• Romans Contemporains / Feel Good

    Romans Contemporains / Feel Good

    « Si médiocre soit-il, un personnage de roman est toujours supérieur à un être humain. »

    Clémence de Biéville 

     

    SOMMAIRE ROMANS CONTEMPORAINS ET ROMANS FEEL GOOD

    - A - 

    - B - 

    - C - 

    - D - 

    - E - 

    - F - 

    - G - 

    - H - 

    - I - 

    - J -

    - K - 

    - L - 

    - M -

    - N - 

    - O - 

    - P - 

    - Q - 

    - R - 

    - S - 

    - T - 

    - U - 

    - V - 

    - W - 

    - X - 

    - Y - 

    - Z - 

  • « Une année, dans les premiers jours d'octobre, l'été indien apparut ainsi dans une petite ville appelée Peyton Place. Comme une femme jolie et rieuse, il s'étendit sur la campagne et rendit toutes choses si belles que les yeux en étaient éblouis. »

    Couverture Peyton Place, tome 1

     

     

     

         Publié en 1956 aux Etats-Unis

      En 2016 en France (pour la présente édition)

      Titre original : Peyton Place

      Editions 10/18

      Premier tome de la saga Peyton Place

     

     

     

     

    Résumé :

    Etats-Unis, années 40. Peyton Place est une petite ville aux apparences tranquilles. Mais derrière les façades proprettes des demeures victoriennes ou celles plus vétustes des maisons des faubourgs, des drames se jouent. Dans les beaux quartiers, Allison ignore tout du secret qui entoure sa naissance et du passé sulfureux de sa mère. Tout ce qui lui importe pour le moment est l'amitié de la jolie Selena Cross, issue des taudis de la ville, qui subit les violences d'un beau-père alcoolique...

    Chronique au vitriol d'une petite ville américaine, Peyton Place fit scandale lorsqu'il parut en 1956. Il est aujourd'hui devenu un best-seller international.  

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Ouvrir Peyton Place, c'est avoir le sentiment de se placer dans les pas de générations entières de lecteurs qui, en faisant la même chose, ont eu l'impression de braver un interdit, de lire un roman scandaleux, qui a fait couler beaucoup d'encre à sa sortie.
    Peyton Place, c'est la chronique, sur plusieurs années, d'une petite ville de la Nouvelle Angleterre, entre 1939 et 1944. Une petite ville de province, sans histoires, loin de la vie trépidante des mégapoles américaines. Une petite ville perdue dans la campagne, sillonnée par la Connecticut River, qui la sépare de l'État de Vermont voisin. Une petite ville à trois heures à peine de la frontière canadienne. Une petite ville avec ses habitants qui prennent un malin plaisir à découvrir et savoir tout ce qui peut être découvert et su sur leurs voisins.
    En somme, rien de bien scandaleux, me direz-vous. C'est vrai qu'à la lecture de ce résumé, on peut se demander où se trouve la chronique au vitriol annoncée par la quatrième de couverture. Eh bien... il faut tout simplement dépasser les premiers chapitres du roman, dont la subversion ne saute pas spontanément aux yeux, il faut aller au bout de sa lecture, fermer le roman, se retourner dessus et là, on prend soudain toute la mesure du scandale que recèle ce roman, écrit dans les années 50 par une jeune mère et épouse de trente-deux ans, mariée à un directeur d'école primaire et qui vit dans une maison modeste, dans laquelle règne un bordel sans nom, sauf dans l'espace scrupuleusement réservé à la machine à écrire. La machine à écrire où elle rédigera Peyton Place mais aussi de nombreuses nouvelles. Grace Metalious n'est pas à proprement parler une auteur par qui on attendrait que le scandale arrive. Et pourtant cette jeune femme qui ne semble pas fréquenter les milieux intellectuels de son époque, qui semble vivre en retrait de l'actualité de son époque, porte un regard juste, lucide, sur ses pairs et sur la décennie précédente, marquée par une guerre mondiale, mais pas que... Elle aborde des sujets qui sont des non-sujets au moment où elle écrit et qui donc, choquent ses contemporains. En lisant Peyton Place, on prend la mesure de son étonnante modernité : ce roman qui a plus de soixante ans l'est parfois plus que certains romans contemporains et pourrait aisément transposé en 2020 à tel point que j'ai parfois eu du mal à imaginer des personnages ayant vécu dans les années 40, pendant la Seconde guerre mondiale !!
    À travers ses personnages masculins et féminins, qui ne sont pas stéréotypés mais représentatifs, Grace Metalious brosse à grands traits acerbes et violents le quotidien de cette petite bourgade de la conservatrice Nouvelle Angleterre : l'alcoolisme, la pauvreté, le sexe, la richesse et j'en passe, deviennent des sujets comme les autres, des sujets ni plus ni moins scandaleux que d'autres mais surtout ni plus ni moins dignes d'être intégrés à un roman et ça, c'est vraiment novateur ! Bien sûr que l'on peut comprendre le tollé que suscita le roman à sa sortie, en 1956, même si les sujets que Grace Metalious aborde ne sont plus vraiment subversifs pour nous : en tout cas, elle a sûrement participé, avec son roman, à une nouvelle manière de raconter et d'articuler un roman.
    Mais surtout, ce qui est important, c'est que le roman, loin d'être une simple chronique un peu linéaire, une relation de la vie quotidienne et sans trop d'éclat d'une petite ville américaine, recèle un message et une dénonciation.
    Je vais être honnête, je pense que j'ai commis un véritable contresens en me disant (comme beaucoup), au début de ma lecture de Peyton Place : « Bon, ça doit ressembler un peu à La Vallée des Poupées ». Mais la différence entre le roman de Jacqueline Susann et celui de Grace Metalious, c'est que l'un décrit un système qui broie, nous fait découvrir les coulisses de la célébrité des années 40 aux années 60, dans une Amérique qui vit à mille à l'heure mais ne fait pas passer de vrai message, alors que l'autre oui, clairement. Dans Peyton Place, pas de scandale gratuit, pas de volonté de choquer juste pour choquer mais pour dénoncer, parler de ces sujets qui mettent mal à l'aise, le viol par exemple ou encore l'inceste ou l'avortement. Et ce qui est assez extraordinaire, c'est qu'un auteur d'aujourd'hui, peut-être plus au fait de ces questions que ne l'était Grace Metalious dans les années 50, n'écrirait peut-être pas aussi bien qu'elle ne l'a fait.
    Peyton Place est vraiment un roman étrange, je ne vous dirais pas le contraire. Il a même fallu que je dépasse largement le milieu du roman pour avoir l'impression d'être totalement captée, captivée. Jusque là, je n'avais pas encore vraiment déterminé si j'aimais le roman ou pas, c'était bizarre mais surtout pas très bon signe (même si j'avoue que j'ai aimé tout de suite la plume de l'auteure) ! Et puis au final, si, je peux dire que j'ai aimé Peyton Place et que j'ai eu le sentiment de lire un livre hors norme, assez inclassable et indéfinissable. Je pense cela dit que j'ai lu un véritable classique de la littérature américaine (et mondiale) qui divise encore aujourd'hui et qu'on ne cesse d'étudier : après tout, n'est-ce pas le privilège des grandes œuvres de faire parler d'elles ?

    En Bref :

    Les + : chronique caustique servie par une plume acérée, Peyton Place est d'une grande modernité, c'en est presque incroyable. C'est un roman courageux, dans lequel son auteure a choisi de dénoncer plutôt que de décrire platement. Et c'est vraiment bien écrit, ce qui ne gâche rien.
    Les - :
    ce n'est évidemment qu'un ressenti personnel mais le début a peiné à me convaincre : je ne comprenais pas exactement où l'on allait et où l'auteure voulait nous emmener. Heureusement, ce sentiment s'est vite dissipé.


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  • « Peut-être devrais-je lui dire que les choses qui n'ont pas de sens sont les plus belles. C'est une belle phrase, ça lui plaira. »

    L'Amie Prodigieuse, tome 2, Le Nouveau Nom ; Elena Ferrante

     

     

     

         Publié en 2012 en Italie 

      En 2017 en France (pour la présente édition)

      Titre original : L'Amica Geniale : Una storia del      nuovo cognome

      Editions Folio 

      623 pages 

      Deuxième tome de la saga L'Amie Prodigieuse

     

     

     

    Résumé :

    « Si rien ne pouvait nous sauver, ni l'argent, ni le corps d'un homme, ni même les études, autant tout détruire immédiatement. »

    Le soir de son mariage, Lila, seize ans, comprend que son mari Stefano l'a trahie en s'associant aux frères Solara, les camorristes qu'elle déteste. De son coté, Elena, la narratrice, poursuit ses études au lycée. Quand l'été arrive, les deux amies partent pour Ischia. L'air de la mer doit aider Lila à prendre des forces afin de donner un fils à Stefano. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    L'Amie prodigieuse fait partie des phénomènes littéraires dont je me suis longtemps méfiée. Il y'a encore un peu plus d'un an, le tome un dormait dans ma PAL depuis un moment... je l'ai sorti parce que, quand même, depuis le temps que je l'avais...
    Finalement, ce fut une révélation !! Comme beaucoup de lecteurs, j'ai été profondément enthousiasmée par l'univers comme la plume d'Elena Ferrante, auteure mystérieuse dont on ne sait rien et qui aime brouiller les pistes. D'ailleurs, sa série de romans, qui démarre avec L'Amie prodigieuse et se termine avec L'Enfant perdue est-elle autobiographique ou semi-autobiographique ? C'est la question que je me pose depuis que j'ai lu le premier tome l'an dernier, tout en sachant que, finalement, cela importe peu. Qu'il soit totalement imaginaire ou inspiré par une véritable expérience, l'univers de Ferrante est de ceux qui, clairement, marquent la littérature.
    Ce deuxième tome démarre immédiatement après la fin du premier : Lila vient d'épouser Stefano Caracci et découvre qu'il est partie liée avec Marcello et Michele Solara, les deux camorristes du quartier, qu'elle déteste.
    Nous sommes dans les années 1960 et Lila bascule en quelques heures de l'adolescence à l'âge adulte, tandis que Lenú, encore célibataire, vit une adolescence plus linéaire... tandis que l'une devient une épouse et une future mère, Elena poursuit sans sa vie comme avant, en allant au lycée puis, ensuite, à l'université.
    Ce tome qui, après le premier qui était consacré à l'enfance, est lui centré sur la jeunesse, est violent, bouleversant, dérangeant aussi parfois... ceci dit, si vous cherchez un récit enlevé avec des rebondissements et des aventures à toutes les pages, sans nul doute, cette saga n'est pas faite pour vous. Sa force réside, plus que dans les événements, dans la manière dont l'auteure les restitue et les analyse. Elena Ferrante écrit très bien et c'est évidemment une grande force de ses romans. La plume est percutante et les mots justes.
    Dans ce deuxième tome, on perçoit le décalage qui s'instaure petit à petit entre Lila et Lenú qui ont, certes, un passé commun mais dont l'avenir est entièrement différent. Tandis que l'une se dirige vers la vie de femme au foyer, entretenue par son mari, seulement destinée à prendre soin de lui, de son intérieur et, plus tard, de ses enfants, l'autre renonce à l'argent facile pour continuer ses études, quitte à accepter des petits boulots. Lila s'est extirpée de la misère du quartier qui était le sien jusqu'à son mariage et connaît une aisance financière inédite, mais à quel prix, car elle n'en est pas heureuse pour autant, tandis que Lenú tourne le dos à ces avantages matériels mais suit une voie qui lui apportera un jour une réelle stabilité.

    L'Amie Prodigieuse, une saison 2 de toute beauté ! - CineReflex

    Gaia Girace et Margherita Mazzucco interprètent Lila et Lenù adolescentes, dans la série L'Amie Prodigieuse


    On perçoit l'incompréhension qui s'installe entre elles, qui gangrène leur amitié sans la détruire pour autant : et pourtant, ce qui les avait rapprochées n'existe plus et leurs nouvelles vies et leurs nouveaux choix tendent à les éloigner encore un peu plus l'une de l'autre. Mais cette amitié née de l'enfance semble être si forte qu'elle ne disparaît pas et Lila et Lenù ne cessent de se chercher, constamment. 
    Leurs destins sont plus parallèles et on découvre en alternance les années qui vont de leur seize ans à leur vingt-deux, vingt-trois ans, entre la fin de l'adolescence et le début de l'âge adulte. Lenú, pour la première fois, s'éloigne de Naples et va étudier à Pise tandis que Lila, restée à Naples se débat avec une vie conjugale décevante. Pour la première fois, le quartier populaire de Naples où elles ont grandi n'est plus le seul à être au centre du récit. Les personnages grandissent, s'émancipent, font des choix, souvent dans l'idée de se sortir de la précarité voire de la misère qui marquent leur vie depuis l'enfance : des choix qui s’avéreront bons ou mauvais et aux conséquences parfois amères.
    Le roman a beau se passer dans les années 1960, il est facilement transposable à d'autres époques. Les personnages nous parlent, font écho en nous, comme j'ai pu m'identifier à Lenù, dans laquelle j'ai retrouvé certains de mes propres traits de caractère. Certes, la société profondément machiste et patriarcale est bien celle d'avant les années 70 mais, pour autant, on s'y sent très investi. Plus que la description de la société dans laquelle évolue cette jeunesse née à la toute fin de la Seconde guerre mondiale, la fin des années 50 et les années 60, ce que j'apprécie dans cette saga, c'est la diversité des personnages et des caractères, c'est cette analyse fine de la psychologie et des comportements. Pour moi, Elena Ferrante est une très bonne écrivaine, une très bonne romancière mais aussi une excellente analyste, apte à poser des mots justes sur la vie. Voilà pourquoi, pour moi, cette saga est aussi puissante et percutante ! Le premier tome avait déjà su me séduire et me faire comprendre que, si L'Amie prodigieuse est devenue un phénomène littéraire, ce n'est pas qu'une lubie des réseaux sociaux, c'est, au contraire, grandement mérité. Le deuxième tome ne m'a donné qu'une envie : lire les deux autres dans la foulée, sans même reprendre mon souffle ! Mais je vais être raisonnable et attendre un peu, ne serait-ce que pour le plaisir de rester encore un petit peu dans cette saga qui fait assurément partie de mes livres préférés. 

    En Bref :

    Les + : s'il est beaucoup question dans ce roman de plage, de soleil, de bains de mer et de bronzage, il ne faut pas s'arrêter à cela. Car derrière le côté estival et insouciant, se cache une réalité plus sombre, parfaitement bien décrite par Elena Ferrante. Ces jeunes filles qui ne sont pas encore des femmes mais plus des enfants font l'expérience de la maturité avec amertume et désillusion.  
    Les - :
    pour moi, aucun. 


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  • « La fille aux cheveux noirs se retourna et capta mon regard. Elle me sourit et mon ventre se noua. Quelque chose sembla passer entre nous, un transformation subtile de l'air. Cette manière directe, impénitente, de soutenir mon regard. »

    Couverture The girls

     

     

         Publié en 2016 aux Etats-Unis

      En 2017 en France (pour la présente édition)

      Titre original : The Girls

      Editions 10/18

      360 pages 

     

     

     

     

    Résumé :

    Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Lorsqu'elle se dispute avec sa seule amie, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté et l'atmosphère d'abandon qui les entoure la fascinent. Séduite par l'aînée, Suzanne, elle se laisse entraîner dans une secte au leader charismatique, Russell. Leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l'adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s'intégrer. Son obsession pour Suzanne grandissant, Evie ne s'aperçoit pas qu'elle s'approche d'une violence impensable.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Durant l'été 1969, la jeune Evie Boyd se brouille avec son amie d'enfance, Connie. Solitaire, délaissée par sa mère, Evie rencontre un jour dans le parc trois jeunes femmes un peu plus âgées qu'elle et au magnétisme certain : surtout Suzanne, qui semble être la leader et attire singulièrement l'attention d'Evie.
    Le jour où Suzanne s'intéresse à elle et lui accorde un peu de place dans sa vie, lui faisant découvrir son lieu de vie, une communauté installée dans un vieux ranch en plein cœur des collines californiennes, Evie semble revivre et se révéler. Loin de son existence d'adolescente un peu seule, sans amis, elle découvre le mode de vie de ces hippies fascinants, se contentant de peu, drogués à la marijuana et au speed, à la vie sexuelle libérée et surtout, soudés autour d'une figure tutélaire, Russell, qui est en fait un gourou, ni plus ni moins et exerce une influence subtile mais néfaste sur sa communauté, la rendant dépendante de lui. Une influence telle qu'à force de paroles lénifiantes et de propos contestataires fustigeant la société américaine de cette fin des années 1960, la guerre au Vietnam etc... il parviendra à armer leurs bras et à leur faire commettre le pire...l'été se termine dans le pire des marasmes pour Evie, soudain mise brutalement face à la vraie personnalité de ceux qu'elle avait pris pour des amis, des frères et des soeurs.
    Plusieurs années plus tard, c'est une Evie devenue adulte qui raconte, qui se raconte. Hantée par les souvenirs de l'été de ses quatorze ans, elle a vécu toute sa vie avec l'ombre planante de la communauté à côté d'elle et celle de Suzanne, dont elle n'a jamais vraiment réussi à se défaire. Suzanne qu'elle n'a jamais revue mais qui continue d'exercer, de loin, à travers des lambeaux de souvenir, une influence sur Evie qui, à plus de cinquante ans, mène une vie peu satisfaisante, habitée par l'idée lancinante que, s'il n'a pas participé à l'horreur dont vont se rendre coupables les filles de la communauté, elle aurait pu. Elle aurait pu le faire et ce sentiment obsédant a fini par conditionner toute sa vie...
    En lisant The Girls, difficile de ne pas penser à ces meurtres qui se sont réellement produits au mois d'août 1969, en Californie. Difficile de ne pas penser à l'actrice Sharon Tate, âgée de vingt-six ans, alors jeune épouse de Roman Polanski et enceinte de leur premier enfant, qui sera assassinée dans sa maison d'Hollywood, le 9 août, Sharon Tate qui sera assassinée par une certaine...Susan Atkins. Difficile aussi de ne pas sentir l'ombre glaçante de Charles Manson et de sa secte, La Famille, en lisant ce roman. En tout cas, j'y ai pensé tout au long de ma lecture et je pense que c'est, évidemment, l'une des inspirations claires d'Emma Cline. La ressemblance n'est pas fortuite, c'est sûr.
    J'ai lu ce roman comme en apnée, en retenant mon souffle, la gorge souvent serrée par une angoisse latente, le ventre noué. En soi, il n'y a pas vraiment de suspense dans ce roman, on sait forcément ce qui va arriver...et pourtant on redoute, tout au long de la montée en puissance du récit, son point d'orgue. On redoute ce que l'on va lire, peut-être parce que, même si The Girls est une oeuvre de fiction, elle évoque une véritable affaire qui épouvante le Hollywood de la fin des années 1960.
    A part ça, Emma Cline décrit finement les mécanismes du sectarisme et le cercle vicieux insidieux qui se met en place. Surtout, elle démontre bien que chacun peut, un jour, être la victime d'une telle communauté. Evie, jeune fille de quatorze ans fragilisée par une brouille violente avec sa seule amie, délaissée par des parents qui se débattent chacun dans une vie sentimentale un peu compliquée, livrée à elle-même, tombe sous la coupe de Suzanne et de Russell, suffisamment manipulateurs et intelligents pour la faire se sentir à part, pour la faire se sentir confiante en elle-même, différente, unique. Parce qu'elle se sent vue, regardée, aimée aussi d'une certaine manière et surtout, estimée pour ce qu'elle est, Evie tombe toute entière dans le piège. Dans cette communauté qui prône des valeurs bien différentes de celles dans lesquelles elle a été élevée, Evie apprend à être quelqu'un, à se sentir révélée sous un regard positif et orienté, forcément appréciateur, elle apprend le désir sexuel et l'amour charnel mais surtout, elle apprend la soumission, l'impression de décider de sa vie quand on vous dicte en fait subtilement ce que vous voulez que vous fassiez. Elle devient un pion, un être malléable et manipulable à souhait, comme les autres membres de la communauté.
    The Girls nous fait découvrir la phase plus sombre du mouvement hippie, qui s'est développé à la fin des années 1960, en réaction au puritanisme, à la surconsommation des Trente Glorieuses et au capitalisme galopant, à la guerre du Vietnam qui renvoie chez eux de jeunes Américains meurtris et choqués à vie, tant physiquement que psychologiquement...si la non-violence a été prônée par beaucoup d'entre eux, on se rend compte que malheureusement, certains ont basculé dans la plus noire des barbaries, sans même s'en rendre compte, juste pour satisfaire un gourou qui, un jour, leur avait fait seulement sentir toute la puissance de leur être, son caractère unique et, par conséquent, sacré.
    Je pense que toute la puissance de ce roman réside dans le fait que ce n'est pas entièrement une oeuvre de fiction, comme je le disais plus haut. Je pense aussi qu'il est dérangeant pour cela. Ce roman est glaçant et savoir que les faits qu'Emma Cline décrit ont réellement eu lieu fait froid dans le dos.
    Pour autant, notamment pour la richesse de la plume de l'auteure, pour le récit aussi, qui est de qualité, quoique effroyable, ce roman est à lire. Il secoue, il vous assène un véritable coup de poing en pleine face, assurément, vous n'en sortirez pas indemne ! Vous prendrez aussi le risque de garder le récit longtemps en mémoire...je suis en train de lire un autre roman et, pourtant, l'intrigue de The Girls me tourne encore dans la tête. Je pense que je ne vais pas oublier de sitôt Evie Boyd et Suzanne Parker.

    En Bref :

    Les + : un récit qui accroche, qui percute, servi par une plume au style riche. L'intrigue de The Girls est d'autant plus glaçante qu'elle s'inspire de faits réels...
    Les - : Aucun, pour moi.


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  • « La vie. C'est comme si on ajoutait une touche jour après jour. Tu poses les couleurs les unes après les autres, en t'efforçant de faire quelque chose de joli avant qu'il n'y ait plus de place. »

     

    Couverture Les Suprêmes, tome 1

     

         Publié en 2013 aux Etats-Unis 

      En 2015 en France 

      Titre original : The supremes at Earl's all-you-      can-eat

      Editions Babel 

      414 pages 

      Premier tome de la saga Les Suprêmes

     

     

     

     

    Résumé :

    Elles se sont rencontrées à la fin des années 1960 et ne se sont plus quittées : tout le monde les appelle les Suprêmes, en référence au célèbre groupe de chanteuses des seventies. L'intrépide Odette converse avec les fantômes et soigne son cancer à la marijuana sur les conseils avisés de sa défunte mère, tandis que la saga Clarice endure les frasques de son volage époux pour gagner sa part de ciel. Toutes deux ont pris sous leur aile Barbara Jean, éternelle bombe sexuelle que l'existence n'a cessé de meurtrir. Complices dans le bonheur comme dans l'adversité, ces trois irrésistibles quinquas afro-américaines se retrouvent tous les dimanches dans l'un des restaurants de leur petite ville de l'Indiana : entre commérages et confidences, rire et larmes, elles se gavent de poulet de frit en élaborant leurs stratégies de survie. 
    Invitation à une lecture aussi décalée que féconde de la problématique raciale aux Etats-Unis, ce formidable roman de l'amitié et de la résilience s'affirme comme une exemplaire défense et illustration de l'humanisme conçu comme la plus réjouissante des insurrections. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Les Suprêmes est un magnifique roman d'amitié, dans l'Amérique des années 2000. Odette, Clarice et Barbara Jean se connaissent depuis leurs années lycée, à la fin des années 1960 : inspérables, on a fini par les surnommer les Suprêmes, en référence au fameux groupe de Diana Ross. Très différentes les unes des autres mais unies par un lien indéfectible, les trois amies ont traversé les années, connu des joies, des peines, des drames, des désillusions. Mais chacune a toujours trouvé le réconfort ou le soutien dont elle avait besoin dans l'écoute des deux autres. Dévouées les unes aux autres, les trois Suprêmes traversent la vie main dans la main.
    Odette, la narratrice, est décalée et possède un franc-parler qui effraie parfois : parlant avec les fantômes, elle découvre fin 2004 qu'elle est atteinte d'un cancer qu'elle va combattre à force de ténacité et grâce au soutien de son époux James et de ses deux amies (et d'un peu de cannabis, il est vrai).
    Clarice mène une vie lambda : mère de trois grands enfants qui ont fait leur vie aux quatre coins du pays, elle partage sa vie avec son grand amour de jeunesse, le beau Richmond et s'efforce de faire comme si elle ne voyait pas ses multiples incartades et infidélités.
    Enfin, Barbara Jean, qui a grandi dans un environnement malsain auprès d'une mère instable qui meurt trop jeune, épouse à la fin du lycée un homme plus âgé qu'elle mais qui lui assure le confort matériel dont elle a toujours manqué. Très belle et très attirante, toujours vêtue de manière extravagante et colorée, Barbara Jean n'en cache pas moins une tristesse terrible et une blessure qui ne cicatrisera jamais, conséquence d'un drame affreux survenu dans les années 1970 et qui l'a amputée d'une partie d'elle-même.
    Le roman démarre au milieu des années 2000, à Plainview, petite ville tranquille et sans histoire de l'Indiana. Odette, Clarice et Barbara Jean ont une cinquantaine d'années, une vie bien remplie derrière elles mais encore plein d'énergie et de bonne humeur à revendre. Le ton est décalé, plein d'humour, Odette, la narratrice principale ne se prend pas au sérieux et son phrasé percutant m'a rappelé celui des héroïnes de Kathryn Stockett dans La Couleur des Sentiments, notamment Minnie. J'ai souvent souri, j'ai même ri parfois devant ses uppercuts verbaux qui font toujours mouche ! J'ai aimé Clarice aussi, plus conventionnelle mais intéressante et Barbara Jean m'a attirée par sa fragilité, sa sensibilité à fleur de peau que l'on comprend petit à petit, à mesure que l'histoire se dévoile, attirant immanquablement la compassion et l'empathie du lecteur.
    En faisant de fréquents retours en arrière, l'auteur nous amène à comprendre comment le trio s'est formé en 1967, comment Clarice et Odette, qui se connaissaient déjà, ont fini par prendre la fragile Barbara Jean sous leur aile, après la mort de sa mère, nous amène aussi à comprendre comment leurs choix de jeunesse impactent encore leur vie actuelle (par exemple, Clarice, très amoureuse de Richmond, n'a pas voulu entendre les avertissements bienveillants de ses proches et doit, quarante ans plus tard, supporter en faisant comme si elle ne voyait rien, les nombreuses aventures d'un mari trop beau et trop volage mais qu'elle aime encore). Comédie légère et décalée, unique en son genre, Les Suprêmes, comme toute bonne comédie qui se respecte, n'en possède pas moins sa part de gravité et de drames. Les Suprêmes, comme le groupe de musique éponyme, sont trois Afro-américaines. Elles sont nées en 1950, elles étaient enfants quand Rosa Parks refuse de laisser sa place à un Blanc dans un bus de Montgomery, elles étaient adolescentes dans les années 1960 quand se développe la lutte pour les droits civiques, quand Martin Luther King est assassiné...
    Etat du Midwest, l'Indiana est, dans les années 1960, relativement conservateur. Les Blancs et les Noirs vivent dans les mêmes villes mais pas dans les mêmes quartiers et pas forcément en harmonie. Autrement dit, dans les années 1960/1970, être Noir à Plainview est dangereux : on s'expose au racisme verbal voire à la violence. Les couples mixtes sont mal vus et le mariage d'un Blanc et d'un Noir n'est pas toléré...
    On comprend rapidement que, derrière le discours en apparence relativement léger et plein d'humour il y'a en fait un message beaucoup plus sérieux et, malheureusement toujours d'actualité et qui n'est d'ailleurs pas propre aux Etats-Unis : le racisme est un fléau mondial et qui ne cesse de prendre de l'ampleur, il n'y a qu'à voir les actualités de ces dernières semaines. J'avais prévu de lire Les Suprêmes depuis longtemps, bien avant l'affaire George Floyd qui a enflammé le monde entier, mais j'ai trouvé ce roman particulièrement juste et actuel et du coup, assez salutaire. S'il y'a eu des avancées depuis les années 1960 elles ne sont pas, cependant, assez nombreuses, pour combattre les inégalités, les injustices et l'intolérance.
    Mais en même temps, Les Suprêmes est porteur d'espoir, c'est un roman positif qui donne le sourire. Une lecture pétillante mais pas trop, qui n'est jamais superficielle et cache, sous ses airs sautillants, un vrai message. Voilà pourquoi j'ai tant aimé ce roman, après avoir été extrêmement surprise par les premiers chapitres. Pour cette raison, ce ne sera pas un coup de cœur mais c'est une merveilleuse lecture, d'autant meilleure que je ne m'attendais pas à ça en la commençant. Vous savez quoi ? Je n'ai maintenant plus qu'une hâte : lire la suite

    En Bref :

    Les + : belle histoire bien construite, pleine d'humour et de légèreté avec malgré tout un propos plus grave en arrière-plan, un propos encore d'actualité aujourd'hui. Les Suprêmes peut nous permettre de prendre conscience de beaucoup de choses, c'est certain. 
    Les - :
    des premiers chapitres un peu déroutant, qui m'ont donné le sentiment que je ne savais pas où j'allais...et puis la sensation se dissipe vite, pour notre plus grand plaisir !

     


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  • « Il faut parfois savoir se contenter d’une médecine bien approximative, a-t-il soupiré. Celle qui ne guérit pas, mais qui écoute… et qui soulage au mieux. »

    De Battre la Chamade ; Sophie Tal Men

     

     

     Publié en 2019

     Editions Le Livre de Poche 

     288 pages 

     Troisième tome de la saga Les Yeux Couleur de Pluie

     

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    En commençant son internat de médecine à Quimper, Marie-Lou est très vite happée par le tumulte de l'hôpital. Un concentré d'humanité où les rencontres, les émotions, les disparitions aussi, font grandir, mûrir. Plus qu'un apprentissage, c'est une prise de conscience, sur soi et sur le monde. C'est là que bat le coeur de la vie. 
    Côté sentimental, les choses ne sont pas moins compliquées...Comment retenir l'instable et insaisissable Matthieu, parti à la recherche de son père disparu ? 
    Dans ce roman à deux voix, on retrouve toute l'énergie et la fraîcheur des Yeux couleur de pluie et d'Entre mes doigts coule le sable. Un chassé-croisé amoureux sans répit, un portrait sans fard du monde hospitalier, des histoires d'amitié, beaucoup de résilience...et une vraie surprise.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Quel plaisir ce fut de retrouver une troisième fois les personnages si sincères, authentiques et attachants de Sophie Tal Men !
    De battre la chamade est le troisième tome de la saga Les Yeux Couleur de Pluie qui raconte l'arrivée de Marie-Lou, jeune étudiante en médecine, en Bretagne. Originaire de Haute-Savoie, elle quitte ses montagnes natales pour découvrir les senteurs iodées et vivifiantes de la Bretagne où elle va devoir se créer un nouvel univers et apprendre à sauver des vies.
    Dans ce troisième tome, Marie-Lou quitte avec un peu de nostalgie Brest pour Quimper, où elle va passer sa deuxième année d'internat en neurologie, tandis que son bel O.R.L, Matthieu, est parti de l'autre côté du monde sur les traces d'un père avec lequel il a quelques comptes à régler.
    Ce troisième tome est rythmé et plein de surprises. Comme les deux premiers, je l'ai dévoré en quelques heures, sans ennui aucun, au contraire. J'ai retrouvé avec joie Marie-Lou, héroïne attachante et simple, que l'on suit depuis le début et à laquelle on s'attache si facilement. C'est très plaisant aussi de retrouver Matthieu, son beau médecin et marin taiseux, si difficile à suivre et en même temps, toujours désarmant et charmant. On retrouve aussi d'autres têtes connues et en découvre d'autres, les internes de Quimper, à commencer par Marie, la féministe de la bande qui devient l'amie et la confidente de Marie-Lou.
    Tout ce petit monde nous entraîne dans un quotidien rythmé par les soirées où l'on décompresse en faisant la fête ou en mangeant des pizzas devant un film, un quotidien où l'on soigne aussi et où l'on donne de son temps pour soulager les autres, un métier prenant et envahissant qui pourrait presque s'apparenter à un sacerdoce et qui ne laisse aucun répit.
    La grande force de cette saga et qui en fait autre chose qu'une simple saga feel good, c'est justement ce cadre médical bien décrit par l'auteure, elle-même médecin et qui nourrit assurément ses romans de sa propre expérience. Loin des séries télévisées un peu aseptisées, la médecine des héros de Sophie Tal Men est telle qu'on l'imagine dans nos hôpitaux, mais on la voit de l'intérieur, à travers les yeux de ces jeunes médecins motivés, pleins d'espoir et qui découvrent petit à petit tous les aspects et enjeux de leur métier : la joie de guérir ou soulager un patient, l'amertume de l'erreur, la culpabilité, ou la tristesse à la mort d'un patient, l'impuissance aussi.
    Et puis les personnages grandissent, mûrissent, deviennent des adultes et font des choix : et souvent ils grandissent et mûrissent en faisant ces choix, justement. Comme nous tous au final.
    Ce troisième tome m'a captivée dès les premières pages. J'ai ri et souri mais pas que... C'est léger mais pas toujours et Sophie Tal Men a le don de mettre des mots simples et justes sur les questionnements humains qui nous font nous sentir proches de ses héros qui ne sont ni plus ni moins que des hommes et des femmes d'aujourd'hui !
    De Battre la Chamade clôture une saga contemporaine qui aura su me surprendre et me séduire : je lis peu ce genre de romans mais quand un résumé m'interpelle et me donne envie, en général, c'est une bonne pioche ! Et Sophie Tal Men est une auteure sincère que j'ai envie de suivre : il est sûr que ce roman ne sera pas le dernier de l'auteure que je lirais !  

    En Bref :

    Les + : le cadre médical qui donne de la teneur à la saga, les personnages simples et authentiques, l'univers dans lesquels ils évoluent, particulièrement chaleureux. Les romans de Sophie Tal Men sont de petits bonbons qu'on savoure. 
    Les - :
    je dirais que c'est toujours trop court ! Mais ce n'est pas vraiment un point négatif, non, quand on en veut plus ? ;)


    4 commentaires


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