• «Mais chaque commencement entraîne une fin. »

    Un Amour de Soie ; Lindsay Chase

    Publié en 1992 aux Etats-Unis ; en 2016 en France (pour la présente édition)

    Titre original : The Vow

    Editions Archipoche

    379 pages

    Résumé : 

    Rien ne prédisposait Hannah, 18 ans, à devenir la femme de Reiver Shaw, l'ambitieux propriétaire d'une filature de soie. Rien, sinon les terres constituant sa dot. Dans le Connecticut des années 1840, une femme a-t-elle seulement le droit de protester ? 

    Hannah pourrait se borner à être l'épouse silencieuse dont rêve Reiver. Mais celui-ci n'a pas su cacher la liaison qu'il entretient, depuis des années, avec une jeune veuve. 

    Lentement, la vengeance fait son chemin dans l'esprit d'Hannah. Reiver l'a-t-il vulgairement trompée ? Hannah ne prendra pas plus de précautions pour afficher son attirance pour le frère de son mari. 

    Lorsque Reiver souhaitera reprendre les rênes, il sera trop tard : de la petite affaire de son mari, Hannah aura fait, en quelques années, la première soierie de la Nouvelle-Angleterre... 

    En même temps que l'épopée industrielle de la jeune Amérique, ses rêves et ses combats, ce roman retrace le destin d'une femme déterminée à se faire une place dans un monde d'hommes. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Dans le Connecticut des années 1840, à Coldwater, les fermes des Shaw est des Bickford sont voisines. Reiver Shaw, aîné et chef de famille, dirige les filatures Shaw et espère en l'industrialisation naissante pour voir son affaire se développer et concurrencer les soieries européennes. Chez les Bickford, Hannah Whitby, jeune nièce orpheline, vient d'être recueillie par son oncle et par l'épouse de ce dernier. Mais ce n'est par bonté d'âme que les Bickford ont pris leur nièce infortunée à leur charge mais plutôt pour en faire une servante tandis que les trois fils de sa tante prennent un malin plaisir à la maltraiter : ça ne vous rappelle rien ? Hannah m'a aussitôt évoqué le personnage de Cosette ou celui de Cendrillon, orpheline elle aussi et mise à mal par une maratre malveillante.
    Rien ne prédestinait Hannah, pauvre jeune fille sans avenir et Reiver Shaw, exploitant visionnaire et ambitieux, à se marier. Et pourtant la voilà bientôt maîtresse de maison à la ferme des Shaw, où elle évolue entre son mari et les deux frères de ce dernier... mais parce que son époux est trop pris par ses soieries mais peut-être aussi par autre chose et qu'il la délaisse, Hannah se rapproche dangereusement de l'un de ses beaux-frères...
    Lindsay Chase situe sa romance en plein cœur d'un petit état de la côte est encore sauvage, dans lequel des paysages superbes s'épanouissent. Et dans ces paysages qui semblent encore vierges de toute présence humaine, des hommes justement naissent, vivent, s'aiment, se meurent et se brisent...
    Un Amour de Soie est un roman au postulat de départ intéressant mais, dès les premiers chapitres j'ai eu un sentiment de rapidité. Trop de rapidité. Tout se met en place trop vite, c'est comme si, finalement, j'avais démarré un roman en sautant deux ou trois chapitres : c'est un peu le ressenti que j'ai eu, comme si j'avais loupé un épisode. Si certains auteurs se perdent en considérations inutiles, il est vrai que ce n'est pas le cas de Lindsay Chase mais, en l'occurrence, certains développements auraient pu être bienvenus. Les personnages ne sont pas exceptionnels non plus c'est dommage... un peu comme pour l'intrigue, ils sont tout juste ébauchés et on est, dès les premières pages, presque jeté dans leur vie comme on serait jeté dans des bras inconnus. Peut-être que, pour m'y attacher davantage, j'aurais eu besoin de plus que quelques lignes pour en apprendre un peu plus sur eux, sur leur passé : c'est toujours agréable d'avoir un peu de temps pour s'imprégner d'une ambiance, faire connaissance avec des personnages...Trop, ça lasse, mais pas assez, ça peut frustrer.
    Malgré sa vie peu évidente, je ne me suis pas vraiment attachée Hannah, l' héroïne. Je ne l'ai pas détestée mais je suis restée à distance, du moins dans la première partie...Je vous l'ai dit, j'ai besoin d'un peu de temps pour m'habituer aux personnages, faire connaissance avec eux...un peu comme dans la vie, en fait ! ! Et si cette rencontre n'est pas complète, ça ne va pas...il m'a donc fallu plusieurs chapitres avant de me dire qu'Hannah avait finalement quelque chose d'infiniment admirable et qui a donc minoré ma réserve du départ, sans l'effacer complètement cependant. Les personnages d'Un Amour de Soie ne font pas partie de ceux auxquels on s'attache envers et contre tout. 
    Un Amour de Soie n'est pas un mauvais roman et il ne s'est pas avéré être une corvée à lire, soyons clairs ! Mais j'avoue que j'aurais aimé un peu plus d'approfondissements, un peu plus de descriptions des personnages par exemple ou des paysages, pour être vraiment immergés dans l'ambiance du roman. Mais franchement ça aurait pu être pire. J'ai aimé le triangle amoureux qui s'instaure insidieusement entre Hannah, son époux et le frère de ce dernier. L'auteure parvient à l'amener avec beaucoup de justesse et d'à-propos, sans tomber dans les clichés ou le mièvre. La relation entre Hannah et Reiver m'a aussi intéressée : dernièrement j'ai eu le chic pour tomber sur des intrigues où la violence conjugale, physique ou mentale, tenait une place importante et, un moment, j'ai craint de retomber dans ce genre de scénario mais en fait non parce qu'à ma grande surprise, Hannah est forte et riposte. Et son mari n'est pas violent, juste indifférent... je n'ai d'abord pas ressenti d'inimitié pour Reiver qui, à mon sens, est surtout maladroit et il arrive même parfois à se montrer touchant... il a une capacité de résilience assez importante d'ailleurs qui est assez insoupçonnable au départ et qui surprend agréablement, du moins dans la première partie du roman... parce que ça se gâte un peu lorsque la tension dramatique du roman se met en place et là, du jeune homme ambitieux un peu gauche avec son épouse, il devient sacrément égoïste voire injuste. Mais, en même temps, on sent chez lui une faille, une faiblesse qu'il reconnaît, ce qui tempère un peu ses défauts. En revanche, j'ai aimé les rapports de force qui s'établissent entre les deux personnages parce qu'Hannah se révèle astucieuse et à la hauteur du combat qu'elle mène et de son adversaire. Hannah est une femme bafouée à qui on a demandé des concessions mais qui, petit à petit, ne veut plus transiger, le dit, le montre et le fait. Je m'y suis attachée à mesure qu'approchait le dénouement, pour son courage et sa détermination.
    Au final, Un Amour de Soie est un roman un peu trop inégal pour que j'aie pu l'apprécier complètement. J'aurais aimé une intrigue démarrant autrement , de manière moins brutale. Mais j'ai cependant aimé la romance qui se trouve au cœur du récit parce que, sans être révolutionnaire non plus, elle est intéressante. J'ai aussi fini, comme je le dis plus haut, par mieux aimer Hannah sans pour autant m'y attacher : disons que je l'ai mieux comprise et son caractère direct voire fort qui m'a surprise au départ m'a finalement plu parce qu'il donne du relief à son personnage. J'ai aimé aussi l'aspect plus industriel du roman, qui dévoile les bons comme les mauvais aspects de cette industrialisation en développement. J'ai aimé la place qu'Hannah prend dans l'expansion des soieries Shaw à une époque où les femmes étaient tenues à l'écart des affaires. Mais certaines, comme Hannah, ont réussi à tirer leur épingle du jeu : je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir beaucoup d'admiration pour elle, d'ailleurs et elle m'a rappelé Fiona Finnegan, la jeune héroïne de Jennifer Donnelly dans L'Insoumise.
    L'idée de départ est bonne et je crois que Lindsay Chase aurait pu l'exploiter autrement, de façon moins brutale, pour donner le temps à ses lecteurs d'entrer dans l'histoire et de s'imprégner de son atmosphère. C'est vraiment ça qui m'a manqué : du temps. Mais je ne regrette pas cette lecture et l'ai tout de même appréciée, surtout dans les derniers chapitres quand l'intrigue gagne en teneur dramatique et s'étoffe donc d'elle-même. Le sentiment de rapidité du départ ne s'estompe pas mais on sent alors que l’auteure prend plus de temps et c'est vraiment un point positif.

    En Bref :

    Les + : une idée de départ intéressante, une romance bien traitée, sur fond d'industrialisation naissante. 
    Les - : un sentiment de rapidité au départ, un roman qui démarre un peu brutalement. 

     

    Un Amour de Soie ; Lindsay Chase

    Thème de janvier « Un plaid, une cheminée, un chocolat chaud », 1/12

     


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  • « C'est bien vrai, les gens ne sont pas tels qu'on les imagine. »

    The Rose Saga, tome 2, L'Ange de Whitechapel ; Jennifer Donnelly

    Publié en 2006 aux Etats-Unis ; en 2013 en France (pour la présente édition)

    Titre original : The Winter Rose

    Editions Pocket

    1003 pages

    Deuxième tome de la saga The Rose Saga 

    Résumé : 

    India Selwyn Jones, jeune aristocrate fraîchement diplômée de médecine, décidé de renoncer à ses privilèges pour exercer son métier dans la jungle populaire qu'est le quartier de Whitechapel. En ce début 1900, il n'est pas facile d'être une femme médecin et célibataire. Dévouée à ses patients, impétueuse, avant-gardiste en matière de progrès social, India va croiser le chemin de Sid Malone, un gangster qui règne sur Londres et dont la tête est mise à prix. Partagée entre sa vocation, son futur mariage avec un éminent politicien et ses sentiments ambigus pour Sid, India va devoir trouver le juste équilibre entre ce que l'on attend d'elle et ce qu'elle veut vraiment. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1900, fraîche émoulue de la faculté de médecine de Londres, India Selwyn Jones est engagée par un cabinet au cœur de l'East End et du quartier de Whitechapel. Là, la jeune femme va devoir s'armer de courage pour affronter les conditions de travail qui vont être les siennes désormais, face à des populations défavorisées ou des collègues aux pratiques rétrogrades. Mais India a un rêve, celui de rester à Whitechapel et d'aider les habitants en ouvrant un dispensaire pour les ouvriers et leur famille.
    Elle va aussi faire face à une autre réalité de ces quartiers : la délinquance. Et, en cette fin de XIXème siècle, la pègre y est très puissante : entre la prostitution, les trafics en tous genres et les opiomanes qui viennent faire fructifier les fumeries clandestines, les bandes criminelles y ont la part belle. India va d'ailleurs faire la connaissance de l'un des fameux chefs de gangs de l'East End, le fameux Sid Malone. Et la jeune femme va se rendre compte que la vie est parfois bien moins prévisible qu'on ne le croit et que le mal est loin de se trouver obligatoirement là où on pense le trouver nécessairement : ainsi le gangster peut avoir du cœur tandis que le politicien peut être bouffi d'orgueil au point de tout piétiner pour servir son ambition.
    L'Ange de Whitechapel est le deuxième tome de la saga victorienne de Jennifer Donnelly, The Rose Saga. Après avoir suivi la jeune Fiona Finnegan de Whitechapel à New-York, on fait donc la connaissance d'une nouvelle héroïne, Inia, déterminée à faire bouger les choses grâce à la légitimité que lui confère son statut de médecin -même si être une femme et exercer la médecine en 1900 n'est pas chose aisée.
    Mais les personnages du premier tome, L'Insoumise, sont encore bien présents et on retrouve avec joie Fiona, son mari, son jeune frère, dont elle s'est occupée quand leurs parents sont morts. Et bien sûr, il y'a toujours l'intriguant et mystérieux Sid Malone... les lecteurs du premier tome savent le lien qui unit le malfrat londonien à Fiona... l'existence d'India va aussi se retrouver mêlée à la sienne de manière irrémédiable.
    J'ai trouvé que ce deuxième volume avait plus de consistance et de relief que L'Insoumise... attention, je ne dis pas que ce roman ne m'avait pas plu, bien au contraire, j'en garde d'ailleurs un très bon souvenir. Mais peut-être que l'intrigue était un peu moins captivante que dans L'Ange de Whitechapel... Jennifer Donnelly nous offre ici un livre mené tambour battant et assis sur une base solide et intéressante : celle de l'exercice de la médecine, à une époque où les progrès, certes indéniables, ne sont pas encore suffisants. Et le fait que ce soit une femme médecin qui soit l'héroïne est intéressant aussi car on se rend compte qu'il n'y a pas encore si longtemps, les étudiantes en médecine étaient mal vues et les femmes qui parvenaient ensuite à exercer, tout autant. L'épisode, en milieu de roman, où India perd sa patiente et qu'elle entend les voisines chuchoter : « il aurait dû faire appel à un médecin... un vrai médecin pour soigner sa femme » est assez révélateur de ce que l'on pensait des femmes qui avaient le courage de braver les conventions et de s'essayer à une discipline encore toute masculine et presque exclusive.
    En parallèle, il y'a aussi la description des conditions de travail d'India et de ses collègues dans l'East End de cette fin de siècle... on le sait, Whitechapel, le quartier où, douze ans plus tôt, sévissait Jack l’Éventreur, le fameux tueur en série, est l'un des quartiers les plus pauvres, les plus défavorisés de Londres où les conditions de vie sont particulièrement difficiles : pauvreté et alcoolisme endémiques, familles trop nombreuses vivant dans une promiscuité désastreuse car véhicule de nombreux germes et bactéries et donc, de maladies... la mortalité infantile est alors très élevée et les moyens de contrôler les naissances inaccessibles aux femmes des milieux populaires qui en auraient pourtant eu tant besoin. Il y'a encore cent-vingt ans, on mourrait du choléra, de la tuberculose, à plus forte raison si on avait la malchance de naître dans les quartiers ouvriers. India, forte de ses convictions théoriques, sur l'asepsie, notamment, va se rendre compte que sur le terrain, il faut parfois pratiquer de façon bien plus instinctive pour sauver une vie...
    J'ai apprécié cette immersion dans un milieu que je ne connais pas mais qui m'intéresse quand même beaucoup. Le style est clair, fluide, j'ai aimé autant les parties narratives que les dialogues souvent fins et ciselés... une certaine tension monte progressivement, au point que l'on est tellement happé par l'intrigue qu'on ne lâche plus le livre ! Comme L'Insoumise, c'est un bon pavé d'un peu plus de 1000 pages mais la lecture n'est pas laborieuse. Ce roman est un beau portait de l'Angleterre de la fin du XIXème siècle et du début du XXème... un peu comme dans Downton Abbey, où le déclin de l'aristocratie et surtout de la fin de leur mode de vie immuable, impuissant face aux progrès qui s'annoncent, ici, on se rend compte que la noblesse se consume doucement : le personnage de Maud, dans le roman, mal mariée et opiomane, en est un bon exemple. Dans le même temps, les classes laborieuses commencent à s'émanciper des carcans dans lesquels on a voulu les enfermer : on peut penser au mouvement des suffragettes, par exemple, que Jennifer Donnelly aborde à plusieurs reprises dans L'Ange de Whitechapel et qui symbolise bien des mouvements contestataires qui avaient pour but de réformer pleinement la société.
    On sent que l'auteure a fait de bonnes recherches, notamment sur la manière d'exercer la médecine à l'époque : en effet, lorsqu'on commence à traiter un sujet comme celui-ci, le moindre anachronisme pourrait devenir malheureux. On peut se rendre compte que, dès les années 1900, les connaissances étaient relativement étendues mais parfois difficiles à mettre en place faute de moyens modernes, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.
    Avec L'Ange de Whitechapel, on voyage aussi, jusqu'en Afrique, ce qui nous change un peu de l'Inde, de l'Australie ou des États-Unis... personnellement, j'ai aimé découvrir le Kenya à travers le regard de nos personnages pour lesquels c'est presque un nouveau monde qui s'offre à eux. Je crois que j'ai d'ailleurs été aussi dépaysée qu'eux face à cette découverte ! Bref, vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé ce deuxième opus et j'ai déjà très envie de découvrir le troisième tome !

    En Bref :

    Les + : une intrigue enlevée et intéressante, des personnages attachants...
    Les - : j'ai beau chercher, je n'en trouve pas ! 

     


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  • « On a beau savoir qu'un événement horrible surviendra dans le futur on refuse toujours de penser que le futur peut être demain. »

    Outlander, tome 6, La Neige et la Cendre ; Diana Gabaldon

    Publié en 2005 aux Etats-Unis ; en 2015 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Outlander, book 6, A Breath of Snow and Ashes

    Editions J'ai Lu

    1531 pages

    Sixième tome de la saga Le Chardon et le Tartan 

    Résumé :

    1772. Le brûlot de la rébellion flambe : à Boston, des cadavres gisent dans les rues, et en Caroline du Nord, des cabanes s'embrasent dans la forêt. Une ombre plane au-dessus de Fraser's Ridge, communauté dans laquelle Claire et Jamie coulaient des jours heureux. 

    Quand le gouverneur cherche une personnalité charismatique capable d'unir l'arrière-pays et d'apaiser les tensions entre Indiens et colons, tous les membres de la colonie en émoi voient en Jamie l'homme de la situation. Mais les choses ne sont pas si simples...

    Malgré eux, Claire et le guerrier écossais sont emportés dans un tourbillon de violence, de règlements de comptes et de perfidies.  Après avoir défié les siècles, leur amour pourra-t-il survivre à ces tourments ? 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    L'intrigue de ce sixième volume de Outlander commence en 1772, alors que la situation commence à se dégrader sérieusement dans les colonies américaines. Alors qu'à Boston et dans d'autres villes surviennent ce que l'Histoire a retenu sous le nom de Tea Parties (celle de Boston est la plus célèbre et aura lieu en 1773), dans les montagnes de Caroline du Nord, on n'est pas plus épargné par la grogne de plus en plus violente et il n'est pas rare de retrouver des cabanes isolées calcinées et leurs habitants avec. À Fraser's Ridge peut-être plus qu'ailleurs la situation est prise au sérieux mais aussi avec fatalisme car Claire, Brianna et son époux Roger, qui viennent du futur, savent que la guerre est inéluctable et entraînera un bouleversement immense à l'échelle mondiale. En effet, l'indépendance des Etats-Unis, effective en 1783 avec la ratification du traité de Paris, implique une nouvelle répartition des forces et des influences et préfigure la mainmise de l'Amérique sur l'international.
    Pour le moment c'est surtout l'éclatement de la guerre qui préoccupe Jamie, responsable non seulement de sa famille mais aussi de toutes celles qui sont venues s'installer à Fraser's Ridge et permettent à la communauté de vivre et prospérer. L'heure des choix a sonné et si, grâce à son épouse, sa fille et les connaissances historiques de son gendre, Jamie connaît déjà l'issue de la guerre imminente, il sait aussi qu'il est impossible de changer le cours des choses : la Guerre d'Indépendance éclatera, quoiqu'il se passe. Le soulèvement et la bataille de Culloden en 1746, en est un bon exemple : malgré tous leurs efforts et leur prescience de l'avenir tragique des Stuarts et des clans Highlanders, Claire et Jamie n'ont rien pu empêcher mais ont pu cependant permettre aux habitants de Lallybroch de traverser la période de répression qui suivit la bataille sans trop d'encombres. Encore une fois, Jamie va essayer de sauver le plus grand nombre tout en sachant qu'il ne pourra, malheureusement, pas faire échapper certains à un destin funeste qui se rapproche de plus en plus dangereusement.... et, paradoxalement, pour essayer de sauver Fraser's Ridge et les siens, il va aussi falloir, dans un premier temps, qu'il les exposent tous aux dangers qu'impliquent une trahison à la Couronne. Car si, aujourd'hui, avec le recul, la victoire des Insurgents paraît évidente, à l'époque elle ne l'était pas, et de loin !
    Quant à Claire, Brianna et Roger ainsi que le petit Jemmy, la perspective d'un nouveau voyage à travers les pierres se profile aussi à l'horizon...
    Alors... partiront ? Partiront pas ? Pour le savoir, il faut s'armer de courage et ouvrir ce très volumineux sixième tome, qui porte le joli titre de La Neige et la Cendre. 1531 pages, ça n'est pas rien, c'est sûr et ça n'est pas un livre qu'on lit en quelques jours, non seulement de part sa quantité de pages mais aussi sa teneur en intrigues diverses et variées qu'il faut toutes prendre le temps de bien découvrir pour ne pas être perdu lorsqu'on poursuit sa lecture. L'inconvénient de romans aussi importants, c'est que certains aspects peuvent parfois passer à la trappe puis resurgir brusquement et égarer légèrement le lecteur. Outlander présente cette caractéristique depuis le début, qui tend à devenir de plus en plus importante à mesure que le nombre de pages augmente ! Alors certes, cette lecture reste avant tout un divertissement mais quand même... cela n'empêche pas, à mon avis, de la prendre au sérieux et, pour un confort de lecture, éviter par exemple de revenir en arrière chercher tel ou tel passage qui nous a échappé, il vaut mieux se mettre en condition dès le départ, encore plus si la Guerre d'Indépendance américaine n'est pas un sujet qu'un connaît très bien. C'est mon cas et j'ai apprécié d'ailleurs d'en apprendre un peu plus sur cette période importante de l'Histoire mondiale. À part la Déclaration d'Indépendance du 4 juillet 1776, la bataille de Yorktown en 1781 et l'intervention française représentée par Rochambeau et surtout, La Fayette et son fameux navire, L'Hermione, mes connaissances étaient relativement peu étendues.
    Diana Gabaldon, qui est américaine, nous raconte l'Histoire de son propre pays. Pas étonnant donc, qu' elle y ait mis tout son cœur ! Cependant, sans être écossaise, elle avait aussi très bien restitué le contexte du Soulèvement, au milieu des années 1740 qui se solde par la sanglante défaite de Culloden Moor.

     


    On se rend compte ici que, comme dans n'importe quelle autre révolution, le contexte n'est pas aussi simple qu'on veut bien nous le présenter ... comme lorsqu'on prend le temps de gratter un peu le vernis de l'Histoire convenue appliqué consciencieusement sur la Révolution française, ici on se rend compte que la Guerre d'Indépendance américaine n'opposa pas uniquement, la métropole d'un côté et de l'autre ceux qui ne se considéraient plus ni comme Anglais ou sujets du roi George III mais comme les citoyens d'une nation en devenir et appelée à occuper un jour proche une place prépondérante... À cette quête d'indépendance, il faut aussi ajouter les colons qui s'opposèrent entre eux, les loyalistes contre les insurgés, mais aussi les Indiens, qui auront une place importante dans le conflit, chaque camp essayant de les récupérer à son profit. Loin d'une présentation manichéenne qui pourrait être tentante, au contraire l'auteure fait l'effort de nous présenter l'événement dans toute sa complexité et fait en sorte de bien nous décrire tous les impacts qu'une guerre proche peut avoir sur chaque futur citoyen de la nation américaine car pour chacun, le conflit aura une implication particulière : et même si l'idéal de chacun est la liberté, chacun va aussi se battre pour ce qu'il possède et certains, pour des motifs très personnels aussi.
    Pour Jamie, la guerre peut remettre en cause ce qu'il s'est échiné à construire, pour Claire, pour Brianna, pour Roger, elle pourrait avoir un dénouement bien plus important encore et bouleversant, à savoir, leur retour dans leur époque, au XXème siècle.
    À côté de ca c'est tout un réseau d'intrigues domestiques qui se tisse, intrigues qui pourraient paraître moins importantes face aux intrigues plus historiques ou aventureuses mais qui le sont en fait tout autant parce qu'elles donnent aussi un caractère humain et assez universel au récit : Roger et Brianna font face à des questionnements perturbants sur leur capacité à concevoir de nouveau tandis que Fergus et Marsali, tous deux enfants adoptifs de Jamie et tombés amoureux au cours des pérégrinations antillaises de Claire et Jamie, sont confrontés à une naissance aussi étonnante qu'inattendue. En ce qui concerne Fraser's Ridge en général, l'arrivée de presbytériens radicaux tous droits arrivés d'Ecosse va créer des incompréhensions religieuses.
    Peut-être êtes-vous surpris que je ne parle pas de l'aspect fantastique du roman, qui est quand même, si on peut dire, la colonne vertébrale de la saga de Gabaldon ! Serait-il moins important dans ce tome-là ? Absolument pas ! La présence de Claire, de sa fille, de son gendre et de son petit-fils ne peut, de toute façon, que nous rappelle à chaque fois qu'il y'a quelque chose qui cloche dans cette histoire, qu'au-delà de la rationalité et de la vraisemblance apparente, il y'a quand même cet aspect un peu plus onirique qu'il ne faut pas occulter. Depuis plusieurs tomes déjà, Diana Gabaldon apporte de plus en plus d'explications qu'on pourrait presque qualifier de scientifiques quant au voyage à travers les pierres. Ce qui aurait pu s'avérer, au départ, être seulement un événement isolé et intimement lié aux légendes celtiques très vivaces en Écosse, ne l'est en fait absolument pas et il se pourrait bien que Claire et les siens rencontrent d'ailleurs d'autres voyageurs... le processus du voyage est de mieux en mieux décrit, Diana Gabaldon nous distille subtilement des clés à chaque volume et cela nous permet de mieux le comprendre et surtout de lui accorder foi. Même le plus cartésien des lecteurs ne peut que se laisser prendre au jeu à mon avis et, d'ailleurs, incroyable mais vrai, moi qui avais énormément hésité au départ à lire cette saga à cause justement de l'aspect fantastique de la saga, je me suis surprise à connaître un regain d'intérêt à chaque fois qu'il était de nouveau question des pierres et du voyage dans le temps ! Comme quoi ! On peut dire que Diana Gabaldon a gagné son pari et haut la main qui plus est !
    Ce sixième tome d'Outlander est énorme mais, vraiment, c'est toujours un plaisir de retrouver les personnages qu'on a appris à connaître, pour certains, depuis plus de vingt ans. Et malgré ses quelques petits défauts, le roman est extrêmement captivant. Encore une fois je n'ai pas été déçue et je n'ai déjà qu'une envie, me jeter sur le tome 7 !

     

    Le Chardon et le Tartan, tome 6, La Neige et la Cendre ; Diana Gabaldon

    S'ils apparaissent tout juste dans la série, dans les romans, les personnages de Roger et Brianna prennent de plus en plus d'importance...

     

    En Bref :

    Les + : une intrigue toujours aussi palpitante, des personnages de plus en plus palpitants, bref, c'est toujours aussi génial !
    Les - :
    quelques inégalités et deux trois longueurs mais rien de grave pour un livre de cette ampleur. 


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  • « Pourquoi aime-t-on une personne plutôt qu'une autre ? Il n'y a pas de recette, seule une certitude qui a sa propre logique. »

    Les Brumes du Caire ; Rosie Thomas

    Publié en 2006 en Angleterre ; en 2015 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Iris and Ruby 

    Editions Pocket

    573 pages

    Résumé : 

    Adolescente anglaise en pleine rébellion, Ruby part chercher refuge au Caire dans la maison d'Iris Black, sa grand-mère de 82 ans qu'elle connaît à peine. Alors que tout les oppose, un lien étonnant s'établit lentement entre elles tandis que Ruby aide Iris à se remémorer ses souvenirs du Caire scintillant et cosmopolite de la Seconde Guerre Mondiale. Et notamment son grand amour - l'énigmatique capitaine Alexander Molyneux - que les ravages du conflit lui ont arraché. 
    Déterminant dans la vie d'Iris, dans celle de sa fille et de sa petite-fille, cet amour perdu les affectera à nouveau, toutes les trois, d'une façon qu'elles n'auraient jamais imaginée...

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Les Brumes du Caire fait partie de ces romans à secrets que j'affectionne tout particulièrement. J'ai découvert le genre avec Kate Morton qui le maîtrise très bien.
    Et j'avais beaucoup aimé l'ambiance du Châle en Cachemire, un autre roman de Rosie Thomas que j'avais beaucoup aimé. L'intrigue plus centrée sur l'histoire m'avait plu, j'avais aimé les personnages et le voyage en Inde que nous proposait l'auteure était en plus vraiment dépaysant !
    Je suis donc entrée dans Les Brumes du Caire avec beaucoup d'enthousiasme, me rappelant encore l'agréable surprise ressentie lors de la lecture du précédent roman de Rosie Thomas malheureusement je pense que, cette fois-ci, l'avis sera peut-être moins élogieux. Je n'ai rien à reprocher à ce livre c'est ça, le pire ! Mais je pense que je suis totalement passée à côté de l'intrigue, me contentant de flotter à la surface en quelque sorte, alors que je m'étais totalement immergée dans Le Châle en Cachemire !
    L'histoire démarre en 2001 -le cadre temporel n'est cependant pas posé tout de suite, les informations plus précises n'arrivent que par la suite et, au début, ce sont surtout grâce à certaines indications que l'on peut entrevoir à quelle époque se déroule le récit, comme l'utilisation d'un Walkman par Ruby par exemple, au lieu d'un MP3, ce qui m'avait d'ailleurs fait pencher au départ pour les années 1990-, quand une jeune Anglaise de dix-neuf ans, Ruby, débarque au Caire et vient s'installer chez sa grand-mère qu'elle ne connaît pas. Celle-ci est un médecin à la retraite, qui a beaucoup voyagé et fait de l'humanitaire, avant de revenir définitivement se fixer dans une ville qui a marqué sa jeunesse -on va vite comprendre pourquoi. La grand-mère en question, Iris, est une vieille dame de quatre-vingt-deux ans, encore alerte mais dont l'esprit flanche parfois, ce qui la plonge dans une terreur sans nom. Au début, les relations ne sont pas si faciles entre elle et sa petite-fille mais elle va bientôt comprendre que l'arrivée de Ruby dans sa vie peut aussi avoir bien des avantages ; et si la jeune femme l'aidait à fixer, définitivement, son passé et surtout, les événements de sa jeunesse qu'elle ne veut surtout pas oublier, comme cette fameuse histoire passionnée qui, dans les années 1940, l'unit à un capitaine de l'armée anglaise ? A travers cette confession, la jeune Ruby va donc en apprendre bien plus qu'elle ne pensait sur sa grand-mère mais aussi sur sa propre mère et les relations difficiles qui unissent les deux femmes, cette relation d'Iris et du capitaine Molyneux semblant avoir été déterminante pour la suite et donc, en quelque sorte, déterminante aussi dans la vie de Ruby, qui lui est pourtant complètement étrangère. En parallèle, la jeune femme découvre la société égyptienne, ses codes, ses coutumes, sa religion, qui imprègne fortement le mode de vie même si l'Egypte reste un pays à l'occidentalisation croissante.
    Grâce à des flash-backs, l'auteure nous ramène aussi en 1941-1942, pendant la période des offensives de l'Axe et des forces alliées dans le désert de Libye, quand l'Egypte fut en quelque sorte un quartier général de l'Angleterre, quand chacun cherchait à s'étourdir, dans les fêtes et les bars cairotes pour oublier que le lendemain serait peut-être le dernier jour de toute une vie. Iris est alors une jeune femme de vingt-deux ans et, soixante ans plus tard, elle se remémore cette période de sa vie pour ne plus jamais l'oublier.
    Finalement, la seule chose que je peux reprocher à ce roman, c'est de ne pas m'avoir transportée parce que sinon je n'ai aucune critique à formuler. Il aurait pu être un très bon moment de lecture... si je n'étais pas passée à côté ! Si je me suis sentie un peu plus investie dans la seconde moitié du livre ça n'a pas été le cas précédemment et ça a donc été difficile de m'attacher au personnage de Ruby qui est au centre de l'intrigue.
    J'ai par contre beaucoup aimé Iris, sa grand-mère, qu' elle va donc retrouver au Caire. Iris est une vieille dame de plus de quatre-vingts ans dont la terreur est de perdre à jamais ses souvenirs et ce qui fait donc l'essence même de son être -notre essence à nous tous, finalement et on se rend compte assez facilement, au travers du personnage, que ce doit être une terrible épreuve de commencer à oublier tout en conservant encore assez de lucidité pour s'en rendre compte et voir les souvenirs nous quitter petit à petit, même ceux qu'on voudrait conserver pour toujours. L'auteure retranscrit assez bien le sentiment de vide et d'horreur qui doit nous envahir quand on se rend compte que des pans entiers de notre passé nous échappent. Grâce à Ruby Iris va justement faire un travail sur elle-même et se rappeler sa jeunesse au Caire, pendant la Seconde Guerre Mondiale alors qu'elle travaillait pour un quartier général de l'armée anglaise basée en Égypte. La romance tourne essentiellement autour d'elle et de son amant le troublant Alexander Molyneux, dont l'existence va être déterminante tant pour Iris, qui l'a beaucoup aimé que pour les descendantes d'Iris qui vont peut-être en apprendre un peu plus sur elle grâce à cette confession.
    L'auteur aborde la vieillesse sans pathos ni mièvrerie mais on se sent quand même touché par la dignité d'Iris tandis que Ruby elle, est plutôt exaspérante. Pourtant elle se dévoile au fil des pages et on se rend compte que, malgré sa grande jeunesse, elle en a aussi bavé et n'a pas connu une existence toute rose. Mais non, il n'y a rien eu à faire, elle m'est restée totalement indifférente.
    J'ai aussi préféré la partie historique, qui se passe au moment des offensives de Tobrouk, El Alamein, Bir Hakeim que la partie plus contemporaine somme toute assez plate. On sent que l'auteure maîtrise son sujet et a fait de nombreuses recherches assez fouillées : contexte, forces en présence etc...
    Je me suis vraiment sentie investie dans ces chapitres là et énormément proche de la jeune Iris. J'ai aimé son côté entier, très amoureux et le duo qu'elle forme avec son amant, Alexander Molyneux, est très glamour et agréable à suivre : leur histoire est vraiment belle et bien racontée, j'ai beaucoup aimé retrouver ces deux personnages et j'ai apprécié le charisme d'Alexander.
    Je me suis surprise à attendre avec impatience de retrouver ces chapitres tandis que je m'ennuyais lorsqu'on en revenait à la partie contemporaine. Il faut dire aussi que l'époque choisie par l'auteure -la même que dans Le Châle en Cachemire, en fait, sauf que le cadre n'est pas le même- m'intéresse énormément : j'ai toujours aimé des romans ou des livres plus documentaires sur la Seconde Guerre Mondiale ; c'est une période fascinante de notre Histoire, proche de nous sans l'être, c'est finalement un pan de notre Histoire que l'on aborde délicatement par bien des aspects et j'apprécie la complexité de cette période qui a scellé tout le destin du monde contemporain. Donc je pense que je me suis sentie très à l'aise avec ces chapitres-là parce qu'en plus d'aimer les personnages qui les peuplaient, je retrouvais un contexte historique qui me plaît. 
    J' aurais vraiment voulu aimer ce bouquin, il a énormément de qualités et je suis sûre qu'il saura séduire bien des lectrices ! Mais mon impossibilité à m'attacher à Ruby a fini par conditionner mon avis global et c'est vraiment dommage. Les Brumes du Caire ne m'a pas fait voyager et n'a pas réussi à me toucher complètement.
    Ceci dit je dois reconnaître que le personnage d'Iris m'a énormément impressionnée et j'ai trouvé que toutes les considérations de l'auteure à propos de la vieillesse, du temps qui passe, de la nostalgie, des relations familiales sont très justes et sensées.
    Quant à la fin, elle m'a un peu plus séduite : Ruby perd son côté rebelle et devient un peu plus fragile donc attachante et Iris se confie sur sa vie en Angleterre après la guerre. Dommage que l'empathie et l'attachement n'arrivent qu'avec les dernières pages mais cela rattrape un peu le sentiment mitigé du début.
    Il faut quand même bien reconnaître que Les Brumes du Caire est un bon roman et j'ai quand même passé un bon moment de lecture.

    En Bref :

    Les + : l'histoire d'Iris et Alexander, le contexte historique, les flash-backs, le contexte historique choisi par l'auteure pour situer son intrigue.
    Les - : les chapitres contemporains qui ne m'ont pas séduite ; le personnage de Ruby, au départ un peu trop exaspérant pour être attachant. 


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  • « Les esprits n'apparaissent qu'à celui qui s'y attend le moins ! »

    Gwyneira McKenzie, tome 2, Le Chant des Esprits ; Sarah Lark

     

    Publié en 2014 en Allemagne ; en 2015 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Das Lied der Maori

    Editions Archipoche 

    671 pages

    Deuxième tome de la saga Gwyneira McKenzie 

    Résumé :

    En 1852, Hélène et Gwyneira ont quitté l'Angleterre pour venir s'installer en Nouvelle-Zélande, le Pays du nuage blanc. Au crépuscule d'une vie mouvementée, les deux pionnières, toujours liées, s'inquiètent pour leurs petites-filles, Elaine et Kura, deux cousines que tout oppose. 

    Belle et capricieuse, Kura possède une voix magnifique. Portée par le rêve d'une carrière internationale, elle refuse d'assumer son rôle d'héritière de Kiward Station, le domaine familiale, pour se consacrer au chant. 

    Mais le drame couve...Quand Kura rencontre le fiancé d'Elaine, ce dernier tombe aussitôt sous le charme de la jeune métisse. 

    Deux héroïnes fortes qui refusent de subir leur destins et se lancent dans l'aventure pour assouvir leurs rêves, un puissant souffle romanesque...Cette saga confirme tout le talent d'une auteure découverte avec Le Pays du Nuage Blanc

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Quarante ans après avoir fait la connaissance de Gwyneira et Hélène, les héroïnes du Pays du Nuage Blanc, arrivées au début de la colonisation de la Nouvelle-Zélande depuis l'Angleterre et le Pays de Galles, c'est au tour de leur petite-filles, Kura et Elaine, de grandir et s'épanouir. Dans un pays nouveau qui s'ouvre à la modernité, les deux jeunes filles, que tout oppose, font l'expérience de la vie. Souvenons-nous, leurs grands-mères ont abandonné en Europe une vie qui ne leur offrait pas vraiment de réelles perspectives d'avenir : l'une, Gwyneira, est devenue l'épouse de l'héritier d'un baron des moutons des Canterbury Plains tandis qu'Hélène, après avoir répondu à une annonce conjugale, faisait l'amère expérience de la colonisation et de la vie en couple. Maintenant, dans un pays en constant développement, les deux vieilles dames vont donc pouvoir regarder grandir leurs fougueuses descendantes. Tranquillement ? Peut-être pas tant que ça car la vie réserve bien des déboires mais aussi quelques joies, quand même, aux deux cousines...
    Kura, à moitié maorie par sa mère, Marama, est la fille de Paul Warden et donc la petite-fille de Gwyneira. Superbe jeune fille de quinze ans, elle possède aussi un don musical incontestable, qui se traduit par une maîtrise virtuose du chant, du piano et des instruments maoris traditionnels. Elle est l'unique héritière de Kiward Station mais s'en moque : sa seule passion est de percer et devenir une diva, à l'instar de ses idoles. La jeune fille ne rêve que d'Europe, de voyages et de musique. Elle n'en reste pas moins prétentieuse et trop sûre d'elle, au grand dam de son entourage.
    Elaine, d'un an son aînée, est aussi tout son opposé. Fille de Fleurette et de Ruben O'Keefe, elle est donc la petite-fille commune de Gwyneira et Hélène, qui ont eu la joie de marier leurs enfants respectifs dans le premier tome. Belle jeune fille rousse, elle a le tort de s'enflammer rapidement, quitte à le payer parfois le prix fort.
    Ensemble ou séparément, elles vont faire, comme toutes leurs congénères, l'expérience de la vie, à travers ses joies, ses peines, ses plus cruelles désillusions parfois. Tout cela au milieu des paysages féeriques de Nouvelle-Zélande. Et tandis que Kura, en enfant gâtée et capricieuse, n'hésite pas à plaquer sa vie de famille, son héritage, son mari, son enfant, la trop sentimentale Elaine devient la proie d'un cauchemar conjugal dont elle ressortira grandie mais aussi meurtrie et sans illusions. Elle trouvera cependant suffisamment de ressources au fond d'elle pour être heureuse à nouveau.
    Et peut-être que la vie, facétieuse, et qui a fait en sorte d'éloigner les deux cousines, va finalement les réunir...
    Ce deuxième tome se concentre sur deux héroïnes jeunes et pleines de vie. Si Elaine est tout de suite attachante, enjouée, souriante, il est plus difficile de créer un lien avec Kura, la mystérieuse petite-fille de Gwyneira. Comme son père Paul, dans le premier tome, elle est un personnage complexe auquel on ne s'identifie pas, au contraire d'Elaine. Kura est presque une demi-déesse ou du moins se considère-t-elle comme telle et ne supporte-t-elle pas qu'on puisse penser autre chose ou lui résister. Ayant une haute opinion d'elle-même, elle est prétentieuse et vaniteuse, au point de nous taper vraiment sur les nerfs au début du roman, d'autant plus que ses agissements ne plaident pas en sa faveur ! ! Tandis qu'on se lie instantanément à la douce petite Elaine, qui ne fait de mal à personne mais que la vie, pourtant, n'épargne pas. Après s'être justement vue humilier par son premier amour qui lui préfère Kura, elle s'embarque dans une sordide histoire comme malheureusement il en arrive tant, avec un pervers manipulateur qui la domine, jusqu'au point de non-retour. L'auteure arrive à faire monter la tension, au point que l'on tremble presque avec Elaine, priant avec ferveur pour qu'elle se sorte de là. L'empathie que l'on ressent pour elle ne se dément ensuite pas jusqu'à la fin du livre tandis que c'est justement dans les ultimes chapitres que l'on s'attache un peu plus à Kura, qui apprend à être un peu plus altruiste et moins égoïste. Tous ces choix, cependant, ne sont pas bons, mais elle devient un peu plus accessible et agréable en acceptant de descendre de son piédestal.

    Paysage de Nouvelle-Zélande 

    Le Chant des Esprits est un roman captivant, tout comme son prédécesseur, Le Pays du Nuage Blanc et c'est un roman très féminin, bien plus que le premier tome ; bien sûr, il est peuplé de personnages masculins plus ou moins attachants eux aussi, mais les femmes se taillent la part belle dans cette saga !  Il est encore peuplé de personnages intéressants et bien travaillés : on retrouve ceux que l'on côtoie déjà depuis le début, Gwyneira, Hélène, leurs enfants, qui grandissent ou vieillissent, c'est selon, mais que l'on se réapproprie rapidement car, au fond, ils n'ont pas vraiment changé. Quant à Kura et Hélène, on apprend à les connaître, avec leurs qualités et leurs défauts et je dois bien dire que, même si Kura m'a un peu tapé sur les nerfs au départ, j'ai été heureuse de faire la connaissance de personnages comme elles.
    Sarah Lark continue, de plus, à nous dépayser en nous faisant découvrir des coins encore inexplorés de Nouvelle-Zélande. Tandis que l'intrigue du premier tome se concentrait surtout dans les vastes espaces des Canterbury Plains, notamment autour de Kiward Station, l'opulente ferme des Warden, nous découvrons là d'autres terres, d'autres villes, notamment Greymouth, une cité minière où la majeure partie de l'intrigue se déroule, et où les conditions de vie pour les ouvriers ne sont pas meilleures que loin de là, dans la vieille Europe. Pour ce qui est des paysages naturels, on imagine de vastes espaces verdoyants, dominés par les Alpes néo-zélandaises, se terminant en superbes plages léchées par les eaux du Pacifique, émaillés de villages maoris et de villes copiées sur les modèles européens, qui sortent de terre en cette période d'émulation. La Nouvelle-Zélande, comme les Etats-Unis, connait sa Ruée vers l'Or, sa conquête de l'Ouest : le XIXème siècle est partout synonyme d'essor industriel et économique et les colonies tendent à devenir des pays prospères et prometteurs. C'est un cadre spatial assez peu usité que Sarah Lark nous propose dans sa saga mais celui-ci séduit : pour nous, lecteurs européens, plonger dans un monde où l'hiver est en été et l'été en hiver, où l'urbain n'a pas réussi à tenir en laisse la nature exubérante dans laquelle s'épanouissent fleurs, lacs et animaux bizarres, est une vraie bouffée d'oxygène ! On voyage rien qu'en ouvrant ces romans ! Découvrir les coutumes et le mode de vie des Maoris est aussi très intéressant et atypique : on découvre un peuple aux multiples croyances ancestrales, ancré dans un mode bien à lui mais très riche en enseignements -le personnage de William Martyn par exemple, en fera l'expérience assez rapidement.
    J'ai été séduite par Le Chant des Esprits, autant que par Le Pays du Nuage Blanc, si ce n'est plus, peut-être parce que j'ai retrouvé avec plaisir un environnement que j'avais appris à connaître justement avec ce premier tome qui était une vraie découverte de bout en bout. La fin m'a un peu moins convaincue, car elle m'a paru un peu trop artificielle, et pas forcément très raccord avec le reste du livre, mais ce n'est là qu'un petit bémol. Le roman ne sera pas un coup de cœur à cause de cela mais ce fut une vraie bonne lecture et j'en sors enchantée avec une curiosité immense pour le troisième tome, Le Cri de la Terre, qui va suivre cette fois une quatrième génération, en la personne de Gloria Martyn, que j'aurais l'occasion de vous présenter très bientôt.

    En Bref :

    Les + : l'intrigue, le style, les personnages. Bref, un roman tout à fait captivant, digne successeur du premier tome ! 
    Les - : 
    deux, trois passages un peu confus, une fin un peu trop rocambolesque, mais dans l'ensemble, rien de grave. 

     

     

     


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