• « La première fois que vous vous apercevez à travers les yeux d’une personne comme celle-là, c’est un instant terrifiant. C’est comme vous entrevoir dans un miroir devant lequel vous passez chaque jour de votre vie, et soudain il vous renvoie autre chose, une image troublante et étrange. »

    Auprès de moi toujours ; Kazuo Ishiguro

    Publié en 2005 en Angleterre ; en 2011 en France (pour la présente édition)

    Titre original : Never Let Me Go

    Editions Folio

    441 pages

     

    Résumé :

    Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham dans les années quatre-vingt-dix ; une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l’idée qu’ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelles raisons les avait-on réunis là ? Bien des années plus tard, Kath s’autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Avec Ruth et Tommy, elle prend peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n’a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d’adultes.

    Kazuo Ishiguro traite de sujets qui nous touchent de près : la perte de l'innocence, l'importance de la mémoire, la valeur que chacun accorde à autrui. Ce chef-d'oeuvre d'anticipation raconte une histoire d'humanité et d'amour dans l'Angleterre contemporaine. Il est appelé à devenir le classique de nos vies fragiles. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Ce livre m'a été prêté par une amie qui me l'a présenté un peu de cette façon : « Je n'avais pas aimé le film, mais j'ai été emballée par le livre. Tu verras, c'est assez particulier...en fait, c'est l'histoire de jeunes pensionnaires, en Angleterre, ils vivent dans des conditions idylliques dans un bel endroit et puis...on finit par apprendre qu'ils ne sont peut-être pas là par hasard...enfin bref, je peux pas trop en dire, sinon je vais te dévoiler quelque chose que je ne devrais pas ! ! »
    Et je trouve, maintenant que je l'ai lu, qu'elle a très bien résumé Auprès de moi toujours. En effet, ce genre de livre, comme Le Confident, chroniqué sur ce même blog il y'a quelques jours, est un véritable casse-tête ! Comment écrire une chronique sans rien dévoiler qui puisse empêcher un lecteur de découvrir cette lecture ? Comment faire pour cependant le présenter au mieux et livrer tout de même mon avis profond sur ce roman.
    La première chose que je dirais, c'est que ce roman a été une grosse claque. Percutant, choc, dérangeant, Auprès de moi toujours m'a tourné dans la tête tout le temps de ma lecture. Et même ensuite, je dois dire que ce n'est pas le genre de lecture dont on se débarrasse comme ça. Vite lu, vite oublié n'est sûrement pas un dicton littéraire à appliquer à ce roman car ce n'est absolument pas le cas. Et je pense que cela arrive que l'on ait aimé le bouquin ou non. On ne peut pas en ressortir avec indifférence, quoi qu'on ait pensé ensuite du livre en lui-même.
    Nous sommes donc à la fin des années quatre-vingt-dix, quelque part en Angleterre -nous ne savons pas exactement où. Le pensionnat d'Hailsham, beau bâtiment de briques rouges est perdu dans un cocon de verdure, de prairies et de bois et offre ainsi aux élèves qui le peuplent un cadre de vie idéal. Les enfants qui y sont pensionnaires y font leur apprentissage de leur plus tendre enfance jusqu'à l'adolescence, où ils vont, après une période de deux années passée à se familiariser avec leur future existence, découvrir le vaste monde, ce qui ne se fera pas sans mal car ils ont été plus que protégés depuis leur enfance par les personnes en charge de leur éducation et qu'ils appelaient gardiens. Car on se rend vite compte, à la lecture de ce livre, que ces élèves ne sont pas comme tous les autres et qu'ils portent en eux une vérité extrêmement dérangeante et à laquelle, d'ailleurs, l'auteur nous prépare doucement. C'est à travers les yeux de Kathy H., trente-et-un ans, ancienne pensionnaire d'Hailsham que l'on comprend petit à petit ce que sont réellement les enfants d'Hailsham et quelle est aussi leur place réelle dans le monde. Un monde qui a besoin d'eux mais qui s'arrange aussi pour faire comme s'ils n'existaient pas.
    Auprès de moi toujours est un roman dérangeant. Très dérangeant, même et qui procure une drôle de sensation au lecture car il est finalement très plausible. Toute l'histoire, basée sur une description de l'Angleterre contemporaine, entre la fin des années quatre-vingt-dix et nos jours, serait somme toute assez banale sans cette particularité des enfants d'Hailsham qui constitue aussi toute la trame du roman. Ces enfants apprennent, jouent au foot, s'aiment et se détestent, se disputent et nouent des amitiés. Ils connaissent des hauts et des bas, des joies et des peines...comme tout le monde en fait.

    Ruth (Keira Knightley) , Kathy (Carrey Mulligan) et Tommy (Andrew Garfield) dans le film tiré du livre (2010)


    Et plus il est plausible, ce roman, plus il est dérangeant et ainsi de suite...c'est un engrenage vicieux qui s’amorce dès que l'on a compris de quoi il en retourne. Et on comprend aussi pourquoi ce roman d'Ishiguro est classé dans la catégorie Littérature de l'imaginaire ou est considéré comme un roman d'anticipation, au même titre que Le Meilleur des Mondes, d'Aldous Huxley ou encore 1984, de George Orwell, ce que le résumé, en lui-même, ne laisse pas transparaître, et pour cause. Ce roman nous questionne intimement sur notre condition d'être humain, sur l'éthique, la morale et donc, sur le malaise que cette conscience aiguë de notre humanité peut faire naître quand nous sommes soudain confrontés à des manipulations qui dépassent notre entendement.
    Pour ce qui est ensuite du roman dans son ensemble, je dois dire que j'ai été très agréablement surprise, tant par les personnages que par le style. Certains lecteurs n'ont pas aimé les personnages qui étaient trop creux à leur goût ou pas assez travaillés mais moi j'ai trouvé au contraire qu'ils étaient tous très aboutis, avec des caractères et des psychologies personnels et bien traités ; Ishiguro s'interroge avec beaucoup de justesse et de pudeur sur le sentiment amoureux, l'amitié, l'importance des autres dans notre vie, sur la solitude, notamment au travers de trois personnages qui se démarquent des autres : Kathy H, donc, la narratrice et ses deux amis d'enfance, Tommy et Ruth.
    Enfin, pour ce qui est du style, je dois dire que j'ai vraiment savouré les mots, et même si j'ai préféré la première partie, consacrée essentiellement aux souvenirs de Hailsham, j'ai été très vite séduite par le style de l'auteur, que je ne connaissais pas du tout. Alternant entre des passages plus oraux et d'autres écrits de façon un peu plus littéraire, le livre s'articule bien et se lit facilement, malgré les nombreux retours en arrière, les souvenirs qui, soudain, viennent émailler le récit de Kathy.
    Je dois dire que j'ai vraiment apprécié ce roman, même si j'ai été très effrayée quand j'ai compris de quoi il en retournait réellement. Mais je suis allée jusqu'au bout et je ne regrette pas car ce roman fait partie de ceux qui nous font aussi nous sentir incroyablement vivant et heureux aussi de notre condition, quand on y réfléchit. Car ce que nous raconte Ishiguro est plausible et si vraisemblable que l'on peut aisément imaginer que Auprès de moi toujours, bien qu'écrit dans le passé -un passé proche ceci dit-, pourrait être l'un des aspects de l'avenir du monde. Profitons alors de ce que l'on a. Une belle lecture qui choque, mais qui fait réfléchir et que je conseille.

    En Bref :

    Les + : une histoire à la teneur certaine malgré son côté choquant, des personnages bien traités, un style agréable à lire et à découvrir.
    Les - : Aucun !
     

     

     


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  • « Les confidences sont une marque d'amour ou d'amitié à manier avec dextérité. »

    Le Confident ; Hélène Grémillon

    Publié en 2012

    Editions Folio

    311 pages

    Résumé :

    Camille vient de perdre sa mère. Parmi les lettres de condoléances, elle découvre un étrange courrier, non signé. Elle croit d'abord à une erreur mais les lettres continuent d'arriver, tissant le roman de deux amours impossibles, de quatre destins brisés. Peu à peu, Camille comprend qu'elle n'est pas étrangère au terrible secret que cette correspondance renferme. 

    Dans ce premier roman sur fond de Seconde Guerre Mondiale, Hélène Grémillon mêle de main de maître récit historique et suspense psychologique. 

    Le Confident a obtenu cinq prix littéraires et été traduit en vingt-sept langues. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1975, Camille, jeune éditrice parisienne de trente-cinq ans, perd sa mère. Cette perte-là, extrêmement douloureuse en elle-même, on s'en doute, s'accompagne pour la jeune femme d'une certaine remise en question, d'une certaine introspection, d'autant plus que son existence est en train de subir de grands bouleversements. Et voilà que, dans le flot de courriers de condoléances qu'elle reçoit après ce drame, une lettre, pas signée, qui ne lui est pas vraiment adressée mais qu'elle pressent pourtant lui être destinée, lui parvient. Une lettre, puis deux, puis trois...D'abord, Camille croit à une idée audacieuse d'un auteur, qui n'aurait trouvé que ce moyen pour être lu. Mais petit à petit, elle se rend compte que cette histoire, sombre et poisseuse, que le narrateur inconnu lui conte, lettre après lettre, n'est pas un roman mais bien une histoire vraie, qui eut lieu un peu plus de trente ans auparavant, pendant la guerre.
    Et cette histoire, Camille s'en rend compte rapidement, pourrait bien avoir un rapport avec elle et ses origines...
    Ce premier roman d'Hélène Grémillon est magistral. Quelle fougue ! Quelle histoire ! Quelle claque ! Je pense qu'on ne ressort pas indemne d'une telle lecture, qui ne peut en aucun cas nous laisser indifférent. Très vite, on est happé par cette histoire, on la découvre en même temps que Camille et, avec elle, on assiste à la lente destruction de son existence jusqu'ici sans histoires. Camille avait jusque là, comme tout le monde, des parents, un frère, pas de petit ami mais un homme partageant sa vie en dilettante. Aimant son métier, elle s'y était jetée à corps perdu. Jusque là, que du très banal...elle va se rendre compte pourtant, grâce à cette personne qui lui écrit, qu'elle ne connaît pas mais qui, elle, semble la connaître -et connaître des personnes de son passé-, que tout n'est pas si facile. Tout n'est jamais tout blanc ni tout noir et même les meilleures familles peuvent aussi couver en leur sein le poison mortel du secret.
    Le Confident est ce genre de roman qu'on adore, ou pas, mais duquel on ressort complètement bouleversé et chamboulé, avec une drôle de sensation et un grand besoin de légèreté pour se sortir cette histoire lourde et sordide de la tête...et en même temps, il est extrêmement difficile d'en parler parce qu'on risque à tout moment d'éventer l'intrigue -et peut-être la résolution de l'énigme-, ce qui serait dommage pour les lecteurs qui voudraient se lancer dans ce roman. Tout ce que je peux dire, c'est que ce roman a été un coup de cœur comme je n'en ai pas eu depuis longtemps. Et pourtant, comme je me suis sentie mal à l'aise en le lisant, presque aussi chamboulée que les différents personnages car le roman va à l'encontre de notre morale la plus instinctive. La maternité, un autre sujet intrinsèquement lié à l'être humain, est aussi au centre du récit ; la maternité et surtout la douleur et la folie que peut engendrer, chez une femme en mal d'enfant et ne pouvant tomber enceinte, cette stérilité qui est vue comme une tare, une chose dont on est pas responsable en soi mais dont on le devient sous les yeux des gens qui jugent et qui font alors naître une honte douloureuse et insupportable. On se rend compte, dans Le Confident, de la lente destruction que peut entraîner dans une existence l'absence d'un enfant fermement désiré. Une existence ou des existences, car, comme pour une personne qui est accro à l'alcool ou aux drogues et qui impose cette addiction et sa souffrance à ses proches, le désir d'enfant, quand il n'est pas assouvi et se trouve donc frustré, devient une épée de Damoclès, une ombre planante et menaçante sur le couple, qui vacille, chacun se recroquevillant sur sa douleur, ses doutes et sa culpabilité. Et on se rend compte ce qu'un tel désir, inné chez certains, peut faire de mal quand la raison n'est pas suffisamment forte pour le surmonter. On peut alors basculer dans une folie grégaire dans laquelle les lois et les valeurs n'ont plus lieu d'être. On devient alors une personne qui n'est plus doué d'un esprit raisonné et raisonnable mais un être dont l'animalité prime et qui ne réfléchit plus avec sa tête mais avec ses pulsions, quitte à entraîner alors dans une spirale infernale tous ceux qui se trouvent à proximité. Et la tension monte crescendo et devient de plus en plus insoutenable à mesure qu'approche le dénouement...
    Au-delà de cet aspect psychologique du roman, j'ai beaucoup aimé les solides bases historiques sur lequel il s'appuie. Une bibliographie est même proposée à la fin du roman, qui permet de nous rendre compte que l'auteure s'est renseignée autant sur les institutions, que sur la chronologie ou la vie quotidienne à l'époque. Et je ne sais pas si c'est la tension que l'on ressent tout au long du roman, mais on ressent avec bien plus d'acuité, dans Le Confident, que dans tout autre roman, la violence et l'horreur de la débâcle de 1940 et de l'exode. Pourtant, il y'en a des romans, qui traitent du même sujet. Tout un tas. Mais jamais on ne frémit avec autant de dégoût à la description des horreurs qui accompagnèrent l'attaque allemande sur la France le 10 mai 1940 puis la fuite des populations du nord vers le sud.  
    Le Confident c'est aussi un roman aux qualités littéraires indéniables, un de ces romans au style si plaisant, que l'on s'en délecte, littéralement. Les mots coulent d'une façon si fluide de la plume d'Hélène Grémillon...et elle passe d'un style à un autre, jonglant avec les tournures de phrases et les langages. Ainsi, on passe d'un langage brut et oral -Camille, par exemple-, à des phrases plus littéraires, écrites, bien tournées, comme celles des différents autres narrateurs. Et le mieux, c'est qu'il n'y a aucune fausse note ! Le livre s'articule parfaitement autour de cette alternance de styles, passant d'un verbe haut et presque gouailleur à une écriture plus posée et linéaire, comme une voix-off de cinéma

    On ressort donc de cette lecture époustouflé à bien des égards mais aussi admirateur du talent certain d'une auteure prometteuse.

    En Bref :

    Les + : une histoire sordide et poisseuse mais menée avec brio.
    Les - : une chronologie parfois un peu confuse. 

     

    Adieu, mon Unique ; Antoine Audouard

    Coup de cœur 


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  • « Les histoires sont le meilleur moyen d'élever la vie au-dessus de la médiocrité du quotidien. »

    Complètement Cramé ! ; Gilles Legardinier

     

    Publié en 2014

    Editions Pocket

    425 pages

    Résumé :

    Lassé de tout, Andrew Blake quitte l'Angleterre et se fait embaucher comme majordome en France, au domaine de Beauvillier. Confronté à de surprenantes personnalités -sa patronne, Odile la cuisinière, Manon, ou encore Philippe le régisseur-, lui qui croyait en avoir fini avec l'existence va être obligé de tout recommencer. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    A soixante-six ans, Andrew Blake, industriel anglais, a l'impression d'avoir fait le tour de sa vie et que son existence se trouve derrière lui. Il n'a plus d'avenir ou du moins, c'est ce qu'il pense. Prenant de l'âge, il se rend compte de la fragilité et de la fugacité de la vie mais ne l'en aime pas plus. Sa fille, adulte, est mariée et vit de l'autre côté de l'Atlantique et il est veuf depuis des années. Autant dire qu'à part ses amis, peu de choses remplissent sa vie. Même l'usine de son père, dont il a ensuite repris les rênes, ne parvient plus à le détourner de ses idées noires.
    Andrew décide alors de faire quelque chose de radical, d'insensé, mais qui pourrait aussi le sauver...il décide de changer complètement de vie et, grâce à la complicité de l'un de ses plus vieux amis, il trouve une place de majordome dans un digne et respectueux manoir français. Perdu quelque part dans la campagne française -on ne sait pas où-, la vieille maison abrite une veuve, Madame Beauvillier, qui tente comme elle peut de sauver le domaine de son mari malgré sa situation financière un peu précaire. A côté d'elle vivent les membres de son personnel, qui vont donc devenir les collègues d'Andrew : Odile, la cuisinière, pas beaucoup plus jeune que lui et à qui la vie n'a pas non plus fait de cadeaux, Philippe, le régisseur, qui cache sous des dehors bourrus et un peu brutaux une tendresse et un cœur gros comme ça et Manon, la petite femme de chambre, amoureuse et qui aspire à devenir institutrice...C'est au milieu d'eux, en apprenant à aimer leurs qualités comme leurs défauts, leurs travers et leurs failles, qu'Andrew reprend goût à une vie qu'il ne croyait plus mériter.
    Dans la veine de Demain, j'arrête ! ou encore, Ca peut pas rater !, Complètement Cramé ! est un roman très drôle -on rit beaucoup au cours de la lecture et surtout, on rit franchement-, mais aussi touchant à bien des égards...Si le personnage d'Andrew Blake est un peu plus compliqué à aborder au premier abord que des personnages comme Julie Tournelle ou encore Marie Lavigne, les héroïnes de Demain, j'arrête ! et Ca peut pas rater !, on se rend compte rapidement de l'étonnante qualité d'un personnage comme celui-ci. Si on se retrouve, nous lectrices, dans les personnages féminins extrêmement ciselés de Legardinier, on trouve aussi dans un Andrew Blake, qui sort un peu de la norme, du moins pour ce qui est des romans de l'auteur, une figure tutélaire qui peut nous faire réfléchir sur notre propre existence, de part celle qu'il a menée, d'une part mais aussi grâce aux conseils qu'il dispense, tout au long du roman, à la jeune Manon, jeune femme pétrie de doutes et de rêves. Comédie extrêmement bien réussie, Complètement Cramé ! alterne entre des moments très touchants, émouvants, du moins qui peuvent faire réfléchir chacun d'entre nous et des passages complètement loufoques mais tellement drôles.
    Certains ne sont pas complètement vraisemblables mais c'est justement ce qui fait la force comique de ce roman. Son autre force, c'est la subtilité de l'auteur, son humour tout en finesse, qui apporte beaucoup au roman, sans l'alourdir. Il y'a de l'humour qui n'est pas drôle ou qui finit par être barbant à force d'en faire des caisses. Ce n'est pas le cas dans les romans de Legardinier, qui sont toujours drôles sans en faire trop non plus. En même temps qu'Andrew, on apprend à connaître et à apprécier son nouvel environnement et même si, au manoir, de madame Beauvillier à son personnel, tout le monde est un peu scotché, ils ont aussi tous un petit quelque chose qui fait qu'on ne peut pas ne pas s'attacher à eux et on finit par être autant ami avec eux qu'Andrew, qui découvre que la vie est encore capable de mettre sur sa route des personnes dignes de son intérêt et de son amitié.
    Roman frais et pas prise de tête, je vous conseille Complètement Cramé ! si vous cherchez, dans un même ouvrage, de l'humour mais aussi un soupçon de gravité et de réflexion.

    En Bref :

    Les + : un roman drôle, dynamique et touchant ; un style inimitable et des personnages complètement perchés qui font tout le charme du récit !
    Les - :
    mais aucun bien sûr ! !
     

     


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  • « Les soirées peuvent être extraordinaires, les nuits inoubliables, et pourtant elles aboutissent toujours à des matins comme les autres. »

    La Délicatesse ; David Foenkinos

    Publié en 2009

    Editions Folio

    210 pages

    Résumé :

    « François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m'en vais. C'est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n'est guère mieux. On sent qu'on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu'un jus, ça serait bien. Oui, un jus, c'est sympathique. C'est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l'orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d'abricot, c'est parfait. Si elle choisit ça, je l'épouse.
    _Je vais prendre un jus...Un jus d'abricot, je crois, répondit Nathalie.
    Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité. »

    La Délicatesse a obtenu dix prix littéraires et été traduit dans plus de quinze langues.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Nathalie est encore étudiante quand elle rencontre François, d'une façon peu banale. Il est un peu plus âgé qu'elle et, très vite, elle va trouver dans leur vie de couple une stabilité et une douceur qui lui correspondent bien. Engagée dans une entreprise suédoise où elle fait du bon travail, Nathalie aurait tout pour être heureuse : pas encore d'enfant, mais un bel appartement, un mari aimant et attentionné, un travail qui lui plaît. Jusqu'à ce jour tragique où, alors qu'ils sont mariés depuis sept ans, François disparaît à la suite d'un accident.
    Nathalie est encore jeune mais confronté à un bouleversement terrible : la voilà désormais veuve, devant affronter l'effondrement brutal et total de ce qui faisait son existence depuis près de dix ans, la fin d'une époque et surtout, la perte d'une personne tendrement aimée. La voilà désormais seule pour faire face, isolée dans une vie qu'elle n'avait jamais envisagé de cette façon. Confrontée aux soutiens obséquieux et parfois un peu hypocrites et à la sollicitude, pour le coup sincère mais parfois aussi pesante, de sa famille et de ses amis, la jeune femme va devoir réapprendre à vivre, pour elle-même et surtout, en essayant de se débarrasser de la culpabilité qui s'est emparée d'elle après la disparition de son mari. C'est dans son contexte qu'elle va faire la connaissance de l'un de ses collègues qui pourrait bien changer sa vie à jamais.
    Le sujet de La Délicatesse est finalement assez lambda et ce qui sauve le roman, à mon avis, c'est surtout la façon dont David Foenkinos aborde le sujet, plutôt que le sujet lui-même. L'histoire d'une femme confrontée au deuil est finalement assez basique, ce qui compte, c'est, au fond, la façon dont on aborde un tel sujet, pas drôle et qui peut même s'avérer un peu plombant. Il faut bien avouer que l'auteur s'en tire très bien, en quelques pages, puisque le roman est assez court et qu'il parvient d'ailleurs à nous intéresser très rapidement à son intrigue, même si une certaine distance est instaurée d'emblée avec les personnages. Bien qu'attachante, Nathalie a une certaine froideur qui empêche le lecteur de s'identifier totalement à elle mais pas de ressentir une certaine chaleur et même une véritable sollicitude pour elle. Le personnage qui s'avère au final le plus attachant et le plus jovial dès le départ, c'est François, qui disparaît cependant rapidement, après quelques pages, certainement pour faire sentir au lecteur avec plus d'acuité la brutalité et la violence du deuil auquel Nathalie est confrontée.
    En effet, plus que sur leur histoire d'amour, qui n'est qu'un prétexte au développement du propos, c'est au reste de l'existence de la jeune femme que David Foenkinos s'intéresse, avec, en trame cette question que l'on peut tous se poser : que reste-t-il quand on perd son conjoint à un âge où l'on a encore tout à construire ? Ce qui, avec l'âge devient malheureusement la force des choses est plus difficile à accepter quand on est encore jeune et que l'on nourrit des projets.
    C'est finalement avec beaucoup de chaleur -et de délicatesse- et avec un style tout doux que l'auteur nous décrit l'éveil, à nouveau, de Nathalie, à une vie heureuse et dans laquelle un homme pourra de nouveau prendre une place importante. C'est finalement la capacité foncièrement humaine et naturelle de surmonter toujours, un jour ou l'autre, l'adversité, qui nourrit le récit de La Délicatesse. Foenkinos nous dépeint aussi l'atmosphère malsaine qui découle parfois d'un deuil, la curiosité mal placée des uns, les gestes entreprenants des autres, plus opportunistes, qui ont fait leur l'adage le malheur des uns fait le bonheur des autres. A travers le monde du travail, connu justement pour ce manque d'intimité et la confusion rapide, sous prétexte que l'on s'entend bien, de la vie privée et de la sphère professionnelle, La Délicatesse nous montre aussi comme les relations humaines peuvent parfois être pesantes et mal avisées, surtout quand on a besoin de se reconstruire doucement, en silence et en secret.
    Bref, j'ai apprécié ce roman même si je n'ai pas été complètement transcendée comme certains autres lecteurs ont pu l'être. Oui, j'ai vraiment été très rapidement happée par cette lecture pour autant, La Délicatesse n'a pas été un coup de cœur. Mais il restera sans nul doute une histoire que je garderai en tête, notamment pour sa douceur et son propos, certes basique, mais traité avec justesse, sans lourdeur et sans pathos.

    En Bref :

    Les + : le sujet, assez lambda, mais traité avec justesse, le style de l'auteur.
    Les - : Aucun. 

     

    La Délicatesse, c'est aussi un roman plein de jolies phrases :

    « Soumis à la dictature de la sensualité, il n'en était pas moins un homme romantique, pensant que le monde des femmes pouvait se réduire à une femme. » (page 14)

    « Mais ce n'est jamais simple de passer du regard à la conversation, de l’œil au mot. Après une longue journée de travail, il se sentait dans cet état de délassement qui parfois vous pousse à oser. La fatigue est souvent au cœur de toute audace. » (page 69)

    « Peut-être même avait-il tout simplement renoncée à l'idée de vivre à deux ? Il arrivait à ne plus y voir d'intérêt. Après tout, il y'avait des millions de célibataires. Il pourrait se passer d'une femme. Mais il se disait cela pour se rassurer, pour ne pas penser à quel point il était malheureux de cette situation. Il rêvait d'un corps féminin, et il en crevait parfois de se dire que tout cela lui serait interdit désormais. Qu'il n'aurait plus jamais de visa pour la beauté. » (page 93)

    «Mais il faut avoir vécu des années dans le rien pour comprendre comment on peut être subitement effrayé par une possibilité. » (pages 123-124)

    « Mais c'est ainsi : on a toujours cinq minutes de retard sur nos conversations amoureuses. » (page 147)

     


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  • « On ne sait jamais où conduira le chemin, mais si l'on a des jambes, c'est pour s'y aventurer. »

    Ça peut pas rater ! ; Gilles Legardinier

    Publié en 2014

    Editions Fleuve 

    432 pages

    Résumé :

    – J'en ai ras le bol des mecs. Vous me gonflez?! J'en ai plus qu'assez de vos sales coups?! C'est votre tour de souffrir?!
    Ma voix résonne dans tout le quartier. Et là, trempée, titubante, épuisée, je prends une décision sur laquelle je jure de ne jamais revenir : je ne vais plus rien leur passer. On remet les compteurs à zéro. On renverse la vapeur. Je vais faire payer ce fumier. Chaque joueur doit vous donner mille baffes. Je vais me venger de tout. Puisque aucun bonheur ne descendra d'un ciel illusoire, je suis prête à aller chercher le peu qui me revient jusqu'au fond des enfers.
    La gentille Marie est morte, noyée de chagrin. À présent, c'est la méchante Marie qui est aux commandes. À partir de maintenant, je renvoie les ascenseurs et je rends la monnaie de toutes les pièces. Les chiens de ma chienne sont nés et il y en aura pour tout le monde. La vengeance est un plat qui se mange froid et je suis surgelée. La rage m'étouffe, la haine me consume.

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Dans Ça peut pas rater ! , Gilles Legardinier, après avoir traité des débuts d'une liaison amoureuse dans Demain, j'arrête ! et de la maladie chez les adolescents et de la remise en question de l'avenir qu'elle implique, dans Et soudain tout change, s'attaque à un sujet pas vraiment évident et qui, chez quelqu'un d'autre que lui, pourrait vite virer au pathos ou à la niaiserie : la rupture. Marie Lavigne, l'héroïne, vient de se faire jeter comme une malpropre par l'homme qui partageait sa vie et dont elle se croyait très amoureuse. Passé le premier choc et la douleur à l'ego estompée, elle comprend rapidement que cet homme-là n'avait fait que l'humilier et la couper petit à petit et insidieusement de tout ce qu'elle aimait : sacrifices qui pour elle n'en avaient pas vraiment été puisqu'elle se croyait suffisamment amoureuse de cet homme pour lui faire ces cadeaux. Remerciée en étant congédiée de chez elle de la plus brutale façon, Marie va alors chercher à se venger de son ex, narcissique et imbu de lui-même au point de ne plus passer dans les portes ! Alors qu'elle est bien déterminée à faire une croix sur sa vie amoureuse, voilà que la vie va lui rappeler que, s'il y'a bien dans un domaine où ne choisit pas ce qu'on doit faire, c'est bien l'amour. Approchée d'une bien étrange -et romantique- façon par un anonyme qui lui déclare sa flamme, Marie va alors mener une enquête pour découvrir qui se cache derrière ces déclarations écrites qui, elle ne peut s'en empêcher, l'intriguent et la font reprendre peu à peu goût à la séduction et à l'envie de plaire. Sur fond de combat syndical mené dans son entreprise contre des patrons véreux qui cherchent à liquider les filiales françaises pour les délocaliser, Marie va se redécouvrir et se rendre compte que, peut-être, la vie ne craint pas autant qu'elle le croyait et que, si l'homme qui vient de la quitter et de l'humilier était un être que l'on pourrait qualifier de toxique et de malsain, il s'avère que bien d'autres, qui gravitent d'ailleurs dans son cercle proche, sont au contraire serviables, gentils, avec leurs défauts, certes, mais qui mériteraient d'être aimés pour ce qu'ils sont. Comme elle-même, finalement, qui ne demande que ça : qu'on l'aime et qu'on la prenne pour ce qu'elle est, avec ses qualités, ses défauts et les failles qui font d'elle une femme comme toutes les autres. 
    Au début du roman, je dois dire que je m'étais attendue à lire quelque chose d'assez semblable à Demain, j'arrête ! avec, bien sûr, des variantes très claires, les sujets étant radicalement différents. Mais, au vu du résumé de la quatrième de couverture, je m'attendais à une succession de vengeances plus drôles les unes que les autres envers l'ex indigne, alors que le roman ne tourne finalement pas autant que ça autour de ce besoin légitime de vengeance qui pourrait habiter Marie, bien au contraire. Rapidement, le roman va s'éloigner de ce postulat de départ qu'est la rupture, pour se muer en un récit très romantique et avec une teneur certaine grâce à la trame que l'on aperçoit en filigrane et qui traite du combat d'employés dévoués envers leur entreprise et qui cherchent à la sauver contre leurs patrons et les actionnaires qui cherchent, eux, à faire le plus d'économies possibles, sur le dos desdits employés mais aussi des potentiels clients de la firme. Marie est un personnage attachant dans lequel chaque jeune femme, de vingt-cinq ans ou plus, peut se retrouver. Marie, c'est un peu nous, une petite nénette d'aujourd'hui, installée dans sa vie, qui a un travail, pas forcément évident tous les jours mais qui la tient, des amis sur qui elle peut compter et avec qui elle fait les quatre cents coups -une certaine Emilie, par exemple, amie et collègue qui peut nous rappeler à toutes notre meilleure copine-, et surtout, qui ne croit plus en l'amour et est bien déterminé à le chasser, à le rayer de sa vie. A qui cela n'est-il jamais arrivé ? L'envie irrépressible de rester seule, parce qu'on a été déçue ou blessée, parce qu'on se dit qu'on sera toujours plus heureuse seule que mal accompagnée ou parce qu'on se persuade que, de toute façon, l'amour, ce n'est sûrement pas fait pour nous. Avec Ça peut pas rater ! , on se rend compte qu'on est finalement pas la seule au monde à se poser toutes ces questions et à avoir envie de tout envoyer balader sous le coup d'une émotion forte, en clamant que définitivement, tout ça n'est pas pour nous et que notre karma est négatif ! Et puis, comme dans le roman, il se trouve qu'un jour ou l'autre, on pose nos yeux sur une autre personne qui fait revoir nos bonnes résolutions à la baisse voire nous fait carrément rétrograder...comme Marie, dans le roman, qui se rend rapidement compte que, malgré leurs défauts, les hommes ne sont pas tous comme son ex, qui était décidément un spécimen bien particulier de la gent masculine !
    Plein d'optimisme, d'humour et de fraîcheur, avec des passages très romantiques et émouvants, Ça peut pas rater ! est un roman qui se lit rapidement et avec un plaisir évident. On se demande toujours comme Gilles Legardinier peut avec autant de justesse et de brio restituer les réflexions féminines les plus intimes, mais on adhère.

    En Bref :

    Les + : l'histoire, le récit, qui, bien que très romantique et humoristique, a une gravité bienvenue et le style, bien sûr, qui est inimitable !
    Les - :
    Aucun. 

     


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