• « Il faut parfois savoir se contenter d’une médecine bien approximative, a-t-il soupiré. Celle qui ne guérit pas, mais qui écoute… et qui soulage au mieux. »

    De Battre la Chamade ; Sophie Tal Men

     

     

     Publié en 2019

     Editions Le Livre de Poche 

     288 pages 

     Troisième tome de la saga Les Yeux Couleur de Pluie

     

     

     

     

     

     

     

    Résumé :

    En commençant son internat de médecine à Quimper, Marie-Lou est très vite happée par le tumulte de l'hôpital. Un concentré d'humanité où les rencontres, les émotions, les disparitions aussi, font grandir, mûrir. Plus qu'un apprentissage, c'est une prise de conscience, sur soi et sur le monde. C'est là que bat le coeur de la vie. 
    Côté sentimental, les choses ne sont pas moins compliquées...Comment retenir l'instable et insaisissable Matthieu, parti à la recherche de son père disparu ? 
    Dans ce roman à deux voix, on retrouve toute l'énergie et la fraîcheur des Yeux couleur de pluie et d'Entre mes doigts coule le sable. Un chassé-croisé amoureux sans répit, un portrait sans fard du monde hospitalier, des histoires d'amitié, beaucoup de résilience...et une vraie surprise.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Quel plaisir ce fut de retrouver une troisième fois les personnages si sincères, authentiques et attachants de Sophie Tal Men !
    De battre la chamade est le troisième tome de la saga Les Yeux Couleur de Pluie qui raconte l'arrivée de Marie-Lou, jeune étudiante en médecine, en Bretagne. Originaire de Haute-Savoie, elle quitte ses montagnes natales pour découvrir les senteurs iodées et vivifiantes de la Bretagne où elle va devoir se créer un nouvel univers et apprendre à sauver des vies.
    Dans ce troisième tome, Marie-Lou quitte avec un peu de nostalgie Brest pour Quimper, où elle va passer sa deuxième année d'internat en neurologie, tandis que son bel O.R.L, Matthieu, est parti de l'autre côté du monde sur les traces d'un père avec lequel il a quelques comptes à régler.
    Ce troisième tome est rythmé et plein de surprises. Comme les deux premiers, je l'ai dévoré en quelques heures, sans ennui aucun, au contraire. J'ai retrouvé avec joie Marie-Lou, héroïne attachante et simple, que l'on suit depuis le début et à laquelle on s'attache si facilement. C'est très plaisant aussi de retrouver Matthieu, son beau médecin et marin taiseux, si difficile à suivre et en même temps, toujours désarmant et charmant. On retrouve aussi d'autres têtes connues et en découvre d'autres, les internes de Quimper, à commencer par Marie, la féministe de la bande qui devient l'amie et la confidente de Marie-Lou.
    Tout ce petit monde nous entraîne dans un quotidien rythmé par les soirées où l'on décompresse en faisant la fête ou en mangeant des pizzas devant un film, un quotidien où l'on soigne aussi et où l'on donne de son temps pour soulager les autres, un métier prenant et envahissant qui pourrait presque s'apparenter à un sacerdoce et qui ne laisse aucun répit.
    La grande force de cette saga et qui en fait autre chose qu'une simple saga feel good, c'est justement ce cadre médical bien décrit par l'auteure, elle-même médecin et qui nourrit assurément ses romans de sa propre expérience. Loin des séries télévisées un peu aseptisées, la médecine des héros de Sophie Tal Men est telle qu'on l'imagine dans nos hôpitaux, mais on la voit de l'intérieur, à travers les yeux de ces jeunes médecins motivés, pleins d'espoir et qui découvrent petit à petit tous les aspects et enjeux de leur métier : la joie de guérir ou soulager un patient, l'amertume de l'erreur, la culpabilité, ou la tristesse à la mort d'un patient, l'impuissance aussi.
    Et puis les personnages grandissent, mûrissent, deviennent des adultes et font des choix : et souvent ils grandissent et mûrissent en faisant ces choix, justement. Comme nous tous au final.
    Ce troisième tome m'a captivée dès les premières pages. J'ai ri et souri mais pas que... C'est léger mais pas toujours et Sophie Tal Men a le don de mettre des mots simples et justes sur les questionnements humains qui nous font nous sentir proches de ses héros qui ne sont ni plus ni moins que des hommes et des femmes d'aujourd'hui !
    De Battre la Chamade clôture une saga contemporaine qui aura su me surprendre et me séduire : je lis peu ce genre de romans mais quand un résumé m'interpelle et me donne envie, en général, c'est une bonne pioche ! Et Sophie Tal Men est une auteure sincère que j'ai envie de suivre : il est sûr que ce roman ne sera pas le dernier de l'auteure que je lirais !  

    En Bref :

    Les + : le cadre médical qui donne de la teneur à la saga, les personnages simples et authentiques, l'univers dans lesquels ils évoluent, particulièrement chaleureux. Les romans de Sophie Tal Men sont de petits bonbons qu'on savoure. 
    Les - :
    je dirais que c'est toujours trop court ! Mais ce n'est pas vraiment un point négatif, non, quand on en veut plus ? ;)


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  • « Pendant vingt ans, notre vie a été une parodie de bonheur. Je veux épanouir ma personnalité, être libre, comme les autres femmes, vivre ma propre vie. »

    Le Petit Sapin de Noël ; Stella Gibbons

     

    Publié en 2018

    Titre original : Christmas at Cold Comfort Farm and others stories

    Date de publication originale : 1940

    Editions Héloïse d'Ormesson 

    304 pages 

    Résumé :

    N’avez-vous jamais rêvé d’échapper à un quotidien étriqué ? Lorgné avec envie le salon si accueillant de votre voisine ? Voulu croire un instant encore à l’illusion de liberté de votre prime jeunesse ? Et si… Et si vous redescendiez sur terre ! Stella Gibbons, reine du coup de griffe dans la morale corsetée, prend un malin plaisir à confronter ses pairs à leur reflet bien souvent mensonger.
     

    Avec un humour so british, qu’elle manie avec doigté et malice, elle détricote, en quinze nouvelles, les us et coutumes de la bonne société anglaise à la fin des années 1930.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Dans ce recueil de nouvelles caustiques et jubilatoires, Stella Gibbons se plaît à égratigner la société britannique du début du XXème siècle, corsetée et bien-pensante, encore empreinte de principes victoriens. Née en 1902, l'auteure a une vingtaine d'années dans les années 1920, elle est déjà une femme mûre pendant la Seconde guerre mondiale. Elle a trente-huit ans quand elle publie ce recueil en 1940. Autant dire qu'elle commence à avoir le recul suffisant et nécessaire pour écrire des nouvelles pleines d'ironie qui épinglent, mais sans méchanceté, une société qui a été la sienne, celle de sa jeunesse et de sa prime adolescence. Avec un style bien à elle, que certains ont comparé à Jane Austen, notamment pour l'utilisation commune d'une ironie savamment dosée, Stella Gibbons nous régale de plusieurs histoires qui se déroulent pendant l'entre-deux-guerres et abordent toutes des sujets de société : le célibat des femmes, les filles-mères, le qu'en dira-t-on, la morale et le respect de cette dernière.
    Je lis peu de recueils de nouvelles parce que je n'aime pas la juxtaposition de plusieurs histoires, plusieurs univers dans un même ouvrage...j'aime pouvoir me plonger dans une ambiance, la découvrir petit à petit, m'attacher aux personnages. Cela dit, le résumé de ce livre m'a interpellée, m'a intriguée...je m'attendais à quelque chose de vaguement décalé, de très britannique, d'irrévérencieux et effectivement, je n'ai pas été déçue. L'ironie saute aux yeux rapidement, elle est féroce et on sent que l'auteure s'est vraiment plu à pointer du doigt les travers d'une société qui punit sans pitié ceux qui s'écartent du chemin tracé par la morale mais qui peut aussi se montrer très excentrique (on est en Angleterre, non ?). Entre hypocrisie et sourires mielleux, mots acérés et jugements rapides, on se plaît à détester ses personnages et on se fait souvent la réflexion que, quand même, ils exagèrent mais en même temps on en redemande parce que si ces personnages ont défaut, on ne peut pas leur reprocher d'être lisses, au contraire.
    Ce livre est un petit condensé d'une société toute entière, la prise sur le vif de moments de vie certes romancés mais plausibles et qui nous font découvrir les années 1920-1930 en Angleterre de l'intérieur. On se plaît à naviguer d'une nouvelle à l'autre et on s'étonne, par moments, de la grande modernité de personnages imaginés il y'a plus de soixante-dix ans.
    Le lien avec Noël n'est que ténu, pour moi et ce serait peut-être la seule déconvenue que ce livre m'ait occasionné. Une belle couverture, un titre évocateur, une sortie l'année dernière au moment des fêtes : on se dit qu'on va se plonger dans des nouvelles qui sentent bon la cannelle et les aiguilles de pin car après tout, les réjouissances de fin d'année sont propices pour un auteur qui souhaiterait exercer sa férocité et son humour corrosif... Et finalement, à part dans la première nouvelle, qui porte le même titre que le recueil en français (Le Petit Sapin de Noël), Noël n'est pas ou presque pas évoqué. Du coup, j'ai été un peu surprise parce que je m'attendais à ce que cette fête soit un peu plus présente tout au long du recueil.
    A part cela, j'ai passé un bon moment. J'ai été surprise et il est sûr que cette lecture m'a fait sortir de ma zone de confort. Pour autant, j'y ai retrouvé aussi l'atmosphère familière de ces romans britanniques qui se passent au début du XXème siècle et qui me plaisent tout particulièrement. Si je partais en terre inconnue en démarrant cette lecture, au final j'ai retrouvé une atmosphère familière qui m'a plu. C'est distrayant et féroce et on sourit souvent devant ces moments saisis par l'auteure dans toute leur vivacité. Stella Gibbons ne s'embarrasse pas de licence poétique et se moque du qu'en dira-t-on comme de sa dernière chemise et c'est assez jubilatoire.
    A lire si vous aimez la littérature britannique et son humour bien particulier ! 

    En Bref :

    Les + : un humour corrosif et un peu caustique, une ironie très fine qui rappelle un peu Jane Austen, effectivement. Une lecture plutôt sympathique, même si je n'aime pas vraiment les nouvelles.
    Les - :
     une couverture à laquelle il ne faut pas s'arrêter parce que ce recueil de nouvelles ne parle finalement pas beaucoup de Noël !


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  • « C'est une ruse de la mémoire que de garder exclusivement les bons souvenirs, comme cela, on peut vieillir en se disant qu'on n'a pas trop raté sa vie. »

    La Casati ; Camille de Peretti

    Publié en 2012

    Editions Le Livre de Poche 

    288 pages 

    Résumé :

    La marquise Casati avait eu des chaussures en diamant, teint ses cheveux en vert, fréquenté les plus grands artistes, pris toutes les drogues possibles, organisé des bals spectaculaires, aimé un boa constrictor, défrayé la chroniqué et habité au Ritz...
    Elle offrait désormais le spectacle terrifiant d'une reine déchue, d'une femme qui a connu toutes les splendeurs de ce monde et fini dans la misère. S vie ressemble à un conte de fées qui vire au drame : née héritière de l'une des plus grosses fortunes d'Italie, elle mourut clocharde. C'est peut-être cela qui m'a le plus attirée, le vertige de la perte. Moi qui suis si raisonnable. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Un jour de 2004, la romancière Camille de Peretti découvre le personnage de la Casati, une marquise italienne du début du XXème siècle. Elle ne le sait pas encore, mais ce personnage fera l'objet d'un roman et deviendra pour elle une muse, une icône.
    La Casati, c'est Luisa Adele Rosa Maria von Amann de son vrai nom, née à Milan en 1881. Elle est la seconde fille d'un riche industriel italien d'origine autrichienne, Alberto von Amann. Orpheline jeune de ses deux parents, elle grandit en compagnie de sa sœur aînée, Francesca, dans un relatif isolement. Petite fille choyée puis adolescente négligée, Luisa se marie à dix-neuf ans avec Camillo Casati Stampa di Soncino. Ils auront ensemble une fille, qui naît en 1901 et sera rapidement délaissée par sa mère. Mondaine et excentrique, celle qui deviendra bientôt la Casati, ce qui personnifie en soi tout le phénomène, anime cette première moitié du XXème siècle, entre horreur de la guerre de Quatorze et ferveur des Années Folles. La Casati est un personnage à part : ce n'est pas une jolie femme, elle a des yeux trop grands, des traits trop marqués et pourtant, elle fait tourner toutes les têtes. Elle sera la maîtresse du poète et écrivain italien Gabriele D'Annunzio, par exemple. A Paris, à l'instar de Colette, sa contemporaine, elle aura des relations lesbiennes avec une artiste peintre qui finira par la quitter. Luisa, dans une fuite en avant éperdue, s’enivre de la vie et joue avec...tout ce qu'elle veut, c'est la croquer à pleines dents, elle aime l'originalité et tant pis si elle passe pour une illuminée : ainsi, jeune mariée, elle fait accrocher le squelette d'un dinosaure au plafond du salon de la villa qu'elle partage avec Camillo...elle possède des serpents et notamment un boa constrictor qu'elle promène enroulé autour de son cou et de ses bras. Droguée et opiomane, adepte des sciences occultes, on a l'impression que Luisa Casati navigue dans une dimension étrangère à la nôtre, bien au-dessus d'un monde trop fade et collet-monté à son goût. Et on ressent alors pour elle un mélange d'admiration incrédule et de répulsion.
    La Casati va connaître des années fastes : elle fera la pluie et le beau temps à Paris, à Londres, en Italie...elle semble entièrement déconnectée de la réalité, diva qui veut exaucer ses moindres désirs, jette l'argent par les fenêtres et exige des autres qu'ils s'exécutent immédiatement. Plus dure sera la chute...et effectivement, pour la Casati, qui meurt en 1957, réduite à la mendicité, la fin est amère. Elle n'est plus que l'ombre d'elle-même, un personnage caricatural, une vieille femme diminuée aux yeux cerclés de charbon parce qu'elle n'a plus les moyens de se payer du khôl, qui a fui dettes et créanciers et vit dans un logement miteux de Londres. On dit que, pour survivre, elle sera obligée de fouiller les poubelles des grands magasins à la recherche d'objets ou chutes de tissu à vendre pour assurer son quotidien.
    Quand Camille de Peretti découvre Luisa Casati, c'est une jeune femme, elle a une vingtaine d'années. Enlisée dans un mariage raté mais malgré tout toujours très amoureuse de son mari, elle est encore fragilisée par l'anorexie mentale dont elle a souffert plusieurs années plus tôt et dont elle s'est remise tant bien que mal (elle a raconté cet épisode de sa vie dans le livre Thornytorinx). Ayant des désirs de jouer la comédie, rêvant de devenir actrice, elle s'est laissée convaincre par Henry, un réalisateur new-yorkais raté, de venir tourner pour lui un film à petit budget, dans un appartement glauque de la Grosse Pomme. C'est cet Henry, soit-disant plus ou moins amoureux d'elle et qui veut absolument faire d'elle son actrice principale, qui lui parle de la Casati. Rentrée en France, Camille se lance sur ses traces pour écrire ce livre, qui est...qui est quoi, d'ailleurs ? On a tendance à tout ranger dans des cases, on est bien d'accord et on le fait aussi pour les livres : roman historique, roman policier, romance, biographie, essai...des genres littéraires, il y'en a à la pelle...Et ce livre-là est assez inclassable...je me demande d'ailleurs si ce n'est pas pour cette raison qu'il a suscité parfois des avis particulièrement secs et péremptoires, comme celui d'une lectrice, lu sur internet, qui n'a pas du tout aimé le livre et conclut son avis par « un on m'a vendu la biographie de La Casati et non de Camille de Peretti !! » qui a au moins le mérite d'être clair. C'est vrai que le résumé est assez trompeur et je n'aurais pas lu l'avis de cette lectrice avant de me lancer, pour sûr, j'aurais été aussi très surprise parce ce qui semble être, de prime abord, la biographie -à la limite, la biographie romancée- de Luisa Casati, et qui est en fait un livre assez étrange, où tout se mélange...car Camille de Peretti, loin de se contenter de raconter le destin extraordinaire de cette femme, parle d'elle. Beaucoup. Et notamment de ce mariage raté avec un peintre raté qui se prend pour un grand artiste et tyrannise ses proches et notamment sa jeune femme soumise et silencieuse qui n'arrive pas à s'imposer et supporte jusqu'à finalement tout envoyer balader. J'étais prévenue, donc je n'ai pas été surprise par cette approche pour le moins étrange : cela dit, si je n'ai pas été forcément étonnée et que, au fond, je n'ai pas détesté ce parti-pris, je dois avouer que je ne l'ai pas spécialement compris. Que l'auteure, éventuellement, nous parle dans une préface de son intérêt pour le personnage, de ce qui l'a emmenée à s'intéresser à la Casati, pourquoi pas ? Mais qu'elle insère des passages entiers dans le livre, des blocs devrais-je dire, où elle raconte sa vie...n'étant pas du tout à l'aise avec ces grands déballages dont notre société est coutumière et friande, des plateaux de télés jusqu'aux bouquins où l'on étale et décortique notre vie privée, j'avoue que j'ai parfois eu la désagréable impression d'être une voyeuse, de lire quelque chose qui ne m'appartient pas et qui ne devrait pas m'appartenir, jamais. Ce qui s'est passé dans la vie de Camille de Peretti ne me concerne pas et en soi, je n'avais pas spécialement envie de l'être, concernée, justement...

    Portrait photographique de Luisa Casati, intitulé « Pearls », par Adolf de Meyer 


    Cela dit, une fois habituée, je dois dire que je n'ai pas passé un mauvais moment et j'ai trouvé qu'elle écrivait très bien, cette auteure que je ne connaissais pas...c'est peut-être parfois un peu affecté, oui...mais dans l'ensemble, c'est d'une plume fluide et bien dosée que Camille de Peretti construit son récit. Cette Luisa, qui devient sa muse, une idole, reste entourée de bien parts d'ombres. On ne sait pas exactement qui est la Casati, elle qui s'est plu à brouiller les pistes, à tel point que si vous lisez sa biographie sur Wikipédia, vous verrez qu'on lui attribue deux dates de mort, l'une en 1957 et l'autre en 1983 ! L'auteure émet des hypothèses, avec des si et des peut-être...elle ne prétend pas raconter la vérité vraie d'une femme qui, elle-même très certainement, ne la connaissait pas. Nous sommes plus dans une biographie romancée que dans une véritable biographie rigoureuse, basée sur des sources, des recherches... Camille de Peretti a suivi la trace de la Casati, notamment en Italie, visitant la villa Amalia, où elle a vécu enfant puis adolescente. Ayant résidé un temps à Londres, elle s'est rendue sur sa tombe, dans le cimetière de Brompton...mais ce qu'elle a voulu restituer avant tout, du moins je le vois comme ça, c'est une Luisa Casati de chair et de sang. Un peu comme l'ont fait les deux sœurs Anne et Claire Berest dans le roman Gabriële, où elles partent à la rencontre de cette femme mystérieuse (leur arrière-grand-mère) et qu'elles racontent, en acceptant que des parts de mystère ne soient jamais élucidées et disparues à jamais dans les brumes du passé. Alors, le travail du romancier, c'est de se dire : et si ? Et Camille de Peretti le fait très bien. Cette Casati dont elle brosse le portrait devient très vraisemblable. Peut-être la vraie marquise n'était-elle pas, de son vivant, exactement telle que la décrit ici Camille de Peretti...peut-être celle-ci a-t-elle mis d'elle-même dans son personnage, de ses propres expériences...et alors ? Au final, la marquise de Casati a été un personnage tellement hors normes qu'on croit volontiers tout ce que l'on peut lire sur elle dans ce livre ! Après tout, on ne prête qu'aux riches, comme on dit...
    Ce livre a été un roman extrêmement surprenant et s'il m'a laissée perplexe parfois, dans l'ensemble, j'ai aimé découvrir cette femme que je ne connaissais absolument pas auparavant...je n'avais jamais entendu parler de la Casati, je n'ai jamais même lu son nom mentionné dans un livre, un roman, comme si on l'avait complètement oubliée. Cette mondaine qui est la contemporaine de tout un monde -Sarah Bernhardt, Liane de Pougy, Man Ray, De Meyer, les surréalistes- semble avoir été engloutie par l'Histoire. Et Camille de Peretti, dans ce roman, lui rend sa voix et lui redonne un peu de visibilité. Rien que pour cela, en tant que lectrice, je ne peux que me féliciter qu'elle l'ait fait et peu importe, au final, comment elle l'a fait. Bien sûr, le livre aurait été absolument horrible à lire, je ne vous dirais pas ça...mais même si on ne comprend pas vraiment pourquoi l'auteure a tenu absolument à se raconter en même temps qu'elle raconte Luisa, si parfois ce déballage intime met un peu mal à l'aise, pour ma part, j'ai surtout envie de me souvenir des chapitres concentrés sur la Casati et je me dis que son travail d'auteure a été bien mené par Camille de Peretti. Elle trouve les mots justes et son style est agréable. La Casati sera peut-être pour moi la lecture la plus surprenante de l'année mais sûrement pas une déception. J'ai voyagé au début de ce XXème siècle plein de fougue et de fièvre, dans un monde révolu et qui nous fait ouvrir de grands yeux ronds. Nos aïeux étaient bien plus extravagants et vivants que toutes les photos sépia que l'on conserve d'eux peuvent nous le laisser croire ! Si vous aimez les livres qui sortent du lot, les livres inclassables mais qui vous font vous interroger, alors lisez La Casati, en n'oubliant pas que ce n'est pas un récit entièrement centré sur elle et que, peut-être, le résumé induit légèrement en erreur et alors, j'espère que comme moi, vous saurez vous laisser convaincre. 

    En Bref :

    Les + : une approche intéressante, un personnage central intéressant parce que tellement hors normes et excentrique et une plume fluide et agréable à lire. 
    Les - :
    le résumé un peu trompeur qui nous laisse penser qu'on va lire une biographie alors que ce livre est assez inclassable. 


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  • « Elle s'arrêta pour m'attendre et, quand je la rejoignis, me donna la main. Ce geste changea tout entre nous, et pour toujours. »

    L'Amie Prodigieuse, tome 1 ; Elena Ferrante

     

    Publié en 2011 en Italie ; en 2016 en France (pour la présente édition)

    Titre original : L'Amica Geniale

    Editions Folio 

    430 pages 

    Premier tome de la saga L'Amie Prodigieuse

     

    Résumé : 

    « Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. C'était la vie, un point c'est tout : et nous grandissions avec l'obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile. »
    Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Bien qu'elles soient douées pour les études, ce n'est pas la voie qui leur est promise. Lila abandonne l'école pour travaille dans l'échoppe de cordonnier de son père. Elena, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au lycée. Les chemins des deux amies se croisent et s'éloignent, avec pour toile de fond une Naples sombre, en ébullition.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Avec L'Amie Prodigieuse, Elena Ferrante inaugure sa monumentale saga qui nous promène dans la Naples des années 1950 aux années 1980.
    Dans ce premier roman nous faisons la connaissance de celles qui vont devenir les héroïnes de cette saga, Elena Greco et Rafaella Cerullo, surnommées respectivement Lenù et Lila. Toutes deux issues des quartiers modestes de Naples, elles ont une dizaine d'années au milieu des années 1950 et vivent leur enfance dans une Italie d'après guerre, affaiblie par le fascisme. Toutes deux vivent dans des quartiers populaires, où la seule chance de s'en sortir est de réussir à l'école et surtout, d'avoir les moyens de poursuivre ses études, ce qui n'est pas une priorité pour les familles, parce que cela coûte cher.
    Lila et Lenù ont sept ou huit ans lorsqu'elles deviennent amies. Elles sont très différentes l'une de l'autre et pourtant, c'est un lien très fort qui va se tisser entre elles, au-delà du jeu et de l'attirance enfantine. Ce lien, plus ou moins distendu, va perdurer à l'adolescence et puis plus tard...
    Si L'Amie Prodigieuse est le portrait d'une époque et d'une région, c'est aussi le récit et l'analyse d'une longue amitié qui se transforme au fil des ans mais sans jamais disparaître et en unissant de plus en plus fort ces deux enfants qui deviennent des jeunes filles puis des femmes.
    Cette énorme saga d'Elena Ferrante dont on ne sait quasiment rien, est un phénomène littéraire depuis quelques années maintenant et on voit ses romans partout. Le mystère que l'auteure cultive autour de sa personne est évidemment intrigant et éveille la curiosité mais, pour ma part, c'est surtout le cadre et le contexte du livre qui m'ont incitée à le lire. Et le fait de le voir partout, aussi, et les critiques élogieuses voire dithyrambiques même si je me méfie un peu des romans phénomènes et à l'immense succès parce que ça m'est arrivé d'être déçue alors maintenant j'y regarde souvent à deux fois !
    Mais qu'est-ce que j'ai bien fait de lire ce roman ! Ça fait plus d'un an et demi que j'en diffère la lecture tout en étant malgré tout très curieuse. Et puis voilà que la curiosité a été plus forte et j'ai enfin sorti ce roman de ma PAL et franchement je ne regrette pas.
    L'Amie Prodigieuse n'est pas un coup de cœur comme cette lecture a pu l'être pour d'autres, mais ce n'est pas grave. Je n'ai pas été déçue de ne pas le ressentir parce que j'ai su que, dès les premières pages, je n'en aurais pas mais que j'allais malgré cela énormément aimer cette lecture et surtout le style de l'auteure.

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    Ludovica Nasti et Elisa del Genio interpètent Lila et Lenù dans l'adaptation du roman

    Sans avoir jamais mis les pieds en Italie, j'ai visualisé immédiatement les lieux, ces quartiers modestes de la Naples des années 50, où les familles trop grandes s'entassent dans de petits logements sombres, où les enfants jouent dans les rues pleines de poussière et saturées de soleil. Il y fait trop chaud, on y crie trop fort, les draps sèchent entre les façades, les femmes se battent aussi sûrement que les hommes, souvent à coup de mots acerbes, les grands frères y sont parfois trop protecteurs, et, toujours présente comme un nuage à l'horizon, impalpable mais bien là, la petite mafia des quartiers qui régit l'existence des habitants par le biais de telle ou telle famille reconnue tacitement et respectée pour ce pouvoir, la criminalité...
    Et puis il y'a l'école. L'école qui, à cette époque, est l'ascenseur social par excellence, l'endroit où on peut devenir quelqu'un ou quelque chose. On y parle l'italien au lieu du dialecte napolitain pratiqué dans les rues ou à la maison avec les parents. On y découvre là lecture, l'écriture, on grimpe des échelons et on accède aux niveaux supérieurs. Ou pas. Dans le couple formé par Lila et Lenù l'une ira à l'école, ira jusqu'au lycée tandis que l'autre s'arrêtera encore cours de route, devenant une femme et une épouse avant l'heure sans que, toutefois, les deux jeunes filles ne cessent de s'envier mutuellement pour ce que l'autre a.
    Récit d'apprentissage, L'Amie Prodigieuse dépeint ce qui, un jour, sera le lot de tous : jouer, nouer les premières amitiés, grandir, avancer avec tout ce que cela implique comme choix et décisions à prendre, avec son lot de bonheurs et de désillusions. Lila et Lenù sont deux petites filles en passe de devenir des femmes à une époque pas évidente, économiquement et socialement : il est difficile de réussir et la pauvreté est bien présente à Naples à l'aube des années 60. Socialement, l'Italie est encore à l'époque un pays patriarcal, où l'autorité paternelle et masculine est particulièrement importante et où les jeunes filles sont assujetties au pouvoir de leur père, leurs frères avant de l'être à leurs époux.
    Lila et Lenù sont attachantes toutes les deux, très différentes l'une de l'autre mais pareillement intéressantes : l'une est une meneuse, qui fonce et entraîne tandis que l'autre est plus posée et réfléchie et finalement on se rend compte que chacune envie l'autre pour ce qu'elle-même n'a pas sans pouvoir malgré tout se passer l'une de l'autre.
    Premiers émois amoureux, choix, désillusions, espoirs, apprentissages sont passés au crible et analysés avec finesse et empathie par l'auteure. Elena Ferrante écrit très bien, avec un style tantôt neutre tantôt passionné qui décrit avec beaucoup de dynamisme une époque et un mode de vie. Cette Italie du Sud pleine de couleurs, où le plus beau côtoie le plus sale, vit sous nos yeux.
    Très honnêtement, je ne pensais pas aimer autant ce roman mais j'ai passé un excellent moment et j'ai pris un grand plaisir à découvrir les mots finement choisis d'Elena Ferrante.
    Maintenant je n'ai qu'une envie : c'est me procurer les tomes suivants et connaître enfin la suite. Après m'être autant sentie partie prenante de la vie de ces deux jeunes filles qui ont grandi et évolué sous mes yeux j'ai bien évidement envie de savoir ce qui va leur arriver et découvrir leur destin de femme après les avoir suivies enfant puis adolescentes.

    En Bref :

    Les + : une belle histoire, touchante et poignante sans être pathétique. C'est une description fine d'une époque, d'une ville et l'amitié des deux héroïnes est si jolie malgré des hauts et des bas.
    Les - :
    Aucun point négatif à soulever, en ce qui me concerne.


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  • «  L'homme était maudit. Il fallait jouir de l'instant présent, c'était ça le truc. »

    La Promo 49 ; Don Carpenter

     

    Publié en 1985 en France ; en 2014 en France (pour la présente édition) 

    Titre original : The Class of 49

    Editions 10/18 (collection Domaine Etranger) 

    144 pages 

    Résumé :

    Portland, 1949, portrait de groupe : Clyde, Sissy, Blaze et leurs camarades terminent le lycée. La vie s'égrène - une cuite, un bal, un examen raté, une virée à la mer. On rêve d'une fille, de popularité, d'avenir. Pus le réel, les accidents, les désirs contrariés, et rien ne sera plus pareil...Troquant l'insouciance contre la nécessité, il leur faut basculer vers l'âge adulte. Dans cet album doux-amer, Don Carpenter, l'auteur de Sale temps pour les braves, porte sur sa génération un regard empathique et lucide, et restitue, avec un remarquable sens de l'épure, la grâce précaire de la jeunesse. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    La Promo 49 est un tout petit roman, un peu étrange sur la forme, idéal pour l'été. Le genre de livres qu'on peut apprécier de lire sous un grand chapeau en paille avec le bruit des vagues pas très loin.
    Il fait moins de deux cents pages et, plus qu'un roman, c'est finalement un recueil de nouvelles, des instantanés de vie, comme si on ouvrait un album photos et qu'on parcourrait celles-ci. A chaque chapitre, qui est en lui-même une petite nouvelle, on découvre un nouveau visage -ou des nouveaux visages-, d'autres, déjà connus, viennent et repartent, petit à petit on comprends quels liens unissent telle ou telle personne.
    Comme son titre l'indique, dans La Promo 49, on suit les jeunes de Terminale d'un lycée de Portland, en 1949. Don Carpenter, l'auteur, qui est né au début des années 1930, à dix-sept, dix-huit ans en 1949, c'est sa propre expérience de lycéen, sa propre génération, sa propre dernière année qu'il raconte au travers de ses jeunes héros. Entre les derniers mois de la Terminale et les premiers pas à l'université, c'est tout un bouleversement qui s'opère pour ces jeunes, un passage rituel et tacite entre l'enfance et l'âge adulte. On commence à travailler, on connaît les premiers émois amoureux, on devient grand même si on continue à faire des bêtises et à être terrorisé par l'avenir.
    Le lycée et l'université sont particulièrement importants aux Etats-Unis, il n'y a qu'à voir tous les films et les séries qui s'y passent. On a l'impression que c'est un monde particulier, bien plus qu'en France, avec les fraternités, les sororités, la remise des diplômes, les bals de promo... Et ce que décrit Don Carpenter a beau avoir soixante-dix ans, finalement, c'est très actuel et sa jeunesse de la fin des années 40 pourrait être celle de 2019 -à quelques différences près, bien sûr. La façon de voir les choses change évidemment, mais, dans l'esprit de ces jeunes, les mécanismes sont sensiblement les mêmes que ceux des adolescents d'aujourd'hui, les apprentissages, les espoirs et les désillusions sont les mêmes, et si on ne s'attache pas vraiment à eux -les chapitres sont courts et on n'a pas vraiment le temps de faire réellement connaissance avec chacun d'eux-, on s'identifie rapidement. Le manque de confiance ou alors, au contraire, la trop grande assurance, la popularité, si importante surtout pour ceux qui n'ont pas la chance d'en jouir, la compétition que l'envie de sortir avec telle ou telle fille fait naître, l'envie de pousser loin ses limites, les fêtes qui dérapent, l'affrontement avec les parents... Dans l'effervescence et l'étourdissement de l'été qui suit l'obtention du diplôme, pendant ces quelques semaines qui précèdent le grand saut dans l'inconnu, tous ces jeunes, anciens lycéens mais pas encore étudiants, se découvrent mutuellement, s'émancipent, s'amusent, parfois se perdent, font l'expérience du bonheur et puis aussi du malheur, parce que finalement l'un ne va pas sans l'autre.
    Ces fameuses années lycée, c'est celles sur lesquelles on se retourne, dix, quinze, vingt ans plus tard, en se disant : « Tu te souviens ? » et en souriant parce qu'on se souvient de ceci ou de cela, parce que ce sont des souvenirs indélébiles qui se gravent dans un esprit. On se souvient de ceux qu'on a perdus de vue en se demandant ce qu'ils deviennent, on se souvient d'une ambiance particulière, un cours, un professeur, qu'on a aimé ou pas mais qui nous a marqué...Tout ça, finalement, est commun à tous les lycéens du monde entier mais peut-être encore plus présent et tangible chez les jeunes Américains, pour lesquels le lycée, la remise des diplômes, plus tard, la fac, sont des rites de passage, une étape importante dans une vie et qui marque un basculement irrémédiable.
    Je ne sais pas vraiment si j'ai aimé La Promo 49 - je crois que les romans courts ne sont pas vraiment pour moi, de toute façon, parce que j'aime pouvoir m'attacher aux personnages, m'habituer à une ambiance, ce qui n'est pas le cas avec un livre de cent-cinquante pages, on comprend aisément pourquoi.
    Je n'ai pas été déçue mais je ne m'attendais pas à des chapitres aussi concis, qui ne font parfois que quelques lignes et ne nous permettent pas forcément de bien cerner tous ces jeunes que l'on découvre au fil des pages. J'ai parfois confondu les personnages entre eux, je n'ai pas réussi à en distinguer un parmi les autres, l'auteur les met tous au même niveau, s'attachant à leur accorder à tous la même importance, le même nombre de pages, scrupuleusement. Pour autant, ce roman a fait écho en moi, comme il pourra faire écho en bien des lecteurs : il m'a fait me souvenir de mes propres années de lycée, de mes années à la fac et si la manière d'aborder ce moment important d'une vie est différent d'un pays à l'autre, les sentiments et émotions qui font battre les cœurs sont les mêmes et c'est ce que j'aime, finalement, me dire que l'universalité des sentiments existe et qu'un adolescent reste un adolescent, à quelque époque que ce soit : peu importe la manière de faire, peu importe la vie que l'on mène, les expériences et la prise de liberté, les différentes étapes qui mènent à elles sont les mêmes.
    Ce livre très court se lit rapidement. C'est bien écrit et, comme je le disais en début de chronique, on a l'impression de faire défiler des photos entre ses mains, ou bien d'immortaliser avec un Polaroid ces jeunes, à leur insu et de garder une tranche de vie figé sur une pellicule. Et on aura beau les ressortir à n'importe quelle époque, il y'aura toujours une part d'actualité et ce sentiment confus que l'adolescence fait partie de ces grandes étapes de vie qui marquent durablement une vie et parfois, oriente celle-ci, en induisant des choix et des prises de décision. Nostalgique, parce qu'il nous parle d'une époque révolue mais nous met aussi face à nos propres souvenirs, La Promo 49 ne manquera pas, certainement, de faire écho en vous d'une façon ou d'une autre. 

    En Bref :

    Les + : avec tendresse mais lucidité, Don Carpenter nous livre une vingtaine de petits instantanés d'une génération, la sienne, qui s'étourdit le temps d'un été et expérimente la vraie vie, après le Bac et avant l'entrée en fac. 
    Les - :
     c'est peut-être un peu court pour s'imprégner vraiment de l'ambiance du livre. En effet, on le termine en quelques heures à peine.

     

    Les Enquêtes de Quentin du Mesnil, Maître d'Hôtel à la Cour de François Ier, tome 1, Le Sang de l'Hermine ; Michèle Barrière 

    Thème d'août, « Petit, tout petit bikini », 8/12


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