Ecosse jusqu'à son dixième anniversaire, tandis que l'Ecosse conserverait ses lois propres. Cependant, Henry VIII n'avait aucune intention de respecter ce traité, ni même de s'accommoder du cardinal Beaton.
    Ce dernier ressemble alors 6000 à 7000 de de ses partisans à Stirling, le 26 juillet et marche sur Linlithgow où se trouve la petite princesse. Le cardinal ne souhaitait pas de révolte, ni même d'opposition envers le régent. La seule chose qu'il demande, c'est que la sécurité de l'enfant mais aussi de sa mère soit assurée, en les transférant à Stirling, sous la protection de quatre gardiens : les lords Graham, Lindsay, Erskine et Livingstone.
    La position du régent devient intenable devant le roi Henry VIII qui entend prendre l'enfant de force pour l'élever en Angleterre. Il sort alors à cheval de la ville d'Edimbourg et rencontre Bearton. Ensemble, ils se rendent à Stirling où la petite reine et sa mère sont transférées sous bonne escorte. Le 8 septembre, Arran retourne finalement dans le giron de l'Eglise catholique et reçoit l'absolution du cardinal. Le lendemain, Marie Stuart est couronnée dans la chapelle du château de Stirling par le cardinal Beaton. C'est Arran qui porte la couronne. Les lords Lennox et d'Argyll portaient respectivement le sceptre et l'épée d'Etat. Marie a neuf mois tout juste...
    Apprenant la réconciliation du régent d'Ecosse avec le cardinal Beaton, Henry VIII voit rouge et commen ce alors une politique guerrière, plus connue sous le nom de Rough Wooing. Il suggère tout d'abord un raid sur Edimbourg au duc de Suffolk mais ce projet est finalement reporté à l'automne. Le 23 septembre, le cardinal se plaint d'une violation du traité puisque le roi Henry avait saisi des navires écossais, quelques mois plus tôt. Navires qui voguaient vers la France. De plus, le cardinal déclare que le refus d'Henry VIII de ratifier le traité le déclare non avenu en Ecosse. Mais les Ecossais n'avaient pas non plus forcément respecté leurs engagements...on peut donc dire que le traité de Greenwich est cassé volontairement. De fait, la politique menée jusque là va aussi changer.
    Ce changement se traduit immédiatement en Ecosse. Tout d'abord, le parlement renouvelle l'alliance avec la France. Le cardinal Beaton est ensuite confirmé dans sa charge de Lord High Chancellor et les nobles Angus et Cassilis, qui avaient soutenu Henry VIII jusque là signent un doucement dans lequel ils s'engagent à soutenir Arran contre l'Angleterre et à défendre l'Eglise catholique. Finalement, Marie, jusqu'ici promise à un destin protestant et anglais va passer sous l'influence française et, donc catholique. D'une certaine manière, Marie va être élevée comme sa mère, Marie de Guise, qui est française et issue de l'une des plus puissantes familles de sang noble en France puisque les Guises sont apparentés aux rois de France.
    Lennox et Glencairn, deux nobles écossais, sont alors poussés à la faute par Henry VIII. Il les poussent à prendre les armes contre Arran mais ils sont défaits le 26 mai, aux alentours de la ville de Glasgow. Glencairn se réfugie au château de Dumbarton tandis que Lennox, rappelé de France quelques temps plus tôt par Beaton pour mettre de l'ordre dans la situation troublée du royaume, se réfugie en Angleterre, aux côtés du roi. Finalement, la situation est toujours aussi troublée et les intérêts de Marie, pas préservés du tout. Cette crise finira par la démission d'Arran de la charge de régent (démission plutôt forcée, on s'en doute). Le cardinal Beaton est aussi écarté car il a perdu la confiance de la reine douairière, Marie de Guise, qui estime qu'il n'a pas su défendre les intérêts de sa fille alors qu'il s'y était plus ou moins engagé et qu'elle comptait sur lui. Et puis, Beaton s'est entendu avec Arran pour finalement marier la petite Marie au propre fils d'Arran, ce qui déplaît à la reine-mère.
    Marie de Guise s'allie alors avec Angus, promu lieutenant-général du sud du Forth. Le 12 décembre (la petite Marie a un an tout juste), Angus et son frère Sir George sont pardonnés pour leurs trahisons passées. Henry VIII perd alors foi en eux et, par dépit, accorde à Ralph Eure toutes les terres qu'il pourrait conquérir sur Angus, ce qui conduit à la bataille d'Ancrum Moor, qui a lieu le 27 février 1545. Par la suite, l'Ecosse reçoit des renforts venus de France mais les deux frères Douglas, Angus et George, se remirent à jouer un double-jeu et laissèrent Henry VIII dévaster le sud de l'Ecosse, ce qui donna lieu à 43 village et 16 places fortes en ruines ! Le roi d'Angleterre pensait que cela effraierait les Écossais et les feraient redevenir plus conciliants quant à un possible traité de mariage...
    Peu à peu, les principaux acteurs de la crise disparurent. Le cardinal Beaton est assassiné à la fin de mai 1546 et Henry VIII disparaît en janvier 1547, laissant son royaume à l'ancien promis de la petite Marie, le prince Edouard, devenu Edouard VI. En France, François Ier décède au mois de mars, laissant le trône à son fils, le duc d'Orléans, qui devient le roi Henri II. Celui-ci est un opposant aux Anglais beaucoup plus vigoureux que son père avant lui. Il se trouvait en effet sous l'influence des Guises, les frères de la reine-mère Marie et donc oncles de la petite reine d'Ecosse. Marie Stuart devient à ce moment-là l'objet d'un projet très clair pour les Guises : un mariage entre elle et le petit Dauphin François, fils aîné d'Henri II et Catherine de Médicis. Henri Clutin, seigneur d'Oysel et de Villeparisis est dépêché en Ecosse comme ambassadeur de France. Sa mission est de confirmer l'alliance entre les deux pays et, comme signe de bonne volonté de la part du roi de France, des galères sont envoyées en Ecosse pour capturer le château de Saint-Andrews, où les meurtriers du cardinal Beaton s'étaient retranchés. Henry Balnaves, ancien secrétaire du gouvernement de Marie se trouve au château de Saint-Andrews : c'est un résultat inattendu ! Balnaves se révèle en fait être un agent payé par l'Angleterre et son registre contenait de nombreux noms de nobles favorables à l'Angleterre : parmi eux, Gray, Cassilis, Lennox, Glencairn mais aussi Patrick Hepburn, comte de Bothwell (c'est le père du futur époux de Marie Stuart).

    II. Le départ de la reine Marie et la vie en France

    INTERMÈDE HISTOIRE LXVII

    Marie à l'age de treize ans (tableau de François Clouet, XVIème siècle)

    Les incursions anglaises en Ecosse ne prennent pas fin avec la mort d'Henry VIII. Par la suite, elles sont menées par le régent Somerset, qui administre le royaume au nom d'Edouard VI, bien trop jeune pour régner. Après leur victoire à la bataille de Pinkie Cleugh, le 10 septembre 1547, les Anglais avancent jusqu'à Leith, sur le Firth of Forth : la reine-mère et sa fille se retirent alors discrètement du château de Stirling pour aller se réfugier sur un monastère insulaire, perdu au milieu d'un loch, sur l'île d'Inchmahome. Elle rentrent ensuite à Stirling après le retrait des Anglais.
    Devant la poursuite des incursions anglaises, en 1548, Marie est transférée au château de Dumbarton, le 7 juillet, par mesure de sécurité. Des envoyés français signent, avec des émissaires écossais, au couvent d'Haddington, un traité promettant en mariage Marie Stuart au Dauphin François. Ce traité place aussi l'Ecosse sous la protection du roi de France. Plus rien ne s'oppose désormais au départ de Marie. Jusque là réticents à voir partir leur reine, les Ecossais ont cédé contre la promesse d'une protection de la part du roi de France.
    En août 1548, Marie embarque à Dumbarton à bord de la flotte envoyée vers l'Ecosse par Henri II, sous le commandement de Nicolas Durant de Villegagnon, qui s'illustrera plus tard dans la conquête du Nouveau-Monde. Naviguant le long des côtes irlandaises pour éviter la flotte anglaise, qui croise dans le secteur, la flotte française accoste finalement à Roscoff sans encombre, puis à Morlaix.
    Là, la petite Marie, âgée de six ans, rencontre pour la première fois sa grand-mère maternelle, Antoinette de Bourbon-Vendôme, duchesse douairière de Guise, sur ses terres de Joinville. La reine Marie de Guise n'accompagne pas son enfant. En effet, elle est restée en Ecosse pour représenter le parti pro-français là-bas.
    Marie Stuart gagne ensuite la Cour d'Henri II où elle va être éduquée comme n'importe quelle autre princesse française. Elle va être aussi préparée à son futur rôle de Dauphine de France puisqu'elle doit épouser François, le fils aîné d'Henri II et Catherine de Médicis. Elle partage sa chambre avec Elisabeth, l'une des filles des souverains, qui deviendra par la suite reine d'Espagne. Tous les Écossais qui avaient accompagné Marie sont progressivement renvoyés en Ecosse, sauf lady Fleming, sa gouvernante, sur demande expresse de la petite reine, ainsi que sa nurse, Jean Sinclair. Henri II préférait en effet l'entourer de Français, déjà pour la familiariser plus rapidement à la langue et parce que la Cour considérait que « les compatriotes de Marie étaient assez laids, frustes et mal lavés et, ainsi, des compagnons inadaptés pour la future femme du Dauphin ». Les quatre Maries (Marie Stuart était en effet accompagnées de trois autres petites filles, nées la même année qu'elle et portant le même prénom, Marie Fleming, Marie Seton, Marie Livingstone) sont ensuite envoyées dans un couvent dominicain pour parfaire leur éducation.
    Marie va recevoir aussi des leçons de fauconnerie et d'équitation et elle apprend à monter à cheval à la mode française (à califourchon sur la monture, une jambe de chaque côté), plutôt qu'en amazone, à la mode anglaise. On lui enseigne aussi la broderie et c'est le brodeur officiel du roi qui se charge de cette tâche. On lui apprend aussi la musique et le chroniqueur mondain Brantôme rapportera que Marie Stuart chantait en s'accompagnant d'un luth. D'autres auteurs rapportent qu'elle jouait aussi de la cithare, de la harpe et du virginal. La petite fille dispose aussi d'une vaste garde-robe et de nombreux bijoux puisque, à l'instar des autres membres de la Cour, elle participe à des festivités publiques : par exemple, le mariage de François de Guise, son oncle avec Anne d'Este.
    Antoine Fouquelin initia la petite princesse à la rhétorique tandis que Pierre de Ronsard, le célèbre auteur de la Pléiade la formait à la poésie. Marie Stuart aime lire, tout particulièrement la poésie de son mentor Ronsard, mais aussi celle de Joachim du Bellay et d'Etienne de Maisonfleur. Elle lut aussi Plutarque, Plaute et Cicéron, en latin. Par contre, elle ne maîtrise pas bien le grec ancien.
    En mai 1555, elle prononce un discours dans le grand hall du Louvre, devant toute la Cour réunie. Elle y affirme qu'une éducation dans les lettres et les sciences humaines est tou à fait adéquate pour une femme. Marie reçoit aussi une formation en littérature française, géographie et Histoire mais aussi de langues vivantes : espagnol, anglais et italien, qui viennent compléter sa langue maternelle, le scots, et le français qu'elle parle à la cour du roi Henri II.
    La petite princesse reçoit aussi une éducation religieuse, en plus de cette vaste éducation civile. Cette éducation est, selon Joseph Stenvenson, dispensée à Marie par sa grand-mère, Antoinette de Bourbon-Vendôme. Mais, d'après une étude plus récente menée par Henderson, il semblerait que l'éducation religieuse de l'enfant ait été prise en charge par son oncle, le cardinal de Guise.
    L'intendance des enfants royaux, c'est-à-dire la gestion des gouvernantes et le choix des précepteurs revenait à Diane de Poitiers. La gestion du personnel de Marie est dévolue, elle à Jean de Humières et ensuite, à Claude d'Urfé. Henri II ne paye que pour l'éducation de Marie. Tout le reste est à la charge de sa mère, la reine-mère d'Ecosse, qui s'occupe des fonds destinés aux domestiques et à l'intendance. Ces fonds, on s'en doute, sont plutôt limités. La grand-mère de Marie s'alarme du faible nombre de domestiques de sa petite-fille, d'autant plus qu'ils quittaient fréquemment leur poste pour aller en trouver un mieux rémunéré. Le cardinal de Guise suggère des économies sur le train de vie mais Marie refuse. En jeune fille frivole, elle argumente qu'elle ne veut pas se couper de la mode !
    Peu après, alors que Marie a treize ou quatorze ans, un scandale éclate. Sa gouvernante, lady Fleming, a séduit le roi Henri II et est enceinte. Elle donne naissance à un fils, Henri d'Angoulême avant d'être finalement renvoyée en Ecosse pour étouffer l'affaire. Les oncles de Marie décident de lui donner une nouvelle gouvernante, catholique fervente. Leur choix se porte sur Françoise d'Estamville, qui a une bonne réputation. Mais Marie s'oppose à sa nouvelle gouvernante : c'est d'ailleurs le seul acte d'autorité dont la jeune souveraine ait fait preuve dans sa jeunesse. A la fin de 1555, Marie décide de donner à ses tantes abbesses des robes qui ne sont plus à sa taille mais sa gouvernante refuse, demandant les robes pour elle-même. Une querelle s'ensuit et la gouvernante retourne à Paris avant de démissionner ou d'être renvoyée, en 1557.
    En 1550, Marie a la bonne surprise de recevoir une visite de Marie de Guise, sa mère. Accompagnée d'un grand nombre de nobles écossais, la reine-mère retrouve sa fille après deux ans de séparation, le 25 septembre. Toutes les deux, elles assistent, en octobre, à l'entrée royale d'Henri II dans ville de Rouen.
    Fin 1557, le projet de mariage entre François et Marie Stuart se précise. Henri II invite alors les Ecossais à envoyer des représentants afin de discuter des termes du mariage. Le 14 décembre, le parlement écossais dépêche neuf députés, demandant des conditions avantageuses pour son indépendance nationale. Si Marie Stuart venait à mourir sans descendance, la France devrait aider à la succession du trône écossais par l'héritier le plus proche par le sang. Le roi de France accepte les conditions et, dans la foulée, le parlement français naturalise tous les sujets écossais comme français, en juillet 1558. En échange, l'Ecosse naturalise également tous les sujets français comme écossais. Mais les conditions furent changées, en secret, en avril 1558, par la reine d'Ecosse et son futur beau-père Henri II : si elle venait à mourir, tous les droits de Marie à la couronne d'Angleterre reviendraient à la France, sans contrepartie. La France, dans ce cas, se rembourserait avec les revenus écossais pour la défense de l'Ecosse.
    Le 24 avril 1558, Marie et François s'unissent, à la cathédrale Notre-Dame de Paris, après les accordailles qui ont lieu le 19 avril au Louvre. L'évènement revêt une importance très particulière pour la ville et pour les Parisiens : c'est la première fois en deux cent ans qu'un Dauphin se marie dans la ville. Les époux sont reçus à la porte ouest par le cardinal de Bourbon puis par l'évêque de Paris, qui délivre son discours ous une voûte décorée de fleurs de lis. La messe continue ensuite à l'intérieur. Plusieurs observateurs ont fait part d'une grande différence physique entre les deux jeunes époux. Marie fait forte impression aux Français, c'est une jolie jeune fille, saine et plutôt gracieuse, tandis que son époux, François, est maladif et chétif depuis l'enfance. La tenue de la jeune femme est en plus particulièrement riche.
    Après la cérémonie, la procession traverser les rues de Paris, jusqu'au Palais de Justice où se tient un grand banquet en l'honneur des jeunes mariés. Six galions parés de draps d'or traversèrent alors la salle de bal : chacun avait un prince masqué à son bord et ils embarquèrent six femmes de haut rang. C'est fait : Marie Stuart, reine d'Ecosse, est aussi devenue Dauphine de France. Elle est destinée, à plus ou moins long terme, à devenir aussi reine consort de France. Après le mariage, Marie et son époux habitèrent aux appartements royaux de Saint-Germain.
    Au mois de novembre 1558, Marie Tudor, devenue la reine Marie Ière, meurt. Son jeune frère Edouard VI est mort adolescent et sans descendance. C'est d'abord Jane Grey qui est montée sur le trône mais Marie Tudor la fait décapiter le 12 février 1554 et devient reine. Pour les catholiques, Marie Tudor est la dernière héritière d'Henry VIII. En effet, le divorce entre Henry VIII et Catherine d'Aragon, les parents de Marie, n'ayant jamais été reconnu, le mariage entre le roi Henry et Anne Boleyn est reconnu de fait, nul et non avenu. En ce cas, leur fille unique, Elizabeth, ne peut monter sur le trône puisqu'elle est considérée comme une enfant illégitime. Le trône anglais devrait donc revenir aux descendants de Marguerite d'Ecosse, la soeur d'Henry VIII. Marie Stuart est sa descendante directe. Son beau-père Henri II ordonne donc qu'elle soit proclamée, à Paris, reine d'Angleterre, d'Irlande et d'Ecosse. Avec son jeune époux François, elle prend les armes d'Angleterre. Le pape, bien que poussé par les agents français à reconnaître Marie, ne prend pas pour autant parti pour elle. Le souverain pontife ne désirait pas, effectivement, offenser Philippe II de Habsourg, veuf de Marie Ière et qui était bien déterminée à ne pas laisser l'Angleterre sous le contrôle de la France.
    Toutefois, Marie ne devient pas reine en Angleterre. C'est Elizabeth, la fille d'Henry VIII et Anne Boleyn, qui est couronnée reine, sous le nom d'Elizabeth Ière. La situation entre la France et l'Espagne change aussi. Leurs finances ne leur permettant pas plus de supporter des politiques impériales (dans lesquelles, notons-le bien, l'Angleterre et l'Ecosse ne sont que deux pions), les deux puissances font la paix. La France des Valois et l'Espagne de Habsbourg signent la paix du Cateau-Cambrésis au mois d'avril 1559. Pour sceller cette paix, Henri II donne en mariage sa fille Elisabeth à Philippe II. Le 30 juin, un tournoi est donné à Paris en l'honneur du mariage de la jeune princesse et de celui de sa tante, Marguerite de France avec le duc de Savoie. C'est lors de ce tournoi que le roi Henri II, pourtant mis en garde par son épouse, Catherine de Médicis, est blessé mortellement par Montgomery. Il meurt le 10 juillet suivant et sa mort emporte avec lui la politique française d'extension sur les îles britanniques.

    III. Une éphémère reine de France

    INTERMÈDE HISTOIRE LXVII

    Le roi François II et la reine Marie

    A peine un an après ses noces, Marie est devenue, par la force des choses, reine de France, reléguant dans l'ombre Catherine de Médicis, qu'elle n'a jamais beaucoup apprécié. Conformément à la coutume, la nouvelle reine demande à Diane de Poitiers un inventaire des bijoux qu'elle avait pu recevoir du défunt roi et les récupéra.
    Le tempérament maladif du nouveau roi, François II, ne lui permet pas de gouverner. Un exemple, son couronnement, prévu au dimanche 17 septembre 1559 doit être reporté d'un jour à cause de la santé trop mauvaise du jeune roi. De ce fait, François II fut le seul roi de France à n'avoir pas été couronné un dimanche ou un jour serein. Ecoutant les conseils de sa jeune épouse, qui a une influence certaine sur lui, François II, qui se sait incapable de gouverner correctement le royaume remet le pouvoir entre les mains des oncles de la reine : les Guises. Le roi indique au Parlement qu'il donne au duc de Guise le contrôle de l'armée tandis que le cardinal, lui, prend en charge l'administration du royaume et ses finances. En théorie, sa mère, Catherine de Médicis, devenue la reine-mère, doit toujours être consultée mais l'autorité est concentrée entre les mains des Guises, qui sont les véritables dirigeants du royaume.
    La situation est idéale pour eux mais il la savent fragile et précaire. En effet, ils connaissent parfaitement les ennuis de santé du roi et ces derniers ne peuvent pas permettre au jeune homme de vivre longtemps. Tous leurs espoirs se concentrent alors dans une hypothétique maternité de Marie, qui ferait d'eux les oncles de l'héritier. Mais son mariage avec François II restera stérile : il n'a peut-être même pas été consommé...Et puis, Marie est alors très anxieuse car la situation de sa mère en Ecosse l'inquiète. L'ambiance n'est donc pas du tout propice pour une possible grossesse, quand bien même le mariage ait été consommé. Pourtant, les dames d'honneur de Marie se mettent à colporter des rumeurs, que les Guises appuient : Marie finit par y adhérer, en adoptant notamment les vêtements amples et flottants que portaient les femmes enceintes...
    Mais, à la fin de septembre 1560, elle comprend qu'il n'en est rien. Deux mois plus tard, après une chasse du côté d'Orléans, le roi François II prend froid et se plaint de fortes douleurs à la tête. La santé déclinante du roi ne pouvait être rendue officielle à cause de la situation intérieure avec les huguenots et les Guises dissimulèrent l'état de santé alarmant du roi à la Cour mais aussi aux ambassadeurs. Cependant, la maladie du roi, d'abord concentrée dans l'oreille gauche, se généralise rapidement au cerveau, lui causant de fréquentes crises de délire. Les Guises font tout leur possible pour sauver le roi et li rendre la santé, leur propre succès étant lié à une grossesse de leur nièce. Sous l'influence du cardinal de Guise, des processions partent de toutes les églises de Paris et la Cour entière se met à prier pour le Salut du roi. Hélas, François II succombe de sa maladie, le 5 décembre 1560. Il a régné un peu plus d'un an et demi. Marie Stuart est veuve. La jeune femme cède la couronne au jeune Charles IX, son beau-frère âgé de dix ans. La mère de ce dernier, Catherine de Médicis, prend sa revanche sur sa trop sûre petite belle-fille puisque c'est elle qui administre le royaume en sous-main, le jeune roi étant trop jeune pour gouverner seul. Catherine demande l'inventaire des bijoux et Marie se retire pour mener le deuil selon la tradition. Elle doit en effet passer quarante jours dans une chambre noire, pour être sûre de ne pas être enceinte. Elle choisit celle de l'abbaye Saint-Pierre-les Dames dont sa tante, Renée de Lorraine, est abbesse. C'est aussi dans la région de la Champagne qu'elle reçoit en douaire la ville et seigneurie d'Epernay. L'ensemble des propriétés qui lui étaient octroyées par contrat de mariage lui rapportait 60 000 livres tournois par an, ce qui lui permettait de vivre tout à fait confortablement. Mais Marie et ses oncles poursuivent leurs ambitions...

    IV. Le retour vers l'Ecosse

    INTERMÈDE HISTOIRE LXVII

    Une vision romantique du départ de Marie pour l'Ecosse : Marie Stuart quittant la France, par Edouard Hamman  (1863)

    A ce moment-là, l'Ecosse est divisée sur la question religieuse. Du fait des troubles religieux qui agitent la France et se transformeront ensuite en Guerres de Religion, il devenait pour les Guises de plus en plus difficile de secourir les partisans écossais de Marie. Selon les termes du traité d'Edimbourg signé par les représentants de Marie à la suite de la mort de sa mère, le 12 juin 1560, la France décide de retirer ses troupes d'Ecosses et de reconnaître les droits d'Elizabeth Tudor sur l'Angleterre. Marie, elle, refuse de ratifier le traité.
    Veuve, Marie n'a plus rien à faire en France et elle décide de rentrer en Ecosse, son pays, en 1561. Elle trouve un pays déchiré. Malgré son éducation, la jeune femme n'est pas préparée aux intrigues qui déchirent la Cour d'Ecosse à cette époque. La religion divise le peuple entre pro-catholiques et pro-protestants. Le propre demi-frère de Marie, Jacques Stuart, comte de Moray, est le meneur de la faction protestante. Marie, elle, est une catholique fervente et cela la fait passer pour suspecte aux yeux de bon nombre de ses sujets. Son goût pour la danse et pour la mode était particulièrement mal vu par les réformateurs protestants, à l'instar de John Knox, opposant fervent à la jeune reine. Marie déçut aussi les catholiques en ne prenant pas la tête du parti catholique...Par contre, elle se montre assez tolérante vis-à-vis des protestants. Elle garde auprès d'elle Jacques Stuart, son frère, qui devient l'un de ses plus proches conseillers. Elle réduisit encore un peu plus sa marche de manoeuvre et se posa en souveraine maladroite en alliant ses forces à celle de Moray pour anéantir le chef catholique Lord Huntly en 1562. De plus, l'année précédente, le fossé s'était encore creusé avec la reine d'Angleterre : Marie avait invité Elizabeth à lui rendre visite en Ecosse pour réchauffer leurs relations diplomatiques mais la souveraine britannique avait refusé.
    Le 29 juillet 1565, Marie surprend l'Ecosse en s'unissant, sans préavis, à Henry Stuart, lord Darnley, petit-neveu du roi Henry VIII et son propre cousin germain : la mère de lord Darnley, Margaret Douglas était la demi-soeur de Jacques V d'Ecosse. Ils avaient la même mère, Margaret Tudor, la reine d'Ecosse et soeur d'Henry VIII. Ce mariage surprise avec un meneur du clan catholique précipite Moray, son frère, dans le parti protestant en rébellion.
    Marie tombe enceinte rapidement mais Darnley change de comportement avec elle. Il devient arrongant, arguant que son titre droi lui donne le pouvoir. De plus, il était jaloux de la relation que la reine Marie entretenait avec David Rizzio, son secrétaire italien. En mars 1566, Darnley entre dans une conspiration secrète, ourdie par des seigneurs qui s'étaient déjà rebellés contre le pouvoir. Le 9 mars, Rizzio est assassiné alors qu'il était en conférence avec la reine, au palais de Holyrood. Cette action odieuse précipite la fin du mariage de Marie et de Darnley. Peu après l'assassinat de Rizzio, Darnley tourne casaque, se posant en rival de Marie. Il tente même, sans succès, de la faire avorter !

    INTERMÈDE HISTOIRE LXVII

    Marie Stuart et son deuxième époux, lord Darnley : il sera le père de son fils, Jaques VI


    En juin 1566, quelques mois seulement après l'assassinat de Rizzio, Marie accouche d'un fils : ce sera le futur Jacques VI d'Ecosse et Jacques Ier en Angleterre puisqu'il montera sur le trône britannique après Elizabeth Ière qui en fait son héritier. La reine tombe aussi sous le charme de Jacques Herpburn, le quatrième comte de Bothwell. C'est d'ailleurs sous cette dénomination qu'il est le plus couramment connu. Très vite, Marie veut en faire son époux mais elle est encore marié à Darnley. C'est alors qu'un véritable complot est mis en place contre lui. Le roi consort est en plus déjà malade (peut-être souffre-t-il de syphilis) et Marie lui rend souvent visite, ce qui peut laisser croire qu'une réconciliation entre eux est possible. En février 1567, alors que Darnley est en convalescence dans une maison d'Edimbourg, celle-ci est l'objet d'un attentat : elle explose, littéralement et le corps de Darnley est retrouvé un peu plus tard dans le jardin. Il n'est pas mort dans l'explosion mais a probablement été étrangé. Cet évènement, qui aurait dû sauver Marie, n'a pas du tout l'effet escompté. Au contraire, la mort de Darnely salit encore un peu plus la reine, qui est tout de suite suspectée d'avoir voulu se débarrasser de son époux. Bothwell est considéré comme coupable et jugé mais un tribunal de complaisance va finir par l'acquitter. Peu après, il abuse de Marie et leurs noces scellent le destin de la reine, complètement perdue aux yeux de son peuple.
    Arrêtée par une confédération de nobles écossais, Marie est emprisonnée au château de Loch Leven, dès juin 1567. Entre le 18 et le 24 juillet, la reine, qui était enceinte, perd les enfants : elle était en effet enceinte de jumeaux. Le 24 juillet, elle abdique en faveur de son fils Jacques, âgé d'un an à peine. C'en est fini de Marie Stuart sur le trône écossais.

    V. L'évasion en Angleterre et le destin tragique qui se met en place

    INTERMÈDE HISTOIRE LXVII

    Marie a été une éphémère reine de France mais son souvenir perdure encore : ici, au Luxembourg, à Paris sa statue dans la série des Femmes Illustres

    Le 2 mai 1568, après dix mois de détention à Loch Leven, forteresse insulaire perdue au milieu d'un loch comme il y'en a tant en Ecosse, Marie s'évade. Elle lève par la suite une petite armée. Trois jours après sa défaite à la bataille de Langside, le 13 mai, elle s'enfuit d'Ecosse et passe en Angleterre, où elle est appréhendée et emprisonnée par les agents de la reine Elizabeth, à Carlisle, le 19 mai. Elle prononce alors cette phrase qui restera célèbre et lui survivra dans le temps : « En ma Fin gît mon Commencement », qu'elle brodera sur sa robe.
    Plutôt qu'un procès, Elizabeth ordonne tout d'abord une enquête : il s'agit de faire la lumière sur le meurtre mystérieux dont a été victime lord Darnley, qui est tout de même apparenté à la reine d'Angleterre. Cette dernière fait enfermer Maerie Stuart à York, d'octobre 1568 à janvier 1569. L'enquête est bien sûr de pure forme : la reine Elizabeth ne souhaite pas condamner celle qui est sa cousine pour meurtre, quant à Marie Stuart, elle ne reconnaît l'autorité d'aucune cour juridique. Il suffisait seulement, en fin de compte, de la garder hors d'Ecosse et de contrôler ses partisans.
    Le cas de Marie est examiné grâce à huit lettres, conservées dans un coffret et que la reine d'Ecosse avait écrites à Bothwell. Marie ne fut pas autorisée à prendre connaissance des lettres ni même à se défendre. Elle refuse aussi d'offrir une défense écrite à moins qu'un verdict de non culpabilité lui soit garanti. Elizabeth Ière refuse, comme on peut s'en douter.
    Bien qu'une analyse graphologique attribua les lettres à la main de Marie, le tribunal n'est pas en mesure de conclure à la culpabilité de la reine déchue. Malgré cela, Elizabeth se méfie de sa cousine. Elle n'a pas oublié que Marie revendique le trône d'Angleterre. C'est pourquoi elle l'assigne à résidence, en Angleterre, durant dix-huit ans, sous la garde de George Talbot, le comte de Shrewsbury et sa redoutable épouse, Bess d'Hardwick. Bothwell, lui, fut finalement emprisonné au Danemark, où il mourut fou et toujours en prison, en 1578.

    VI. La reine Marie précipite sa fin

    INTERMÈDE HISTOIRE LXVII

    L'Exécution de Marie Stuart par Alexandre-Denis Abel de Pujol (XIXème siècle)

    Marie Stuart est experte dans l'art du Chiffre. C'est-à-dire qu'elle savait parfaitement bien crypter un message. Les lettres codées qu'elle échangeait avec ses partisans dans sa prison sont interceptées puis déchiffrées par les services de la reine Elizabeth, qui fait surveiller sa cousine en permanence. Elles servirent de prétexte à la condamnation de l'ex-reine d'Ecosse.
    Le 8 février 1587, à dix heures du matin, Marie Stuart s'apprête à monter sur l'échafaud. Elle a été sacrifiée par sa cousine Elizabeth, qui avait jusque là beaucoup tergiversé. Il semble que la souveraine n'ait pas été sûre d'elle et elle avait repoussé et repoussé encore l'échéance. L'échange de lettres compromettantes de la reine avec ses partisans, avait fini par persuader la reine Tudor de passer à l'action.
    C'est au château de Fotheringhay que Marie va être exécutée, après avoir été suspectée d'une participation dans le complot d'Anthony Babington contre la reine Elizabeth. Elégante même aux ultimes moment de sa vie, Marie décide de porter une robe rouge -même s'il s'agirait plutôt d'une légende, la reine était représentée en robe noire sur bien des tableaux- et se déclare comme une martyre catholique. Son crucifix sera foulé au sol. Les témoignages confirment que son bourreau était ivre au moment de son exécution et qu'il lui fallut trois coups de hâche pour exécuter la sentence : le glaive, symbole de justice divine et couramment utilisé en France, lui avait été réfusé.
    Avant de s'agenouiller devant le billot, les servantes s'avancèrent pour déshabiller la souveraine. Comme le voulait la coutume, les bourreaux se précipitèrent pour récupérer les vêtements de la condamnée. C'est l'usage. La reine s'offusque, disant qu'elle ne s'était jamais déshabillée devant des hommes. Mais elle finit par se résigner, sans pour autant se dénuder totalement. Voyant sa détresse de se trouver ainsi exhibée aux yeux des hommes, une servante, la prenant en pitié, s'approcha d'elle et lui couvrit les yeux d'un foulard. Au troisième coup, la décollation fut effective, après que la hâche soit tombée la première fois sur l'occiput puis la seconde fois sur la nuque sans totalement trancher le coup de Marie Stuart. Le bourreau s'empara alors de la tête, pour la montrer à l'assistance. Mais il ne s'était pas rendu compte que la reine portait une perruque et celle-ci lui resta dans les mains alors que la tête roula au sol. Finalement, le bourreau la mit en exposition sur un balcon proche, où elle resta toute une journée à la vue du public.
    Marie Stuart avait émis la volonté d'être enterrée en France, à Reims précisément, auprès de sa mère, de son oncle le cardinal de Guise et de sa tante abbesse. Elle fut tout d'abord inhumée à la cathédrale de Peterborough puis son corps est exhumé en 1612 lorsque son fils, Jacques Ier d'Angleterre (Jacques VI) en Ecosse ordonne que le corps de sa mère soit enterré à l'abbaye de Westminster, à Londres. Elle repose à dix mètres d'Elizabeth, la reine qui la fit assassiner. Marie est l'ancêtre de tous les rois Stuart qui succédèrent à Elizabeth sur le trône britannique.

     

    © Le texte est de moi, je vous demanderais donc de ne pas le copier, merci.

    Pour en savoir plus :

     -Marie Stuart, Stefan Zweig. Biographie.
    -Marie Stuart, reine de France et d'Ecosse, Antonia Fraser. Biographie.
    -Marie Stuart, la reine ardente, Isaure de Saint-Pierre. Biographie semi-romancée. 

     

     

     

     


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