• Romans Contemporains / Feel Good

     

    Romans Contemporains / Feel Good

     

    SOMMAIRE ROMANS CONTEMPORAINS ET ROMANS FEEL GOOD

     

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    - Z - 

  • «  Qu'est-ce qui fait qu'on est sorcière, alors, si ce n'est la divinité ?  »

    Couverture Circé

     

     

     

     Publié en 2018 aux Etats-Unis

     En 2019 en France (pour la présente édition)

     Titre original : Circe

     Editions Pocket

     549 pages 

     

     

     

     

    Résumé :

    Fruit des amours d'un dieu et d'une mortelle, Circé la nymphe grandit parmi les divinités de l'Olympe. Mais son caractère étonne. Détonne. On la dit sorcière, parce qu'elle aime changer les choses. Plus humaine que céleste, parce qu'elle est sensible. En l'exilant sur une île déserte, comme le fut jadis Prométhée pour avoir trop aimé les hommes, ses pairs ne lui ont-ils pas plutôt rendu service ? Là, l'immortelle peut choisir qui elle est. Demi-déesse, certes, mais femme avant tout. Puissante, libre, amoureuse...

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Fille d’Hélios et d’une nymphe, l’hautaine Persé, Circé n’est pas n’importe qui. Mais, dans l’immense famille des dieux grecs et des Titans, elle n’est qu’une parmi d’autres : pas la plus jolie, ni la plus puissante, ni la plus estimée, au contraire même. Sa mère lui préfère sa sœur Pasiphaé (future reine de Crète) et son frère Persès. Quant à son père Hélios, qu’elle admire, il est au mieux indifférent. Circé ne trouvera un peu d’affection qu’auprès de son jeune frère Aetès, avant que celui-ci ne parte à son tour vers son destin (devenu maître de Colchide, il sera le père de Médée). Immortelle mais portant en elle une autre essence que la divinité pure, Circé ne se sent pas à sa place au milieu des nymphes, naïades, dryades et autres océanides qui peuplent les profondeurs. Comme Prométhée qui, en son temps, fut puni pour avoir donné le feu aux Hommes, Circé se sent irrémédiablement attirée par eux et, paradoxalement, par leur mortalité.
    Et puis, un jour, elle découvre la puissance des plantes et des sorts : Circé découvre qu’elle possède en elle un héritage, qui sera aussi celui de ses frères et de sa sœur. Elle est une sorcière, pouvant user de charmes et de sortilèges pour arriver à ses fins.
    Par amour pour un dieu et par jalousie envers une autre nymphe, elle scelle son destin : transformant sa rivale, Scylla, en un horrible dieu marin, Circé doit être punie. Son père Hélios décide alors de l’exiler sur une petite île où elle vivra isolée des hommes comme des dieux. C’est Eéa, l’île où, un jour, un bateau accostera avec à son bord un marin à la ruse inépuisable : Ulysse. Ulysse errant en Méditerranée depuis son départ de Troie et dont les hommes seront transformés en pourceaux par Circé. D’Ulysse, la sorcière d’Eéa serait tombée amoureuse et de leur amour, naîtront plusieurs enfants (un unique fils, Télégonos, futur fondateur des cités de Préneste et de Tusculum, est mentionné dans le roman de Madeline Miller).
    Circé, présentée dans les textes anciens comme une magicienne ou une sorcière, a été popularisée par des auteurs comme Ovide, Hésiode, Virgile mais c’est surtout Homère qui l’a fait connaître, en la faisant apparaître dans le chant X de L’Odyssée. Par la suite, les artistes s’empareront aussi du personnage : ainsi John William Waterhouse la représentera en jolie nymphe portant une tunique vaporeuse et offrant une coupe ou bien en sorcière vénéneuse versant une un poison vert translucide dans de l’eau, au milieu d'un univers sinistre et noirâtre, symbolisant sûrement sa dangerosité.
    L’auteure Madeline Miller s'empare du personnage et en fait un symbole résolument moderne et, je crois qu'on peut le dire, féministe. Circé devient un personnage émancipé, certes puni au départ mais qui saura retourner la situation en sa faveur et fera d’Eéa un havre, dans lequel elle développera son pouvoir de sorcière, ou de « magicienne », s’entourant d’animaux et de plantes (Circé reste d’ailleurs associée à des plantes comme le datura ou le perce-neige). Abusée par les hommes, elle s’en vengera de la plus violente des manières : transformer des hommes en porcs, n’est-ce pas une image assez éloquente ? Mais elle saura aussi reconnaître leur valeur, quand ils en ont et elle tombera amoureuse fermement, éperdument, de l’un d’entre eux, le beau et rusé Ulysse, qui lui donnera des enfants.
    Circé est une incarnation de l’indépendance et de la compétence des femmes. Parce qu’on peut se retrouver en elle, toutes, d’une manière ou d’une autre, on ressent rapidement une proximité avec le personnage. Personnellement, cela m’a aidée à apprécier l’œuvre et à m’y immerger parce que ce n’était pas gagné au départ.

    Circé, par John William Waterhouse (Circé offrant la coupe de drogue à Ulysse, 1891)


    Quand j’ai commencé ce roman, j’ai eu l’impression d’être propulsée dans Xénia la guerrière ou dans La Colère des Titans, au choix ! L’ambiance est évidemment très fantastique, fantasmagorique. Circé vit ses jeunes années (si tant est que l’on puisse parler de jeunes années pour une nymphe au sang divin promise à l’immortalité) dans les palais d’Océan, au fin fond de la mer. Sa grand-mère est la divine Thétys, ses oncles des dieux marins recouverts d’algues, elle est la nièce de la Lune et la fille du Soleil, rien que ça. J’avoue que les premiers chapitres ont été assez laborieux et j’ai eu peur que mon côté cartésien ne me freine et ne m’empêche d’aimer ce roman à qui j’avais envie de laisser une chance, même s’il se trouve à des années-lumière de ma zone de confort.
    Fut un temps, j'ai aimé la mythologie mais cet intérêt s'est ensuite dissipé au profit de l'Histoire, évidemment plus cartésienne. Et d'ailleurs, ce n'est pas vraiment pour l'aspect mythologique du roman que je l'ai choisi mais plus, finalement, pour la symbolique moderne que lui donne l'auteure, l'hommage aux femmes aussi.
    Circé, comme les sorcières du Moyen Âge, comme celles de Salem au XVIIème siècle, n'est-elle pas l'incarnation d'une grande peur ancestrale et masculine ? La sorcière, femme émancipée et mystérieuse, souvent isolée du monde et qui renonce volontairement à ce que l'on croit être l'essence de la femme, c'est-à-dire le mariage et la maternité ? Une femme qui s'est libérée des carcans sociaux et qui acquiert une puissance en manipulant plantes, végétaux et, on le croit, des sorts et des charmes. Ce n'est finalement pas si étonnant que cela si la sorcière aujourd'hui se retrouve un peu comme une figure tutélaire des mouvements féministes.
    Après son exil, Circé prend sa vie en mains. Cela ne se fait pas sans mal, elle devra faire des choix, parfois des concessions et elle connaîtra des renoncements (mais n'est-ce pas le cas de tout un chacun ?). Jamais les dieux de l'Olympe n'ont été si humains que dans ce roman, à commencer par elle. Jamais divinités n'ont été représentées avec autant de qualités (générosité, bonté, abnégation) que de travers (mauvaise ambition, jalousie, concupiscence, vanité) éminemment humains. Peut-être est-ce pour cela aussi que l'identification qui, au départ, peut sembler malaisée dans un tel roman, se fait assez facilement (pour moi, pas dès le début, je dois l'avouer, mais au final, j'ai eu rapidement envie de rester avec Circé le plus longtemps possible et de ne pas la quitter). Et parce que ce roman, comme je le souligne un peu plus haut, ne peut aussi faire qu'écho à notre actualité, notamment à l'heure où les revendications féministes n'ont jamais été aussi fortes.
    Et puis au-delà de cet aspect très féminin du roman, j'ai trouvé que Circé abordait pléthore de sujets tous très intéressants et sur lesquels l'auteure livre une très fine analyse : la féminité justement, la maternité, les liens familiaux et notamment les liens parents-enfants ou frère-sœur, l'amour, les choix auxquels on est confrontés au cours d'une vie, l'amitié, la solitude...bref, une multitude de sujets qui forment vraiment la richesse de ce roman. 

    Si comme moi l'aspect fantastique du roman vous fait peur, je crois pouvoir vous rassurer en vous disant que, certes il est très présent, mais n'empêche pas pour autant de ressentir les qualités du livre et n'occulte pas ce qui fait toute la richesse du propos. Déjà, il est très bien écrit et c'est un bon point. Il est aussi très riche et très dense, ce n'est pas un roman anecdotique qui prendrait pour personnages principaux des dieux de l'Olympe. L'humanité de Circé finit aussi par estomper sa divinité et on l'oublierait presque si, soudain, Hermès ne se matérialisait soudainement sous nos yeux ou si Circé ne jetait pas un charme quelconque. Je ne regrette pas, pour une fois, d'être sortie de ma zone de confort. Oui, parfois mon esprit cartésien a un peu souffert, c'est vrai, mais heureusement la globalité du roman a su me plaire et la symbolique contenue m'a plu, évidemment. Un roman un peu hors normes mais qui peut plaire et à un public relativement large, voilà sa force. C'est maintenant avec curiosité que je lirai Le Chant d'Achille.

    En Bref :

    Les + : indéniablement, le personnage de Circé, la proximité qui s'établit avec elle au fil du récit très dense et l'écriture de l'auteure, également. 
    Les - : pour moi les premiers chapitres un peu trop fantasmagoriques mais c'est évidemment un ressenti très subjectif, dû probablement au fait que je ne suis pas une adepte de ce type de romans en temps normal.


    Circé ; Madeline Miller

      Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

     

     


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  • « Tu es bien placée pour savoir que l'important n'est pas d'où l'on vient génétiquement parlant, mais qui l'on devient. »

     

           Publié en 2015 en Irlande 

       En 2020 en France (pour la présente édition)

       Titre original : The Storm Sister

       Editions Le Livre de Poche

       758 pages 

       Deuxième tome de la saga Les Sept Sœurs 

     

     

     

     

    Résumé :

    A la mort de leur père, énigmatique milliardaire qui les a ramenées des quatre coins du monde et adoptées lorsqu'elles étaient bébés, Ally d'Aplièse et ses sœurs se retrouvent dans la maison de leur enfance, Atlantis, une magnifique demeure sur les bords du lac de Genève. Ally, la deuxième sœur au caractère courageux et volontaire, est navigatrice et musicienne. Frappée par une nouvelle tragédie, la jeune femme, perdue, se lance sur les traces de ses origines. Les indices que lui a laissés son père en guise d'héritage vont la mener au cœur de la Norvège et de ses fjords sublimes. Entourée par la beauté de son pays natal, Ally découvre l'histoire intense d'une lignée de virtuoses célébrés pour leur talent un siècle plus tôt. Une famille aux lourds secrets...
    La Sœur de la Tempête est le deuxième tome de la série événement Les Sept Sœurs, qui a conquis 20 millions de lecteurs dans le monde. A travers ses romans au souffle unique, peuplés de personnages inoubliables, liés par les drames et l'amour, Lucinda Riley a affirmé son immense talent, créant un genre littéraire à part entière. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

     En 2007, les six sœurs d'Aplièse, Maia, Ally, Star, CeCe, Tiggy et Electra perdent leur père, surnommé Pa Salt, mystérieux milliardaire suisse qui les a toutes adoptées aux quatre coins du monde alors qu'elles étaient bébés. Elles apprennent alors qu'avant de disparaître, celui-ci leur a laissé de quoi partir sur les traces de leur famille d'origine : indices et coordonnées géographiques qui peuvent leur permettre, le moment venu, de lever le voile sur le mystère de leurs origines.
    Et tandis que Maia a découvert ses racines au Brésil, Ally, la deuxième sœur, ne semble pas pressée de partir à la recherche de ses ancêtres. Passionnée de voile, elle doit participer, à l'été 2007, à une célèbre course qui doit avoir lieu au sud de l'Angleterre. Et puis Ally n'est pas très disponible puisqu'elle vient de rencontrer l'amour en la personne d'un jeune navigateur avec lequel elle s'entraîne en Grèce lorsqu'elle apprend le décès de son père. Autant dire que la jeune femme de trente ans est bien plus tournée vers son avenir que vers le passé.
    Mais une seconde tragédie va finalement la pousser dans les pas de ses ancêtres et la mener jusqu'en Norvège où, un peu plus de cent ans plus tôt, le Théâtre de Christiania (Oslo) est le lieu de création d'un opéra aujourd'hui célèbre dans le monde entier : le Peer Gynt de Grieg, d'après l'oeuvre originale d'Ibsen. Nous sommes en 1876 et la capitale norvégienne est le théâtre de la rencontre d'Anna Landvik, fille de fermiers mais dotée d'une voix extraordinaire et de Jens Halvorsen, jeune flûtiste de talent. Leur amour de la musique et une attirance mutuelle va les lier à jamais, pour le meilleur et pour le pire.
    Les quelques indices laissés par Pa Salt mettent donc Ally sur la trace de la famille Halvorsen, lignée de mélomanes, entre Leipzig, Bergen et Oslo, de la fin du XIXème siècle jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale. Et ce qu'Ally va découvrir dépasse de loin toutes ses attentes.
    Ally c'est donc la deuxième sœur d'Aplièse, de quatre ans la cadette de Maia. Elle a trente ans quand démarre l'intrigue du roman et mène une vie bien remplie. Elle tire son nom de la deuxième Pléiade, Alcyone, fille du titan Atlas et de l'Océanide Pléioné et compagne de Poséidon dont elle aura plusieurs enfants. C'est une jeune femme au tempérament vif et optimiste mais qui est malgré tout durement touchée par la mort brutale de Pa Salt. Ally est alors tiraillée entre son deuil et le bonheur d'une nouvelle vie à deux qui commence et culpabilise de continuer à vivre sa vie alors que son père vient de mourir. Même si ce n'est pas la sœur dont je me sentais forcément proche au départ (j'étais plus curieuse de Maia et de Star, la troisième sœur), j'ai bien aimé Ally et j'ai apprécié de la suivre dans ses pérégrinations et notamment en Norvège, dans des paysages grandioses.
    Toutefois, ce roman m'a clairement moins emballée que le premier. Je l'ai trouvé moins fluide et vraiment beaucoup trop long. D'habitude, dans les romans à double-temporalité, c'est plutôt la partie historique qui me plaît le plus mais là, ça n'a pas été le cas. J'ai trouvé que celle-ci n'était pas vraiment équilibrée, on passe énormément de temps avec Jens et Anna et on survole un peu les générations suivantes, c'est un peu dommage. Alors oui, c'est très intéressant de découvrir le processus de création de Peer Gynt et je dois dire que c'est l'un des gros points forts du roman mais je n'ai malheureusement pas réussi à mobiliser mon intérêt tout au long du récit, ce qui m'a donné un sentiment d'inégalité. Oui, je crois pouvoir dire sans exagérer qu'il y'a des chapitres superflus et qui auraient pu ne pas être là sans nuire forcément à l'intrigue. Celle-ci n'en aurait peut-être coulé que plus facilement, finalement.
    Il y'a autre chose que j'avais déjà remarqué dans le premier tome et qui ml'a vraiment exaspérée ici : ce sont les « bon » ou « enfin bon » au début des dialogues ! Sans rire, je ne sais pas combien il y'en a mais au bout d'un moment je n'ai pas réussi à faire abstraction et je n'ai pas trouvé ça franchement naturel. C'est probablement un parti-pris de traduction et peut-être qu'en VO ça fonctionne mais là vraiment, c'était plus gênant qu'autre chose. Je passerai aussi sur les comparaisons un peu too much comme l'écume de la mer qui ressemble à du cappuccino ou encore la jeune mère qui se découvre un instinct maternel comme le canard découvre la mare et ne veut plus en sortir (je suis vraiment restée totalement perplexe en lisant cette comparaison ! Une telle association d'idées ne me serait jamais venue à l'esprit).
    Mais heureusement, le roman a aussi des points forts et même si je suis un peu mitigée, je lirai les autres tomes avec plaisir, c'est sûr. Contre toute attente, j'ai beaucoup aimé Ally alors qu'en la découvrant dans le premier tome elle n'est pas celle qui m'a le plus attirée de prime abord. Je l'ai finalement trouvée très sympathique et simple, déterminée avec beaucoup de caractère aussi, mais au final douce et gentille. Comme je le disais plus haut, j'ai aimé la suivre dans sa quête norvégienne parce que c'est un pays que je ne connais pas et qui n'est, si je ne m'abuse, pas forcément mis en avant en littérature (du moins c'est le cas dans les genres littéraires que je lis). Je crois que cela aurait été encore plus grandiose en plein hiver sous la neige mais malgré tout, l'auteure a réussi, avec ses descriptions, à nous faire ressentir ce côté très hygge, cosy et douillet qui vient à l'esprit dès que l'on pense à la Scandinavie. J'ai été contente pour Ally qu'elle puisse y trouver un nouvel équilibre, une nouvelle sérénité et surtout, un sens à sa vie.
    La Sœur de la Tempête est clairement ce que je pourrais appeler une lecture en demi-teinte : c'est le genre de livres dont on ressort sans être complètement déçu mais qui laisse malgré tout comme un petit goût de regret. J'ai beaucoup aimé la première partie du roman mais j'ai malheureusement été moins emballée par la suite, ça arrive. Une chose est sûre c'est qu'on est loin du coup de cœur et même de l'engouement que j'avais ressenti en lisant le premier tome, que je ne lâchais qu'à regret. Heureusement, La Sœur de la Tempête, malgré ses (trop) nombreuses longueurs et quelques maladresses reste quand même relativement fluide et se lit plutôt bien. C'est une lecture vraiment divertissante. 
    Je n'abandonnerai pas la saga pour autant et j'ai maintenant très envie de lire le tome 3 centré sur Star qui est peut-être la sœur qui, par son caractère, m'intrigue le plus. 

    En Bref :

    Les + : une héroïne attachante, des lieux grandioses dans lesquels on se sent bien, une intrigue originale. 
    Les - :
    des longueurs, beaucoup trop de longueurs malheureusement et des maladresses dans le style qui m'ont gênée.


    Les Sept Soeurs, tome 2, La sœur de la Tempête ; Lucinda Riley 

     Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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  • « A viser l'impossible on peut au moins atteindre le merveilleux. »

     

     

     

         Publié en 2021

      Editions Le Livre de Poche

      182 pages 

     

     

     

     

     

    Résumé :

    « Parce que c'est ça que je veux que tu retiennes. Nos couleurs. Chaudes, franches, je veux que ces femmes si différentes, si vivantes, si complexes qui composent ton arbre généalogique puissent t'inspirer et t'aider à savoir qui tu es, le fruit de quels voyages et de quelles passions. »

    A la mort de Rita, surnommée l'Abuela, sa petite-fille hérite de l'intrigante commode qui avait jadis nourri toute sa curiosité et son imagination enfantines. Le temps d'une nuit, ouvrant ses dix tiroirs, elle découvre les secrets qui ont scellé le destin de plusieurs générations de femmes, entre l'Espagne et la France, de la dictature franquiste à nos jours. Dans ce brillant premier roman, Olivia Ruiz révèle son formidable talent de conteuse et nous offre une fresque flamboyante sur l'exil. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    A la mort de sa grand-mère, surnommée « l'Abuela », une jeune femme (la narratrice) apprend qu'elle hérite de la commode de son aïeule, une commode à laquelle elle n'a jamais eu le droit de toucher enfant et qui a nourri son imaginaire et ses fantasmes. Qu'y avait-il dedans ? Qu'est-ce que Rita, sa grand-mère, pouvait bien y cacher pour souhaiter que personne ne s'approche du petit meuble aux tiroirs colorés ?
    Après en avoir hérité, la narratrice, le temps d'une nuit, va ouvrir les tiroirs de la commode : elle va découvrir ce qu'ils renferment. Elle va surtout découvrir le véritable héritage que Rita lui a laissé, celui des racines et de l'histoire familiale.
    Car le moins que l'on puisse dire, c'est que Rita n'a pas eu un destin banal mais surtout, elle n'a pas eu une vie facile : à la fin des années 1930, alors que la guerre civile fait rage en Espagne, les parents de Rita décident de l'envoyer, avec ses sœurs, de l'autre côté de la frontière, où elles seront en sécurité. Rita a dix ans, sa sœur aînée seize, la benjamine, seulement six. Jamais leur vie ne retrouvera un cours normal : cette fracture dans leur vie, ce déracinement, les accompagnera toujours. Elles essaieront de se reconstruire tant bien que mal, dans un pays où les immigrés espagnols ont été tout juste tolérés et où ils ont souvent été parqués dans de véritables camps, comme à Collioure ou Cerbère. Ni d'ici ni de là-bas, Rita et ses sœurs Leonor et Carmen connaîtront le même sentiment étrange que bien des immigrés ou des déplacés, en cette période trouble de notre Histoire, alors que les guerres se succèdent et ensanglantent l'Europe.
    Avant d'avoir été l'aïeule de la narratrice (dont on ne connaît pas le nom), Rita a donc été une enfant, dont la terrible blessure de la séparation parentale ne guérira jamais vraiment parce que les questions resteront irrémédiablement sans réponse, puis une jeune femme dans le sud de la France dans les années 1940. Rita est une amoureuse, une amante, une épouse, une mère aussi. Au fur et à mesure, elle dévoile son passé et explique ses choix. Rita est une femme haute en couleurs et au langage fleuri, qui ne semble rien regretter et parle des coups durs infligés par la vie avec beaucoup de résignation, de pudeur et ne se laisse jamais au découragement mais au contraire ne manque pas d'appuyer sur tous les bonheurs qu'elle a connus au cours de sa longue vie. Rita est lumineuse et émouvante et l'histoire de cette famille de femmes m'a beaucoup plu. Grande Histoire et petites histoires se mêlent dans ce tout petit roman qui, pourtant, en a des choses à dire.
    Pour un premier roman, il est vraiment bon. Je n'y ai pas tout aimé et j'ai été un peu gênée par l'absence de repères temporels tangibles. Si les lieux se succèdent, bien marqués (l'Espagne puis le Sud de la France, Narbonne, Toulouse, Marseillette, Paris), aucune date n'est réellement mentionnée et j'ai eu un peu de mal à me situer. Mais peut-être cela a-t-il été fait à dessein par l'auteure et ce sentiment n'est évidemment que très subjectif : j'aime bien avoir au moins une date précise pour me situer dans un récit mais peut-être au contraire ce mystère qui plane sur le récit ne vous gênera-t-il pas. Il s'agit là d'une remarque toute personnelle. Je m'attendais aussi à être un peu plus touchée et émue et je ne l'ai pas vraiment été, même si l'histoire de Rita m'a touchée par moments. Cette grand-mère qui a le courage de s'ouvrir à sa petite-fille, de lui confier ses bonheurs, ses amours de jeunesse force l'admiration. Elle a été courageuse et personnifie bien cette époque cruelle des années 1930/1940 où des gens normaux sont devenus des héros bien malgré eux. Je pense que l'auteure n'a pas voulu tomber dans le sensiblerie, qui est un peu l'écueil quand on se lance dans un récit de ce genre et a contraire montré l'aspect le plus fort, le plus tenace de Rita. Cette femme, c'est vraiment le roseau qui ploie dans la tempête mais ne rompt jamais, à force de ténacité.
    Je me suis demandé si, à la place de la narratrice, j'aurais aimé découvrir ce qu'elle découvre sur sa grand-mère. Peut-être pas. Il y'a certains aspects de la vie de ses parents ou de ses grands-parents qu'on n'a pas forcément envie de connaître, en tout cas. En même temps, cette confession sans fards a quelque chose de profondément aimant, c'est une belle preuve d'amour et de confiance que fait cette femme à une autre femme, sa descendante, désormais dépositaire de l'histoire familiale plutôt compliquée et cabossée.
    Je crois que l'auteure, à la sortie de son roman, a expliqué qu'il n'était pas autobiographique. Malgré tout, j'imagine qu'elle a mis beaucoup d'elle-même dans ce roman, ça se ressent : en effet, sa grand-mère paternelle comme la famille du côté de sa mère sont d'origine espagnole et, comme Rita, ont fui la guerre civile (1936 - 1939) et la dictature franquiste dont c'est un épisode de l'Histoire qu'elle doit bien connaître et qui fait partie de la sienne. Le bar-tabac qui fait aussi hôtel et restaurant de Marseillette, que Rita achète un jour sur un coup de tête pour quitter Narbonne et s'installer à la campagne, où elle sera particulièrement heureuse au milieu de la famille qu'elle s'est recréée, existe aussi bel et bien : il a appartenu à la famille d'Olivia Ruiz et elle le mentionne d'ailleurs dans l'une de ses chansons, J'traîne les pieds.
    Peut-être parce qu'il ne triche pas, parce qu'il est sincère et authentique, ce roman parlera à tout le monde. Le souvenir n'est-il pas universel, après tout ? Peu importe que nos ancêtres aient connu ce qu'a connu Rita, ou non. Aucune vie n'est complètement linéaire, personne ne peut se débarrasser des secrets de famille ou des blessures traînées génération après génération. Ce roman est un bel hommage à la famille, à la transmission, pas la transmission génétique, non, mais l'autre, celle des souvenirs, des traditions, de l'essence familiale qui font de nous ce que nous sommes, parfois malgré nous. Oui je n'y ai pas tout aimé, malgré tout je salue l'idée de départ qui est vraiment bonne et même si la commode sert un peu de prétexte et disparaît derrière le récit de la vie de Rita, le roman est cohérent et bien mené. Il se déroule comme un écheveau qui délivrerait progressivement les informations. On se prend au jeu et c'est avec plaisir que passent ces cent-quatre-vingt pages. A lire si vous aimez les histoires féminines et les sagas familiales teintées d'un peu de secret et d'Histoire.

    En Bref :

    Les + : une histoire de femmes, sincère, authentique, servie par une plume fluide et simple, sans artifice. Une belle réflexion sur le souvenir, la filiation et la transmission. 
    Les - : l'absence de repères temporels clairs (dates, âges) m'a un peu gênée.

     


    La Commode aux tiroirs de couleurs ; Olivia Ruiz

     Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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  • « Le moindre choix a son histoire, et beaucoup d'événements de notre existence restent tapis dans un coin en attendant le moment de surgir, et ce moment finit par arriver. »

    Couverture L'Amie prodigieuse, tome 3 : Celle qui fuit et celle qui reste

     

     

        Publié en 2013 en Italie

      En 2018 en France (pour la présente édition)

      Titre original : Storia di chi fugge e di chi resta

      Editions Folio

      544 pages

     

     

     

     

     

    Résumé :

    « Nous vivons une époque décisive, tout est en train d'exploser. Participe, impose ta présence ! »

    Alors que les événements de 1968 s'annoncent, que les mouvements féministes et protestataires s'organisent, Elena, diplômée de l'Ecole normale supérieure de Pise, se retrouve au premier rang. Elle vient de publier un roman inspiré de ses amours de jeunesse qui rencontre un certain succès tout en faisant scandale. Lila, elle, a quitté son mari Stefano et travaille dur dans une usine où elle subit le harcèlement des hommes et découvre les débuts de la lutte prolétaire. Pour les deux jeunes femmes, comme pour l'Italie, c'est le début d'une période de grands bouleversements. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Depuis la fin de l’été 2019, j’ai un petit rituel : lire un tome de L’Amie prodigieuse, la saga d’Elena Ferrante qui nous emmène en Italie, des années 50 à nos jours. Le fil rouge de cette saga, c’est l’amitié d’enfance qui unit deux petites filles dans la Naples des années 1950 : Elena Greco et Raffaella Cerullo, surnommées Lenù et Lila (ou Lina) sont nées à quelques mois d’écart, en 1944. Elles grandissent dans le même quartier populaire de Naples, dans les années qui suivent la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Leurs familles ne sont pas riches, elles grandissent dans une quasi-misère dont on ne peut espérer sortir que par les études, l’école et encore faut-il avoir la chance de pouvoir y aller suffisamment longtemps…
    Dans le deuxième tome, les relations entre les deux amies se sont distendues, elles ont grandi, l’une d’elles est mariée, expérimente la vie à deux tandis que l’autre se consacre à ses études et commence à éprouver un véritable intérêt pour la littérature et les mots. Les expériences se font désormais en parallèle et moins souvent en commun, Lenù et Lila s’éloignent un peu, parce que leurs vies ne correspondent plus et que l’une a ce que l’autre n’a jamais eu et souhaitait tellement avoir.
    Celle qui fuit et celle qui reste est donc le troisième tome de cette saga qui en compte quatre. Selon les mots de l’auteure c’est le tome de la « période intermédiaire », entre la prime jeunesse et la maturité. Lila et Lenù ne sont plus adolescentes ni vraiment des jeunes femmes et s’acheminent doucement vers un âge mûr qui présage une certaine stabilité. Mais, dans l’Italie de la fin des années 60 et des années 70, tout est instable : un vent de liberté s’accompagnant de violences souffle sur le pays. Un vent de revendications aussi, dans le sillage des événements de mai 1968, des manifestations contre la guerre du Vietnam. A Naples, gangrénée par une violence immémoriale, les communistes, les syndicalistes s’opposent méchamment aux camorristes et aux fascistes, tels les frères Solara qui, dans le quartier où Lila et Lenù, dictent leurs lois. Les deux jeunes femmes, à divers degrés, sont gagnées par ce souffle nouveau : féminisme, revendications salariales, syndicalisme…tout semble être en mouvement dans une société encore foncièrement patriarcale et marquée par des coutumes ancestrales fortes (par exemple, le père de Lila a refusé qu’elle continue l’école au-delà de la primaire, parce que les filles n’ont pas besoin d’étudier).
    Les différences entre les deux amies se sont creusées et le fossé semble irrémédiablement infranchissable entre Lila et Lenù : la première est « restée au pays », elle n’a pas quitté Naples et, malgré ses aptitudes scolaires, n’a pas pu continuer ses études, jalousant Lenù qui a pu le faire. Lila, mariée et mère trop jeune, s’est soudain trouvée insatisfaite dans une vie qui ne lui convenait pas et qu’elle n’a pas réellement choisie. Pourtant, son émancipation, à une époque où cela ne va pas de soi, ne lui a pas forcément apporté la sérénité qu’elle espérait : Lila se retrouve à trimer dans une usine de salaisons, dans des conditions de travail particulièrement pénibles pour faire manger son fils et vit dans un appartement miteux de San Giovanni a Teduccio, tandis que Lenù, à Milan puis à Florence, fréquente le milieu intellectuel, se trouve aux premières loges de cette effervescence qui est en passe de changer le monde et fait de la seconde moitié du XXème siècle le début de notre époque et de notre quotidien. La jeune femme se retrouve confrontée à des étudiants exaltés, des intellectuels qui réfléchissent et théorisent tout, aux premières féministes qui revendiquent la liberté des femmes et profèrent parfois des discours radicaux concernant les hommes et les relations qui les unit à eux. Surtout, Lenù, après des relations brèves et sans lendemain, s’apprête à sauter le pas : elle va épouser Pietro Airota, rencontré à Milan, futur professeur d’université, issu lui-même d’un milieu aisé et bourgeois dans lequel Lenù ne se sent pas forcément elle-même mais qui l’accepte, apparemment, sans condition.

    L'Amie prodigieuse 3 : diffusion sur la Rai début 2022 - CineReflex


    Deux femmes. Deux vies différentes et, entre elles deux, un lien de plus en plus fragile et ténu. Parce qu’elle s’est éloignée, parce qu’elle est celle qui a fui, qui a fait des études, Lenù ne fait plus réellement partie du quartier, où elle revient quasi en étrangère, suscitant la déférence de certains, le mépris poli d’autres. Lila, elle, est celle qui est reste, celle qui est semble plus marquée par une sorte de déterminisme social, reproduisant les choix de ses parents, ne semblant pas vouloir sortir de mécanismes qui semblent immuables comme des malédictions mais jalousant farouchement en secret son amie qui, elle, a réussi à s’en défaire, a connu une certaine notoriété en publiant un roman alors qu’elle était toute jeune encore, un roman qui a eu un certain succès. Et en même temps, cette jalousie de la part de Lila se double d’une certaine condescendance devant les choix consensuels de Lenù : un mari, une maison, des enfants, une vie qu’elle ne peut s’empêcher de considérer comme trop rangée et banale, en marge du vent nouveau qui souffle et qui n’emportera que ceux qui sont prêts à tout lui sacrifier.
    Et puis, le fossé se comble un peu quand Lila, à force de patience et de courage parvient à s’extirper de la situation précaire dans laquelle elle est tombée en renonçant à son mariage. Au même moment, fragilisée par une expérience compliquée de la maternité, Lenù n’a jamais autant douté. Sur elle, son talent d’écrivaine, son mari, son mariage, sa place dans un monde qui lui semble artificiel. Et celle qui a fui le quartier et Naples n’y a jamais autant pensé avec nostalgie tandis que l’autre n’a toujours qu’une idée en tête : se sortir de cette misère endémique pour ne pas en faire une fatalité parce que rien, au fond, n’est impossible.
    Malgré un début un peu confus (les souvenirs s’entremêlent étroitement ainsi que les époques), je me suis vite retrouvée dans cet univers familier qui me plaît beaucoup. J’avais aimé quasiment dès les premières pages le premier tome. Pourtant, il ne se passe pas grand-chose, en soi, dans cette saga : c’est surtout le récit, en forme de chronique, de la vie d’un quartier italien, de ses habitants, de ses familles…pas d’aventure, pas de suspense, juste la vraie vie. Raconté par quelqu’un d’autre, peut-être ce récit aurait eu quelque chose de barbant. Mais raconté par Elena Ferrante, il est forcément transcendé par son style unique et sa capacité analytique, son don de mettre des mots justes, efficaces et percutants sur des notions abstraites. L’écriture d’Elena Ferrante est acérée, acide, parfois plus tendre en tout cas, extrêmement lucide et parfois d’une froideur chirurgicale mais une chose est sûre, c’est qu’elle ne laisse jamais indifférent.
    Je sais que certains lecteurs ont trouvé les personnages antipathiques : c’est vrai qu’on a connu des univers plus chaleureux mais je crois que le but premier de cette saga n’est pas de faire aimer ses personnages. Ils sont justes là pour illustrer un univers plus vaste et qui les dépassent un peu, qui les a forgés aussi. Les frères Solara, petits camorristes du quartier, qui font leur loi appuyés par leur usurière de mère, n’ont effectivement rien de sympathique mais sont des produits de cette Italie du Sud laborieuse et gouailleuse, cette Italie très pauvre et populaire post-guerre. La petite Lila a bien changé elle aussi et n’a effectivement rien d’agréable mais en même temps, sa détermination et sa volonté de s’en sortir l’ont forgée et elle ne recule devant rien, pas même des mots parfois acerbes envers celle qui fut son amie d’enfance. Bref, tout ça pour dire que cela ne m’a pas gênée outre-mesure, ni dans ce tome, ni dans les précédents, au contraire. Je suis toujours ravie de retrouver Lila, Lenù et les personnages satellites qui ne cessent d’évoluer à mesure que l’on avance dans le récit. Certes, on ne s’attache pas forcément à eux mais malgré tout ce n’est pas déplaisant de les suivre.
    L’écriture d’Elena Ferrante est très visuelle, très « sensitive » (je ne sais pas trop comment exprimer cela) : je pense que c’est aussi pour ça que j’ai pu entrer sans trop de problème dans cet univers pas forcément évident de prime abord et qui me faisait d’ailleurs un peu peur avant de me lancer (j’ai gardé le premier tome bien longtemps dans ma PAL avant de me décider). On y ressent tout, les doutes, les peurs, les joies, on visualise le quartier, ses rues miteuses, ses immeubles branlants, l’usine où travaille Lila, dans des vapeurs graisseuses et nauséabondes, du matin jusqu’au soir ou, au contraire, l’excitation de l’engagement, de la réflexion, de l’intellect dans les milieux fréquentés par les Airota ou dans les amphithéâtres des universités et l’atmosphère bien « comme il faut » de la vie dans laquelle Lenù s’installe après son mariage avec Pietro, qui se traduit par un beau logement lumineux aux hauts plafonds, une vie routinière et sans trop de surprises dans laquelle la jeune femme va finir par mettre un grand coup de pied, comme dans une fourmilière.

    L'Amie prodigieuse 3 : diffusion sur la Rai début 2022 - CineReflex

     
    Quelle est la place des femmes dans l’Italie des années 1970 ? Quelle est l’importance du mariage, de la maternité, du pouvoir des hommes ? Peut-on tout risquer, la stabilité d’une vie certes peu satisfaisante mais qui n’implique pas que soi, un certain équilibre pour une vie plus exaltante mais aussi plus floue ? Le grand amour triomphe-t-il de tout, peut-il triompher de tout même si on y croit très fort ? Quels sont les bons choix à prendre ? Peut-on revenir dessus et comment en supporter les conséquences ? Peut-on s’émanciper du milieu dans lequel on est né ou bien collera-t-il toujours à la peau de ceux qui veulent s’en sortir, comme une gangue ?
    Celle qui fuit et celle qui reste est donc un tome très dense même si ce n’est pas forcément ce qu’il laisse présager au départ. Les petites histoires se mêlent à la plus grande et lui donnent ainsi une dimension historique très présente. Certes, elle était déjà là aussi dans les deux premiers tomes mais j’ai eu l’impression que l’auteure s’attardait plus sur le contexte de l’époque dans ce tome-ci, parce que finalement, Lila et Lenù en font étroitement partie, même si c’est de façon différente.
    N’ayons pas peur des mots : pour moi l’univers de L’Amie prodigieuse est vraiment passionnant. Il explore énormément de thématiques et l’amitié en fil rouge de ces deux petites napolitaines a quelque chose d’unique et de touchant, nous renvoyant immanquablement à nos propres souvenirs. Les relations en demi-teinte décrites dans ce tome la colorent d’une certaine amertume et mélancolie et pourtant, Lila et Lenù semblent toujours liées par quelque chose qui les dépasse. Elena Ferrante a vraiment su transcender le quotidien pour nous offrir une saga vivante et vibrante, pleine d’événements qui font sa richesse. Il n’y a pas vraiment besoin de rebondissements à chaque page pour être captivé, il n’y a pas besoin de suspense. Un contexte riche et passionnant, des personnages creusés à la psychologie qui est tout sauf neutre et voilà comment passionner les lecteurs.
    J’ai déjà hâte de lire le tome 4 et en même temps, je suis déjà nostalgique à l’idée de quitter cet univers qui n’a certes rien de beau et dans lequel je me sens pourtant si bien, dès que j’ouvre un des volumes et retrouve Lila, Lenù et les autres. 

    En Bref :

    Les + : une histoire toujours aussi dense, passionnante, on s'y croirait, c'est tellement visuel. 
    Les - :
    un début légèrement confus, j'ai eu un peu de mal à me situer mais heureusement cette sensation disparaît très rapidement.


    L'Amie Prodigieuse, tome 3, Celle qui fuit et celle qui reste ; Elena Ferrante

    Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle

     

     


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  • « Ainsi va la vie qu'elle nous malmène, pourtant, nous l'aimons et ne lâchons pas le morceau dans l'espoir de voir de belles choses  et de vivre de tendres moments. »

    Couverture Le vieux qui voulait tuer le président

     

     

            Publié en 2017

       Les Editions de la Commune (Auto-édition)

       277 pages

       Troisième tome de la saga Les Farfelus

     

     

     

     

     

    Résumé :

    Les Farfelus : les personnages de la série Les Farfelus amusent, exaspèrent ou surprennent le lecteur mais ne le laissent pas indifférent. Dans cette série, rien n'est vraisemblable mais tout est possible. Chaque épisode de la série peut se lire sans avoir lu les précédents. 

     

    Théodore de La Morne, 71 ans, décide de se rendre à Marseille afin d'y tuer le président français, Francis Ollanzi : personnage outrancier et égoïste, qui vient d'être réélu. Il souhaite commettre son crime lors de l'inauguration du musée du coquillage. Il doit trouver un chauffeur ainsi qu'un tueur pour l'aider dans cette entreprise saugrenue. Son hygiène de vie, en rupture avec le bon sens, ne va-t-elle pas constituer un frein à cette ambition qui vire à l'obsession ? Théodore porte en lui un lourd secret qui va changer la donne. 
    Suivez  Théodore du Cotentin jusqu'au sud de la France dans des aventures loufoques et tendres au dénouement inattendu. 

    Un vrai roman feelgood qui porte des valeurs d'amour, d'amitié et de solidarité sur un fond loufoque. Un ouvrage vecteur d'espoir : quand tout semble désespéré, la vie peut encore nous réserver de bonnes surprises. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Francis Ollanzi vient d’être réélu pour un second mandat et pour Théodore de la Morne, 71 ans, habitant de Tresville-sur-mer, quand c’est trop…c’est trop ! Il décide que, pour débarrasser la France d’un aussi piètre président, il ne reste plus qu’à le tuer et qu’il doit s’en charger lui-même !
    Embarquant dans son entreprise le jeune Killian, désœuvré, déscolarisé et qui fait pousser des plants de cannabis dans la véranda de son grand-père et Gérard, propriétaire de la supérette de Tresville, qui n’a plus goût à rien depuis le départ de sa femme Martine, il décide de gagner Marseille où le président doit inaugurer un musée, afin de mener à bien sa funeste entreprise.
    Seulement quand on est une équipe de bras cassés, les chances que le plan fonctionne sont minces ! Elles sont même très minces en l’occurrence et ce « road-trip » sur les routes de France va être l’occasion pour Théodore, Gérard et Killian de vivre de bien drôles et loufoques aventures.
    Ce troisième tome des Farfelus (qui soit dit en passant, porte bien son nom) est aussi le dernier : après avoir fait la part belle, dans les deux premiers tomes, à la boulangère Jocelyne, un peu révolutionnaire sur les bords et qui, dans sa vie privée, doit supporter de voir son mari s’éloigner pour une autre femme plus jeune, c’est Théodore de la Morne, surnommé Théo par Killian, qui devient le héros du roman. Théodore, on l’a déjà croisé dans les deux précédents tomes : c’est l’aristo ruiné du coin, marié avec Marie-Cécile, que tout le monde surnomme MC à Tresville et le père d’Artus, un bon à rien de quarante ans qui n’a jamais rien su faire d’autre de ses dix doigts que conduire une voiture hors de prix et draguer les femmes ! Mais déjà, depuis quelques temps, rien ne va plus chez de la Morne : Artus a été obligé de se mettre à travailler (le vilain mot !) et Marie-Cécile lorgne vers le scandale, en la personne de Tiego, un séduisant gitan employé chez les de la Morne pour faire des travaux et essayer de rendre un peu de lustre aux Embruns, leur maison de famille.
    Alors quand, en plus, le président Ollanzi qui se comporte plus comme un despote que comme le président d’une démocratie, est réélu, là vraiment, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
    Ce road-trip vers Marseille sera l’occasion de rapprocher les trois hommes, radicalement différents : quels sont les points communs que peuvent se trouver un aristocrate fauché, le directeur un peu beauf du supermarché du coin et un gamin du 9-3 qui s’ennuie à mourir dans le pavillon de son grand-père ? Étrangement, il y’en a peut-être plus qu’on ne pense et des liens vont se créer au cours de ce voyage improbable en camping-car alors que tous les emmerdes possibles et imaginables vont se produire !
    Comme dans les deux premiers tomes, sous couvert d’humour, Céline Barré appuie là où ça fait mal et aborde des sujets qui n’ont rien de drôle : la solitude, la vieillesse, l’acceptation de la maladie, la rupture et l'onde de choc qu'elle peut entraîner ainsi que le manque. Ce troisième tome est un peu plus mélancolique, un peu plus émouvant aussi que les deux premiers, même si l’absurde et l’humour sont toujours bien présents. Et c’est peut-être justement pour ça que le propos n’en est que plus percutant, parce que ce que Céline Barré exagère pas mal (non sans plaisir) a un fond de vérité.
    Cette saga est très originale et hors normes. Elle est totalement à part dans l’univers du roman feel-good et je crois que c’est ça qui m’a plu. Et, pour le coup, je sors vraiment de ma zone de confort parce qu’on est là dans un genre littéraire que je lis peu. En tout cas, ce fut une réussite et c’est le principal.

    En Bref :

    Les + : un roman feel-good mais qui n'est pas que léger et qui appuie là où ça fait mal mine de rien. Cette saga est aussi porteuse de belles valeurs. 
    Les - :
    Aucun ! Cette saga peut vous dérouter parce que le ton est particulier mais il n'y a vraiment aucun point négatif particulier à soulever.


    Le vieux qui voulait tuer le Président ; Céline Barré

    Mémoires de la baronne d'Oberkirch sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789 ; Henriette Louise de Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch LE SALON DES PRÉCIEUSES EST AUSSI SUR INSTAGRAM @lesbooksdalittle


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