• « Mais ce qu'il y a de beau en amour, c'est qu'il y a autant de couples que de façons de s'aimer. »

    En Voiture, Simone ! ; Aurélie Valognes

     

    Publié en 2017

    Editions Le Livre de Poche

    256 pages

    Résumé :

    Pour une comédie familiale irrésistible, il vous faut: un père, despotique et égocentrique, Jacques.
    Une mère, en rébellion après 40 ans de mariage, Martine. Leurs fils. Matthieu, éternel adolescent mais bientôt papa de trois enfants ; Nicolas, chef cuisinier le jour et castrateur tout le temps ; Alexandre, rêveur mou du genou.
    Et … trois belles-filles délicieusement insupportables !
    Stéphanie, mère poule angoissée ; Laura, végétarienne angoissante ; Jeanne, nouvelle pièce rapportée, féministe et déboussolée, dont l’arrivée va déstabiliser l’équilibre de la tribu.
    Mettez tout le monde dans une grande maison en Bretagne. Ajoutez-y Antoinette, une grand-mère d’une sagesse à faire pâlir le dalaï-lama, et un chien qui s’incruste. Mélangez, laissez mijoter… et savourez !

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Voilà j'ai moi aussi cédé à la Aurélie mania. Contrairement à beaucoup de lecteurs qui l'ont découverte avec son fameux Mémé dans les Orties, moi, c'est En Voiture, Simone ! que j'ai eu envie de lire parce que j'en avais aimé le résumé, qui laissait présager un vrai cocktail de bonne humeur.
    Aurélie Valognes fait partie de ces auteurs nouvelle génération, proches de leur public, souvent bourrés de sincérité, ayant avant tout envie de partager avec les lecteurs. Des auteurs présents sur les réseaux sociaux et qui n'hésitent pas à établir de vrais liens, certes virtuels mais bien présents, avec leurs lecteurs.
    Sur son compte Instagram, Aurélie Valognes semble être une jeune femme comme bien d'autres, habitée par une passion, l’écriture et une volonté, celle d'être lue et de créer une vraie communauté autour d'histoires simples, très contemporaines et pleines d'enseignements
    Dans En Voiture, Simone ! ou encore Nos Adorables Belle-filles, car c'est sous ce titre là que le roman a été publié la première fois -et finalement, ce titre-là serait peut-être le plus révélateur de ce que l'on va trouver dans le roman-, il est question d'intégration dans une famille : comment s'assimile-t-on à une famille ? Comment devient-on gendre ou belle-fille modèle et surtout, y'a-t-il une norme ? Quelles sont les clés de la réussite ? Et surtout comment faire pour supporter une belle-famille avec laquelle on a peu d'atomes crochus ?
    Et inversement bien sûr, car une intégration ne se passe bien sûr pas à sens unique.
    Voilà donc un sujet presque sociétal et qui ne manquera évidemment pas d'en intéresser beaucoup. Personnellement, n'étant pas en couple, n'étant pas mariée, je ne m'attendais pas à me sentir proche des personnages dans ce domaine-là qui m'est finalement inconnu. Mais j'attendais de les découvrir avec impatience, m'attendant à un cocktail assez détonnant ! Chaque personnage avait l'air doté de son propre caractère, de ses propres particularités et, effectivement, c'est le cas. Aurélie Valognes a pris le temps de ciseler chacun de ses personnages, leur donnant à tous un véritable relief et ce n'est pas facile en moins de trois-cents pages ! Les trois belle-filles sont toutes différentes, évoluant et venant de milieux totalement différents : la mère de famille rangée, Stéphanie, la Parisienne bobo et végétarienne, Laura et enfin la méridionale brute de décoffrage, franche et à l'accent chantant, Jeanne, un peu perdue dans cette famille qu'elle n'arrive pas à comprendre. J'ai aussi aimé Martine et Jacques, les beaux-parents, même si Jacques est parfois imbuvable avec ses belle-filles, ce qui est assez surprenant finalement, car on connaît mieux l'hostilité belle-mère / belle-fille que le contraire, mais Jacques est bien la preuve que cela peut exister. Finalement, même s'il est souvent désagréable, Jacques peut aussi s'avérer assez touchant. 
    En Voiture, Simone ! est un roman bien d'aujourd'hui, agréable à lire, facile à lire surtout. Assez court, je l'ai lu en un peu plus de 24 heures. Et je crois que j'aurais pu le lire encore plus vite si je n'avais pas travaillé. Au-delà de la famille, Aurélie Valognes aborde aussi plein d'autres sujets : la difficulté parfois, de faire durer un couple, les questions existentielles qui ne manquent pas d'apparaître quand on atteint un certain âge, la retraite, les enfants, la question de l'éducation, la culpabilisation par une société hyper intolérante, les carences affectives etc...
    Cependant, je ne peux pas dire que j'ai été pleinement séduite. Lorsque j'ai commencé En Voiture, Simone ! je venais à peine de terminer Les Yeux Couleur de Pluie de Sophie Tal Men, un autre roman un peu dans la même veine et immanquablement, je n'ai pu m'empêcher de comparer les deux et je dois dire que ma préférence va au roman de Sophie Tal Men. Contrairement à d'autres lecteurs, je n'ai pas été pleinement séduite par le style d'Aurélie Valognes : j'ai aimé sa simplicité, sans prétention, qui lui donne assurément un surcroît d'authenticité. Malgré tout, je n'ai pas toujours été convaincue et je le regrette parce que, sans ça, je n'aurais certainement pas eu grand chose à reprocher à En Voiture, Simone !. J'y ai retrouvé ce que j'aime dans les romans contemporains français : de l'humour, une certaine légèreté contrebalancée par, parfois, des chapitres un peu plus graves qui font réfléchir.
    Mon premier Aurélie Valognes n'aura donc pas été une complète réussite mais n'aura pas non plus été une déception et c'est tout ce qui compte, non ? 

    En Bref :

    Les + : une histoire toute simple, sans prétention, légère et qui fait sourire, tout en faisant réfléchir aussi un petit peu. 
    Les - : je n'ai pas réussi à me sentir convaincue par le style, à certains moments. 

     

    Brooklyn ; Colm Tóibín

     Thème de mai, « Mignonne, allons voir si la rose... », 5/12


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  • « Il fronce les sourcils, ses yeux sont doux, ils ont la couleur de la pluie. La bruine bretonne qui caresse la peau. »

    Les Yeux Couleur de Pluie ; Sophie Tal Men

    Publié en 2017

    Editions Le Livre de Poche

    253 pages

    Premier tome de la saga Les Yeux Couleur de Pluie

    Résumé :

    Etudiante en médecine, Marie-Lou est, du jour au lendemain, affectée à Brest. Autant dire le bout du monde pour celle qui n'a jamais quitté sa Grenoble natale. Une nouvelle existence commence alors, loin des siens, de ses montagnes : il va falloir s'habituer au climat, à la région, à la colocation, aux collègues...
    Surtout, c'est l'insouciance et la légèreté de ses vingt-cinq ans qui vont être confrontées à la dure réalité du monde hospitalier. Une nuit, elle croisera Matthieu, interne en ORL. Ce loup solitaire, mystérieux et poétique, arrivera-t-il à lui faire une place dans sa vie ? 
    Rencontres, passions, non-dits, péripéties drôles ou dramatiques...un plaisir de lecture, un roman sensible et plein de fraîcheur qu'on ne lâche pas. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Je lis peu de contemporaine mais, en général, quand je décide d'en lire, mon intuition me trompe rarement.
    Et parfois, qu'est-ce que c'est bien de faire le petit mouton ! Pourquoi je dis ça ? Mais tout simplement parce que si je n'avais pas autant croisé Sophie Tal Men sur les réseaux sociaux et notamment sur Instagram, je crois que je ne l'aurais jamais connue. J'ai d'abord beaucoup aimé la couverture fraîche, estivale et acidulée : cette jeune femme en robe et bottes en caoutchouc jaunes qui saute dans une flaque sur une plage m'a plu d'emblée. Ensuite, j'ai lu le résumé et il m'a plu lui aussi et m'a suffisamment donné envie pour que, en août dernier, j'ajoute enfin ce livre à ma PAL. J'aurais attendu tout ce temps pour le lire mais je crois que je l'ai fait au bon moment : une petite lecture fraîche et légère, tout ce dont j'avais besoin à cette période de l'année. Oui, je ne suis pas très originale mais, en général, je garde mes romans feel good » pour le printemps et l'été. Pour moi qui travaille à cette période de l'année, c'est comme si j'avais l'impression d'être en vacances, en fait !
    Avec ce premier tome - Les Yeux Couleur de Pluie est une trilogie, pour mon plus grand plaisir-, Sophie Tal Men pose les jalons de sa saga, nous fait découvrir son univers en douceur. Elle situe son histoire dans une région qu'elle connaît bien, la Bretagne, à Brest plus exactement. Marie-Lou, jeune interne en neurologie, débarque fraîchement de sa Savoie natale, un peu dépaysée. Il est vrai que la Bretagne et les Alpes n'ont pas grand chose en commun !
    Interne au CHU de Brest, elle fait la connaissance de joyeux lurons, maestro des soirées étudiantes mais aussi d'autres jeunes femmes avec qui elle se lie d'amitié, notamment Farah, sa binôme. Et puis il y'a les patients et une grande expérience de la vie qui attend Marie-Lou et qui va la faire grandir, car faire médecine, être confronté chaque jour à des malades, à de la détresse, ça endurcit à la longue mais au départ, ça fait mal, aussi.
    Et enfin, il y'a ces fameux yeux couleur de pluie, qui appartiennent à Matthieu, séduisant et mystérieux interne en ORL, cousin d'Anna, la colocataire de Marie-Lou, Matthieu qui est loin de laisser cette dernière indifférente mais qui se dérobe sans cesse.
    Eh bien, s'il y'a une chose que je peux vous dire, c'est que ce Grey's Anatomy à la sauce brestoise est rafraîchissant et pétulant à souhait, tout comme sa couverture ! Elle ne vend pas du rêve mais bien la réalité, la promesse d'un roman frais, léger, un vrai roman feel good, avec beauvoup d'humour mais aussi parfois, un soupçon de gravité et un message, derrière la légèreté apparente.
    Déjà, nous suivons une jeune interne en médecine. Et s'il y'a bien un métier qui est difficile, stressant, prenant, c'est celui-là : être confronté chaque jour à la maladie, à la mort, à la détresse des patients - même si parfois il y'a aussi de la joie, bien évidemment -, avoir un rythme effréné... C'est ce que Marie-Lou et ses compagnons vont apprendre. Au-delà de ça, la jeune femme doit aussi s'habituer à une nouvelle vie, une nouvelle ville, loin de chez elle et de ses montagnes. Si les lecteurs des Yeux Couleur de Pluie n'ont pas tous fait médecine, je pense que tous ceux qui sont allés en fac un jour se reconnaîtront un peu dans Marie-Lou et ses amis.
    Justement, c'est la question : est-ce que je me suis reconnue en Marie-Lou ? Oui et non. Oui parce que c'est une jeune femme de vingt-cinq ans et que, à quelques années près, c'est l'âge que j'ai aussi. Oui aussi, parce que c'est une fille comme les autres, pas une gravure de mode mais une fille lambda, comme nous toutes, quoi. Non, enfin, parce que Marie-Lou est peut-être plus sûre d'elle que je ne peux l'être et parce que je n'ai pas fait d'études de médecine, donc c'est un univers particulier auquel je n'ai pas pu m'identifier.
    Pour autant, j'ai vraiment beaucoup aimé ce personnage dès le début, pour sa fraîcheur et sa spontanéité. Marie-Lou n'est pas une héroïne dans le sens où on peut l'entendre mais elle fait partie de ces héros du quotidien, qui sauvent des vies, à force d'abnégation et d'altruisme. Et c'est d'autant plus réaliste, authentique que l'auteure, Sophie Tal Men est elle-même médecin. Elle écrit donc sur un univers qu'elle connaît bien, et du coup, le ton est juste, tout comme les descriptions du milieu hospitalier, dur, sans concession mais qui permet d'apprendre aussi tellement sur soi. Marie-Lou se métamorphose sous nos yeux et la jeune femme un peu gauche, au départ, devient une jeune femme plus sûre d'elle, qui apprend de ses erreurs, de ses déceptions et des grosses claques qu'elle se prend dans son boulot parce que, évidemment, devenir médecin, c'est difficile, ça fait changer quelqu'un et ça le fait grandir aussi. Et, comme Marie-Lou, j'ai aimé aussi le charisme du personnage de Matthieu. 
    Si j'ai été surprise par ce livre, je l'ai été très agréablement ! Et j'ai d'ores et déjà envie de lire la suite.
    Alors oui, peut-être, ce n'est pas l'histoire du siècle et elle est peut-être prévisible à vingt mètres comme l'ont souligné certains lecteurs, mais c'est une tranche de vie, bourrée de spontanéité, de justesse et de sincérité. Le monde de la médecine y est décrit par quelqu'un du sérail, on peut donc considérer que l'auteure a pioché dans sa propre expérience tout en parvenant à parler à tout le monde.
    Héros ordinaires, héros du quotidien : le personnages des Yeux Couleur de Pluie sont attachants et je suis ressortie de cette lecture avec un grand sourire et en me sentant plus légère. Que demander de plus ? 

    En Bref :

    Les + : une petite histoire toute simple mais bourrée de justesse et de sincérité, une véritable tranche de vie. Le style de Sophie Tal Men est simple, sans fioritures, mais je l'ai aussi beaucoup aimé. 
    Les - : peut-être le roman aurait-il mérité quelques petits approfondissements ? ^^ Mais je dis ça juste parce que j'en voulais plus, en fait ! 


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  • « Pour chaque jour qui passait, elle aurait eu besoin d'un jour supplémentaire afin de l'assimiler. »

    Brooklyn ; Colm Tóibín

     

    Publié en 2009 au Royaume-Uni et en Irlande ; en 2012 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Brooklyn

    Editions 10/18 (collection Domaine Etranger)

    332 pages 

    Résumé :

    Années 1950. New York, terre d'exil et nouvelle Terre promise, s'étend à l'horizon. Alors qu'elle quitte l'Irlande pour travailler à Brooklyn, la jeune Eilis se perd dans cette ville anonyme. Mais bientôt un drame la rappelle dans son pays natal. Déchirée entre deux mondes, entre l'enfance et l'avenir, quels choix fera-t-elle pour tracer sa voie ? 

    Ma Note : ★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Brooklyn fait partie de ces romans que j'ai découverts grâce aux avis des autres lecteurs. Et puis il se trouve que le résumé m'a plu et que, avec ou sans la publicité que j'aie pu voir ici ou là, sur Instagram, Livraddict ou les blogs, j'aurais sûrement ajouté ce livre à ma PAL quoi qu'il arrive car dans le résumé se trouvait tout ce qui me plaît : les années 50, le portrait d'une jeune femme courageuse, entre Irlande et États-Unis.
    Le roman s'ouvre à Enniscorthy en Irlande -qui est aussi la ville de l'auteur, Colm Tóibín- dans les années 50, donc. Eilis Lacey, notre héroïne, habite là avec sa mère et sa sœur Rose. Elle poursuit des études de comptabilité tandis que sa sœur fait vivre la maison. Orphelines de père, les deux jeunes femmes ont trois frères, qui sont partis chercher un avenir meilleur en Angleterre.
    Aucun avenir n'étant possible en Irlande, Eilis part en Amérique sur les conseils de sa mère et de sa sœur. Là-bas, la jeune femme peut entrevoir un destin radicalement différent de ce qu'elle aurait pu espérer en Irlande. A Brooklyn où elle a trouvé un travail et un logement, dans une pension de famille tenue par une Irlandaise, Eilis construit petit à petit sa vie, jusqu'à ce qu'un drame la rappelle dans son pays. Alors elle se trouve écartelée entre les souvenirs, l'environnement, familier, qui a été le sien depuis toujours et son avenir à Brooklyn, où elle a commencé à se tisser un univers stable.
    Brooklyn est un roman relativement court, dans lequel l'auteur ne perd pas de temps. J'ai regretté que le début soit si abrupt : j'ai eu l'impression d'être jetée dans l'histoire sans préparation, comme si j'avais plongé à un endroit où je n'avais pas pied. Ça surprend un peu au départ et il faut un petit temps d'adaptation : c'est ce que j'ai ressenti à la lecture des premières pages de Brooklyn. J'aime quand les auteurs nous préparent un peu, nous donnent des informations sur les personnages que l'on va suivre. Ce début assez brutal m'a fait craindre le pire : au final, le reste du roman est intéressant même si, encore une fois, l'auteur ne se perd ni en détails ni en développements superflus ce qui, par certains aspects, peut s'avérer parfois bénéfique.
    Au final c'est surtout des informations sur Eilis qui m'ont manqué : à part le fait qu'elle vit à Enniscorthy avec sa mère, sa soeur Rose, que son père est décédé quelques années plus tôt et que ses trois frères ont quitté l'Irlande pour trouver un emploi en Angleterre, on ne sait rien. Vous me direz que c'est déjà pas mal mais par exemple, à aucun moment l'âge de la jeune femme n'est mentionné... Sa sœur Rose ayant trente ans et ses trois frères ayant déjà quitté la maison depuis un moment, j'en ai déduit que Eilis devait être la benjamine de la fratrie... Je lui ai donné une petite dizaine d'années de moins que sa soeur : pour moi Eilis a environ vingt ans. J'aurais aimé cependant que son age soit mentionné de façon précise, parfois cela permet de mieux comprendre les personnages et leurs réactions.
    Justement, parlons-en, d'Eilis. Pour ma part, je l'ai beaucoup aimée. Je sais que certains lecteurs ont eu un ressenti plus mitigé la concernant. Pour moi, cette jeune femme est une battante et je n'ai pas eu l'impression, comme certains lecteurs, qu'elle marchait à côté de sa vie, au contraire. Qu'elle subisse parfois, oui. Qu'elle soit indécise, aussi. Mais qui ne l'a jamais été et qui ne le serait pas dans la même situation ? Le départ en Amérique, s'il est envisagé par Rose, plus âgée, peut-être plus mâture et responsable, ne l'est d'abord pas par Eilis : on lui force la main. J'ai eu l'impression que la jeune femme se débattait souvent entre soumission et sens du devoir, ce qui, finalement, ne devrait pas nous surprendre quand on sait à quelle époque se passe le récit : les années 50 sont encore conservatrices et traditionalistes et les femmes n'y ont pas une place de choix. On se plie à des obligations, on s'y conforme et c'est ainsi.

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    L'actrice Saoirse Ronan tient le rôle d'Eilis dans l'adaptation du livre par John Crowley (2016)


    A part ça, j'ai beaucoup aimé découvrir le New York des années 50 au travers des yeux d'Eilis, jeune femme qui n'a jamais quitté son pays natal. Les États-Unis ont toujours été une terre d'élection pour l'émigration irlandaise et, là-bas, Eilis va retrouver une communauté soudée autour de traditions et d'une langue commune mais elle va aussi approcher un mode de vie totalement différent de ce qu'elle avait connu jusque là. Pour moi, la découverte de sa nouvelle vie par Eilis est une vraie conquête ! Bien qu'intégrée à une communauté irlandaise, l'expérience des États-Unis est quelque chose d'extrêmement bouleversant pour la jeune femme, on comprend que sa vie après ça ne sera plus jamais la même. Eilis se métamorphose et devient adulte, plus sérieuse et plus mâture. Je n'ai pas ressenti son courage dans une détermination à toute épreuve, une rage de vaincre comme on peut en voir chez d'autres héros de roman. Certains lecteurs ont soulevé la passivité d'Eilis : quelque part, ils n'ont peut-être pas tort... Le départ en Amérique n'est pas de son fait, au début. Quant à son retour, après qu'elle soit revenue passer quelques semaines en Irlande, on comprend qu'il n'est pas motivé non plus par l'envie mais plus par le devoir ou le sacrifice. Pourtant, Eilis a toute mon admiration : partir alors qu'on ne l'a pas voulu, faire preuve d'abnégation au risque de mettre son propre bonheur sur la sellette... Je me suis sentie frustrée pour elle parce que j'aurais peut-être voulu prendre qu'elle prenne d'autres décisions. Mais cela n'enlève en rien à l'héroïne ses qualités. Pour moi, elle en a beaucoup.
    Brooklyn est un roman relativement court, donc mais il est très fluide et c'est le genre de roman dans lequel vous ne devez pas avoir peur de vous lancer. Je n'ai pas vu les pages défiler. Personnellement, je n'ai pas ressenti de longueurs : au contraire, je trouve que l'auteur aurait peut-être plus expliciter un peu plus certains passages, notamment le début. J'aurais aimé en savoir plus sur Eilis, qui, si je l'ai aimée ne m'en reste pas moins assez étrangère dans la mesure où je ne sais pas grand chose d'elle. J'ai parfois déploré des passages un peu saccadés qui me rappelaient un peu une rédaction : beaucoup de puis et de soudain qui n'allègent pas du tout le style, même si dans l'ensemble je l'ai trouvé assez juste, précis et tout à fait plaisant à lire.
    Quant à la fin eh bien... Je ne m'y attendais pas du tout mais j'ai ressenti une vraie émotion ! Je ne pleure pas souvent en lisant un livre... Et là, je crois que les mots m'ont touchée et j'ai versé ma petite larme. Mais, encore une fois, comme au début, c'est très brutal. J'ai eu l'impression que la fin de Brooklyn était comme un tremplin... Je suis persuadée qu'une suite ne serait pas superflue ! Je l'ai lu à plusieurs reprises, sur des blogs et je comprends effectivement pourquoi énormément de lectrices ont pensé cela parce que je le pense aussi...Les dernières pages du roman appellent une suite. A part ça, j'ai malgré tout passé un bon moment. J'ai été touchée par Eilis et j'ai trouvé son histoire plutôt jolie. Eilis Lacey personnifie à elle seule tous ces Irlandais qui sont partis, dès le XIXème siècle, pour émigrer aux États-Unis dans l'espoir d'une vie meilleure, qui ont quitté leur terre pour souvent ne jamais y revenir mais sans pour autant en oublier leurs racines.
    En démarrant ce roman, j'avoue que ma curiosité était un peu tempérée par les avis mitigés que j'avais pu lire ici ou là. Cette petite appréhension a été renforcée par le début un peu trop rapide à mon goût. Il a juste fallu que je rentre dans l'histoire et alors, j'ai passé un très bon moment. Brooklyn a été une bonne et belle surprise

     

    En Bref :

    Les + : un roman touchant, servi par une plume simple mais efficace, une héroïne émouvante mais qui force en même temps le respect. 
    Les - : un début et une fin un peu abrupts, un manque de repères spatio-temporels. 

     



    Bande-annonce du film (John Crowley, 2016)
     
     

    Brooklyn ; Colm Tóibín

    Thème de janvier, « Silence, ça tourne », 1/12


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  • « Pour les enfants de J.R.R Tolkien, l'attrait et l'importance de Noël, au-delà même du remplissage des bas de laine le soir de Noël, résidaient dans la lettre qu'il leur écrivait chaque année, où il décrivait, en mots et en images, sa maison, ses amis et les événements, drôles ou alarmants survenus au Pôle Nord. »

    Lettres du Père Noël ; J.R.R Tolkien

    Publié en 1976 en Angleterre ; en 2010 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Letters from Father Christmas 

    Editions Pocket

    159 pages 

    Résumé : 

    Plus connu pour ses travaux universitaires et pour l'invention de la Terre du Milieu, J.R.R. Tolkien est aussi un formidable auteur de contes pour enfants. Comme Bilbo le Hobbit et Roverandom, les Lettres du Père Noël ont d'abord été destinées à ses trois fils et à sa fille, auxquels, chaque année, entre 1920 et 1943, Tolkien a écrit une lettre (parfois deux) prétendument envoyée du Pôle Nord par le Père Noël ou l'Ours Polaire.
    Ces trente lettres (dont quinze traduites pour la première fois, dans cette édition revue et augmentée) forment un récit très prenant des aventures du Père Noël et de l'Ours du Pôle Nord, et de leurs démêlés avec les gobelins, qui plaira aux enfants, à leurs parents, et surprendra plus d'un amoureux de Tolkien.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Quand on évoque Tolkien, c'est surtout à La Terre du Milieu que l'on pense aussitôt, Le Seigneur des Anneaux etc... Mais n'étant pas du tout fan de fantasy, jusqu'ici, il était inenvisageable que je lise un jour du Tolkien. Puis j'ai découvert Lettres du Père Noël et j'ai découvert de fait ce qui se cachait derrière le romancier à l'imagination prolixe. Tolkien n'a pas été qu'un universitaire et un auteur de talent, qui a inventé tout un monde. C'était aussi un père de famille qui, pendant plus de vingt ans, de 1920 à 1943, écrira à ses enfants, prêtant sa plume tour à tour au Père Noël, à l'Ours Polaire ou à un elfe. Tolkien était le père de quatre enfants : John, Michael, Christopher et Priscilla. Le premier voit le jour en 1917. Il a trois ans lorsque son père commence la rédaction de ce qui sera un jour un vrai recueil. Par la suite, chaque année, ses enfants écriront des lettres pour le Pôle Nord, adressées au Père Noël et, chaque année, celui-ci ou l'un de ses aides répondront aux enfants Tolkien, leur racontant les péripéties qui ont eu lieu depuis le Noël précédent : cadeaux abîmés, attaques de gobelins, arrivée des neveux de l'Ours Polaire et j'en passe...
    Le recueil est court mais il nous replonge dans les Noëls de l'enfance, ces moments que l'on trouvait féeriques et où l'on s'émerveillait d'un rien ! On a beau garder un attachement particulier à cette fête, une fois adulte, on ne ressent plus la même chose... Un livre comme celui-ci nous permet un moment entre parenthèses, un retour dans le temps qui sent bon la cannelle et le pain d'épices. En lisant ce livre, je me suis souvenue de mes lectures de Noël quand j'étais petite, des chansons, des dessins animés que je pouvais écouter ou regarder pendant la période de l'Avent. Je suis revenue vingt ans en arrière et je suis redevenue une petite fille le temps d'une lecture et ça, ça n'a pas de prix.

    Une des lettres du recueil accompagnée de son illustration


    Ce livre, c'est aussi un formidable témoignage d'amour et d'attentions d'un père à ses quatre enfants, un moyen aussi de leur faire passer des messages, de manière détournée. Chacun des quatre enfants Tolkien a reçu un jour une lettre qui lui était adressée uniquement... Les aînés, petit à petit, laissent la place aux cadets puis c'est Priscilla, la petite dernière, qui se voit gratifiée des ultimes lettres, écrites pendant la Seconde guerre mondiale.
    En lisant ce livre, je me suis demandé ce qu'avait pu ressentir ces enfants en se sentant ainsi privilégiés par un personnage qu'ils partageaient avec des millions d'autres enfants dans le monde. Les petits détails les concernant, glissés dans les lettres, ont dû les faire se sentir tellement uniques, tellement privilégiés, tellement fiers...Y ont-ils cru ? Je me suis mise à leur place en me demandant ce que j'aurais pu en penser...Et j'en suis arrivée à la conclusion qu'une aventure comme celle-ci ne peut qu'émerveiller des enfants. John, Michael, Christopher et Priscilla Tolkien ont été très chanceux d'avoir un père à l'imagination aussi fertile... Quel bonheur ce devait être pour eux de recevoir ces lettres chaque fin d'année.
    Lettres du Père Noël est bien plus qu'un livre. C'est un vrai bel objet, en couleur, avec la présence, en photo, des enveloppes et des lettres rédigées et décorées de jolis dessins par Tolkien. Cela donne vraiment quelque chose en plus au livre. Découvrir les lettres dans leur langue d'origine et dans leur forme, très particulière et unique, est vraiment intéressant. Cela nous permet encore mieux de nous identifier aux quatre enfants destinataires des missives.
    J'ai littéralement été émerveillée par ce livre. J'ai voyagé au Pôle Nord et j'ai eu l'impression de me replonger dans ces livres pleins de flocons de neige et de lumières que j'aimais tant quand j'étais petite.
    Lire les Lettres du Père Noël, c'est s'immerger dans l'imaginaire d'un des plus grands romanciers du XXème siècle mais c'est aussi l'occasion de redevenir un enfant, le temps de notre lecture.
    Une jolie parenthèse. 

    En Bref :

    Les + : Un petit livre plein de magie et qui témoigne de tout l'amour d'un père pour ses quatre enfants et de son désir de les voir s'émerveiller, même à des périodes pas faciles...
    Les - : Aucun. Je me suis laissée totalement emporter. 

     

    Thème de décembre, « Noël et ses merveilles », 12/12


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  • « Que voulait dire aimer quelqu'un ? Pourquoi l'amour prenait-il fin ou pas ? Là étaient les vraies questions et qui pouvait y répondre ? »

    Carol (les Eaux Dérobées) ; Patricia Highsmith

     

    Publié en 1952 aux Etats-Unis ; en 2015 en France (pour la présente édition)

    Titre original : The Price of Salt

    Editions Le Livre de Poche

    315 pages 

     

    Résumé :

    Thérèse, vendeuse dans un grand magasin, rencontre Carol, qui est belle, fascinante, fortunée. Elle va découvrir auprès d'elle ce qu'aucun homme ne lui a jamais inspiré : l'amour. 
    Une passion naît, contrariée par le mari de Carol, lequel n'hésite pas à utiliser leur petite fille comme un moyen de chantage. 
    Second roman de Patrica Highsmith, Carol fut refusé en 1951 par son éditeur américain en raison de la hardiesse du sujet. Ce livre est la preuve que l'auteur n'est pas seulement un maître du genre policier, mais avant tout une romancière de premier ordre, qui, avec pudeur et sensibilité, nous parle ici d'un amour revendiquant sa liberté. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    Lorsque Patricia Highsmith rédige le manuscrit de Carol, au début des années 50, elle n'est pas une novice. Elle a déjà été repérée pour un roman policier, dont les droits ont même été achetés par Hitchcock, en vue d'une adaptation au cinéma.
    Et pourtant, son deuxième roman est rejeté par sa maison d'édition, parce que le sujet principal est l'homosexualité et, qui plus est, les protagonistes du récit sont deux femmes. Scandale ! Oser parler d'homosexualité et d'une relation charnelle entre deux femmes ! L'Amérique puritaine se choque et il faudra plusieurs mois avant que l'auteure ne parvienne finalement à faire aboutir son projet.
    Carol fait partie de ces romans que je voulais lire, peut-être pas forcément parce que l'histoire me parlait mais parce qu'il me semble que c'est un texte majeur du XXème siècle, peut-être pas un classique mais un de ces romans que j'avais envie de découvrir...Pour voir. Un roman dépeignant une histoire d'amour entre deux femmes, qu'est-ce que ça donne ? Comment un auteur va-t-il choisir d'aborder ce sujet ? Si l'homosexualité est aujourd'hui bien mieux acceptée qu'il y'a soixante ans, ces histoires là ne font pas partie des plus répandues, alors, imaginez dans les années 50 !
    C'est aussi par le biais du film de Todd Haynes sorti il y'a quelques années que j'ai découvert le texte, un peu comme pour Danish Girl : je n'ai pas vu le film mais j'en ai entendu parler, j'en ai vu des extraits... Cate Blanchett y interprète une très charismatique Carol et Rooney Mara une touchante Therese. J'ai alors eu envie de découvrir le texte original.
    Alors en refermant ce livre, que puis-je en dire ? Je crois que c'est très difficile de poser des mots sur les sensations provoquées par une lecture pareille. En tous cas, elles ont été très palpables, très présentes, Carol a su faire naître quelque chose en moi, peut-être pas vraiment de l'attachement, mais, au moins, un certain intérêt.
    Je ne me suis pas attachée aux deux personnages. J'ai aimé cependant la manière dont l'auteure les a construits en miroir : la femme faite opposée à la jeune femme, un caractère sûr opposé à un autre qui doute encore. La femme, spectaculaire physiquement, qui en impose, tandis que l'autre l'est beaucoup moins. J'ai aussi aimé l'histoire qui s'instaure entre Carol et Therese. Les personnages sont extrêmement aboutis, l'auteure les aborde dans leur globalité, pas seulement au travers de leur histoire commune et j'ai aimé connaître leur passé, cela m'a permis de mieux les comprendre et de m'expliquer aussi pourquoi soudainement ces deux femmes se découvrent une attirance pour les autres femmes : attirance innée et inexplicable, certes, mais pas que...

    Cate Blanchett et Rooney Mara dans le film de Todd Haynes (2015)


    Leur histoire est belle, difficile, mais forte et avec beaucoup d'émotion même si, en soi, elle ne m'a pas fait vibrer. J'ai aimé les voir s'aimer, leur couple est sincère et puissant mais ça s'arrête là.
    Carol fait partie de ces livres dont je sors mitigée et avec une drôle d'impression... globalement, j'ai aimé ce livre. J'en ai aimé le style, l'histoire...Les personnages aussi, quelque part, même si je ne me suis pas vraiment attachée. J'ai aimé aussi que l'auteure ne fasse pas de militantisme : c'est bien, mais parfois, c'est bien aussi de laisser cet aspect - là de côté. Carol n'est ni un roman féministe, ni un roman homosexuel, du moins ne l'ai - je pas perçu comme ça. C'est une belle histoire, une transmission d'amour entre deux êtres, point.
    En fait ce qui m'a dérangée, ce sont surtout des longueurs, qui sont apparues au premier tiers du roman et m'ont un peu déstabilisée parce que j'étais bien partie : le début du roman me plaisait beaucoup et j'ai vraiment aimé le style dès les premières pages -ce qui ne s'est pas démenti par la suite d'ailleurs.
    Ensuite, j'ai aussi été gênée par le caractère et le comportement de Therese. Pourtant, au départ, je l'ai aimée cette petite Therese : dix-neuf ans, plus vraiment une adolescente, pas encore une femme, une jeune femme indépendante par la force des choses, avec une carence affective certaine et un besoin de reconnaissance, qui a encore des rêves mais plus vraiment d'illusions. Mais parfois, j'ai eu le sentiment qu'elle se débattait dans un marasme tel que cela m'en faisait peur, m'en mettait presque mal à l'aise. Ce n'est pas qu'elle n'est pas attachante ou touchante, mais il y'a eu soudainement en Therese quelque chose que je n'ai plus aimé, comme si elle devenait d'un coup étrangère alors que je l'avais bien aimée jusque là et, oui, je crois que parfois, ses sentiments extrêmes m'ont fait peur : j'avais soudain l'impression de suivre un tourbillon sans but et l'errance de Therese m'a mise à l'aise.
    A part ça, je n'ai que peu de choses à reprocher à Carol... C'est un roman que je ne regrette pas d'avoir lu, au contraire. Je suis contente d'avoir découvert la plume de Patricia Highsmith par le biais de ce roman. C'est une très belle histoire et l'auteure a su décrire avec brio les sentiments unissant Carol et Therese, des sentiments extrêmement forts, beaux et purs. Oui, n'ayons pas peur des mots : à ce jour je crois que c'est l'un des plus beaux romans d'amour que j'aie pu lire. Il m'a seulement manqué quelques petites choses pour que j'apprécie cette lecture pleinement. Je n'y ai pas tout aimé mais, dans sa globalité, elle m'a plu. C'est déjà pas mal, non ?

    En Bref : 

    Les + : le style, l'intrigue et la manière dont l'auteure l'aborde. 
    Les - :
    quelques longueurs et des personnages difficilement attachants, dont les attitudes parfois m'ont gênée, surtout en ce qui concerne Therese. 

     

     



    Bande-annonce du film (Todd Haynes, 2015)

     

    Thème de septembre, « Grande découverte », 9/12

     


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