• Reines de Sang ; Philippa Gregory

    « Une femme avisée vit longtemps en espérant que les temps changent. »

    Reines de Sang ; Philippa Gregory

     

     

         Publié en 2017 en Angleterre

      En 2020 en France (pour la présente édition)

      Titre original : The Last Tudor

      Editions Hauteville

      696 pages 

     

     

     

     

    Résumé :

    « J'ai l'impression que je resterai emprisonnée jusqu'à la fin de mes jours pour le seul crime d'avoir épousé l'homme que j'aime tandis qu'Elisabeth ne peut pas épouser son amant. Il s'agit de jalousie poussée à l'extrême, d'une malice funeste. Avec sa lettre de refus, je crains que seule la mort ne puisse me délivrer. »

    Jane, Catherine et Mary Grey sont trois soeurs qui ne souhaitent rien d'autre que profiter des beautés de ce monde, de leur jeunesse, et de trouver l'amour. Mais leur héritage royal fait d'elles des cibles aux yeux de leurs cousines : Marie et Elisabeth qui se partageront successivement la Couronne d'Angleterre, et redoutent plus que tout de la perdre. Chacune d'entre elles est cependant déterminée à prendre les rênes de son propre destin, même si cela signifie risquer sa vie et passer le restant de ses jours à la Tour de Londres. Dans ce jeu de pouvoir, qui sera la dernière Tudor ?

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    2020 aura été l'année de mes retrouvailles avec Philippa Gregory puisque j'ai lu La Dernière Reine en avril puis La Fille du Faiseur de Rois, au mois de novembre. Tous deux ont été d'agréables surprises.
    En 2021, je compte bien continuer sur ma lancée, avec Reines de Sang, donc mais aussi La Malédiction du Roi, qui vient de sortir aux éditions de l'Archipel et qui raconte le destin de Margaret Pole, nièce d'Anne Neville et Richard III (qui, eux, étaient au centre de La Fille du Faiseur de Rois...vous suivez ?)
    Avec Reines de Sang, on revient à l'époque de prédilection de l'auteure, l'époque qui me l'a faite découvrir, d'ailleurs : l'époque des Tudors.
    Quand s'ouvre le roman, nous sommes en 1550. Henry VIII est mort depuis trois ans et c'est son jeune fils de treize ans, Édouard, qui règne. De constitution fragile et maladive, le fils de Jane Seymour sait que ses jours sont comptés : il n'aura probablement pas le temps de se marier ni d'avoir des enfants à lui avant de mourir. Or, il lui faut un héritier : sa sœur aînée, Marie Tudor, est écartée de la succession car catholique. Elizabeth, la seconde fille d'Henry VIII est également écartée de la succession par les conseillers de son frère, car sa réputation a été entachée par un scandale... Ne restent alors en ligne directe que les cousines du roi, les sœurs Grey, Jane, Catherine et Mary, qui sont les filles de lady Frances Brandon et les petites-filles de Mary Tudor et Charles Brandon, respectivement sœur préférée et ami proche du roi Henry VIII... Jane, l'aînée, jeune femme érudite, fer de lance du protestantisme et possèdant une vaste connaissance théologique, est désignée pour succéder à son cousin Édouard. En juillet 1553, après avoir été intronisée à la mort de son cousin, elle ne régnera que neuf jours, qui lui laisseront son surnom dans l'Histoire puisque Jane Grey est bien souvent connue comme la reine de Neuf-Jours (Nine Days' Queen en anglais). Emprisonnée à la Tour de Londres par la reine Marie Ière, Jane est exécutée sept mois plus tard, avec son père et son époux, Guilford Dudley.
    Ses deux cadettes, Catherine et Mary, ne connaîtront pas un destin plus heureux, même si elles ne monteront pas à l'échafaud. Successivement pressenties pour devenir héritières du royaume d'Angleterre, elles devront subir la haine de leur cousine Elizabeth Ière qui les considère comme des rivales, tout en refusant fermement le mariage et donc de donner un héritier incontestable à la couronne. D'ailleurs Elizabeth en prend plutôt pour son grade dans ce roman : la reine de cœur d'Alice au pays des merveilles n'a qu'à bien se tenir !!
    Catherine, qui épouse sans le consentement de la reine le jeune Ned Seymour, comte de Hertford, ne connaîtra jamais plus la liberté quand son secret sera révélé. Baladée de prison en prison pendant plusieurs années, de la Tour de Londres jusqu'à des demeures plus ou moins luxueuses mais toujours privée de liberté, Catherine meurt de langueur en 1568, à l'âge de vingt-sept ans, séparée de son mari et de ses enfants.
    Mary, la plus jeune, est certainement aussi la moins connue (mais celle qui, dans le roman fait le plus preuve de combativité et de détermination) : atteinte d'une malformation de l'épine dorsale, de très petite taille, Mary est fille d'honneur de la reine Elizabeth dont elle subira ensuite les foudres pour avoir imité sa sœur Catherine et s'être mariée sans l'autorisation royale, avec Thomas Keyes.
    Ce roman est une triade : trois sœurs, trois personnalités, trois destins. Mais un dénominateur commun : une prétention à la couronne anglaise qu'elles n'ont pas voulue mais que leur sang, leur filiation leur impose et qui leur coûtera leur bonheur et, pour deux d'entre elles, leur vie. La haine d'une reine aux tendances tyranniques mais qui connaît parfaitement les limites de son pouvoir et poursuit de sa méfiance et de sa haine tous ceux qu'elle considère comme ses rivaux.
    Comme souvent, Philippa Gregory, ce roman parle de sororité : la sororité au sens premier du terme, pas au sens de solidarité féminine comme on peut l'entendre aujourd'hui. Dans Deux Sœurs pour un Roi, déjà, elle explorait les rivalités entre sœurs pour un même homme. Dans La Fille du Faiseur de Rois, les deux héroïnes, Anne et Isabelle, filles du comte de Warwick, sont aussi des sœurs.
    Ici, de même. Divisé en trois parties, le roman laisse la parole à chacune des trois sœurs Grey ; chacune est la narratrice de son propre destin dans l'une des trois parties du récit.
    Gros pavé de près de 700 pages, Reines de sang est plutôt un roman riche, c'est le moins qu'on puisse dire ! Globalement, ce fut une bonne lecture malgré quelques petits bémols et inégalités qui, dans l'ensemble, n'ont pas gâché mon plaisir de lecture, ce qui est essentiel !

    L'exécution de Jane Grey par Paul Delaroche (1833)


    Avant de parler des choses qui fâchent, listons déjà les points positifs : Philippa Gregory a le don pour rendre l'Histoire vivante et parlante au plus grand nombre ! On ne peut décidément pas contredire le magazine USA Today lorsqu'il la qualifie de reine du roman historique. Il est vrai qu'elle n'a pas son pareil pour transformer en grandes fresques aventureuses l'époque de la Guerre des Deux-Roses et celle des Tudors. Et le fait qu'elle s'attache à raconter l'Histoire du côté des femmes me plaît toujours beaucoup. Elles sont souvent les grandes oubliées des manuels d'Histoire et le fait que l'auteure leur redonne une voix, même de fiction, est méritant. Enfin, ce roman montre bien la place que les femmes occupaient alors dans la société et qu'un destin royal ne protège pas de tout et sûrement pas du malheur : pions manipulables à l'envi, servant l'ambition des pères, des frères ou des maris, souveraines à la position fragile qu'elles doivent sans cesse consolider parfois au mépris des sentiments, les femmes à l'époque Tudor doivent particulièrement se battre pour soutenir leur rang et leurs ambitions ou tout simplement conserver leur vie. Le cas de Jane, placée sur le trône contre son gré par son propre père, ou celui d'Anne Boleyn, victime de l'ambition démesurée de son oncle et de son père en sont un bon exemple ! Pour tout cela, Reines de sang est un bon roman.
    Maintenant, parlons des points qui m'ont plus posé problème au cours de cette lecture, ces petites inégalités dont je parlais plus haut : j'ai eu le sentiment que le roman était très répétitif, redondant. J'avais eu la même impression en lisant La Princesse Blanche, roman centré sur la figure de Bessie d'York, la mère d'Henry VIII... des chapitres qui se ressemblaient beaucoup les uns les autres et finissaient par donner au roman un côté un peu lourd et le sentiment, pour le lecteur, qu'on tournait en rond.
    Ici, c'est un peu pareil... le roman tourne rapidement autour des emprisonnements successifs des sœurs Grey, de leurs pérégrinations d'une geôle à une autre et de leurs espoirs (souvent déçus) d'être libérées. J'avoue que j'ai trouvé cet aspect du roman un peu pénible par moments : qu'il soit présent, ok. Ça fait partie de la vie des sœurs Grey et notamment de Catherine et Mary, qui vont toutes les deux connaître une longue disgrâce. Mais entre présent et trop présent, il y'a une marge. Même si j'ai surtout ressenti cela sur la fin, j'avoue que j'aurais autant aimé que cela ne se produise pas.
    J'ai regretté aussi que le personnage de Jane Grey soit très antipathique alors que son destin plus que tragique nous pousserait plus spontanément à avoir de la compassion pour elle (exécutée à seize ans à peine pour une couronne qu'on n'a pas voulue, c'est triste quand même). Mais son caractère hautain et orgueilleux m'a malheureusement agacée et je trouve ça dommage.
    Maintenant la question est de savoir si je regrette cette lecture. Évidemment, non ! Évidemment, je continuerai à lire avec un plaisir non dissimulé les nouveaux romans de Philippa Gregory, malgré quelques inégalités ou petites faiblesses ! Ses romans sont bien sûr de la fiction, la romancière s'immiscant dans les lacunes de l'Histoire et ses parts d'ombre, mais ses récits toujours cohérents et plausibles me séduisent. C'est plein de souffle, c'est épique et c'est bien écrit ! Philippa Gregory explore avec maîtrise deux époques passionnantes de l'Histoire anglaise : la guerre des Deux-Roses et la Renaissance Tudor, marquée par les figures tutélaires (et légèrement tyranniques) d'Henry VIII et Elizabeth Ière. Et j'insiste mais, raconter l'Histoire à travers celle des femmes, souvent laissées pour compte, c'est quand même une idée plus que bonne !! En tous les cas, moi j'adhère à chaque fois.

                                     Hans Eworth Lady Mary Grey 1571.jpg

    Les deux plus jeunes soeurs de Jane Grey : Catherine Grey, lady Hertford (1540 - 1568) représentée ici avec son plus jeune fils et Mary (1545 - 1578), qui connaîtra la captivité pour avoir épousé sans le consentement de la reine le capitaine Thomas Keyes

    En Bref :

    Les + : l'aspect historique bien que fictionnel avait évidemment tout pour me plaire, c'est épique et plein de souffle ! 
    Les - :
    un sentiment que le roman est répétitif et redondant et c'est dommage.


    Reines de Sang ; Philippa Gregory

       Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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