• « A la minute où vous commencez à penser avec votre cœur au lieu de votre tête, vous êtes cuit. »

    La Vallée des Poupées ; Jacqueline Susann

     

    Publié en 1966 aux Etats-Unis ; en 2016 en France (pour la présente édition) 

    Titre original : Valley of the Dolls

    Editions 10/18 (collection Domaine Etranger)

    480 pages 

    Résumé : 

    1945. Anne Welles quitte sa famille et son fiancé de Nouvelle-Angleterre pour s'installer à New York, la tête pleine de rêves. Devenue secrétaire d'un avocat spécialisé dans le théâtre, elle fait la connaissance de l'ambitieuse Neely et de la sublime Jennifer, toutes deux prêtes à tout pour faire carrière dans le monde du spectacle. Des coulisses de Broadway aux plateaux d'Hollywood, de la vie nocturne new-yorkaise aux cures de désintox, très vite, elles réalisent le prix à payer pour une victoire aussi précaire qu'éphémère...

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Ne vous laissez pas abuser par la couverture tendre et estivale de ce roman. La Vallée des Poupées, un roman sympa et léger pour l'été, à lire sur la plage ? Non, pas vraiment. C'est, au contraire, le genre de romans dont on ne pressent pas l'onde de choc, dont on ne se doute pas de ce qu'il peut cacher entre ses pages...J'ai découvert ce texte subversif de Jacqueline Susann, que l'auteure britannique Judith Burchill compare, dans la préface, au sulfureux Peyton Place, de Grace Metalious. J'ai découvert surtout un roman très bien écrit, bien que dérangeant par moments. C'est cru, c'est trash, en un mot, ça ne laisse ni indifférent, ni indemne.
    Et les poupées du titre, ce ne sont pas nos trois héroïnes, comme on pourrait le croire naïvement en démarrant la lecture du roman ; non, ces fameuses poupées, ce sont les pilules (dolls en anglais) dont nos héroïnes, petit à petit, pour soutenir un rythme de vie de plus en plus compliqué, pour dormir comme pour se réveiller, pour soigner un spleen ou oublier, vont devenir dépendantes : opiacés, somnifères, amphétamines, pilules pour maigrir, qui deviennent des compagnes de vie, destructrices mais indispensables Plus de contraintes, de régimes. A elle la bouffe et l'alcool. Et il y'avait les poupées, les rouges, les jaunes, et, merveille, même des nouvelles à rayures bleues ! ») 
    En 1945, juste après la guerre, Anne Welles, vingt ans, quitte sa ville paumée du
    Massachusetts pour New York, où elle souhaite démarrer une nouvelle vie. D'abord embauchée comme secrétaire par un avocat spécialisé dans la défense des intérêts des artistes -stars du music-hall, acteurs, chanteurs-, Anne, qui vit modestement, fait d'abord la connaissance de la jeune Neely, sa voisine de palier, une gamine de dix-sept ans qui n'a qu'un rêve : devenir chanteuse. Elles se lient d'amitié avant de rencontrer la spectaculaire Jennifer North, une jeune femme aux origines assez semblables à celles d'Anne, qui a connu des années chaotiques et commence enfin à se faire un nom, malgré son manque de talent.
    Le roman est à trois voix et on découvre donc un récit qui s'articule tantôt autour de l'une, tantôt autour de l'autre. On peut suivre Anne pendant plusieurs chapitres avant de passer à Neely, puis à Jennifer. Finalement, cela permet de les découvrir toutes les trois de la même façon, de manière assez égalitaire, même si au départ on pense que Anne sera l'héroïne et qu'on découvrira le destin de ses deux amies à travers le sien. En fait, ce n'est pas exactement le cas. De fêtes en représentations triomphantes, de une de journaux en gueules de bois du matin, les trois jeunes femmes courent après leurs rêves, au risque de se détruire : elles aimeront, elles quitteront, elle seront déçues, elles souffriront mais elles seront aussi heureuses, à leur manière, en brûlant la vie par les deux bouts dans une Amérique ivre, ivre de liberté, de fêtes, de vie, après un long conflit traumatisant et qui se modernise rapidement, offrant tout un panel de possibilités et de nouveautés à ces jeunes gens dont la tête tourne si facilement, surtout dans ce fameux monde de strass et de paillettes qu'est le show-biz.
    La Vallée des Poupées met mal à l'aise par moments et, en même temps, on se surprend à dévorer les chapitres et les pages sans même s'en rendre compte. Ce roman, on ne le lit pas ; quand on commence, on se plonge dedans et il est difficile d'en sortir. Pourquoi ? Peut-être parce qu'il excite un travers que l'on a tous un petit peu, qui est foncièrement humain, la curiosité malsaine, le voyeurisme... Sans s'embarrasser de circonlocutions et de métaphores, Jacqueline Susann nomme un chat un chat, parle de sexualité et de pornographie aussi facilement que des autres sujets de son roman. On découvre, assez fasciné, ces jeunes femmes dans leur intimité, qu'on a l'impression de regarder furtivement par le petit trou de la lorgnette, dans leur quotidien, dans leur trivialité. Attention, La Vallée des Poupées n'est pas un roman érotique, même si le sexe n'en est pas absent, c'est un roman qui englobe plein de sujets différents parmi lesquels, celui-ci, qui fait partie de la vie et participe à l'initiation et à l'évolution, bonne ou mauvaise, de ces trois jeunes femmes, nos héroïnes.

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    Barbara Parkins, Sharon Tate et Pattie Duke incarnent, pour Mark Robson en 1967 Anne Welles, Jennifer North et Neely O'Hara dans l'adaptation du roman de Jacqueline Susann


    Non, ce livre c'est bien plus que ça, bien plus qu'un bête roman érotique ou hyper sexuel dans lequel on ne trouverait rien d'autre. C'est un roman désabusé, ultra cynique, violent, d'une certaine façon, comme si l'auteure nous balançait à la figure, avec les destins plutôt bien noirs de ses trois héroïnes, que la vie, après tout, c'est moche, c'est bien moche. On s'en prend plein la tronche, on réussit aussi vite qu'on échoue, on s'élève aussi vite qu'on se casse la figure et pour quoi, au final ? Pour être malheureux. Ah oui, je vous avais prévenu : si vous cherchez un petit roman léger pour vos vacances, passez votre chemin, ce n'est pas ce roman qu'il vous faut à ce moment-là ! Ces Emma Bovary américaines des 40's ne vont sûrement pas vous remonter le moral, mais, au contraire, bien vous le plomber tout en vous réconfortant aussi, paradoxalement, parce que, pour rien au monde on ne voudrait un destin comme celui que Jacqueline Susann a brossé pour Anne, Neely et Jennifer.
    Justement, ces trois jeunes filles, est-ce que je m'y suis attachée ? Oui et non. Ayant des projets de vie totalement différents des miens, des envies de célébrité qui, pour ma part, me feraient plus fuir qu'autre chose, je ne peux pas dire que je me sois retrouvée vraiment en elles. Leurs jeunesses pas évidentes, pour diverses raisons qui leur sont personnelles, d'ailleurs, me sont étrangères aussi et je n'ai pas l'impression de vivre dans une continuelle fuite éperdue donc non, je ne peux pas dire que je me suis sentie proche d'elles mais je les ai appréciées... Toutes les trois. Travaillées et intéressantes, chacune à leur manière, Anne, Neely et Jennifer apportent quelque chose au récit, on dirait qu'elles ne vont pas l'une sans l'autre.
    Moderne et en même temps très ancré dans son époque, La Vallée des Poupées, écrit dans les années 1960 -et il a fait scandale, d'ailleurs à l'époque- par une femme de quarante-huit ans ayant connu, dans sa jeunesse, une vie assez semblable à celles de ses héroïnes -Jacqueline Susann a été modèle pour une marque de lingerie, par exemple- ne peut pas ne pas faire écho en nous, plus de cinquante ans plus tard. Oui, cet étourdissement de la notoriété, le bling-bling, certains le connaissent encore et malheureusement, sont broyés, aussi facilement que dans les années 60 ou même avant... cette dépendance à l'alcool, aux médicaments, qui deviennent alors des drogues dures, oui, malheureusement, ça existe encore aussi. En revanche, le puritanisme forcené, l'homophobie latente de la société (le premier expliquant sûrement le deuxième, d'ailleurs), la dépendance des femmes aux hommes quoi qu'elles fassent, est très représentatif d'une époque. Par exemple, on peut être surprises, nous lectrices du XXIème siècle, de lire qu'une femme, à cette époque, sexuellement parlant, ne se réalise que dans les bras d'un homme et doit attendre le sauveur, le prince charmant sur son fidèle destrier pour enfin connaître la jouissance ou sinon, mourir vierge irrémédiablement. On peut être surpris de la dépendance de nos héroïnes aux hommes, des mots crus et violents parfois utilisés pour qualifier les homosexuels -surtout les hommes parce que les femmes lesbiennes bénéficient d'une certaine indulgence de l'auteure-, du cynisme de cette société artificielle du spectacle qui fait des femmes des corps, simplement des corps, que l'on utilise à l'envi, que l'on fait maigrir ou grossir, que l'on pare comme des poupées sans âme. Il ne faut pas oublier que ce roman a été écrit il y'a plus de cinquante ans et que, depuis, les mentalités ont évolué à grande vitesse. Alors oui, La Vallée des Poupées est peut-être moderne par moments mais il ne faut pas oublier pour autant qu'il est le reflet d'une époque révolue où cette modernité mâtinée d'émancipation devait encore combattre une rigueur puritaine et patriarcale. Toujours est-il que, bien souvent et cela est vrai encore aujourd'hui -et le constat en est amer, d'ailleurs-, les femmes sont les grandes perdantes.
    Ce mot-là est un peu fort mais pourtant, si vous lisez La Vallée des Poupées, vous sentirez aussi ce sentiment d'échec, il nous accompagne tout au long de la lecture, comme si on pressentait cette fin qui ne sera pas heureuse, pour aucune de nos trois filles. Sentiment d'échec aussi, peut-être, parce que l'auteure écrit au milieu des années 1960 et que l'époque qu'elle décrit -les quinze précédentes années- est révolue... Les « années folles » de l'Amérique, qui suivent tout de suite la fin de la Seconde Guerre Mondiale, sont en passe de se terminer (l'assassinat de Kennedy, bientôt, la guerre du Vietnam et les troubles sociaux qui en découlent en marquent la fin). Comme si, dans un contexte morose, où l'on regrette la légèreté et l'insouciance de jadis, l'auteure se retournait sur son passé à travers celui de ses héroïnes pour se rendre compte que tout a été vain : tout ça pour ça, en fin de compte. Tout ça pour rien ou pour pas grand chose, pour une vie insatisfaisante et pleine de frustrations, pour une vie qu'on a brûlée par les deux bouts et dont on n'a pas profité -et si Jacqueline Susann, dans l'écriture, a pu trouver une activité épanouissante, en revanche, aucune de ses héroïnes, elle, n'aura la chance de trouver un palliatif à sa déception. Plus haut, je vous ai parlé d'Emma Bovary et les héroïnes de Jacqueline Susann s'en rapprochent effectivement pas mal, avec des rêves et des aspirations bien de leur époque, certes, mais qui sont, dans leurs mécanismes, assez semblables à ceux de l'héroïne de Flaubert. Et leur fuite éperdue en avant au risque de méchamment se brûler les ailes est un peu la même, d'ailleurs.
    La Vallée des Poupées est un roman à lire, à découvrir, ne serait-ce que pour ses indéniables qualités littéraires. Jacqueline Susann a peut-être commencé à écrire un peu par hasard mais elle le fait avec talent, avec fougue, avec hargne. Son roman est percutant, c'est un choc à lui tout seul. Il vous dérange et il vous sort de votre zone de confort. 

    En Bref :

    Les + : un récit choc et percutant, des héroïnes intéressantes et une belle plume ce qui, bien sûr, ne gâche rien ! 
    Les - :
    pas vraiment de points négatifs à soulever.


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  • « L’homme n’est-il pas cet animal fou dont la folie a inventé la raison ? »

    Entre mes Doigts coule le Sable ; Sophie Tal Men

    Publié en 2018

    Editions Le Livre de Poche 

    320 pages

    Deuxième tome de la saga Les Yeux Couleur de Pluie 

     

    Résumé : 

    Pas facile de concilier médecine et vie privée quand on est interne à l'hôpital ! Marie-Lou -qui a quitté sa Savoie natale pour Brest- et Matthieu -le ténébreux surfeur- sont tombés amoureux au premier regard. Mais entre leurs stages en psychiatrie et en neurochirurgie, les nombreuses gardes à effectuer, les apéros au Gobe-mouches et les fêtes carabines, leur histoire d'amour n'est pas un long fleuve tranquille. C'est plutôt la valse des sentiments...surtout quand leurs proches deviennent leurs patients. Matthieu parviendra-t-il à vaincre ses peurs et à laisser Marie-Lou entrer dans sa vie ? Marie-Lou apprendra-t-elle à laisser glisser le sable entre ses doigts ? 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    J'ai cédé il y'a presque un an à la Sophie Tal Men mania. A force de voir partout les couleurs acidulées des belles couvertures de ses romans un peu partout, et notamment sur Instagram, j'ai fini par me sentir tentée à mon tour. Étonnant, non ? Si vous me suivez depuis un moment, vous savez que ma prédilection va surtout aux romans historiques et aux classiques. Pour autant, il y'a quelques années, j'ai découvert les romans feel-good en lisant Gilles Legardinier et, si je n'ai pas forcément cédé à l'engouement autour de ce genre par la suite, je suis toujours restée fidèle à cet auteur et, justement, chez Sophie Tal Men, j'ai pressenti un univers proche : et en effet, après avoir lu Les Yeux Couleur de Pluie l'année dernière, je me suis rendu compte que je ne m'étais pas trompée. Si j'ai eu un peu plus de mal avec l'univers d'Aurélie Valognes, autre maîtresse du genre, avec Sophie Tal Men et son héroïne Marie-Lou, ça a collé tout de suite.
    Médecin de formation, Sophie Tal Men nous fait découvrir l'envers du décor en nous immergeant, comme la meilleure des séries hospitalières, au cœur même de l'hôpital et de tous ceux qui y travaillent, médecins, personnel soignant, patients aussi et c'est assez bouleversant de sincérité.
    Dans le premier roman, Marie-Lou, jeune interne débarque de sa Haute-Savoie natale en pleine Bretagne, où elle intègre le service de neurochirurgie du CHU de Brest. Elle se familiarise petit à petit avec son nouvel environnement, fait la connaissance d'Anna, une piquante brune qui devient sa colocataire et de Matthieu, le cousin ténébreux de cette dernière, qui ne la laisse pas indifférente et avec lequel elle va commencer une idylle pour le moins mouvementée.
    Dans Entre mes doigts coule le sable, on prend les mêmes et on recommence. Matthieu est plus insaisissable que jamais, Anna enchaîne les conquêtes et Marie-Lou ne sait toujours pas comment s'y prendre avec son beau marin qui n'en a pas fini avec les secrets. En plus, elle quitte pour quelques mois le CHU pour l'hôpital de Bohars, perdu en pleine campagne bretonne, où elle va effectuer un stage en psychiatrie, auprès d'une équipe aussi étrange qu'attachante. Et ce stage ne sera pas sans bouleverser ses convictions et sa manière d'aborder la médecine.
    Au départ, en démarrant la lecture de ce deuxième tome, j'ai eu un peu peur parce que je n'ai pas eu le même aussi bon ressenti qu'en démarrant Les Yeux Couleur de Pluie ! En fait, je pense que cela vient tout bêtement que, l'an dernier, découvrant l'auteure et son univers, je n'en attendais pas grand chose, au final, alors que là, forte de ma bonne expérience avec le premier opus, j'avais beaucoup d'attentes. Il m'a fallu un peu de temps pour retrouver ce qui m'avait tant plu dans les premières aventures de Marie-Lou et Matthieu mais j'en ressors très satisfaite quand même, avec le sentiment que ce deuxième Grey's Anatomy à la sauce armoricaine tient tout autant ses promesses que le premier ! !
    Sophie Tal Men brosse un portrait réaliste de l'hôpital mais n'en oublie pas pour autant de faire la part belle à l'humain derrière tout ça. S'il y'a bien un métier où on peut parler de vocation, d'altruisme, de don de soi, c'est, à mon avis, la médecine. Que serait le médical sans ceux qui se trouvent derrière et le font vivre ? C'est un métier assez fascinant que celui de médecin mais aussi un métier très exigeant, compliqué, éprouvant... Marie-Lou qui arrive en hôpital psychiatrique va devoir changer sa manière de faire et sa manière de voir, oublier les théories parfois toutes faites et un peu froides pour s'intéresser à chacun de ses patients, faire du cas par cas, parfois se heurter à des murs que la science seule ne peut expliquer.
    Et puis le couple qu'elle forme avec Matthieu est aussi au cœur de l'intrigue et j'ai vraiment apprécié de les retrouver tous les deux. Franchement, même s'il est insaisissable et parfois un peu injuste, qui ne voudrait pas d'un petit ami comme lui ? Il a ce petit quelque chose qui parvient à nous charmer, même si c'est un personnage de fiction, ce brin de piquant qui fait de lui un personnage intéressant. Finalement, on en apprend plus sur Matthieu que sur Marie-Lou que je qualifierais volontiers, mais sans aucun aspect péjoratif, de mademoiselle-tout-le-monde : une famille lambda, une enfance comme les autres dans ses montagnes de Haute-Savoie, un parcours plutôt réussi jusque là. Une jeune femme sans histoires qui rencontre Matthieu, mystérieux, un peu plus torturé, avec un passé moins évident que l'on découvre petit à petit...
    En un peu plus de trois cents pages, j'ai trouvé que l'auteure parvenait à me donner parfaitement ce que j'attends d'un roman feel-good : le côté marrant contrebalancé par un aspect beaucoup plus sérieux, la légèreté mais qui se faire grave quand il le faut. Et Sophie Tal Men a une vraie subtilité, une manière d'écrire qui touche, je trouve. J'ai retrouvé chez elle ce que j'ai peiné à trouver chez Aurélie Valognes, par exemple... J'ai établi tout de suite un parallèle avec Legardinier parce que même si leurs univers sont différents -l'aspect humoristique est plus exploité chez Legardinier- j'ai retrouvé quelques points communs et cela a établi tout de suite une sorte de confiance. Dans Entre mes Doigts coule le Sable, comme dans Les Yeux Couleur de Pluie, j'ai retrouvé cette sincérité à toute épreuve, de l'auteure comme de ses personnages. Les pages ont défilé sans que je m'en rende compte et je l'ai finalement terminé en moins de vingt-quatre heures. Au début, pourtant, j'ai eu un peu peur, l'impression que je n'allais pas autant aimer que Les Yeux Couleur de Pluie. Au final, si et je pense que Sophie Tal Men fera partie de ces « auteurs rendez-vous » que j'apprécie toujours de retrouver tout particulièrement. Je n'ai maintenant qu'une hâte : lire le dernier tome et retrouver encore une fois Marie-Lou et Matthieu, pour une dernière aventure qui, je l'espère, sera forte en émotions de toutes sortes

    En Bref :

    Les + : une belle histoire, pleine de sincérité et d'authenticité, entre médecine et romance. 
    Les - :
    pas vraiment de points négatifs, ce deuxième tome m'a tout autant séduite que le premier.


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  • «  On ne fait pas le bonheur des gens contre leur gré, vrai ? »

    Une Seconde avant Noël ; Romain Sardou

    Publié en 2006

    Editions Pocket 

    281 pages 

    Résumé : 

    1851. A Cokecuttle, cité industrielle anglaise hérissée des cheminées des hauts-fourneaux couvertes de suivie, Harold Gui, neuf ans, orphelin de père et de mère, survit péniblement sous les ponts en pratiquant divers petits métiers. 
    Et pourtant...
    Harold ne le sait pas encore, mais il est promis à un avenir merveilleux. Guidé par un génie invisible, il va découvrir un monde peuplé de lutins, d'arbres magiques et de rennes volants. D'extraordinaires aventures l'attendent avant de pouvoir enfin rencontrer sa destinée et devenir ce personnage à la longue barbe blanche, au costume rouge éclatant que nous connaissons très bien : le Père Noël...

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Pour prolonger un peu l'ambiance de Noël, cette année, j'ai eu envie de relire ce livre, découvert en 2012 et que j'avais beaucoup aimé.
    Je ne suis pas forcément très attirée par les romans fantastiques mais j'aime les contes, qui sont de véritables madeleines de Proust et surtout les contes de Noël qui ont le don de me ramener en enfance...
    Rien ne me plaît tant que d'être transportée dans un petit village plein d'illuminations, quelque part au Pôle nord, imaginer les lutins travailler, le traîneau, les rennes... C'est bien de garder son âme d'enfant et de rester émerveillé par la magie de cette période de l'année, même si elle est un peu artificielle : du moins le voit-on ainsi quand on devient adulte. Mais enfant, c'est tellement féerique d'attendre le réveillon en regardant le sapin illuminé et en chantant des chants de Noël...
    Ce conte moderne de Romain Sardou m'avait beaucoup plu lors de ma première lecture et cette relecture a été tout aussi bonne voire meilleure car je me suis aperçue que si j'avais un souvenir assez global de ce livre, je ne me rappelais pas de tout.
    Le livre commence le plus triste roman de Dickens, en 1851, dans une misérable ville industrielle du Lancashire, Cokecuttle... Tout y est noir et figé dans le charbon et la fumée des différentes manufactures qui font vivre les habitants, mais dans des conditions extrêmement précaires. Et, à cette époque, si les adultes enchaînent des journées de dix heures, voire plus, pour des salaires de misère et des logements insalubres, les enfants ne sont pas en reste et sont employés comme leurs aînés, mais souvent pour de plus basses besognes encore : des enfants, qui se louent à la journée, à la semaine, au mois, pour espérer gagner quelques livres et ainsi, survivre tant bien que mal. Des enfants orphelins qui se débrouillent comme ils peuvent dans les rues de la ville ou bien des enfants issus de familles trop indigentes pour nourrir une bouche inutile.. Dans une ville comme Cokecuttle, il n'y a pas de place pour la magie de Noël...

    Une Seconde avant Noël ; Romain Sardou

    Harold Gui a neuf ans et il est notre héros. Quand on le découvre, c'est un orphelin et un vagabond, échappé d'un orphelinat où la directrice n'hésitait pas à rudoyer et maltraiter les enfants qui lui étaient confiés. Recueilli par un personnage étrange, Le Falou, vagabond comme lui, Harold s'est vu enseigné par lui des rudiments de lecture, de géographie et de calcul mais surtout, Le Falou lui a appris à rêver et lui a raconté l'histoire d'un petit peuple invisible qui aurait fini par quitter la terre... Un petit peuple de lutins, gobelins et autres fées qui composent un monde magique que plus personne ne voit...
    Mélange d'onirisme et de réalisme, ce roman se transforme petit à petit en un véritable conte qui fait pétiller les yeux et nous ramène en enfance, à la rencontre des Noëls que l'on vivait encore. On visite le village des lutins avec Harold, on dompte les rennes et c'est avec un regard agrandi de surprise et de joie que l'on suit son périple au-dessus du monde pour faire le bonheur des enfants sages.
    Romain Sardou livre ici sa version du mythe du Père Noël, une version mignonne, pleine de tendresse et de joie. Noël est une période de fête et de réjouissances... C'est une période où chacun d'entre nous, surtout les enfants, devrait être heureux.
    Le conte est remarquablement bien écrit, avec un vocabulaire adapté sans être simpliste - on n'oublie pas que le jeune héros, Harold, n'a que neuf ans mais aussi que le roman s'adresse aux grandes personnes-, suffisamment fin et travaillé cependant pour nous donner l'impression d'être devant un écran en train de regarder un joli film de Noël...
    Cette ambiance magique peuplée de lutins, de sapins illuminés, de bougies est si agréable...  J'ai été transportée immédiatement en Scandinavie, une région parfaite pour personnifier, à mon sens, la magie et l'esprit de Noël !
    Une lecture comme celle-ci est à conseiller à tous ; retrouver son âme d'enfant le temps d'une lecture, c'est formidable !
    On se doute bien qu'aucun enfant besogneux de l'Angleterre de l'ère victorienne n'a jamais été débauché par aucun elfe pour devenir le bienfaiteur des enfants de par le monde. Mais on y croit le temps d'une lecture et ça fait vraiment du bien.

     

     

    En Bref :

    Les + : une jolie histoire, qui reprend les codes des contes de Noël et qui nous ramène immédiatement en enfance. Je me suis laissée happer du début jusqu'à la fin. 
    Les - : 
    Aucun. J'ai voyagé dans un monde onirique et j'ai rajeuni de vingt ans !


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  • « De la vie, on ne garde que quelques étreintes fugaces et la lumière d'un paysage. »

    Amours ; Léonor de Récondo

    Publié en 2016

    Editions Points

    216 pages

    Résumé :

    Tandis que son épouse dort paisiblement, Anselme le notaire abuse de Céleste, la jeune bonne, qui tombe enceinte. Pour sauver l’honneur de tous, Victoire décide d’adopter l’enfant. Mais elle n’a pas la fibre maternelle, et le nouveau-né dépérit. En cachette, Céleste va tendrement prendre soin de son petit. Une nuit, Victoire les rejoint dans la chambre sous les combles…

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    En 1908, quelque part en Touraine, la maison du notaire Anselme de Boisvaillant est une maison bourgeoise comme il y'en a tant. Une solide maison de tuffeau surmontée d'un toit d'ardoises grises, sise dans le village fictif de Saint-Ferreux-sur-Cher. Une maison où cohabitent les serviteurs, deux bonnes et un cocher et le couple de maîtres, Anselme et sa jeune épouse, Victoire. Un duo, entre lequel n'est jamais venu se glisser aucun enfant, une absence qui gangrène petit à petit le ménage... Victoire ne dit rien mais elle est minée par cette stérilité qu'on lui reproche et qu'on lui impute, parfois à mots couverts, parfois plus brutalement. Et pendant ce temps, Anselme couche avec la bonne, Céleste. Ou plutôt, pendant ce temps, Anselme viole la bonne, car dans cette relation n'entre aucune notion de désir, de plaisir et encore moins de consentement.
    Et Céleste tombe enceinte... Elle ne sera pas la première ni la dernière domestique à mettre au monde un enfant du maître. Mais comme le couple Boisvaillant n'a pas d'enfant, Victoire décide d'adopter le bébé et de le faire passer pour sien. Seulement la jeune femme n'a pas la fibre maternelle et elle peine à s'attacher à cet enfant qui n'est pas né d'elle et le petit dépérit. Alors, une nuit, la jeune Céleste descend de sa soupente jusque dans la chambre de Victoire et y reprend son bébé. Une autre nuit, Victoire se réveille et découvre le nourrisson avec sa mère. Commence alors une relation étrange et feutrée entre les deux jeunes femmes, entre lesquelles le petit Adrien devient un trait d'union. Une relation où les différences sociales, les différences de statut n'ont plus cours, où chacune comble ses carences affectives comme elle peut et se console de ses blessures et de ses désillusions : Céleste d'avoir été une parmi d'autres dans une famille modeste qui n'a pas le temps d'élever ses enfants, Victoire d'avoir été mariée à un homme qu'elle n'aime pas et de ne pas trouver dans son couple le bonheur, la stabilité et l'affection dont elle a désespérément besoin.
    Dans ce roman, j'ai retrouvé ce que j'avais aimé dans Pietra Viva, le premier livre de Léonor de Récondo que j'ai lu en 2013 : la pureté sincère et sans tapage d'un style de qualité, sa douceur aussi. S'il y'a bien une chose que l'on peut porter au crédit de Léonor de Récondo, c'est qu'elle écrit très bien et fait partie de ces auteurs qui ont une manière bien à eux mais en même temps extrêmement parlante, d'analyser les êtres et la société. Je me suis délectée de ce roman, peut-être avant même l'histoire, pour son style, la manière dont son auteure l'a amené, pour ce qu'elle en a fait... Il y'a du madame Bovary dans ce roman, il y'a de la beauté, et quelque chose de plus sale aussi, de plus vil. En lisant ce roman, j'ai parfois eu comme un sentiment de déréliction, comme si le monde bourgeois personnifié par les Boisvaillant dans ce roman était en train de doucement tomber en lambeaux, comme si, à six ans du grand bouleversement que représentera la Première guerre mondiale, déjà, tout un monde était en train de changer et de disparaître, comme si la solide maison de tuffeau derrière les murs de laquelle se déroule toute l'histoire n'était déjà plus rien, qu'une façade abandonnée. Finalement, malgré l'arrivée d'un enfant, un amour naissant, j'ai toujours eu l'impression au cours de ma lecture, qu'un relent de pessimisme et de malheur flottait au dessus des personnages, une impression qu'ils sont tous condamnés, d'une certaine manière : au silence, à l'indifférence, aux non-dits, aux questionnements sans réponse.
    La prouesse de Léonor de Récondo, c'est d'avoir réussi à placer tous ses personnages sur un pied d'égalité : pas social ou intellectuel, non. Mais une égalité dans leur humanité même et dans l'attachement que chacun va faire naître chez le lecteur. Même Anselme, on ne peut le détester... Car on sent chez lui une extrême détresse, une blessure terrifiante, comme on ne peut détester Victoire, pas toujours très aimable mais marquée elle aussi par des déceptions et des attentes non formulées. Oui, j'ai vraiment retrouvé en elle une Emma Bovary : et l'attachement que j'ai eu pour l'héroïne de Flaubert, je l'ai transposé sur Victoire, que j'ai considérée avec amitié, compréhension et parfois un peu de pitié.
    Comme Pietra Viva, Amours n'est pas un roman comme les autres. Le premier, qui avait pour héros Michel-Ange, n'était pas vraiment un roman historique, du moins ce n'est pas comme ça que je l'avais perçu, même si Léonor de Récondo nous baladait dans l'Italie du XVIème siècle. Il y'avait quelque chose d'autre qui faisait de cette histoire quelque chose de bien plus universel qu'un simple roman historique. Il y'avait autre chose, voilà. Quoi, je ne sais pas, mais il y'avait autre chose. Et j'ai retrouvé ça dans Amours. Certes, l'auteure situe son intrigue au début du XXème siècle, donc il y'a quand même un aspect historique dans ce roman mais ce n'est au final pas ce qui compte le plus. Ce qui compte, c'est l'histoire qui se trame derrière les murs de l'étude Boisvaillant, cette histoire profondément humaine et universelle qui unit ces êtres là à tel moment mais pourrait en unir d'autres à différentes époques. L'histoire est cela dit marquée par des convenances et des conventions peut-être un peu surannées pour notre époque mais qui caractérisent bien les années 1900, entre tradition et modernité, dans une société encore trop bien-pensante et volontiers accusatrice.
    Amours est un roman court et que l'on ne voit d'ailleurs pas passer, mais je crois qu'il n'en aurait pas fallu plus. L'intérêt de ce roman réside aussi dans sa brièveté, je crois. Plus de pages l'auraient peut-être rendu moins intense, son intrigue en aurait été diluée. Je me suis plongée avec délicatesse et j'ai aimé cette histoire... Sans réellement m'identifier aux personnages, je les ai aimés et je crois que je les ai compris. Moi aussi, pendant ces quelques pages, j'ai été une habitante de la maison, invisible et silencieuse, qui a regardé les autres se débattre dans leur vie. Chacun a ses problèmes, sa conscience, ses questionnements. Une vie ne s'écoule jamais sans heurts. Même dans les romans. Même chez les bourgeois où l'on apprend à corseter les sentiments et les mots comme les femmes corsètent leur poitrine et leur taille fine.
    Amours est un roman peut-être plein de douceur mais aussi plein de mots tus et de rendez-vous ratés. Amours est le roman des sentiments, maternels, conjugaux, familiaux, amicaux. Mais il est aussi plus que ça, il porte en lui beaucoup d'émotion. Léonor de Récondo a le talent d'avoir restitué tout ça en quelques deux cents pages. Pour s'en rendre compte, il faut le lire, tout simplement.

    En Bref :

    Les + : un roman doux et touchant, de toute beauté, une belle expression de sentiments profondément humains.
    Les - :
    Aucun.


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  • « Car était-ce seulement ça, l'amour ? se demandait-elle sombrement. Quelque chose qui vous sauvait de la solitude ? Une sorte d'assurance contre le néant de n'être que soi-même ? »

     

    Publié en 2014 en Angleterre ; en 2016 en France (pour la présente édition)

    Titre original : The Paying Guests

    Editions 10/18 (collection Domaine Etranger) 

    720 pages

    Résumé :

    Londres, 1922. Frances vit encore avec sa mère. Endettées, elles prennent des locataires, mais l'arrivée de Lilian et Leonard Barber va bousculer leur existence. La vieille fille et la jeune épouse nouent une relation inattendue,, découvrant des plaisirs qu'elles croyaient interdits. Bientôt, elles rêvent de fuir ensemble. Avant que Lil tombe enceinte, et qu'on assassine Leonard... Tissant fresque sociale et sentimentale, l'auteure de Caresser le Velours offre un mélodrame sensuel et envoûtant, et un remarquable portrait de femmes. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    En 1922, à Londres, Frances et sa mère se résignent à prendre des locataires pour parvenir à boucler leurs fins de mois. Après la guerre et la mort de son père, c'est la seule solution pour espérer garder un semblant de vie normale, tout en faisant un deuil définitif de leur ancien train de vie. Les Barber sont jeunes, mariés depuis quelques années, un jeune couple dans le vent, en comparaison de Frances, engluée dans une vie terne et qui ne lui convient pas. Bien vite, malgré leurs différences, de statut, de milieu social, leur solitude réciproque les rapprochent. Et les rapprochent encore...jusqu'à ce qu'elles deviennent amantes, brûlant d'une passion dévorante, jusqu'au drame...jusqu'à l'irrémédiable...jusqu'à la grossesse non désirée de Lilian Barber et le meurtre de son mari...
    Derrière la Porte est un roman lent et intense à la fois, brûlant d'amour et se consumant dans le drame. Derrière la Porte est l'histoire d'une passion partagée, d'un amour qui dépasse tout, jusqu'à celles qui le vivent.
    Pour moi, lire ce roman c'était découvrir l'univers de l'auteure, Sarah Waters. Apparemment, elle est surtout connue pour son roman Caresser le Velours, que je ne connais pas du tout. Derrière la Porte a été un pur hasard, une découverte fortuite mais le résumé m'a donné envie d'ouvrir le roman. Au final, j'y ai trouvé une plume fine, qui peut se faire sensuelle, crue voire dramatique. J'ai découvert un roman assez unique, avec un univers où il ne se passe peut-être pas grand chose en apparence mais où tout est à lire entre les lignes. Sombre et poisseuse, l'intrigue du roman est presque palpable, on peut y plonger, se promener lentement en se postant alternativement derrière l'épaule de tel ou tel personnage, en regardant d'un côté ou de l'autre... On y est, dans ce quartier cossu de Champion Hill, où les Wray mère et fille, pour préserver un semblant de dignité, doivent ouvrir leur intimité à des inconnus. On se met à la place de ces deux femmes éprouvées par la vie, par une guerre atroce, par une pauvreté qu'elles ne comprennent pas. Fragilisée par la mort de son mari et de ses fils, Mrs Wray a vieilli avant l'heure et les rôles se sont inversés, Frances devenant soutien de famille, mère de sa propre mère... En comparaison, les Barber sont à la mode, entourés d'amis, faisant la fête, ayant une situation peut-être pas extraordinaire mais stable. Et puis la rencontre se fait, peut-être pas celle qu'on attend mais qui donne tout son cachet et son piquant à une intrigue qui, somme toute, aurait pu être banale. Mais l'histoire entre Lilian et Frances est extraordinaire et pas seulement parce que c'est une histoire d'amour lesbienne à une époque où cela est tabou voire carrément pas envisageable par une société bien-pensante et corsetée. Elle est extraordinaire parce que c'est une belle histoire, un souffle, un battement de coeur, l'union des corps, la communion de deux âmes... Frances et Lilian sont deux jeunes femmes mais avant tout deux êtres qui se trouvent, pour leur bonheur comme pour leur plus grand malheur... parce que dans ce type d'histoire, il n'est jamais loin et se dissimule insidieusement avant de se révéler dans sa plus cruelle nudité.
    Derrière la Porte est loin d'être une romance, c'est un vrai drame, où même dans l'optimisme on perçoit un relent de pessimisme... Le sentiment d'une urgence, d'une course désespérée vers le marasme alors même que la passion s'accroît. Même dans les scènes de sexe, plutôt explicites, pleines d'amour, on en ressent le terme, la fin, qui sera forcément malheureuse.
    Sarah Waters nous promène pendant plus de sept cents pages et c'est diablement efficace ! La plume est rigoureuse, l'univers personnel et intéressant... Enfin, j'ai aussi beaucoup aimé le personnage de Frances, bien moins lisse que ce qui peut apparaître dans les premiers chapitres : cette jeune femme qui m'apparaissait au départ comme un peu timide et effacée s'avère avoir finalement bien plus de cran et de caractère que ce que je ne pensais, assumant une sexualité qui n'est pas la norme, qui n'est pas...Celle qu'on attend d'elle, évidemment. Défendant les femmes et leurs droits, proche du mouvement des suffragettes, paradoxalement, Frances se comporte aussi, notamment dans sa relation avec Lilian ou avec sa mère, comme un homme et une mère tout à la fois : pour la jeune Mrs Barber, malheureuse dans son mariage et fragilisée par un passé pas évident, Frances se substitue au mari défaillant. Pour sa mère, elle prend la place de son père et de ses frères disparus, en plus de devenir une vraie mère pour elle, gérant les affaires domestiques et économiques du ménage désormais formé que par elles deux.
    Derrière la Porte est un roman très dense, riche et complet, qui aborde tout un tas de sujets, en plus de l'histoire d'amour entre deux femmes : c'est toute une époque troublée qui est décrite ici, l'immédiat après-guerre, une société fragilisée, comme les hommes et les femmes qui ont traversé cette tragédie de quatre années... A part ça, ce sont des thèmes universaux, l'amour, la haine, la peur, l'espoir, l'envie de sauver sa peau, la notion de bien et de mal... Lilian et Frances, tout en étant très inscrites dans leur époque, auraient tout aussi bien pu vivre cent ans plus tôt comme cent ans plus tard et j'ai vraiment apprécié ça chez elles parce que cela nous permet peut-être de nous sentir encore plus proches d'elles. Elles sont une représentation de cet amour plus fort que tout, qui se joue des convenances et de la société... Mais elles sont aussi la preuve que tout grand bonheur peut avoir un revers et parfois, des plus amers, comme si aucune plénitude ne pouvait pas reellement complète, comme si la roue finissait toujours par tourner, immanquablement.
    Ce que j'ai aimé aussi dans ce roman, c'est qu'il est très visuel, très sensoriel -en plus d'être sensuel. J'aime ces livres qui font naître dans mon esprit des images très précises, voire des sensations olfactives ou auditives : quelle prouesse d'arriver à recréer simplement avec des mots ces choses qui confinent à l'impalpable... Et Sarah Waters y arrive très bien !
    J'ai découvert une auteure avec un univers particulier et une plume très fine, très délicate et qui peut en même temps se faire crue et directe. Derrière la Porte est une bonne surprise : très honnêtement, je ne sais pas exactement si je m'attendais à ça en commençant mais au final peu importe puisque j'ai aimé cette lecture. C'est sans nul doute un roman complexe et atypique qui ne plaira peut-être pas à tout le monde... Il est assez particulier. Mais, en ce qui me concerne, c'est justement ce que j'ai aimé dans ce livre : le sentiment d'être dépaysée tout en restant en terrain connu... Le sentiment de sortir un peu de ma zone de confort sans l'être complètement non plus... Vous le voyez, j'ai du mal à poser précisément des mots sur mon ressenti. Derrière la Porte fait partie de ces romans qui sont difficiles à chroniquer : tous les mots qu'on pourrait utiliser pour les décrire apparaissent fades, pas à la hauteur de ce qu'on a pu lire !
    Pour moi assurément et même si ce n'est pas un coup de cœur, ce roman fait partie des très bonnes lectures de ce début d'année...

    En Bref :

    Les + : une histoire intéressante, servie par des personnages aux caractères forts et affirmés, une peinture sociale fine et subtile... 
    Les - :
    une fin peut-être un peu abrupte. Je ne m'attendais pas à ça.


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